‹ Le Forum romain et la Voie sacréeChapitre 16 sur 59 · LES CINQ DERNIERS ROIS · texte numérisé non relu

LES CINQ DERNIERS ROIS

Après un nouvel interrègne, le peuple et le sénat élevèrent au trône Tullus Hostilius. La gloire de son aïeul, mort héroïquement pendant la guerre contre les Sabins, sa jeunesse, son ardeur belliqueuse l'avaient désigné à leur suffrage. I1 chercha aussitôt querelle aux Albains et, avec un manque évident de bonne foi, leur déclara la

SUETTre.

La Pila Horatia. — C'était une guerre fratricide, les deux peuples descendant de ‘Troie et d'Énée: on sait qu'elle se termina par le combat des trois Albains, les trois frères Curiaces, contre les trois Romains, les trois frères Horaces. Les Curiaces et deux des Horaces ayant péri, le troisième Horace rentrait à Rome victorieux et triomphant, chargé des dépouilles ennemies, quand, près de la porte Capène, sa sœur, reconnaissant sur l'épaule de son frère la cotte d'armes qu'elle-même a tissée pour un des Curiaces qu'elle devait épouser, s'arrache les cheveux, et, avec des cris lamentables, pleure et appelle son fiancé. Outré de cette note discordante au milieu de la joie universelle, Horace ne se possède plus et tue sa sœur en s'écriant : « Va, avec ton criminel amour, va rejoindre ton fiancé, infidèle à tes frères morts, à celui qui survit, à la patrie. Ainsi périsse toute Romaine qui pleurera un ennemi! » Les dépouilles des vaincus furent fixées, comme des trophées, à un poteau planté sur le Forum, à l'angle d’un portique, près du Comitium. La rouille et le temps avaient rongé les armes des vaincus, mais le pilier existait encore sur le Forum au temps où écrivaient Denys d'Halicarnasse et Tite-Live; 1l était connu sous le nom de pila Horatia, le pilier d'Horace. Un meurtre ne pouvait, sans attirer sur le peuple la colère des dieux, rester impuni. Cité devant le tribunal des duumvirs, Horace est condamné, la loi formelle ne pouvant être éludée

par les juges; le meurtrier, même involontaire, devait, la tête voilée, suspendu à une

ourche, expirer sous les verges, soit dans la ville, soit hors la ville. « J'en appelle », dit Horace conseillé par le roi qui voulait le sauver. La cause, par cet appel, était renvoyée au jugement du peuple. L'émotion fut grande au Forum quand le père d'Horace vint ui-même plaider pour son fils. Il avait refusé de recevoir dans sa maison, pour les unérailles, le cadavre de sa fille; il affirma que si celle-ci n'avait pas été coupable,

ui-même aurait, pour la venger, usé du droit paternel de vie et de mort, suppliant

le peuple, qui l'avait vu père heureux de cinq enfants, de ne pas lui enlever aussi le dernier de ses fils. Puis, montrant, nous dit Tite-Live, les dépouilles des Curiaces attachées au pilier des Horaces : « Celui que vous avez vu, s'écria-til, s'avancer glorieux et triomphant de sa victoire, Romains, supporterez-vous de le voir lié à un poteau, expirant sous les coups et dans les tortures, spectacle honteux dont se détourneraient les yeux même des Albains! Va, licteur, lie ces mains victorieuses qui ont donné l'empire au peuple romain; va, voile la tête du libérateur de Rome; suspends-le à l'arbre fatal! Frappe-le de verges, comme l'ordonne la loi, soit dans la ville, mais alors que ce soit devant ce pilier chargé des dépouilles ennemies; soit hors la ville, mais alors ce sera au milieu des tombeaux des Curiaces. En quelque lieu que vous le conduisiez, les monuments de sa gloire protesteront contre lignominie de son supplice. » Ému par les larmes du père et par la calme intrépidité du fils en face d'un tel danger, le peuple prononça une sentence d'absolution. Le supplice fut remplacé par des cérémonies expiatoires dont, à travers les siècles, quelques-unes

restèrent traditionnelles dans la famille Horatia.

La Curia Hostilia et le Comitium. — Albe, vaincue et soumise en apparence, souleva, prête à trahir pendant le combat, Fidènes et Véies contre les Romains. Ceux-ci, victorieux, détruisirent la ville d'Albe pour en transporter à Rome tous les habitants. Tullus Hostilius fit les vieilles familles d’Albe égales aux vieilles familles romaines; ainsi prirent rang les familles ‘lullia, Servilia, Quinctia, Gegania, Curiatia, Clœlia dont les chefs devinrerit sénateurs. Pour son sénat ainsi augmenté, le roi construisit une nouvelle Curie, ou palais du sénat, qui, de son nom, s'appela pendant plusieurs siècles Curia Hostilia.

A la Curie comme au temple de Vesta les poëtes ont donné des origines préhistoriques. Un bois, un antre tapissé de lierre, une source où venaient s'abreuver les chevaux de guerre, occupaient à l'origine le lieu où Tullus Hostilius établit sa curie. l'arpeia y puisait de l’eau pour le culte de Vesta quand elle rencontra Tatius et convint avec lui du prix de la trahison dont elle fut la première victime. C'est au Vulcanal qu'à cette époque lointaine se réunissaient les sénateurs. En ces temps ou le temple de la déesse Vesta n'était lui-même que la cabane dans laquelle veillait le feu

public, la Curie n'était qu'une hutte de chaume; les sénateurs, plus tard revêtus de la

prétexte, ne portaient alors, cœurs rustiques, que des peaux de bêtes. On ne sait pas quand le sénat cessa, pour se transporter au Comitium, de se réunir au Vulcanal. Ce qui est certain, c'est que Tullus Hostilius construisit sa Curie au Comitium.

Jusqu'ici, le Comitium n'a été mentionné que comme le lieu où se rencontrérent, pour conclure la paix, Romulus et latius. Son histoire commence avec celle de la Curia Hostilia. Tullus Hostilius l'entoura d’une enceinte, en fit un lieu sacré, déterminé par les augures, c'est-à-dire un temple. Sa forme était carrée; il devait en être ainsi de tout lieu où monument auguré. Un peu plus élevé que le Forum, il s'étendait, comme une place, devant la Curia Hostilia. On sait peu de chose sur la disposition de cette première Curie. On y accédait par des degrés; sa façade regardait le sud, c'est-à-dire qu'elle était tournée vers le Forum. Comme les sénateurs ne pouvaient prendre de décisions que dans un temple, la Curie était augurée.

Sur les degrés de la Curie se trouvait la statue de l'augure Attus Navius. Celui-ci contredisant ‘larquin l'Ancien sur une question relative à la science augurale : « Eh bien, lui dit le roi impatienté, savant devin, demande aux augures si ce à quoi je pense est possible. » Navius, ayant consulté les augures, répondit que la chose était possible. « J'ai pensé, répondit Tarquin, que tu couperais cette pierre à aiguiser avec un rasoir; prends et fais ce que tes oiseaux ont déclaré possible. » Aussitôt l'augure coupa la pierre. Tarquin, ne songeant plus à railler l'augure, voulut au contraire se l’attacher. A l'endroit même où avait eu lieu le prodige, au Comitium, sur les degrés de la Curie, à gauche, il érigea à Attus Navius une statue en bronze, de la grandeur d'un homme de taille moyenne, la figure voilée. Près de la statue, sous un putéal, on enfouit la pierre et le rasoir. Le putéal était une enceinte, généralement semblable à la margelle d'un puits, qui protégeait et signalait au respect des passants un lieu sacré. Au milieu du Comitium, le peuple romain vénérait un figuier autrefois frappé de la foudre, image du figuier ruminal dont le feuillage abrita la louve allaitant Romulus et Rémus. Le même augure Attus Navius consacra, sous cet arbre, un groupe en bronze représentant ce prodige. Pline semble insinuer que l'augure voulut faire croire ainsi que, du Palatin, le figuier ruminal s'était merveilleusement transporté au Forum. Quand ce figuier se desséchait, c'était un présage funeste et les prêtres se hâtaient de le renouveler.

Au Comitium aussi, sur les confins du Forum, un lion en pierre marquait la place où le berger Faustulus, cherchant à séparer pendant une lutte Romulus et Rémus, aurait été tué et enterré. Si l'on en croit une autre tradition, une pierre noire indiquait un endroit du Comitium destiné à la sépulture de Romulus, mais où, à sa place, Faustulus reposa. Suivant deux scoliastes qui citent Varron, la tombe de Romulus, gardée par deux lions, s'élevait au même endroit. Nous avons, à propos de la pierre noire, parlé de ces traditions avec plus de détails.

l'arquin l'Ancien érigea aussi sur le Comitium une statue de la Sybille à laquelle

deux autres vinrent s'ajouter. D'où le nom fria fala donné plus tard à ce quartier.

Le Comitium s'enrichit, dans la suite, de nouvelles statues; ses dispositions furent modifiées par les diverses reconstructions de la Curie. Nous aurons occasion d'en parler quand, sous la république, le Comitium, la Curie et aussi le Forum seront le théâtre de

grands événements, quand ils seront le centre des manifestations de la vie politique à Rome.

Après un règne de trente-deux ans, Tullus Hostilius périt avec sa femme et tous les siens dans son palais incendié par la foudre. Denys d'Halicarnasse et Pline croient que les dieux le punirent ainsi d'avoir apporté des négligences dans l'exercice du culte ou d'avoir omis des sacrifices publics obligatoires, ou bien d’avoir introduit dans les cérémonies romaines des rites non permis.

Aussitôt après la mort de Tullus Hostilius, le sénat nomme un interroi qui convoque les comices. Le peuple élit Ancus Marcius et le sénat approuve l'élection. Petit-fils de Numa, persuadé que son prédécesseur a été frappé par les dieux pour avoir ou négligé ou altéré le culte, le nouveau roi pense que son premier devoir est de le rétablir tel que Numa l’a institué. Il ordonne donc au grand pontife de transcrire, sur de grands tableaux, les prescriptions de Numa et de les afficher au Forum. On n'employait pas encore, pour graver les lois et les règles du culte, le bronze, mais des tables de chêne; le temps détruisit rapidement les tables d’Ancus Marcius; le pontife Papirius les

rétablit après l'expulsion des rois.

Le nouveau roi convoque le peuple pour lui prêcher la paix. Croyant avoir affaire à un roi faible, les Latins attaquent Rome. Ancus Marcius leur montre que, suivant l'expression de Tite-Live, il est capable de se souvenir à la fois et des exemples de Numa

et de ceux de Romulus.

La prison. — Le Tut lianum. — Plusieurs fois, à la suite des guerres, les peuples vaincus avaient

été transportés à Rome.

: Peu à peu, les crimes, les LA PRISON MAMERTINE (ÉTAT ACTUEL) LS

attentats à la propriété devinrent plus nombreux dans cette population composée d'éléments divers, où rien n'avait été organisé pour la surveillance et la répression. L'audace des malfaiteurs s’en accrut et Ancus Marcius construisit une prison. Elle était située sur les dernières pentes

du Capitole, du côté du Forum. Ce fut un usage chez les Romains de construire les pri-

sons près des forums, car c'est là qu ils rendaient la justice. La prison se composait d'une série de pièces dont on a retrouvé les restes. La cellule qui subsiste était celle des condamnés à mort. Elle comprend deux chambres superposées; la chambre supérieure, d'une superficie de dix-huit mètres environ, est couverte par une voûte en anse de panier, haute de cinq mètres à sa partie la plus élevée: cette voûte commence au sol qui, en partie, est

le roc même, en partie est formé par la voûte de la chambre inférieure; au centre, un trou

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