‹ Le Forum romain et la Voie sacréeChapitre 32 sur 59 · LE · texte numérisé non relu

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le prix du chant. Il fut, pour ce motif, écorché vifet sa peau, suspendue par le dieu vaincu dans la caverne de Celene, en Syrie, s'agitait joyeusement au son de la flûte. Marsyas, pour ce motif, était, sur le Forum, le symbole de la liberté de la parole.

A son tour, le Forum devint insuffisant. Alors on créa les basiliques.

Les basiliques étaient des palais de justice. Chacune avait son tribunal; mais elles étaient aussi des lieux de réunion et d’affaires. La basilique classique se compose d'une grande nef centrale, occupant, du haut en bas, tout le centre de l'édifice. Deux nefs plus étroites, dont le premier étage forme galerie où balcon, l'entourent de tous côtés. De ce premier étage on peut très bien assister à tout ce qui se passe dans la nef centrale. Les basiliques étaient ouvertes de tous côtés, les nefs formant, vers l'intérieur, galerie. La foule y pouvait circuler, y chercher, pendant la chaleur, l'ombre et la fraicheur, s'y réfugier à la hâte quand une pluie d'orage balayait l'aréa du Forum. Les forenses y jouaient, pour tuer le temps, à des jeux de hasard. En plusieurs endroits du Forum, mais surtout dans la basilique Julia, on a trouvé bon nombre de ces jeux gravés sur les

| dalles. L'un d'eux, quelques osselets ou de simples cailloux ramassés sur une des

voies du Forum, voilà de quoi, pendant tout un après-midi, occuper deux forenses.

La basilique Porcia. — La première basilique du Forum fut la basilique Porcia élevée en 184 avant Jésus-Christ par le censeur Porcius Cato. Celui-ci acheta, pour la construire, plusieurs boutiques, des maisons, entre autres celle de Mænius qui mit comme condition qu'il conserverait sa colonne {la colonne Mænia, voir plus haut) avec l'autorisation d'y établir un pont volant quand des jeux seraient donnés sur le Forum. C'est dans cette

basilique que fut transféré le tribunal des tribuns du peuple; ceux-ci voulurent enlever un

ilier qui les gênait pour établir leurs sièges. Caton Minor plaida pour les en empêcher. | 8 ol Ï

Ce fut, pour son début au barreau, un très grand succès. La basilique Porcia périt dans

| l'incendie de la Curie allumé par le bûcher de Clodius, en 52 avant Jésus-Christ.

| La basilique Æmilia. — Quelques années après la construction de la basilique Porcia, en 179 avant Jésus-Christ, M. Fulvius Nobilior, censeur avec Æmilius Lepidus, construisit, derrière les fabernæ nove, une basilique que, de son nom, il appela Basilica | Fulvia. I Yentoura de boutiques qui furent louées à des particuliers, sans doute pour remplacer les fabernæ novæ que l'édifice dut absorber. Restaurée, reconstruite plusieurs | fois par des membres de la famille Æmilia, elle prit bientôt, sans doute en 78 avant Jésus-Christ, le nom Æmilia. Elle était ornée de boucliers en bronze doré, représentant

les ancêtres de la famille Æmilia. César donna, sur le butin des Gaules, une somme

de trois millions pour une de ces reconstructions. La basilique fut incendiée de nouveau en l'an 14 avant Jésus-Christ; un membre de la gens Æmilia, peu riche, la rebätit en son nom, mais c'est Auguste qui fit les frais. Il l'orna de colonnes phrygiennes dont Pline loue la magnificence. En 22 après Jésus-Christ, sous le règne de Tibére, un Æmilius, quoique sans fortune, la restaura et l'embellit pour la gloire de sa famille. Les dernières fouilles ont exhumé les restes d'une basilique reconstruite à la hâte, après un incendie, au moment des invasions barbares. On voit encore la trace qu'ont laissée sur les dalles les ornements en bronze. les clous et les monnaies qui, avec les débris enflammés, tombérent de l'étage supérieur dans l'écroulement de l'édifice. Au milieu des ruines calcinées, on éleva, à l'époque byzantine, un édifice dont il reste quelques colonnes en granit rose ayant fait partie d'un portique.

A l'extrémité est du portique de la basilique, un petit édicule en marbre faisait saillie. On l'a retrouvé, oublié par les chercheurs de marbre de la Renaissance, complètement écroulé, mais avec tous les morceaux tels encore qu'ils étaient tombés. L'inscription est en magnifiques caracteres, les plus beaux que l'on connaisse. On sait qu'Auguste avait adopté, comme ses héritiers et successeurs, ses petits-enfants, Lucius et Gaius César, fils de sa fille Julie et d'Agrippa. Le sénat leur avait accordé, dès l'enfance, les plus grands honneurs ; mais une mort prématurée les enleva bientôt. Le monument dont nous parlons était dédié à l'un d’entre eux, Lucius César, comme nous l'apprend l'inscription : « A Lucius César, fils d'Auguste, petit-fils du divin (Jules César), prince de la jeunesse, consul désigné à l'âge de quatorze ans, augure, le sénat et le peuple romain. » Sans doute, à l’autre extrémité de la basilique, un monument semblable à celui-ci faisait pendant; car jamais Auguste n1 le sénat ne séparérent les deux frères

dans les honneurs qui leur furent rendus après leur mort.

Sur tout le devant de la basilique, parallèlement à l'aréa du Forum, courait un beau portique à deux étages. Le premier se composait de piliers massifs, d'où partaient des cintres supportant une frise ornée, de distance en distance, de très élégants bucranes. Au-dessus, des boucliers présentaient les portraits des membres illustres de la gens Æmilia. Sur la frise du second ordre étaient sculptés des palmes et des feuillages d'un très bon style. Le portique était long de quatre-vingt-cinq mètres et large de sept. Le fond était garni de boutiques qu'interrompait au centre la porte donnant accès dans l'intérieur de la basilique divisée en trois nefs par deux rangées de colonnes. Le dallage est formé de plaques rectangulaires de beau marbre, giallo et portasanta, encadrées dans des bandes de marbre cipollin. De la façade, un escalier monumental, mterrompu,

comme nous l'avons vu, par le sanctuaire de Vénus Cloacina, descend vers le Forum.

L'usage de juger en plein air avait bien des inconvénients : le froid, les grosses

chaleurs, les pluies soudaines. Aussi, une fois qu'on eut appris à construire des

basiliques ou palais de justice, ces édifices se multipliérent avec une rapidité qui prouve leur utilité. En 169 avant Jésus-Christ, Ti. Sempronius Gracchus, censeur, acheta, avec la part des impôts qui lui était attribuée, la maison de Scipion l'Africain et quelques boutiques. Là il construisit une basilique qu'il appela Sempronia. Elle disparut de bonne heure, absorbée par la grande basilique Julia.

En 121 avant Jésus-Christ, L. Opimius, chargé de réédifier le temple de la Concorde, construisit en même temps la basilique Opimia, sur le Vulcanal. Les auteurs sont muets, ou peu s'en faut, sur cette basilique qui disparut sans doute quand, entre les années 7 avant Jésus-Christ et 10 après, libère reconstruisit, plus grand que l'ancien, le temple de la Concorde.

Pline le Jeune nous a laissé le tableau d'une cause plaidée par lui; il ÿ peint sur le vif la physionomie d'une basilique le jour d'un procès à sensation où un orateur à la mode doit prendre la parole. L'indication du tribunal devant lequel Pline doit plaider suffit pour nous faire connaître la basilique où se juge le procès. Il parle devant les centumvirs, tous tribunaux réunis; c'est donc à la basilique Julia que la séance se passe, car, là, siégeaient les centumvirs :

« Le procès était porté devant les quatre tribunaux des centumvirs réunis. Cent quatre-vingts juges siégeaient dans cette affaire. C'est tout ce qu'en renferment

les quatre tribunaux. De part et d'autre, les avocats remplissaient, en grand nombre,

les sièges qui leur avaient été destinés. La foule des auditeurs entourait de cercles redoublés la vaste enceinte du tribunal. On se pressait même autour des juges et les galeries hautes de la basilique Julia étaient encombrées, les unes de femmes, les autres d'hommes avides d'entendre, ce qui n'était pas facile, et de voir, ce qui était fort aisé. Grande était l'attente. »

Nous savons aussi que la foule ne se faisait pas faute de troubler l'audience par

ses clameurs.

| L'arc de Fabius. — En l'année 120 avant Jésus-Christ, Q. Fabius Maximus, | vainqueur des Allobroges, et, pour cette raison, surnommé Allobrogicus, obtint les | honneurs du triomphe. Un arc de triomphe lui fut érigé sur la voie sacrée, à l'endroit où elle entre sur le Forum, un peu au-dessus de la Régia. Il était orné des statues de la famille Fabia et d'inscriptions en leur honneur. Les fragments qu'on en a retrouvés portent des bas-reliefs représentant des armes et des insignes de victoire. C'est le

premier arc de triomphe érigé au Forum.

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