‹ Le fort Jacques-Cartier et la Petite-Hermine [microforme]Chapitre 6 sur 17 · Î | | { | PA | Î · texte numérisé non relu

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fe qu'on leur donnait en 1843 et le corps plus allongé.” Admettons cela, mais est-ce que ce'te différence dans la forme de la tête et du corps des clous, indique qu'on les fabriquait ainsi du temps de Cartier ? La commission est muette sur ce point, qu'il eût été important de préciser pour arriver à une conclusion quelconque. D'où nous sommes libres de croire que ces clous pouvaient aussi bien avoir été | fabriqués au XVIIIe siècle qu'au XVIe.

ul | “ Portant ensuite son examen sur l’état matériel desdites pièces F3 en fer, la commission a été étonnée de leur parfaite conservation.” FA {| Véritablement nous marchons de surprise en surprise. Voilà a | vingt morceaux de fer qui, affirme-t-on, furent pendant trois-cent | sept ans en contact immédiat avec l'humidité, et leur conservation | [| est parfaite! Il y avait lieu pour ces savants de marquer leur | ane | étonnement d'un état de choses si renversant. Mais ce qui doit | | le plus nous surprendre, ce n’est pas tant la préservation de ces ERA ferrailles contre l'oxydation, que ce manche de cuiller à pot et cet | hameçon que l'on a trouvés dans cette vieille coque disloquée. | 1,14 C'était donc un musée d’antiquailles que l’on avait expédié de Qué- | | | bec au maire de Saint-Malo’ Clous, carvelles, chaîne, organeau, | hi cuiller et hameçon. A qui donc avait profité le cadeau de Cartier |

PA aux sauvages de Stadin (1)?

(1) M. De Oaze dit quelque part dans son travail déjà mentionné : ‘* Pourquoi ces sauvages que l’on nous dépeint comme si rapaces et si avides de ferrailles, auraient-ils plutôt épargné la carène du navire trouvée en 1843 que celle de la Petite. Hermine?” La réponse est très facile: du temps de Champlain. les sauvages de Stadaconé, de Stadin et des autres bourgades dont Cartier avait pu constater l’existence en 1535, avaient disparu de Québec et de ses environs. Il n’y avait plus que des débris de Montagnais

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Voilà tout le résultat de l’exainen des objets en métal. Aucun d'eux n'apporte le moindre jour sur la question de l'antiquité du vaisseau auquel ils avaient appartenu. En est-il de même des pièces en bois ?

L'envoi à Saint-Malo comprenait 7 pièces distinctes de structure ligneuse, dont la plus importante est celle étiquetée No 1, pièce de gabord en sapin bien conservé. Les autres, en orme, en chêne ou en châtaignier, étaient d’une conservation plus ou moins parfaite. La commission ne fait d’abord que constater la nature du bois de chacune de ces pièces et leur état de conservation. Que conclure de là ? Est-ce à dire, parce que ces bois étaient tout probablement de provenance française, (la commission ne le dit pas) que l'on doive en inférer que le vaisseau, à la construction duquel ils servirent, avait trois cents ans d'existence ? Une telle conclusion serait absurde, car on construisait en chêne du temps de Champlain (2), un siècle après Cartier. Nous avons par devers nous un devis de 1638 où il est dit que le navire sera construit en bois de chéne, bon, loyal et marchand. On ne doit pas oublier que tous les vaisseaux dont nos ancêtres se servirent dans la première moitié du XVITe siècle, étaient construits en France, c’est-à-dire avec du bois français de la même composition que celui du vaisseau dont les archéologues disséquèrent les restes en 1843. Il va de soi que ces mêmes vaisseaux, grands et petits,

qui vécurent d’abord à proximité de l'habitation de la basse-ville, Plus tard, quand les jésuites vinrent se fixer à l'embouchure du ruisseau Lairet, quelques familles montagnaises auxquelles s’adjoignirent aussi des Hurons et des Algonquins, mais en nombre très restreint, se cabanèrent dans le voisinage de Notre-Dame-des-Anges” Si ces barbares eussent découvert la carène en question, ils en auraient probablement enlevé tout ce qui pouvait leur être utile. Mais ne l’& yant pas aperçue, pour la bonne raison qu’il n’y en avait pas, ils se contentèrent des ferrailles que les Français voulurent bien leur donner, comme des couteaux, des alênes, des fers de flèche et autres objets utiles en temps de pêche et de chasse.

Il ne faut pas perdre de vue que les rapports jou:naliers des sauvages du XVIIIe siècle avec les Européens, qui leur fournissaient tout ce dont ils avaient besoin en fait d'instruments utiles à leurs industries peu nombreuses, devaient les rendre moins avides de vieux clous que les sauvages du temps de Cartier, qui, voyant pour la première fois ces bagatelles de fabrique étrangère, s’estimaient heureux de posséder un clou, une flèche ou une balle de fusil.

(2) Champlain est le premier qui fit connaître en France le chêne canadien. Quand il partit de Québec, le 20 juillet 1611, il emporta avec lui quelques planches de ce bois, afin de s'assurer si on ne pourrait pas s’en servir au lambrissage des navires et à la garniture des fenêtres.

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étaient lestés avec des pierres tirées des rivages de la Normandie, de la Bretagne ou de la Saintonge. Quelquefois même on utilisa, ici, ces pierres pour la construction d'édifices. Ainsi, il est notoire que l'encadrement de la porte principale de l’ancien collège des jésuites était en pierre de Caën. Nous pouvons donc dire des galets du lest trouvés dans le fond de la prétendue Petite- Hermine, ce que nous concluons de la nature du bois de sa charpente ; ils prouvent uniquement que ce navire pouvait être de Saint-Malo. Rien de plus. Estce que par hasard l'on voudrait soutenir que ces cailloux roulés, par le seul fait de ressembler à ceux des grèves de Saint-Malo, devaient appartenir à l'un des vaisseaux de Cartier ? Pense-t-on aussi que les galets du XVIIe siècle aient pu différer de ceux du XVIe ? Ce serait une singulière théorie que celle qui voudrait nous faire croire que l’on peut reconnaître l'antiquité d'un vaisseau par les pierres de s n lest. L'opération serait aussi curieuse que cette autre bien connue, en vertu de laquelle, étant données la longueur, la hauteur et la largeur d’un navire n'ayant plus que quinze jours pour arriver au port, on pourra faire connaître l’âge du capitaine.

Mais supposons que ce vaisseau fût breton, est-ce à dire qu'il ne soit venu au Canada qu'un seul vaisseau malouin, après Cartier, même au XVIe siècle ? Tout porte à croire que les eaux du Saint- Laurent ne cessèrent d’être fréquentées par des pêcheurs bretons, normands et basques durant tout le XVIe siècle. Cartier lui-même ne revint-il pas en 1541 ? Roberval ne vécut-il pas au pays pendant les années 1542 et 15437 Et, après eux, pourrait-on oublier cette fourmilière de pêcheurs qui, chaque année, quittaient les divers havres de la Normandie, de la Bretagne et de la Saintonge, pour venir exercer leur industrie dans le golfe et vraisemblablement dans le fleuve Saint-Laurent ? N'est-il pas du domaine historique que les deux fils de Jacques Noël, successeur ct héritier de Jacques Cartier, pénétrerent en 1587 dans le fleuve, aussi loin que le saut Saint-Louis ? Et les Basques qui poursuivaient les baleines dans le fleuve et les dépecaient sur ses rivages ? Et Chauvin dont les navires vinrent, en 1690, 1601 et 1602, faire le cominerce des fourrures avec les sanvages de Tadoussac et des Trois-Rivières ? Champlain lui-même n'avait-l pas, en 1603, remonté le Saint- Laurent jusqu'au saut Saint-Louis? Qui pourrait affirmer qu’auenn d'eux, pêcheur ou trafiquant, n'ait pu abandonner une de ses barques désemparées ? Ce n’est pas à dire que toute cette énumération ait pour but de prouver que l'épave du ruisseau Saint-

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Michel appartint plutôt à cette époque très reculée qu’?. une autre moins ancienne. Loin de nous cette prétention, qui est absolument contraire à notre conviction.

Encore une fois nous ne devons ni ne pouvons rien conclure à l'appui de l'hypothèse de M. Hamel, du fait que ces débris de vaisseau étaient en bois étranger à ceux de nos forêts, et que les pierres du lest ressemblaient aux galets des grèves de Saint-Malo. La commission elle-même, plus sage que nos archéologues, n’en a rien inféré.

Aux pièces de bois de l'envoi se trouvait mêlée une espèce de mousse qui, dit-on, pouvait avoir servi au calfatage. La commission fait observer que ce procédé n'avait pas été oublié dans le port de $: ‘nt-Malo, sans ajouter depuis quelle époque il était tombé en désuétude, Allez donc ensuite tirer une conclusion! C’est une bcile chose vraiment que la science archéologiqu !

La commission ajoute une dernière observation, qui n’est pas la moins intéressante : “Aux observations, dit-elle, faites sur les lieux par le capitaine Saint-Cyr et le constructeur Robitai!le, qui donnèrent à cette construction beaucoup d’élancement, la commission pense devoir ajouter que, d’après la figure des pièces, varangue, genou, gabord, vaigre et bordage, le fond du navire devait être plat et en forme de sole, et que, par l'échantillon des dites pièces, il pouvait jauger soixante tonneaux.”

Des vaisseaux plats, il y en a eu de tout temps en France, et il n'est pas nécessaire de remonter jusqu'au XVIe siècle pour en trouver. Mais ces vaisseaux ne servaient d'ordinaire qu’à la petite navigation, comme celle du cabotage. Ainsi les gabares ou navires de charge étaient à fond plat ; les galéaces, qui servaient à la pêche des côtes maritimes, étaient des bateaux plats ; le clinquart, d’origine suédoise, était un petit bateau plat. A quel genre de construction appartenait la Petite-Hermine? Nous l’ignorons, mais il nous paraît peu probable que Jacques Cartier, tout hardi qu'il fut, ait risqué de franchir l'océan sur un navire à fond plat, de 60 tonneaux. L'intrépidité n'exclut pas la prudence, et les navigateurs français étaient généralement prudents. Si le témoignage de la commission sur ce point est exact, (et nous n’avons aucune raison de croire le contraire), nous pouvons affiriner, sans qu'il soit besoin d’autres preuves, que cette carcasse de vaisseau n’était pas la Peite- Hermine.

Nous ne nous arrêterons pas à discuter la question du tonnage évalué à 60 tonneaux par les commissaires archéologues, s'appuyant

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