‹ Le fort et le château Saint-Louis (Québec) [microforme]Chapitre 68 sur 78 · LA LANGUE FRANÇAISE EN CANADA · texte numérisé non relu

LA LANGUE FRANÇAISE EN CANADA

Il est possible que plusieurs expressions devenues aujourd’hui exclusivement maritimes, aient eu autrefois un sens plus général. Dans une lettre adressée par Montcalm à la supérieure de l'Hôtel-Dieu de Québec, le 11 octobre 1756, le vainqueur de Chouaguen, qui était un lettré, un membre ou tout au moins un correspondant de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, priait madame la Supérieure de faire placer six bouteilles de baume de Canada et dix livres de su. d'érable dans ‘une caisse bien AMARRÉE, ” et d’expédier le tout à madame dela Bourdonpaye, à Paris, Montcalm s’était-il canadianisé pour faire plaisir à Vaudreuil ? Cela est peu probable. Le sens du mot amarrer est-il devenu plus restreint aujourd’hui qu'il ne l'était autrefois ? Cela est possible. Ce quiest certain, c’est que, malgré les préférences de Ia Sorbonne, la langue française ne peut être cenue À fixité d’une manière absolue.

On a reconstitué, au moins dans les grandes lignes, l’histoire de certains peuples de l’ancien monde par létude de leurs langues. Aïnsi, lidiome partieulier d’un peuple, dont on retrouvait l’usage dans une contrée éloignée, indiquait, d’une manière certaine, une migration ou une conquête à une date plus où moins reculée. Selon le degré d’altération de l'idiome,

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330 APPENDICE on jugeait du degré d'ancienneté de la migration ou de la conquête.

Pour un étranger, le plus ou moins de pureté avec lequel nous parlons et écrivons la langue française, le nombre et lespèce de mots anglais qui se glissent dans notre langage, indiquent l'espace de temps qui nous sépare du régime français, la facilité, la multiplicité, la nature de nos rapports avec les populations anglologues qui nous entourent, le degré de consentement ou de résistance que nous avons apporté à l'influence anglaise dans le domaine des choses intellectuelles, etc., etc. Je crois qu'il y a là le sujet d’une étude intéressante pour un esprit observateur.

Celui qui bornerait à la seule forme de notre langage ses observations sur notre société, serait sans doute un horme bien superficiel.

Les idées, les principes, la moralité, le caractère, les tendances d’un peuple, le degré de culture de son intelligence, sa situation agricole, commerciale, industrielle,les lois qui le régissent, la forme de ses institutions politiques, voilà le vrai et vaste champ d'investigation du moraliste, de léconomiste, du philosophe. Cependant, comme l’a dit Joseph de Maistre, ‘ jamais un phik ophe digue de ce nom ne doit perdre de

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