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vèrent le débris à quelques pieds au-dessus du niveau du lit du ruisseau Saint-Michel, sur la rive droite, à quelques pas de son embouchure (1).
L'opinion, que M. Hamel avait communiquée à M. Boivin au sujet de la Petite-Hermine, passait du coup, aux yeux du vulgaire, dans le domaine de la réalité ; elle avait d'autant plus de chance d'être favorablement accueillie du public, que des membres des plus éminents de la Société littéraire prenant cette découverte au sérieux et croyant faire acte de patriotisme, se chargèrent de faire exécuter, à leurs frais, les fouilles nécessaires pour retirer du bourbier cette relique trois fois précieuse ! M. Hamel visita le lieu de la découverte, et, ‘d’après la position des débris, la nature du bois dont ces débris se composaient, et le caractère des cailloux qu'ils avaient trouvés sur son fond,” il en avait conclu, comme l'indique le Camadien, que cet antique vaisseau devait remonter au temps de Jacques Cartier. Avouons que ces conclusions étaient un peu prématurée ; mais, comme le nom de la Petite-Hermine était dans toutes les bouches, il fallait bien suivre le courant après lui avoir imprimé cette direction.
Cependant il y eut des doutes chez quelques uns, puisque l’on vit bientôt les archéologues de Québec demander au maire de Suint- Malo de s'occuper de la vérification des pièces de cette vieille coque ainsi que des objets qu'elle renfermait, Le procès-verbal des travaux et des délibérations de la commission composée de cinq citoyens de la ville natale de Jacques Cartier, est du domaine de l’histoire, et son président, M.Charles Cunat, officier de marine, avait été tout spécialement désigné par le maire de Saint-Malo, M. Hovius, pour diriger l'examen demandé ; les autres devaient avoir qualité pour remplir l'important travail archéologique : c’étaient Leguen-Lacroix, architecte, Depasse, architecte, Gilbert, constructeur, Michel, capitaine de vaisseau. Cette commission ne siégea qu’une seule fois, le 13 décembre 1843, dans une des salles de l’'Hôtel-de-Ville de Saint-Malo. M. Cunat fit un petit discours à ses collègues avant de les mettre à l'ouvrage (2): “Messieurs, leur dit-il en substance, vous savezque notre compatriote Jacques Cartier entreprit plusieurs voyages d’explora-
(1) Et non à plusieurs arpents, comme semble croire M. De Caze dans son:
‘travail sur le Æort Jacques-Cartier, publié dans l’£zecteur du 2 mai 1891.
(2) Voir pièce justificative qui renferme le procès-verbal de cette assemblée Î
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tion au Canada, et, qu'à son deuxième, il dut abandonner lun de de ses navires dans le voisinage de Québec. Des patriotes et des savants du Canada ont découvert, par un hasard particulier, les restes de ce vaisseau qui deviennent de précieux documents pour l’histoire de notre ville, Maintenant que vous savez ces choses, mettezvous à l’œuvre et veuillez identifier les pièces que vous avez sous vos yeux, en les confrontant avec les objets de même espèce de notre localité, et indiquer les changenients 4 "ils ont subis dans le cour des âges.”
Après ce petit discours de son président, la commission n'avait guère besoin de chercher une conclusion, puis qu’elleétait toute tirée d'avance. Pourquoi s'astreindre à examiner toutes ces pièces les unes après les autres, afin d'en connaître la nature intime, l'apparence extérieure, cte., puisque M. Cunat venait de déclarer officiellement que. ces débris de navire remontaient à Jacques Cartier. Evidemment la thèse de M. Hamel avait déjà trouvé des admirateurs quand même en dehors de Québec et du Canada. Mais, disons-le à la louange des archéologues malouins, leur travail d'examen fut consciencieux, pas trop détaillé et dépouillé du fatras technique si commun en ce genre d’études. Examinons-le nous-même pour en tirer une conclusion conforme aux données qu'il apporte, données que nous acceptons sous toute réserve.
Ce sont tout d’abord les pièces en fer. Quelles étaient ces pièces ?
1. Un boulon ou cheville de fer de l’étrave (1). 2. Un boulon de l'arrière du navire. 3. Une cadène (2). 4. Un organeau à piton. 5. Le manche d’une cuiller à pot. 6. Un morceau de boulon. 7. Un hamecon. 8. Douze clous de vaigrage (3) et de bordage et une pièce trouvée sous le navire. Total: 20 PIÈCES EN FER. Etait-ce là tout le matériel métallique trouvé dans le vaisseau du ruisseau Saint-Michel ? Non pas : il s'y trouvait de plus un boulet de canon, mêlé aux pierres du lest, du poids de 24 livres, mais resté à Québec (4).
Après avoir examiné chacune des pièces susdites, la commission
(1) Pièce de bois formant l'avant du navire.
(2) Chaîne,
(3) Assemblage de planches qui revêtent intérieurement la membrure,
(4) Est-ce celui qu'avait trouvé M. Rhéaume dans la coque du vaisseau, et exhibé en séance publique de la Société de discussion, le 15 juillet 1844, par M. Berthelot. conférencier, qui dit, ce soir-là, que ce boulet avait deux pouces et derni te diamètre ? lans ce cas, il ne pouvait peser 24 livres,
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conclut que toutes en général, boulons et clous d’une forme semblable, étaient encore en usage en 1843. Donc, il est inutile de vouloir les faire remonter à trois siècles en arrière. Etant encore DAtS employés dans les constructions au commencement du XIXe siècle, FEU ces clous et ces chevilles pouvaient être rapportés avec beaucoup |: plus de raison à une époque moins reculée que le milieu du XVIe | | siècle.
| Cependant, dit le rapport, “les clous du vaigrage et du bordage avaient une longueur exagérée, eu égard à leur destination.” Cette anomalie s'explique, (et les archéologues malouins l'ont comprise), par le fait que ces clous avaient pu être utilisés à la place de che- | villes. Quant à leur forme, “les têtes étaient plus fortes que celles | |