‹ Le fort et le château Saint-Louis (Québec) [microforme]Chapitre 69 sur 78 · PETITE ÉTUDE HISTORIQUE SUR LES CHEVAUX CANADIENS · texte numérisé non relu

PETITE ÉTUDE HISTORIQUE SUR LES CHEVAUX CANADIENS

Le prenier cheval qui ait galopé sur la terre canadienne fut débarqué à Québec le 25 juin 1647. La Compagnie des Habitants lavait fait venir pour en faire cadeau au gouverneur, le chevalier de Montmagny, et ce fut un spectacle absolument nouveau pour le petit poste de Québec (dont les rues venaient d’être tracées, mais qui ne portait pas encore le nom de ville) que de voir le gouverneur chevauchant le long des sentiers, comme les ‘ gendarmes ” . de Gustave Nadaud.

Les ‘“ habitants ” de ce temps-là avaient de l'esprit comme ceux d'aujourd'hui :ils jugeaient qu’un chevalier sans cheval, cela n'avait pas le sens commun, |

M. de Montmagny partit de Québec l’année suivante. Que devint son cheval ? Il n’est guère probable qu’on ait songé à lui faire traverser de

332 APPENDICE nouveau l'Océan. Cependant il est à peu près certain qu'il n’était pas à Québec en 1650, puisque les HHurons qui y descendirent cette même année, pour se fixer dans le voisinage, semblaient n’avoir jamais vu d'animal de cette espèce lorsqu’arrivèrent les premiers chevaux envoyés par le roi de France, quinze ans plus tard.

Peut-être le pauvre animal est-il mort de nostalgie peu de temps après son arrivée. I était soul ici de son espèce, et devait s’ennuyer à mourir. Mettons-nous un peu à sa place.

De quelle race était-11 ? Si on avait une photographie de sa tête ou d’une de ses pattes, nos savants zootechniciens de Québec ou de Montréal auraïent bien vite fait de reconstituer tout l'individu ; mais l’intéressante bête vécut trop tôt dans un monde trop jeune : lorsqu’elle allait brouter l'herbe des prés, à Pombre des grands ormes des Ursulines ou près du jardin de Guillaume Couillard ; lorsqu'elle allait s’abreuver au ruisseau qui coulait en face du terrain donné aux Jésuites par la compagnie des Cent Associés, Daguerre n’était pas né encore, et les Notman et les Livernois n’étaient pas même soupçonnés.

L'année 1647—qui vit le premier blanc pénétrer jusqu’au lac Saint-Jean—fut pour Québec

LES CHEVAUX CANADIENS 833 une année remarquable. La résidence des Jésuites, le château Saint-Louis e l’église paroissiale—plus tard la cathédrale de Québec-furent commencés cette année-là. Mais ce fut en 1648 que se firent les principaux travaux le maçonnerie de ces édifices, et il y à lieu La croire que le cheval de M. de Montmagny eut à peiner plus d’une fois dans le voisinage de la rue des Carrières à cette occasion. M’est avis qu'il ne s’est fait aucun travail important dans Québec en ces temps-là sans que le noble animal y ait mit la main, je veux dire la patte.

Le 16 juillet 1665, on débarqua à Québéc douze chevaux envoyés par le roi de France.

Il y avait à bord du navire qui les transportait un pauvre petit diable qui devait fournir une carrière aventureuse daus la flibusterie. IT se nommait Jean Doublet, et 1l a laissé des mémoires qui ont été imprimés il y a quelques années (en 1883). D’après son journal, le roi de France avaitenvoyé vingt chevaux en Canada.

Huit seraient donc morts pendant la traversée, puisqu'il n’en arriva que douze à Québec. Ces premiers chevaux—tirés des écuries royales— firent le voyage de la vieille à la nouvelle France en brillante compagnie. Voici comment s’exprime Doublet :

“ Nous trouvâmes ce navire extrêmement

nee

ra rt hs ha

embarrassé par 18 cavales et 2 étalons, des

Harnois du Roi, et dont les foins pour les

nourrir occupaient toutes les places. Dans Pen-

trepont étaient quatre-vingts filles d'honneur \ h ‘ A . 4 A * ,

pour etre mariées à notre arrivée à (juébec, ot

puis nos 70 travaillants avec équipage, formant une arche de Noé. La traversée fut assez heureuse, quoiqu'eile durât trois mois et dix jours pour arriver au dit Québec.”

Cette même année 1665 vit arriver dans la Nouvelle-France M, de Tracy, M. de Courcelles, Pintendant Talon et huit compagnies du régiment de Carignan-Salières, dont plusieurs officiers devaient être d'excellents cavaliers. Les Hurons campés près du fort Saint-Louis farent émerveillés du faste déployé par les nouveaux venus, et surtout de voir les orignaux de France, comme ils appelaient les chevaux, si admirablement dressés et se pliant si volontiers aux fantaisies de ceux qui les mentaient. Des vaches et des moutons furent aussi débarqués à Québec (où il y en avait déjà) dans l'été de 1665, ét il se trouva dès lors dans la colonie autant de bêtes et de gens qu’il en fallait pour que le pays fût considéré comme tout à fait civilisé.

Tous ces animaux se propagèrent avec une rapidité incroyable.

pédi

RERÉRI WE ERA

2er SUR

La Mère Marie de l’Incarnation écrivait, en 1667 : ‘“ Sa Majesté a encore envoyé des chevaux, et on nous a donné, pour notre part, deux belles juments et un cheval, tant pour la charrue que pour le charroï.”?

Ces chevaux étaient vifs, rustiques, pas trop lourds et pouvant passer facilement de la charrue à la voiture légère, traverser les bancs de neïge sans enfoncer très profondément, braver la poudrerie, se tirer d’une rencontre en hiver avec agilité et sans trop d’efforts.

En 1670, Louis XIV fit encore envoyer des chevaux dans la colonie, et il les fit distribuer chez les gentilshommes du pays qui avaient le plus favorisé le défrichement et la culture des terres. Deux juments et un étalon furent donnés à M. de Chambly ; deux juments à M. de Lachesnaye ; une à M. de Sorel ; une à M. de Contrecœur ; une à M. de Saint-Ours ; une à M. de Varennes; une à M. LeBer ; une à M.

de Latouche, une à M. de Repentigny ; une À l’intendant Talon : —treize bêtes en tout.

Le roi tenait en estime particulière ceux qui cultivaient la terre. Dansles lettres de noblesse que le monarque accorda à un certain nombre de colons qui avaient travaillé avec zèle à l'établissement du pays, ‘ il donna pour motif

À A den 2 F x à CE . 1 : « LCR

de cette faveur l’empressement qu'ils avaient fait paraître pour la culture de la terre.”

Colbert s’occupait spécialement de la colonisation du Canada, mais non en éparpillant les forces du pays, comme cela s'était fait auparavant, et surtout comme cela se fit plus tard, sous Louis XV. Il écrivait, le 18 mars 1664, à Monseigneur de Laval :

‘ Sa Majesté a pris résolution de faire lever des hommes qui seront conduits en Canada ; inais elle estime tout à fait indispensable que le Conseil Souverain distribue des terres à ces nouveaux venus, et qu’on les oblige à défricher de proche en proche, afin que, n'étant plus épars comme autrefois, ils soient mieux en état de se défendre contre les surprises des [roquois. ”

Relativement à la distribution des chevaux envoyés iei en 1670, l’abbé Faïllon s'exprime en ces termes : “ Voici les conditions auxquelles le Roi faisait ces sortes de dons aux particuliers : ils Cevaient les nourrir (les chevaux) pendant trois ans : et si, par leur faute, quelqu'un de ces animaux venait à mourir, celui à qui il avait été donné était obligé de payer au receveur du Roi la somme de deux cents livres. Dans l’autre cas, il pouvait le vendre après les trois aus expirés, ainsi que le poulains qu’il aurait pu avoir ; mais avec charge, au bout des

trois ans, de donner au receveur de Sa Majesté un poulain d’un an pour chaque cheval, ou la somme de cent livres. Il était pareillement ordonné que, lorsque ces poulains que le Roi faisait élever et nourrir seraient parvenus à leur troisième année, on les distribuerait à d’autres particuliers, et toujours aux mêmes conditions. Comme on le voit, ces conditions ne pouvaient être plus avantageuses aux particuliers ni au pays en général Aussi Jolbert, qui avait tant à cœur de voir fleurir la colonie, écrivait à M. Talon, le 11 février

1671 : Je tiendrai la main à ce qu'il soit

‘ envoyé au Canada des cavales et ânesses, afin ‘ de multiplier ces espèces si nécessaires à la ‘“ commodité des habitants. ”” De tous les animaux domestiques envoyés par la Roi dans la Nouvelle-France, les chevaux furent, en effet, ceux qui s’y multiplièrent le plus, quoique le nombre des autres y augmentât d’une manière étonnante. ?”

Excepté les ânes. Ces animaux si utiles n’ont jamais fait souche en Canada.

C’est bien dommage. 1

1 En 1696,—di: M. Benjamin Sulte,—-lors de l'expédition contre les Onnontagués, M. de Frontenac montait une bourrique et M. de Callières un cheval qu’ils avaient amenés sur des bateaux. ”

fe

Page 1