‹ Le Forum romain et la Voie sacréeChapitre 14 sur 59 · ATRIUM DES VESTALES ÉTAT (ACTUEL · texte numérisé non relu

ATRIUM DES VESTALES ÉTAT (ACTUEL

servi les dieux et veillé sur le feu sacré, le bien que, de jour en jour, elle à ainsi fait à ‘État, lui ont mérité d'être louée par la déesse Vesta elle-même; qu'elle est arrivée par ‘ancienneté au maximat, plus pieuse, plus pure, plus chaste que toutes les Grandes Vestales qui l'ont précédée. Une de ses dédicaces, datée du 11 juillet 247, nous indique l'époque à laquelle elle vécut. Une autre Grande Vestale est félicitée pour le vingtième anniversaire de son maximatus. Ces inscriptions et ces statues sont érigées par les personnages les plus divers : des parents, des clients qui appellent la

Vestale patrona, des officiers, un consul; les fictores, industriels auxquels les Vestales et

es pontifes conféraient le privilège lucratif de fabriquer des gâteaux pour les sacrifices et des ex-voto qu'on vendait aux fidèles, témoignent aussi, par des statues, leur recon-

naissance; ces ex-voto représentaient soit la divinité, soit des choses que l'on ne

pouvait pas lui offrir en nature : animaux, membres malades dont on avait obtenu la guérison, etc.

Sur une base datée du 9 juin 364, une Grande Vestale est louée par les pontifes pour sa chasteté, sa pudeur, sa science admirable dans les choses sacrées et les cérémonies du culte. Ce fut une des dernières Grandes Vestales, car ce monument précède de trente ans seulement la fermeture de la maison et du temple. À un moment donné, les pontifes regrettèrent leurs éloges et martelèrent si bien le nom de la Vestale qu'on n'en peut distinguer que la première lettre, qui est un C. Le martelage du nom, chez les Romains, indique que le personnage, depuis qu'il a reçu l'honneur d'une inscription, a démérité, et que sa mémoire est condamnée. Deux causes peuvent être attribuées à cette condamnation : ou la Vestale manqua à son vœu, ou elle se fit chrétienne. Symmaque, à cette époque, parle d'une Vestale accusée d’avoir violé son vœu; Prudence se félicite de ce que la Grande Vestale Claudia s’est faite chrétienne.

Nous sommes au moment où la lutte est ardente entre

la religion du Christ et le paganisme expirant. Le grand

nombre des historiens du Forum croit, avec M. Marucchi, que la Vestale dont il est ici question se fit chrétienne et que les pontifes effacérent son nom des monuments sur lesquels il était inscrit

Le préfet de Rome, Vettius Agorius Prætextatus,

ami de Symmaque, fut le dernier défenseur des Vestales. On a trouvé, pêle-mêle avec les statues des Vestales Drêtes à être jetées dans un four à chaux, une statue d'homme qui est peut-être celle de Prætextatus. Au seizième siècle, on mit au jour, dans la maison des Agorii, a base d'une statue de la Grande Vestale Cælia Concordia. Cette statue, dit l'inscription, a été érigée à

Cælia Concordia par la femme d'Agorius Prætextatus,

Fabia Paulina, reconnaissante que Cælia Concordia ait

élevé à son mari une statue dans la maison des Vestales. Il est vraisemblable que c'est celle qui a été retrouvée et dont nous donnons ici le dessin. La barbe était en métal, SE MU ee peut-être précieux, et a, pour ce motif, été enlevée à une

PARA Pan eu époque inconnue.

dé D Le décret de Gratien, de l'an 383, supprima les allocations faites aux Vestales par l'État. Elles conservérent cependant leur maison, leur temple et la liberté d'y célébrer le culte habituel. Onze ans plus tard, en 304, ‘Lhéodose I‘, vainqueur d'Eugene, confisqua pour le domaine le temple et la maison

des Vestales; la flamme sacrée qui, depuis le bon roi Numa, avait, à cette même

place, veillé sur les éternelles destinées de Rome, s'éteignit pour toujours, et avec elle ce que le paganisme avait eu de plus pur et de plus immatériel.

On ignore ce que devint la maison des Vestales. Des remaniements prouvent qu'elle fut habitée pendant le haut moyen âge. Au cinquième siècle, un de ses habitants y enfouit un trésor de trois cent quatre-vingt-dix-sept monnaies en or composé, dans sa plus grande partie, de monnaies d'Anthemius; la pièce la plus ancienne était de

Constance IT (337-366 ap. J.-C.); apres celles d'Anthemius, les plus récentes sont de

Léon I" (457-474). Ce trésor, d'après l'opinion de M. Gatti, fut enfoui en 472, quand les Barbares amenés par Ricimer révolté contre son beau-père Anthemius livrerent Rome au pillage. Avant ce trésor, dans un autre coin de la maison, on avait trouvé un dépôt de monnaies anglo-saxonnes du dixième siècle, qui, comme le démontra G.-B. de Rossi, avait été envoyé à Rome pour le denier de Saint-Pierre, et, pendant un des moments de trouble qui ne manquèrent pas à cette époque, enfoui dans l’ancienne

maison des Vestales par le fonctionnaire de la cour pontificale qui l'habitait alors.

La Régia. — Numa avait créé un collège de quatre pontifes présidé par un cinquième avec le titre de grand pontife, pontifex maximus. A ce collège étaient confiées a direction et la surveillance du culte public et privé. En 300 avant Jésus-Christ, les ontüfes furent portés à neuf, y compris le grand pontife; Sylla en ajouta six: sous ‘empire, le nombre fut un peu flottant, au gré de l'empereur. Le grand pontife iabitait un palais où Numa l'avait établi et qui, en même temps, était le lieu de réunion du collège et le centre de son administration. Comme le temple et sans doute la maison

voisine, demeure des Vestales, cet édifice avait été construit sur l'emplacement du

alais de Numa. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles il fut appelé Régia. Nous avons vu plus d'une fois le grand pontife intervenir près des Vestales:; il était en ellet, avec son college, leur chef véritable et, quand il y avait lieu, leur juge, avant, comme nous l'avons dit, la surveillance des cultes, des prêtres par conséquent, et même des magistrats en tant que leurs fonctions les obligeaient à offrir des sacrifices. Et, de cette gestion, il n'avait à rendre compte ni au peuple ni au sénat. Le premier grand Jontife nommé par Numa fut le sénateur Numa Marcius, fils de Marcus. Plus tard, le grand pontife fut élu par le peuple au Forum. Sous l'empire, l'empereur était grand ontife de droit, approuvé pour la forme par un décret du sénat. Numa remit au pontife

un livre où étaient prévus et indiqués tous les sacrifices avec la date, le lieu où l'on

devait les célébrer et l’origine des sommes nécessaires. ‘Tout était prévu pour que

es rites nationaux se maintinssent purs dans l'avenir et ne fussent pas dénaturés par

intrusion de cultes étrangers. Conservés dans les archives de la Régia, ces registres, augmentés jar les observations des pontifes, formaient un rituel officiel et en même temps

un recueil de faits permettant, dans les circonstances difhciles, de rechercher des précédents.

Les archives de la Régia renfermaient encore un précieux document pour l'histoire : ce sont les annales des pontiles. Tous les faits y étaient consignés au jour le jour. Sous le pontificat de Mucius Scævola, en 130 avant Jésus-Christ, on en fit une rédaction divisée en quatre-vingts livres; mais toute la partie antérieure à l'an 380 avant Jésus-Christ avait moins d'autorité, parce qu'après l'incendie de la Régia par les Gaulois on dut la refaire de mémoire.

Tous les documents relatifs à la rédaction du calendrier dont étaient chargés les pontifes, à l'établissement des fastes consulaires et triomphaux, faisaient aussi partie des archives de la Régia. On sait de quelle importance pour les Romains étaient les fastes consulaires, puisque, s'ils indiquaient les années, comme nous le faisons aujourd'hui, par des chiffres, plus souvent ils les marquaient par les noms des consuls ordinaires. Les pontiles prenaient soin de faire graver les fastes à l'angle sud-ouest de la Régia, sur le mur extérieur, afin que chacun püt les consulter. On en a retrouvé des fragments

considérables, réunis aujourd'hui au palais des Conservateurs sur le Capitole.

La Régia renfermait un sanctuaire dans equel on vénérait, suspendues à la voûte, des armes miraculeuses, les lances de Mars. Quand elles s'agitaient d'ellesmêmes, c'était un funeste présage qu'il fallait conjurer par des sacrifices expiatoires. Aulu-Gelle, qui était un esprit fort, attribue ce phénomène à des tremblements de terre; les lances du dieu de la guerre auraient donc été un sismographe rudimentaire! Dans la Régia aussi se trouvait le mystérieux sanctuaire de la déesse Ops Consiva, remontant aux plus anciennes traditions de Rome. Seules les Vestales et le Sacerdos publicus y pouvaient entrer. Ops était la déesse de la moisson, de l'abondance, la femme et la divinité parèdre de Saturne.

Les pontifes devaient, pour délibérer et prendre des décisions, se réunir à la Régia. Même sous l'empire, quand le grand pontife, étant à la fois l'empereur, résidait au Palatin, il descendait à la Régia pour présider les séances. Nous avons vu Pline le Jeune faire à Domitien un crime d'avoir convoqué les pontiles à la villa d'Albano pour juger la grande Vestale Cornelia.

Le collège des frères Arvales, un des grands collèges sacerdotaux, dont faisaient partie l'empereur et des personnages de la plus haute aristocratie romaine, y tenait quelquefois des séances.

Les restes de la Régia, que l'on à mis au jour, comprennent trois pièces, un vestibule et une cour. Dans la troisième pièce, une substruction ronde, qui parait avoir été respectée dans les diverses reconstructions de l'édifice, était peut-être le sanctuaire des lances de Mars. Tout le côté sud, bordé par un mur que longeait une rue étroite de l'autre côté de laquelle se dressait, parallèle, le mur du locus Veste, faisait face à la maison des Vestales. À une très basse époque, aux temps byzantins

sans doute, un édifice, dont il reste trois marches en marbre blanc descendant sur la

voie sacrée et quelques débris d'un portique en granit rose, a surchargé le côté sud.

A l'extrémité ouest était attenant le lieu de réunion, la schola des kalatores, appariteurs qui servaient les pontifes et marchaient devant eux dans les cérémonies publiques. La Régia subit de nombreuses vicissitudes. Pendant la république et l'empire, à la suite d’incendies, il fllut plusieurs fois la reconstruire, car ce coin du Forum fut tout particulièrement éprouvé par ces sinistres. Sous Auguste, Calvinus la réédifia tout en marbre, avec un grand luxe: mais l'incendie de Néron et une fois encore

celui de Commode la détruisirent.

ommé grand pontife, Auguste n'en habita pas moins au Palatin et donna aux Vestales la partie de la Régia attenante à leur demeure, où

résidait avant lui le grand pontife.

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