‹ Le Forum romain et la Voie sacréeChapitre 34 sur 59 · LUCIUS · texte numérisé non relu

LUCIUS

VOIE SACRÉE STATUE DE CONSTANTIN BASILIQUE MILIA LE CÔTÉ EST DU FORUM ET LA VOIE SACRÉE AU IV® SIÈCLE

de César, nommé Cinna, quoique malade et tourmenté par un songe de mauvais présage, vint au bücher rendre les derniers devoirs à son ami. Son nom, prononcé par un citoyen, fut entendu de plusieurs autres, et, comme un des conjurés portait le même nom, le bruit courut bientôt dans la foule que Cinna, l'un des meurtriers de César, était la. IL fut immédiatement mis en pièces. On courait par la ville avec des brandons arrachés au bücher, avec des torches pour incendier les maisons de Brutus et de Cassius, et les massacrer eux-mêmes: la troupe parvint dificilement à les protéger. ‘Foute la nuit, une multitude en armes entoura le bûcher.

Les massacres ne cessèrent que quand les consuls eurent défendu à tous, sauf aux soldats, le port des armes. A l'endroit du bücher on dressa une colonne massive en marbre de Numidie, haute de vingt pieds, et portant l'inscription : Au pére de la patrie; puis, à côté de la colonne, fut érigé un autel où le peuple se mit à célébrer un culte non autorisé : on y offrait des sacrifices à César, on y faisait des vœux, on réglait des différends en jurant par son nom. Le principal instigateur de cette agitation était un certain Amatius, esclave fugitif, qui avait conquis une grande popularité en usurpant le nom et la descendance de Marius. Antoine, en sa qualité de consul, le fit arrêter,

puis tuer illégalement, sans procès. Ce meurtre, et l'enlèvement de la colonne et de

l'autel qui le suivit, soulevèrent une violente émeute; le peuple accourut sur le

Forum, voulant contraindre les magistrats à ériger un nouvel autel et à y sacriher.

On eut recours à la force, le sang coula et un certain nombre de manifestants furent condamnés, les esclaves à être mis en croix, les citoyens à être précipités de la roche ‘l'arpéienne.

L'agitation cependant continua; peu après, on signalait la présence à Rome d'un

grand nombre de vétérans de César; on en attendait d'autres pour le premier juin : c'était le jour choisi par Antoine pour la réunion du sénat; la séance pouvait être orageuse et l'on prétait aux vétérans l'intention de profiter du trouble pour manifester

sur le Forum et réclamer le rétablissement de l'autel de César.

Le temple de César. — Le calme revint quand, en 42 avant Jésus-Christ, les triumvirs décrétérent qu'on éleverait à César, à l'endroit même où av ait été dressé son bûcher, un temple qui jouirait du droit d'asile; que tous les actes de César seraient ratifiés, son

image portée dans les processions avec celle de Vénus; en même temps, on déclara

jour de fête le jour de sa naissance et néfaste celui de sa mort; les ides de Mars furent

appelées parricides; la curie de Pompée où César avait été assassiné fut, suivant certains auteurs, murée, d'après d'autres, incendiée ou convertie en latrines.

Auguste, en attendant que le temple fût reconstruit, releva sans doute l'autel,

car Suétone raconte qu'aux ides de Mars de l'année 41 avant Jésus-Christ, jour anniversaire du meurtre, il fit immoler comme victimes, devant l'autel de César, trois cents prisonniers faits à la reddition de la ville de Pérouse.

Presque achevé en l'an 33 avant Jésus-Christ, le temple fut consacré le 18 août de l'an 29, en même temps que la Curia Julia. A cette occasion on donna les jeux troyens, des courses de chevaux, de biges et de quadriges, un combat de gladiateurs où figura le sénateur Vintelius. De nombreux animaux sauvages, un rhinocéros entre autres et un hippopotame, furent exhibés et tués; jamais on n'en avait vu à Rome. Des prisonniers daces et suèves combattirent. Ces jeux durèrent plusieurs jours.

La même année, Auguste fit ériger à César, sur le Forum, une statue surmontée d'une comète, souvenir de la comète qui, peu après la mort du dictateur, apparut et fut regardée par le peuple comme le nouveau dieu admis au ciel.

Comme le temple de Castor, celui de César était construit sur un podium élevé, fait de blocage recouvert d'un mur de tuf et de travertin revêtu de marbre. La façade présentait six colonnes; tout le pourtour du temple était entouré d'un portique et d'une

balustrade.

L'extrémité du podium sur laquelle reposait la façade se prolongeait vers le Forum et formait, en avant de la façade, un haut suggestus ou tribune. Le centre du mur qui supportait cette tribune était creusé en demi-cercle, avec, au milieu, l'autel de César dont la base est encore en place. De chaque côté, à droite et à gauche, on avait

disposé les rostres des vaisseaux égyptiens pris par Auguste à la bataille d'Actium. A

chaque extrémité de la façade, un escalier donnait accès à la fois au temple et à la tribune. Les colonnes étaient cannelées, les chapiteaux d'ordre corinthien, les sofites ornés de motifs divers : fleurons, palmes, couronnes de laurier, grappes de raisin.

Parmi les débris qu'on peut attribuer au temple de César, il y a particulièrement lieu d'admirer quelques fragments d'une frise charmante représentant des victoires ailées, posées, sans les faire fléchir, sur des tiges flexibles, au milieu d'une ornementation en rinceaux dont les motifs sont empruntés à la flore (voir p. 34), charmant spécimen de cet art alexandrin plus connu par les peintures que par la sculpture. La maison de Livie, au Palatin, nous offre, dans son aile gauche, une frise peinte que l'on peut comparer à ce motif. L'époque de César et d'Auguste représente la belle période de la sculpture

gréco-romaine, la plus pure et la moins chargée. On en possede, au Forum, peu de

spécimens. Cependant, à la basilique Æmi extrême délicatesse. La frise du temple d Sévère, a un puissant relief; mais ce n simplicité du temple de Castor. Quant à

(voir p. 111), c'est un très beau spécimen c

ia, on a trouvé des feuillages sculptés d'une

e Vespasien, œuvre du temps de Septime-

‘est déjà plus la pureté de lignes, la belle

a frise du temple d'Antonin et de Faustine

e l’art grec à Rome.

Auguste orna le temple de son père adoptif de riches dons provenant du butin de l'Égypte. Il y plaça plusieurs tableaux; entre autres les Dioscures, une Victoire, une Vénus Anadyomène, œuvre d'Apelle; mais ce dernier tableau ayant été détruit par le temps et par l'humidité, Néron le remplaça par un autre de la main de Dorothée.

Le Forum avait donc deux tribunes, situées en vis-à-vis, à chacune de ses extrémités. L'une et l’autre étaient ornées de rostres pris à l'ennemi. Pas plus que les rostres du Forum, les rostra velera, ces nouveaux rostres, les rostra Fulia, ne seront une tribune populaire. A la mort de sa sœur Octavie, Auguste y prononcera son oraison funèbre; lui-même, après sa mort, y sera loué par Tibère; on y promulguera des lois, comme, en l'an 9 avant Jésus-Christ, la loi Quinctia relative à la préservation des aqueducs.

Une monnaie représente l'empereur Hadrien haranguant la foule de ces rostres.

DE

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