‹ Le Forum romain et la Voie sacréeChapitre 9 sur 59 · URNE FUNÉRAIRE EN FORME DE CABANE · texte numérisé non relu

URNE FUNÉRAIRE EN FORME DE CABANE

Récemment découverte dans le cimetière préhistorique du Forum,

bois pris dans la forêt; d'ailleurs, des urnes funéraires en terre cuite nous en ont laissé l'image complète. C'était une pensée naturelle aux païens d'aimer reposer pour toujours dans un lieu et avec des objets qui, autant que possible, rappelleraient leur demeure terrestre. Aux temps préhistoriques, quand l'homme dépourvu des instruments nécessaires ne pouvait que difficilement et par des procédés incertains et lents faire du feu, il y avait, dans chaque centre d'habitation, une cabane où l'on conservait le feu public. Ce feu, tandis que les hommes x aquaient au dehors à leurs travaux, était entretenu par les femmes, spécialement par les jeunes filles que leur âge et leur faiblesse rendaient impropres aux rudes besognes. Si elles le laissaient éteindre par négligence, le châtiment était sans doute sévère, car tout le village, à l'heure où l'on préparait le repas, se trouvait dans un grand embarras. Souvenir inconscient des temps où le feu était une si grave préoccupation, le temple avait conservé la forme ronde de l'antique cabane; des vierges, sévèrement punies de leurs négligences, y entretenaient un feu perpétuel. Ovide n'a-t-il pas recueilli un écho de l'antique tradition quand il fait du temple une description qui conviendrait à la cabane : « Ce toit qu'aujourd'hui vous voyez d'airain, alors vous l’auriez vu de chaume; le mur était tissu d'osier flexible »? Ne fautil pas encore chercher la survivance d’un antique usage dans ce fait que, si la Vestale laissait le feu sacré périr,

on devait le ranimer en frottant deux morceaux de bois? En même temps que la garde

du feu, les Vestales avaient le soin des sources : le feu et l'eau, deux choses de première nécessité pour la vie. Les hommes préhistoriques plantaient leurs cabanes prés des sources, au bord des ruisseaux: à leur exemple, les Vestales ne devaient pas, pour les usages sacrés, user d'eau captée dans des tuyaux. Il n'est pas surprenant que Vesta, son culte étant né de ces traditions, ait été essentiellement la déesse du foyer.

Peu à peu, à la forme ronde du temple, au feu perpétuel qui y veillait, on donna un sens symbolique.

Voici, dit Ovide dans ses Æastes, pourquoi ce temple est rond : « Vesta n'est autre que la terre; l'une et l'autre à son feu qui ne meurt pas. Comme un globe sans appui, la terre, en équilibre par son propre mouvement, est suspendue dans l'espace. Si elle n'était pas ronde, elle ne serait plus le centre du monde, car elle se trouverait forcément plus voisine d'un point que d’un autre; ronde, elle est à distance égale des points supérieurs et inférieurs. ‘l'el est le temple de Vesta; aucun angle n y fait saillie, un dôme le protège contre les pluies.

« Voulez-vous, ajoute le poète, voulez-vous savoir pourquoi, au culte de la déesse, des vierges sont préposées ? Vesta est fille d'Ops et de Saturne; ses deux sœurs, Cérès et Junon, furent épouses et mères; Vesta demeura rebelle à l'hymen. N'est-il pas naturel que, vierge, elle veuille des vierges comme ministres et ne confie qu'à de chastes mains les cérémonies de son culte? Vesta d'ailleurs n'est autre que la flamme vivante: vit-on jamais un corps naitre de la Hamme?

« Voilà pourquoi Vesta est vierge et, après elle, ses prétresses, les Vestales. »

Nous voyons que si, par tradition, le culte de Vesta remonte aux époques antérieures à la civilisation, son symbolisme et une partie de sa liturgie sont d'inspiration grecque. L'idée religieuse fondamentale est la généralisation du culte domestique autour du foyer de la maison; le feu de Vesta était le foyer de Rome; le souverain pontite, conune le père de famille près du petit foyer domestique, en était le prêtre.

Le temple de Vesta était donc rond; un dôme en airain de Syracuse le recouvrait.

Numa l'avait construit sur l'emplacement même de son palais. Les substructions mises au Jour appartiennent à l'édifice relevé par Septime-Sévere après l'incendie de Commode.

Il avait dix-sept mètres de diamètre, cinquante-trois mètres environ de circonférence; dix-huit colonnes d'ordre corinthien, reliées entre elles par un treillis métallique, l'entouraient, supportant une frise élégante ornée de bucranes, de rameaux d'olivier, de vases et d'instruments de sacrifice. On accédait à la porte par quelques marches, ce temple étant, comme presque tous ceux du Forum, surélevé sur un podium. Dans les fondations que, récemment, on a profondément déchaussées,

apparaissent des pierres en tuf, restes d'édifices

beaucoup plus anciens que celui de Septime- Sévère.

A l'intérieur, l'autel sur lequel brülait le feu sacré occupait le centre. ‘Tous les ans, le 15 juin, on enlevait du temple les détritus

du feu sacré. Le calendrier romain en fait

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