‹ Le forum romain son histoire et ses monumentsChapitre 17 sur 26 · CIL. VI, uô*^; Huclsen /?. M · texte numérisé non relu

CIL. VI, uô*^; Huclsen /?. M

Fig. '(: Cuniculi.

CuNiCULi. En 1902 on découvrit, au-dessous du pavé du F'orum, tout un réseau d'avenues souterraines (ciinicuii) qui, d'après leur construction et d'après les norabreu.x tessons de vases qu'on y a trouvés, doivent remonter au temps de César ou d'Auguste. Elles ont

2 m. 40 de haut, i m. 50 de large, des murs en tuf et une voûte en blocage dont le sommet n'est guère qu'à un mètre au-dessous du niveau de la place. On ne peut descendre dans ces couloirs, mais ils sont visiblo par les soupiraux qui donnent sur leurs carrefours. Le chemin principal (jx a fig. 70) long de 100 mètres, court sous le grand axe de la place, de la colonne de Focas au temple de César. Il est coupé, à angles droits, par des voies transversales {bb ce dd ee fig. 70), lesquelles se terminent par des chambres carrées et voûtées. Au centre de chacune de ces chambres est encastré dans le sol un dé de travertin.

D'après les traces encore visibles sur les dés et aux voûtes, on suppose que ces chambres renfermaient des crics et des cabestans dont la îorce motrice était transmise au niveau du Forum par le moyen de cordes enroulées sur treuils. De telles machines peuvent avoir servi à transporter sur le pavé du Forum de lourds fardeaux, sans gêner la circulation. Il est beaucoup moins probable qu'elles aient été destinées aux jeux donnés sur le Forum, d'abord parce que les jeux ont été de plus en plus relégués, à partir d'Auguste, dans les édifices qui leur étaient spécialement réservés (cirques et amphithéâtres); ensuite parce que les combats de gladiateurs, les seuls qu'on nous cite encore quelquefois sur le Forum, n'exigent pas un bien grand appareil scénique; et dts avenues souterraines étroites et sans issues ne sont pas précisément faites pour abriter de nombreux couples de gladiateurs qui auraient été ensuite portés par ces machines au niveau du Forum.

Cf. Huelsen R. M. 1902, 57. 1905, 64-67; Vaglieri loi; Boni Alii, 250.

Les piédestaux en briques. Le bord sud de la place, en face de la basilique Julia, est jalonné par sept piédestaux cubiques, construits en briques, et qui, originairement, ont dû être incrustés de marbre. Sur deux d'entre eux (/ m fig. 70) on a redressé en 1899 l^s colonnes géantes - l'une, cannelée, en pavouazzetto. l'autre

en granit gris, sans cannelures - qui, lors du déblayement de 1872, gisaient aux pieds des bases. Les socles en briques placés sur les piédestaux ont été refaits sur le modèle de la colonne de Focas. D'après les marques de briques qu'on y a pu déchiffrer, les piédestaux datent, au plus tôt, de l'époque de Dioclétien. Peut-être les avait-on bâtis, après l'incendie du règne de Carin, pour dissimuler la façade endommagée de la basilique Julia. Il est à supposer que les colonnes supportaient des statues; mais on n'en a retrouvé aucun débris.

Cf. Jordan I, 2, 179-186; Lanciani 259 sq.; Huelsen R. i\f. 1902, 59 sq.; 1905, 64-67.

Pavé du Forum. Sur le pavé de travertin s'ouvrent en maint endroit des trous quadrangulaires. Il se peut qu'ils aient servi à planter les mâts dressés soit pour l'éclairage de la place, soit pour soutenir les voiles qui la protégeaient en été contre les rayons du soleil, et dont il est fait mention au temps de Jules César ; le dictateur, à l'occasion des jeux de gladiateurs qu'il donna sur le Forum, fit tendre de voiles « toute la place, la Voie Sacrée et le Clivus jusqu'au Capitole » ; ce qui souleva plus d'admiration que le spectacle lui-même. Quelques années plus tard (23 av. J.-C.) Marcellus, le neveu d'Auguste, fit tendre un vehcm sur le Forum pour rendre plus supportable aux parties citées en justice l'attente sous le grand soleil. « Quel changement » , s' écrie Pline l'Ancien, « depuis les temps austères où Caton le Censeur avait proposé de paver le Forum en petites pierres pointues, pour en éloigner les oisifs! » Nous savons qu'en 39 ap. J.-C. le Forum fut encore abrité de la sorte contre les ardeurs d'un été e.xceptionnellement brûlant. Puisqu'il est difficile d'assigner au pavé du Forum une date plus haute que le troisième siècle de notre

ère, la coutume a dû se maintenir jusqu'à une époque tardive.

Cf. Pline N. H. XIX, 23.

Jordan I, 2, 177 sq.

Constructions tardives de la lisière de l'est. Les ruines d'une construction en briques situées juste en face de l'angle nord-est de la basilique Julia (Plan le. et fig. 70) et servant aujourd' hui de magasin sont tout ce qui nous reste d' un édifice de basse époque qui occupait à l' est, devant le temple de César, toute la largeur du Forum. Mis au jour en 1872, il fut aussitôt détruit comme bnitta costriizio7ie viedioevale, sans qu'on en ait pris un plan, ni même fait une description exacte. Il est probable qu'il n'avait rien de médiéval, mais remontait à la basse antiquité. On y a trouvé un grand fragment d'architrave (il gît encore tout près du magasin)^avec une dédicace du préfet de la Ville, Septimius Bassus, aux empereurs Gratien, Valentinien et Théodose (379-383). Mais l'inscription ne nous permet pas d'établir avec certitude la date de l'édifice, parce que les morceaux de marbre sur lesquels elle est gravée ont peut-être été simplement employés comme matériaux de construction.

Cf. CIL. VI, ii84rt (= Dessau 782).

Jordan I, 2, 182; Lanciani 260 sq.

Le prétendu Equus Tremuli. Entre ce bâtiment d'époque tardive et le temple de César on a découvert pendant l'été de 1904 vm soubassement en blocage (y fig. 70) qu'on a voulu identifier avec le piédestal de la statue équestre de Q. Marcius Tremulus, consul en 306 av. J.-C. et vainqueur des Herniques. Mais cette statue avait été érigée devant le temple de Castor, et du reste elle avait déjà disparu au temps de Pline, alors (jue notre soubassement, par sa construction même, ne peut re-

monter plus haut que le commencement de l' Empire. En tout cas il est plus récent que le temple de César vers lequel il est orienté. Le fait qu'on a trouvé dans son voisinage le fragment d'une grande inscription en l'honneur d'Auguste (cf. supra p. 135) nous inclinerait plutôt à y voir la base d'un monument élevé à la gloire d'Auguste et de sa maison.

Cf. Liv. IX, 43; Cicéron Phil. VI. 5, 13; Pline A'. H. XXXIV, 6. Boni Aili, 583 sq.; Cïatti fUill. coimiu. 1904, 78; Huelsen R. M. 1905, 74.

Sur le côté nord de la base on a découvert un fragment important du pavé de l'époque républicaine. Il se compose de dalles de tuf gris-vert {cappellaccio) et se trouve à i m. 70 environ au-dessous du niveau de l'époque impériale.

XXIW Templum Divi Juli. Sur le côté est du Forum, on voit un grand massif de blocage sur le devant duquel est ménagée une niche semi-circulaire aujourd'hui couverte d'une toiture en planches: ce sont les ruines tlu temple de César.

Après que Jules César eut été assassiné dans la Curie de Pofripée, le 15 mars 44, ses partisans portèrent son corps sur le Forum (cf. supra p. 18). C'est là qu'Antoine prononça son fameux discours, immortalisé par Shakespeare, et fit i)asser un indescriptible enlliousiasme pour le défunt dans les âmes populaires. La foule apporta des sièges, des tables, des barrières arrachées des tribunaux et improvisa un bûcher sur lequel fut brûlé le corps du dictateur: «devant la Regia »

comme nous l'apprennent très clairement les .. ^'S-JÂ'

. Monnaie d Octave,

sources histori |ues. Ses cendres furent déposées dans le mausolée de la gens Julia au champ de Mars; et à la place du bûcher on éleva un autel et une colonne avec l'inscription v< au père de la patrie » (parenli palriat). Brève fut l'existence

■de ce premier monument; quelques semaines plus tard le consul Dolabella faisait enlever colonne et autel, et repaver leur emplacement. Mais les triumvirs Octave, Antoine, Lépide, décidèrent en 42 d'ériger au même endroit un temple au dictateur divinisé. Le temple apparaît déjà sur des monnaies d'Octave frappées •entre 2>1 ^t 34 av. J.-C. On reconnaît la statue de César avec le "bâton des augures {lituus); dans le fronton, la comète (cf. infra); devant le portique, un autel rond. Mais les guerres civiles retardèrent l'inauguration, et c'est seulement le 18 août 29 av. J.-C. qu'Auguste fit la dédicace du temple nouveau. Soit pour rappeler

Monnaies d'Hailrien.

les détails de la solennité de l'incinération, soit pour commémorer un projet qu'avait conçu César lui-même de transporter sur le bas du Forum la tribune des orateurs, la façade du temple avait reçu une forme spéciale: devant le pronaos s'étendait une plate-forme qui pouvait servir de tribune, et qui, à la ressemblance de l'ancienne tribune, était décorée d'éperons de navires et de trophées conquis sur la flotte de Cléopâtre à la bataille d'Actium. Plus tard l'histoire du temple nous est mal connue: la tribune {rosira ad divi Jidt) est mentionnée à l'occasion des funérailles de certains membres de la famille imiiériale. Des monnaies d'Hadrien, que nous reproduisons ci-après, représentent cet empereur en train d'adresser une allocution au peuple du haut du temple de César. Sous Septime Sévère il se peut que le temple ait été détruit par l'incendie qui consuma la Regia et le temple de Vesta, et ait été restauré ensuite. 11 a survécu à la chute du paganisme. Nous ne savons rien de sa dispnri'ioii.

Des soubassements du temple reste le massif en blocage. Les parties architecturales en marbre ont été enlevées lors des fouilles dévastatrices du xvr siècle. Ce qu'il y de mieux conservé, c'est la niche semi-circulaire, découpée dans le milieu de la façade et dont le mur de fond est en tuf gris. On y a trouvé en 1898 le sou-

Fig. 79, Niche .-ivcc l'autel du Divus Juliu5

bassement d'un autel qui devait être d'assez grandes dimensions et probablement circulaire. A une basse époque la niche a été fermée par un mur en blocs de tuf gris-vert assez grossièrement joints les uns aux autres; ce fut sans doute après le triomphe du christianisme, quand on voulut conserver l'édifice en souvenir du fondateur de la monarchie, et rendre en même temps impossible la célébration du culte païen. A droite et à gauche de la niche, la façade consistait en deu.x murs

rectilignes auxquels étaient suspendus les éperons de navires. D'étroits escaliers conduisaient des deux côtés jusqu'à la plate-forme (tribune). De la plate- forme, un perron menait à un portique de six colonnes d'ordre

Fig. So. Tcmplum Divi Juli,

composite. Dans la cella était posée une statue du Divus Julius, une comète sur le front (un peu avant la mort de César une comète était apparue). La plupart des fragments d'architecture proviennent de la reconstruction de Septime Sévère, et sont d'une facture déjà passablement relâchée. La cella est très peu profonde par rapport à sa largeur ; ce qui s'explique, ainsi que la présence de

l'autel au milieu de la façade, par l'étroitesse du terrain disponible.

Momim. Ancyr. IV, 2; Ovide Met. XV, %i,\. ex Ponto II, 2, 85; Vitruve III, 2, 2; Pline N. H. XXXV, 91 ; Stace Silv. I, i, 22; Dion Cass. XLVII, 18. 19, LI, 19. 22. — Monnaies: Cohen^ Auguste 89. Hadrien 416-419. 1388.

Jordan 1,2,406-409; ^\c\\\.er, Jalirb. des Iiist 1889,137-167, Antike Denkmiiler I, 27. 28; Lanciani 269 sq.; Huelsen R. M. 1902, 61. 62; Vaglieri 81-S3; Boni Atti 563-566.

XXV. Arcus Augusti. Au côté sud du temple de César s'appuyait l'arc que le Sénat et le Peuple Romain élevèrent à Auguste au-dessus de la Voie Sacrée, en 19 av. J.-C, pour commémorer la reprise sur les Parthes des aigles que Crassus avait laissées tomber entre leurs mains à la défaite de Carrhae (55 av. J.-C).

D'après les représentations des monnaies. l'arc avait trois baies. Ses f^fl^l-.rraveSfntrp" fondations, faites de gros blocs de tra- V°," "■t"i("0 <' ^iî<"') '"'-

, , , , ° ^ hl(artbus) a ParlUiis) recu-

vertm, ont ete découvertes en 1888: ptr^aUs). on y a replacé dernièrement les restes du socle de marbre que des fouilles antérieures avaient rendus à la lumière (les parties en briques sont modernes). L'arcade de flroite a été presque entièrement bouchée par l'élargissement du temple de Castor (sous Tibère ou Hadrien).

Cf. Dion Cass. LIV,8; Sciiol. Veron. Vergil. p. 98. — Monnaies Cohen* Auguste n. 82.

Jordan 1,2,211; R'\c\\\.er Jahrb. des Insliluis 1889, 151-162, Antike Denkniàler I, 27. 28; Lanciani 270; Vaglieri Si.

A l'est d'un des piliers centraux, se trouve un cercle irrégulier en blocs de travertin, où naguère

i.SS

on a voulu voir, et à tort, le Puteal Libonis {Scribo- 71 i ami ni).

Le puteal de Libon, cette margelle qui entourait un endroit frappé par la foudre, était situé, si l'on en croit les renseignements des anciens, dans le voisinage des temples de Castor et de Vesta. Nous en connaissons l'aspect par les monnaies de Scribonius Libo (54 av. J.-C.) et aussi par une reproduction en marbre trouvée à Veji (fig. 82 au milieu). A côté du puteal il y avait, au temps de Cicéron et d'Auguste, un tribunal pour les audiences

Ll- Puteal Libonis.

judiciaires (différent du tribunal praetoiitini, cf. supra p. 14S). On ne peut pas établir la situation exacte du puteal Libonis, puisque jusqu'ici on n'en a point retrouvé de trace.

Au cours des fouilles exécutées au printemps de 1904, on a acquis la certitude que les substructions de l'arc posent sur le pavé d'une rue plus ancienne, que coupe à angle droit l'axe du temple de César, et qui, avant César, formait la limite du Forum à l'est. Entre les substructions de l'arc et le temple de Castor, on aperçoit quelques-uns de ces soi-disant « pozzi ritiiali » (cf. supra p. iii), composés de grandes plaques de travertin, et qui, sans aucun doute, ne sont pas antérieurs au règne d'Auguste.

Cf. Cic. pro Sestio 18; Porphjr. ad Horat. ep. 7, 19, S; Schol. Pers. IV, 49. — Monnaies: Colien-Babelon Scribonia n. S. 9.

Benndorf-Schoene, Lateran n. 440 p. 307; Jordan I, 2. 2 10. 403.

XX\I. Templum Castorum. La fondation du temple de Castor (ou des Casiorcs; la langue officielle romaine ne parle jamais du temple Caston's et Poihuis) remonte aux temps les plus reculés de la République.

Après la bataille du lac Résilie (496 av. J.-C.) où les Tarquins, expulsés de Rome, et les Latins leurs alliés, avaient été définitivement vaincus, c'étaient les Dioscures, qui, à en croire la légende, étaient venus annoncer la victoire sur le Forum; elle ajoutait qu'ils avaient fait boire leurs chevaux au lac de Juturne, C'est sans doute la même année que le Dictateur Postumius décida de leur élever un temple. Son fils le dédia le 27 janvier 484. Restauré par L. Caecilius Metellus Delmaticus après son triomphe de l'année 117 av. J.-C, il dura jusqu'à l'époque d'Aujïuste. Tibère dut le rebâtir et en fit une nouvelle dédicace en son nom et au nom de son frère (6 ap. J.-C). Ca- pj^ g, Mcmui^ lij^ula l'engloba dans les constructions de son de Postumius Aloinu?. palais. Au commencement du ii'= siècle, il

doit avoir été refait une seconde fois, probablement sous Trajan ou Hadrien. C'est à cette dernière restauration qu'appartiennent les beaux restes de colonnes et de frise que nous admirons aujourd'hui. Le temple était encore debout au lye siècle ap. J.-C. Nous ne savons pas quand il fut détruit; ce qu'il j- a de sûr,, c'est qu'au xv-' siècle ses ruines étaient déjà dans l'état où nous les voyons, car sous Eugène IV (1431-1447) on mentionnait dans cette contrée une l'ia triiini Cohimnariint. Les fouilles en furent commencées psr Fea en 1817. Elles furent continuées après 1870. Mais ce n'est qu'en igoi que la partie postérieure du temple a été déblayée jusqu'au niveau antique.

Le podium, qui s'étend jusqu'à la Voie Sacrée, date d'un des agrandissements du temple exécuté à l'époque impériale. A l'intérieur du massif on aperçoit les restes d'une antique construction (de Metellus?) en blocs de luf (on la voit par un passage ouvert au nord-ouest), l'rimitivcment, un très large perron conduisait au por-

tique; mais les agrandissements de la cella furent accomplis à ses dépens. Il fut alors modifié de telle sorte que deux petits escaliers, à droite et à gauche, menaient à une plate-forme, d'où l'on accédait ensuite au portique par un plus vaste escalier, d'une dizaine de marches. Nous n'avons rien conservé des murs de la cella.

Fig. 84. Côte est du temple de Castor.

Du pavé il nous reste un petit morceau de mosaïque noire et blanche qui probablement date de la restauration de Tibère. Il est plus bas que le niveau des galeries latérales; il est évident que le sol de la cella a été exhaussé lors de la reconstruction plus tardive (d'Hadrien?), et qu'on a recouvert à ce moment le vieux pa\é en mosaïque d'un pavement plus précieux en marbres de couleur (comme au temple de la Concorde); aucun vestige d'ailleurs n'en est parvenu jusqu'à nous. Le.s pièces qui se trouvent ;\ l'est entre les substructions des

colonnes restées debout avaient peut-être une affectation pratique. Nous savons, par exemple, que près du temple de Castor il y avait un bureau de vérification des poids et mesures, peut-être une succursale de l'office central situé sur le Capitole, près du temple de Junon Moneta, qu'on aurait installée \k pour la plus grande commodité des joailliers de la Voie Sacrée. Des pièces analogues avaient dû être pratiquées à l'ouest, mais elles ont disparu. Entre le temple de Castor et la basilique Julia passe le Viens Tuscus, Sous le pavé de basalte qui date de l'empire, on en a découvert un autre, plus ancien, composé de morceaux de briques irréguliers, semblable à celui qu'on voit entre les Rostres et le Clivus Capitolinus (cf. supra p. 68). Du sanctuaire de Vortumnus. qui était situé près du temple de Castor, sur le Viens Tuscus. on n'a rien retrouvé jusqu'ici. On ne sait rien de certain sur la destination d'un arc en briques de construction tardive (PI. //).

Cf. Cic. pro Scauro 46 et Ascon., in Verr. 1, 154; Liv. II, 42; Ovide Fasl. I, 706; Den. Hal. VI, 13; Sueton. Tiber. 20. Calig. 22: Plut. Cat. min. 27. 28; Dion Cass. LV, 27. LIX, 28. LX, 6; FUR. frag. 20; Notit. reg. VIII.

Sur le Sacellum l'orliimni: Plauie, Ciircidio IV, i, 21; Cic. in l'err. i, 154 et Ascon. ibid.; Liv. XLIV, 16, 10; Horace ep. I, 20, i; Properce IV, 2, 5; Ovide Fasl. VI, 403; CIL VI, 804 (= Dessau ,3588).

Jordan I, 2, 369-376; Lanciani 271-274; Richter Jahrb. des Inst. 1898, 87-114; Huelsen R. M. 1902, 66 sq. 1905, 80; Vaglitri 166-19S; Van Burcn Classical Rez'iexv 1906, 77-84.

XX\'II. Lacus Juturnae. En face des trois colonnes du portique sud du temple de Castor - les seules qui soient restées debout - on entre dans l'enceinte sacrée de Juturne.

Depuis l'antiquité la plus reculée on vénérait, au pied du Palatin, Juturne, la déesse des sources qui jaillissaient à cet endroit.

Elle passait pour la patronne de toutes les professions dont l'exercice exige l'usage de l'eau [qui artificium aqua exercent). Son nom dérive du mot juvare, aider. Indépendamment de son sanctuaire sur le Forum, elle avait encore un temple au Champ de Mars, où elle était honorée en même temps que les Nymphes. Les deniers de la gens Postumia, mentionnés plus haut (cf. la fig. 83) et frappés vers 90 av. J.-C, nous offrent une reproduction de la vieille fontaine de Juturne {lacus Juturnae). Les restes rendus à la lumière par les fouilles de 1900-1901 proviennent d'une reconstruction de l'époque impériale. Au temps de Constantin toute une partie de l'édifice avait reçu une destination pratique [slatio aquarum cf. p. 165).

On arrive tout de suite au laais même, un bassin ayant aujourd'hui 2 mètres de profondeur et dont le fond constitue un carré de 5 m. 10 de côté. Deux sources l'alimentent, aux angles nord-est et nord-ouest. Dans le milieu s'élève, comme un îlot, une base en tuf réticulé. Tout le bassin - du moins sous l'empire - était plaqué de marbre. Sur la banquette qui fait le tour du bassin (en a, fig. 87) est posé un bel autel en marbre orné de bas-reliefs sur ses quatres faces. Les petits côtés représentent.Jupiter avec le sceptre et la foudre, et Léda avec le cygne. Sur l'un des grands côtés sont figurés Castor et Pollux; sur l'autre, une femme tient une grande torche dans ses mains. On ne peut guère interpréter cette dernière figure qu'en y voyant Hélène (Sélène comme déesse de la lumière). Mais on ne trouve nulle part dans les auteurs anciens qu'Hélène ait eu quelque rapport avec Juturne; et il est possible que l'autel n'appartienne pas au lacus, mais qu' il ait été simplement dressé dans le temple de Castor ou près de ce temple.

La limite du lacus est marquée par un seuil de travertin (/, g, i, k, fig. 87) qui, à en juger par les traces qu'elle y a laissées, portait une grille. Ce seuil forme un carré d'environ 10 m. de côté. A une époque plus

basse, on exhaussa le côté est du lacus et en même temps on jeta par dessus la banquette un grand arc de briques, en demi-cercle. Ces modifications avaient pour but d'élargir les pièces situées à l'est du lac7is, entre celui-ci et la rampe qui montait au Palatin (cf. p. 211, fig. 117). On

Fié;. H^. Lt L.Kus lutuni.ii.-.

suppose que ces pièces servaient au culte. Dans le fond de la plus grande - celle du milieu - est pratiquée une niche rectangulaire, en avant de laquelle on a trouvé, par terre, et renversée, la statue, maintenant remise en place d'Esculape, avec le camillus (enfant qui aide à la célébration du sacrifice), tenant un coq, victime préférée du Dieu. D'autres statues de divinités bienfaisantes, les deux

Dioscures et leurs chevaux (ce sont, sans doute, des œuvres originales de sculpteurs de la Grande Grèce remontant au V- siècle av. J.-C), et une statue archaïsante (sans tête) d'Apollon, qu'on a placée là également, ont

S6 n, L'aiilel des Diosciires.

été extraites en plusieurs morceaux du fond même du bassin.

Une base de marbre (en face de X') témoigne de la destination pratique qu'avait reçue l'édifice au iV-' siècle de notre ère. Elle supportait, nous dit l'inscription, une statue de Constantin, qui avait été dédiée en même temps

que l'édifice, le r' mars 32S ap. J.-C, par le directeur du service des eaux {curator aquarum), FI. Maesius Egnatius Lollianus. C'est apparemment de cette époque que date la mosaïque noire et blanche du corridor, re-

Fig. S6 b. L'.iut'.l des Dioscurcs.

présentant des barques et des animaux aquatiques. Dans une chambre à droite de ce corridor (af, fig. 87), on conserve de nombreuses poteries médiévales trouvées, elles aussi, au fond du laacs.

Plus à droite, on voit tout un groupe de monuments admirablement conservés: une petite chapelle {aediciila).

probablement pour une statue de Juturne, avec une fontaine devant. Le fragment d'architrave avec l'inscription IV'TVRNAI Sacrnrji n'a pas été découvert ici, mais près du laciis. Il semble qu'il appartienne quand même à la chapelle. Devant la chapelle se trouve encore à son ancienne place une très belle margelle circulaire tn marbre

Fig. 87. Le Lacus Jiiturn.ie et l'Oratoire des Q.iiarante Martyrs.

blanc {pîcteal). Elle fut faite, comme l'atteste l'inscription, par les soins de l'édile curule M. Barbatius PoUio, vraisemblablement au temps d'Auguste. La fontaine, relevée au II'-' ou au iii'^ siècle, servait encore à une basse époque, comme le prouvent les nombreuses traces laissées par le frottement des cordes sur le rebord supérieur. Après le triomphe du Christianisme, le putéal fut noyé dans une maçonnerie de brique et de mortier. Par devant, on cons-

— lôy —

truisit un escalier dont la marche supérieure n'était autre qu'un autel de marbre. Lors des fouilles, on trouva l'autel sens dessus dessous. Le bas-relief était contre terre. Ce n'est que récemment qu'on l'a redressé: il représente Juturne et son frère Turnus, le chef des Rutules,

Fig. 8S. Chapelle et Putc.il do Juturne.

sous les traits que les Romains leur prêtaient couramment depuis l'Enéide.

Cf. Ovide Fasl. I, 706; Dtnys.Hal. VI, 13. — Monnaies: Cohen- Babelon, l'oslumia n<" 5 et 6.

Jordan I, 2, 371; Boni, Nolizie degli scavi 1901, 41-144. Atti 530-539; Deubner, Neue jahrbilcher fïir d. klass. Alterlum, 1901, 370-378; Hutlsen R. M. 1902, 66 sq. 1905, 81-82; \'aglieri 166-198.

XXVIII. Oratorium des Quarante Martyrs, L'aedicula de Juturne que nous venons de décrire est adossée à une salle pourvue d'une abside construite en bon opiis latericiiim et située juste dans l'axe de la Via Nova. Nous ne connaissons pas sa destination primitive; à l'époque chrétienne, elle fut transformée en une petite église {oratorium) dédiée aux Quarante Martyrs.

A en croire la tradition, il y eut, pendant la persécution de Dioclétien, à Sébaste, en Arménie, quarante soldats chrétiens que ni les promesses ni les tortures ne purent déterminer à abjurer leur foi. Alors le préfet Agricola les condamna, au cœur de l'hiver, à mourir lentement de froid dans un étang glacé. Pour aggraver leur peine, il avait fait construire au bord de l'étang des bains chauds, où ceux qui renieraient leur croyance pourraient aller aussitôt se réconforter. Il n'\^ eut qu'un apostat: tous les autres restèrent inébranlables, répétant sans trêve leur prière: «Seigneur, nous sommes entrés quarante dans la lice; faites que nous soyons quarante à recevoir la couronne céleste ». Touché par tant de fermeté, un des gardiens se joignit aux soldats et souffrit le martyre avec les trente-neuf autres.

La grande fresque de l'abside représente les ^quarante Martyrs dans l'étang; à droite, l'apostat remonte vers les bains chauds; à côté de lui, un gardien en armes. Survie mur de gauche et surjapartie jiu mur de fond qui lui est contiguë, les Quarante dans leur ^^ojre. Ces figures sont très abîmées. Au contraire, fa partie inférieure du mur, à gauche, à côté de l'abside, a des peintures bien conservées: deu.x grandes croix latines avec, au milieu, des médaillons (tête, de Christ et tète de la Madone?) et des couronnes aux bras, imitations des croix chargées d'or et de joyaux qui, dans les basiliques anciennes, étaient suspendues au-dessus des tombeaux des martyrs et souvent même ser\aient de luminaires. Au-dessous des croix, deux agneaux et un paon, compositions très semblables à celles des catacombes.

Les fresquea,.diiumir-xLejdjx)ite (histoire de Saint Antoine Perniite?) sont très endommagées. Le pavé de la chapelle est très grossièrement composé de petits morceaux de marbre (marbres blancs, marbres de couleur), de porphyre et de serpentine.

Cf. Huelsen R. M. 1902, 82; Rushforth Papets 0/ tlie Brilish School ai Ronif (1902) p. i 10 sq.; Vaglieri 199-201.

Kig, 89. Frest]ucs de l'Oratoire des (juar.imc Martyrs.

XXIX. s. Maria Antiqua. Bibliotheca Templi Divi Augusti. Près de l'oratoire des Quarante Martyrs se trouve l'entrée d'une église beaucoup plus grande et bien plus richement ornée, S. Maria Antiqua, installée dans un édifice monumental du commencement de l'Empire, la bibliothèque du tenij^le d'Auguste.

A l'époquf républicaine, il y avait, sous l'angle nord du Palatin, à l'endroit où la Via Nova se croise avec le Vicus Tuscus, un certain nombre de bâtisses: des maisons privées probablement. Tibère fonda

sur le Vicus Tuscus, derrière le temple de Castor, un sanctuaire pour son père divinisé ( Templum Divi Augustï). Caligula fit passer sur k- toit le pont qu'il établit entre le Palatin et le temple de Jupiter Capitolin. Sur une des monnaies de ce prince le temple est représenté avec six colonnes d'ordre corinthien et une riclie décoration de statues. Le même empereur élargit le palais de Tibère jusqu'au Forum, en sorte que le temple de Castor servait de vestibule au Palatin. Le temple d'Auguste s'effondra dans l'incendie de Néron. Domitien le rebâtit et fonda à côté un sanctuaire pour sa

Fig, 90. Monii.nic de Caligiihi.

tig. 91. Monnaie dWntonin lie l'an 159 Templum Divi Au g(usti) rest(Jtutum)

déesse favorite, Minerve. Comme de nombreuses inscriptions nous l'apprennent, on affichait tous les ans « près de Minerve, derrière le temple du Divus Augustus » les grandes tables de bronze où étaient inscrits les noms des militaires des cohortes auxiliaires et de la flotte, qui, après avoir accompli fidèlement leur service, obtenaient leur congé et étaient récompensés par toutes sortes de privilèges (conubium, droit de cité, etc.). Et ce n'étaient pas seulement les archives de la chancellerie militaire qui étaient placées sous le patronage de Minerve, mais encore une bibliothèque, qui, fondée par Tibère, avait été refaite aussi par Domitien, après l'incendie de Néron. Le temple fut restauré par Antonin le Pieux, comme les monnaies nous l'apprennent. Nous ne savons rien sur sa disparition. — A l'époque chrétienne, peut-être avant le vi^ siècle, une chapelle de la Vierge fut installée dans la bibliothèque. Elle fut agrandie plusieurs fois aux vii"^ et viii' siècles, et décorée sous Martin \" (649-653) et surtout sous Jean VII (.705-708), dont le

Liber Potilificalis nous rapporte qu' « il orna de peintures la basilique de la mère de Dieu, appelée Antiqua, et y fit placer un nouvel ambon de marbre». Paul l'^r (757-767) et Adrien (772-793) contribuèrent également à la décoration de l'église. Il semble qu'à l'époque de la querelle des iconoclastes, des moines grecs, auxquels on avait cédé l'église, et le cloître qui en dépendait, y aient déployé une féconde activité. — Au ix-^ siècle, les palais impériaux, situés sur la hauteur, peut-être ébranlés par un tremblement de terre, commencèrent à constituer pour les édifices qu'ils surplombaient un danger constant; si bien que le pape Léon IV (845-857) se décida à abandonner à son destin la basilique menacée, et à en élever une nouvelle, S. Maria Nova, dans les ruines du temple de Vénus et de Rome. Les murs de la Domus Tiberiana durent bientôt après recouvrir l'église sous leurs blocs écroulés; ce qui explique qu'on ait trouvé ses fresques, quand les fouilles les rendirent à la lumière, dans un aussi merveilleux état de conservation et de fraîcheur.

L'emplacement eut au moyen âge une réputation sinistre. Les Mirabilia (cf. supra p. 32) l'appellent in/ernus ; et par une transformation tout à fait curieuse de la vieille légende de Curtius (cf. supra p. 144) nous racontent la mort volontaire d'un chevalier qui s'est sacrifié pour délivrer la ville d'un terrible dragon qui vomissait des flammes. Au xiii" siècle, on construisit sur l'emplacement de S. Maria Antiqua, mais à un niveau supérieur, une petite église qui reçut le nom de S. ^farïa libéra nos a poetiis in/erni, ou, pour abréger, de S. Maria Libératrice (cf. fig. 92). En fouillant par hasard dans le jardin de cette église, en 1702, on mit au jour une partie de l'ancienne basilique (le mur de fond du presbyterium et l'abside); mais après avoir pris des dessins de quelques peintures, on s'empressa de recouvrir la fouille. Ce n'est qu'en 1 900-1 901, après la démolition de S. Maria Libératrice, que S. Maria Antiqua fut complètement déblayée et restaurée avec soin.

On entre, derrière l'angle sud-est du temple de Castor, dans une cour presque carrée, dont les murailles latérales sont percées de niches pour des statues colossales. Cette cour communique à droite avec la cella du temple d'Auguste par une porte assez basse (a fig. 93;

à côté une ouverture pratiquée au moyen âge, avec des restes de fresques), et à gauche avec la rampe qui mène

BIBUOTHECiil DIVl AVGVSTl

uni

Fig. 93. Temple d'Auguste. Bibliothèque. S. M.iria Antiqua.

au Palatin (cf. infra p. 187). C'est au bas de ces murailles, primitivement revêtues de marbre, qu'on fixait les diplômes militaires que recevaient les soldats à la fin de leur service {tabiilae honestae missionis). Au milieu de la cour,

et obliquement par rapport à son axe, s'étend un long bassin quadrangulaire, où l'on descend par un escalier établi sur un des petits côtés. Il continue jusque sous les substructions du quadriporticus dont nous allons parler tout à l'heure; il doit donc être plus ancien que cette construction de Domitien. Le bassin, que nous pouvons très bien considérer comme V imphizmim d'un palais, a des dimensions trop considérables (9X^5 mètres) pour avoir appartenu à une maison privée, si noble qu'on la

Fig, 94, La Bibliotheca templi Divi Augusti, coupe.

suppose. Il faisait sans doute partie des constructions de Caligula. Un fragment d'inscription honorifique au nom de cet empereur (on ne lit que... MANICI F) a été retrouvé dans les fouilles du bassin.

A l'époque chrétienne, cette « cour de Minerve » fut transformée en narthex de l' église ; et toutes les murailles en furent alors décorées de fresques.

Une figure de droite est importante pour fixer la date de cette décoration (fig. 93 en c): un pape avec le nimbe bleu carré (signe qui, en art byzantin, sert à reconnaître les princes séculiers et les princes de l' Eglise encore vivants au moment où ils furent représentés) tend un livre à la Vierge. Le nom du pape semble avoir été ADRIANUS. Les peintures ont donc été exécutées sous

Adrien I^"" (772-793). Sur le mur opposé (fig. 93 en d) il y a une tête colossale de S. Abbacvrus et les restes d'une représentation prise de la légende de S. Antoine l'ermite.

Une grande porte centrale et deux portes latérales donnent accès à la pièce principale de la bibliothèque: un

Fig. 95. I.c Quadriporticus

« quadriporticus » soutenu par quatre pilastres rectangulaires en briques et quatre colonnes de granit couronnées de chapiteaux en marbre. On ne sait pas si cette salle était couverte dès l'origine, ou si elle ne l'a été qu'à l'époque chrétienne. Derrière le «quadriporticus» s'ouvrent trois salles, une grande au milieu (8 m. 50 sur 7 m.) et deux petites (4 m. 50 sur 7 m. et 4 m. 50 sur 5 m.) sur les côtés. Deux autres chambres latérales, auxquelles on accède par la nef de droite du «quadriporticus», se

prolongent du côté sud en arrière du temple d'Auguste. Le « quadriporticus » servait probablement de salle de travail, et les autres pièces de magasins pour les livres. Le plan de l' édifice est conforme aux préceptes de Vitruve, et analogue à celui d'autres bibliothèques antiques, p. ex. celles de Pergame, de Timgad et d'Ephèse. La construction est orientée vers le nord-est, de façon à recevoir en plein la lumière du matin; c'est en effet les heures de la matinée que les anciens consacraient aux études. Vers le sud et le sud-ouest, l'édifice est fermé hermétiquement suivant les préceptes de Vitruve qui pense le préserver ainsi du scirocco, du soleil brûlant de l'après-midi, et des insectes nuisibles qui pullulent dans la chaleur. D'ailleurs l'édifice, par sa situation - au centre de la ville, à quelques pas des palais impériaux, et cependant aussi loin que possible des bruits de la rue -, convient parfaitement à une bibliothèque.

A r époque chrétienne le « quadriporticus » devint la nef et les bas côtés; la grande salle du milieu, le presbyterium; les autres chambres devinrent les chapelles latérales de l'église consacrée à la Vierge. On refit un pavé avec des dalles de granit gris grossièrement assemblées. Au milieu de la cour, en <?, subsistent les restes d'un soubassement octogonal en briques, peut-être la base d'un ambon. C'est d'un ambon que provient une plaque de marbre octogonale, visible aujourd'hui dans le bas côté gauche, et qui porte encore sur la surface supérieure les traces d'une grille ou d'une balustrade métallique. Sur les bords est gravée l'inscription lohanncs servii{s) s{an)c{t)ae M{a)riae — 'Icoxvvou SoûXo'j xf^ç 6ea)- TOxou. Cet ambon était donc celui donné par Jean VII et que nous avons mentionné plus haut.

Des quatre colonnes de granit, qui séparent la nef centrale des bas côtés, la seconde, à gauche, porte encore la trace de stucs peints. Le pilier gauche, devant le presbyleriuni (fig. 93 en /),

a conservé deux couches de stuc superposées, représentant toutes les deux r Annonciatioji. Au pilier droit (ç'i, une belle figure isolée, S. Solonione, la mère des sept frères qui subirent le martyre, en Syrie, sous le roi Antiocluis (2. Macchab. c. 7). Sur le côté extérieur de la clôture du presbyterium étaient peintes des scènes de l'Ancien Testament: à l'argle de droite (fig. 93, en h) Judith avec sa servante portant la tête d' Holopherne (CAPUT O/o/ernis).

Dans le bas côté gauche, la décoration qti'on voit

Fig. 176. L'histoire Je Joseph.

sur la jiartie inférieure du mur est particulièrement bien conservée.

Au-dessus d'un socle imitant des tapis étendus court une suite de personnages, figurés aux trois quarts de leur grandeur naturelle: au centre le Christ sur son trône, la main droite levée pour bénir, et tenant de la main gauche un Évangéliaire enrichi de pierreries. A sa gauche neuf saints et docteurs de l'Eglise grecque (Jean Chrysostome, Grégoire de Nazianze, Basile, Pierre d'Alexandrie, Cyrille, Épiphane, Athanase, Nicolas, Érasme); à sa droite onze saints de l' Église latine (Clément, Silvestre, Léon, Alexandre, Valentin, Abundius. Euthymius, Sabbas (?), Serge, Gré-

goire le Grand, et Bacchus). Tous les noms sont écrits en grec. Dans la zone supérieure de la muraille, deux séries superposées de panneaux quadrangulaires dont les sujets étaient empruntés à l'Ancien Testament. Les sept premiers panneaux de la rangée du haut sont détruits. Aux faibles indices qui restaient, on a pu reconnaître que le huitième représentait le sacrifice de Caïn et d'Abel et le meurtre d'Abel par Caïn: les sept premiers étaient peut-être alors consacrés aux sept jours de la création. Viennent ensuite l'entrée de Noé dans l'arche, le déluge, le sacrifice de Noé (le tout très abîmé). Dans la rangée du bas c'est l'histoire des patriarches qui continue: le songe de Jacob à Bethel (?), sa lutte contre l'ange, Joseph raconte ses songes à son père et à ses frères. Les scènes suivantes sont en meilleur état: Joseph vendu par ses frères {ubi Joseph VENVNDATVS EST IN EGV/TO A FRA- TRIBVS SVISj, Joseph dans la maison de Putiphar (fig. 96); son emprisonnement (VBI JOSEPH DVCITVR IN CARCERE); la rentrée en charge de l'échanson du Pharaon. Ces' fresques dont les légendes sont écrites en caractères latins, sont d'une autre main que celles de la zone du bas. Elles peuvent bien être d'un peintre romain du commencement du viii^ siècle.

A côté de la rampe qui mène au Palatin (fig. 93 en x) on voit un sarcophage en marbre, orné de sculptures chrétiennes, qu'on a trouvé sous le pavé de l'église, mais qui est beaucoup plus vieux qu'elle, peutêtre du iii^ ou du iv^ siècle, et qui par conséquent a été employé à S. Maria Antiqua pour la seconde fois. Au milieu de la face antérieure du sarcophage, un homme lit et une femme prie (les visages ne sont pas sculptés; ils devaient être ajoutés en stuc); à gauche l'histoire de Jonas, qui, jeté à la mer, puis vomi par la baleine, repose sous la courge. A droite le bon pasteur, le baptême du Christ, deux pêcheurs dans une barque.

Dans le coin (en /) un second sarcophage, trouvé sous le pavé de l'église, est orné de masques tragiques et comiques. Il était originairement dans un tombeau paien.

A l'entrée du bas-côté de droite (en k), le sarcophageantique dédié, nous dit l'inscription, par L. Caelius Florentinus, centurion de la dixième cohorte urbaine, aux mânes de sa femme Clodia Secunda, morte le 17 juin 207 ap. J.-C. à l'âge de 25 ans, 10 mois, 14 jours, après 7 ans, 4 mois, 18 jours de vie commune " sans l'ombre d'une dispute" {siyie querella). Le sarcophage fut employé ici pour la seconde fois. Sa place primitive était

Fig. 97. Sarcophage chrétien à S. M.iri.i Antiqua.

sur une des grandes voies romaines, sur la voie Appienne par exemple.

La partie supérieure du mur était occupée par deux rangées de fresques quadrangulaires qui faisaient pendant aux panneaux du bas-côté gauche. C'étaient, autant que le peu de traces qu'elles ont laissé autorise une interprétation^des scènes du Nouveau Testament: Zacharie et Anne, la Nativité, l'adoration des Mages. Dans la partie inférieure du mur s'ouvre une petite niche (fig. q;î, en /) où trois figures de femmes sont bien conservées: Marie et l'enfant Jésus, Anne et la petite Marie, Elisabeth et Jean. Ces peintures appartiennent probablement aussi au vui*' siècle.

De la nef centrale trois marches donnent accès à la schola cantoriivi et au presbyterium.

A l'intérieur et à droite de la schola cantoriini deux scènes sont parvenues jusqu'à nous en bon état; c'est d'abord Ezéchias

malade (HEZECHIAS REXj auquel le prophète (ISAIAS PRO- FETA) annonce: mets ordre à tes affaires, car tu vas mourir (UISPONE DOMVI TVAE QVIA MORIERIS), tandis qu'un serviteur s^ tient dans le fond avec un éventail à long manche {flabellum); ensuite et à côté c'est la victoire de David sur Goliath, où le jeune pâtre vainqueur apparaît beaucoup plus grand que le géant couché à ses pieds (fig. 98).

Le presbyterium occupe la grande salle de la bibliothèque. Dans leur partie inférieure les murs latéraux présentent, au-dessus

Fia,

David et Goliath. - Le roi Ezéchias.

d'un socle imitant des tapis déployés, des têtts d'apôtres (avec leurs noms à gauche : BAR;-THOLO;«</m, IOHANNES, ANDREAS, PAVLVS; à droite, presque complètement détruites). Au-dessus, des scènes du Nouveau Testament réparties sur deux bandes superposées. Les mieux conservées sont les deux fresques qui terminent le mur de gauche (en />) : adoration des Mages et Jésus portant la croix, avec l'inscription SIMON CYRENENSIS. La bande du haut, à droite, nous offre la suite de l'histoire évangélique, de la résurrection à l'ascension; mais ces fresques sont très abîmées, parce qu'en le revêtant plus tard d' une couche de stuc on a entaillé tout le mur à coups de pic.

Dans l'abside, pratiquée ultérieurement dans un mur en briques très épais (fig. 93 en n), plusieurs couches de peinture sont parvenues jusqu'à nous, l'une recouvrant l'autre. La couche supérieure représente le Christ debout, entouré de chérubins à six ailes, auquel la

Vitrge rrcommande un i>ape: celui-ci a un nimbe carré de coultur bkue; et il esl dési>;né par son nom SANCTISSIMVS l'AVLVS FF

Fig. •.79. Trois couches Je fresques superposées j S. Maria Antiqu.i.

ROMAXV'S. Cette couche date donc du temps de Paul P"" (757-764). De la couche inférieure (du temps de Jean VII), nous n'avons rien conservé, hormis une inscription grecque. C'est surtout sur la partie du mur contiguë à l'abside, à droite, que l'on distingue

nettement ks difierentes couches de peinture (cf. fig. 99). La couche inférieure était peinte avant que l'abside n'eût été pratiquée dans le mur. On y voit une Vierge byzantine, assise sur son trône, vêtue d'une robe somptueuse toute enrichie de joyaux, et environnée d'anges en prières. La seconde couche représentait l'Annonciation: il n'en reste guère que la tête de la Vierge et celle de l'Ange; mais cette dernière figure surpasse en beauté toutes les autres peintures de l'église. Les pères de l'Eglise occupaient la troisième couche. Deux têtes seulement, avec le nimbe circulaire doré, sont parvenues jusqu'à nous; à côté, les noms écrits en grec: Grégoire de Nazianze et Basile. Dans le bas il n'y a que la seconde couche qui soit en bon état: deux pères de l'Eglise tiennent en main des rouleaux sur lesquels sont écrits de long passages de S. Basile et de S. Jean Chrysostome. A gauche de l'abside également (en p) la seconde couche est bien conservée; elle représentait S. Léon le Grand et S. Grégoire de Nazianze; on distingue encore sur le socle des restes bien conservés de la première fresque imitant des plaques de marbre bigarré. Toutes les citations, transcrites ici, se retrouvent dans les actes du concile du Latran de 649. où le pape Martin !<:' condamna la doctrine des monotiiélites (doctrine suivant laquelle il n'y avait dans la double nature du Christ - divine et humaine - qu'une seule volonté et qu'une seule efficace). Aussi nous devons attribuer la seconde couche de fresques à la seconde moitié du Vii"^ siècle. De la troisième couche subsistent des restes de draperies; au-dessus court une bande rouge qui porte en lettres blanches l'inscription SCAE

DI CISEM lAE qu'on doit compléter ainsi: Sanclae Dei

genitrici semperque virgini Mariae. Suivait, de l'autre côté de l'abside, le nom du dédicant. Dans les tympans contigus au sommet de l'abside, à droite et à gauche, on voit quatre figures de papes: le second à droite est désigné par une inscription comme étant MAR//';///j YaYa ROMANVS. Le second à gauche porte un nimbe bleu carré. Plus haut, une large bande rouge remplie d'inscriptions grecques, le plus souvent des prédictions messianiques extraites des petits prophètes (Amos, Zacharias etc.). Au-dessus de celte bande, dans la lunette, le Christ en croix qu'adorent des anges vêtus de blanc. Cette partie de la muraille avait déjà été découverte en 1702, et comme le prouvent les vieux dessins, elle était alors bien mieux conservée.

La chapelle ^ droite du presbyteriuni (fig. 93 en q) servait peut-être à l'origine de dtaconiuni (sacristie pour

Fig. 100. La Cruviii.Muii j.. ^. NUrij Antiqu.i.

les livres, les vases et les ustensiles sacrés): quelques restes seulement de peinture y subsistent encore.

Au mur de fond, Ss. Cosme, Abbacyrus, Etienne, Procope, Datnien; au mur de droite, Ss. Barachisius, Domt-tius, Pantaléon, Celse, Jean et Abbacyrus. Toutes cts figures sont probablement

rlu VI II- cjèck-.

— iS4 —

La chapelle h gauche du presbyterium possède les peintures les plus intéressantes et les mieux conservées. Elles aussi pourtant ont déjà beaucoup suffert durant les

Fij;. 101. l,c pape Zacharie. ■

cinq années qui se sont écoulées depuis leur découverte. La chapelle est divisée en deux parties par une clôture en marbre assez basse; au milieu du mur de fond on voit les fondements d'un autel en marbre.

Dans la niche au-dessus de l'autel, il y a une crucifixion admirablement conservée (fig. loo). Le Christ vêtu d'un long colo-

hiiim j;ris-blcu semble vivant et garde ks yeux ouverts, bien que le soldat Longin (LONGINVS) lui ait déjà percé le Hanc de sa lanci-. A droite et à gauche <ie la croix, Marie et Jtan. Entre ce

Fig. 102. I.c primij:wr 1 hi;. ,

dernier et la croix, un autre soldat avec l'éponge et le vase plein de fiel. Au-dessus des bras de la croix, le soleil et la lune, qui voilent leur éclat. La composition ressemble tout à fait à une mosaïque (maintenant détruite) de la chapelle de Jean \'II à Saint-Pierre (il en reste un fragment aux Grottes Vaticanes). Sous la niche, aux trois quarts de la grandeur naturelle, trois figures:

au milieu la \'ierxe sur son trône, en une somptueuse robe byzantine; à droite et à gauche S^ Pierre et S', Paul. Puis viennent les titulaires de la chapelU-, le petit S'. Cyr (Quiricus) (à dr.) et sa mère Julitte (à g.). Aux extrémités deux personnages qui, d'après leur nimbe carré, vivaient encore à l'époque où ils furent peints: à gauche, et l'Evangile à la main, le pape Zacharie (741-752; c'est le Pape qui permit à Pépin le Bref de recueillir la succession des rois mérovingiens); à droite, un homme habillé de vêtements ecclésiastiques, et portant dans ses mains, dissimulées sous ses manches, le modèle d'une église. Autour de son nimbe, l'inscription (voir fig. 102): Theodolus primicerio defensoriim et dispensatore Sanctae Dei genelvicis semperqiie virginis Mariae quae appellatur antiqua.

Les murs latéraux nous racontent en huit fresques l'histoire de S^ Cyr (Quiricus) et de S'^'. Julitte qui subirent le martyre à Tarse de Cilicie. A gauche: i) Julitte, la mère, devant le gouverneur ipraeses) Alexandre; 2) S^ Cyr, son fils, est emprisonné [ubi SCS CVIRICVS A MILITIBVS DVCITVR); 3) fresque presque complètement détruite: S^. C>r confesse la foi chrétienne; 4) il est flagellé (VKI SCS CVIRICVS CATOMVLEBATVS EST); 5) S^. C\T, après qu'on lui a arraché la langue, continue à prêcher devant Alexandre (VBI SCS CVIRICVS LIXGVA ISCISSA LO- QVITVR AT PRAESIDEM); 6) la mère et le fils en prison. — A droite: 7) Tous les deux sont jetés dans une poêle ardente (VBI SCS CVIRICVS CVM MATRE SVAM IN SARTAGINE MISSI SVNT); S) On enfonce des clous de fer dans le crâne de S'. Cyr (VBI SCS CVIRICVS ACVTIBVS CONFICTVS EST); et finalement on lui broie la tête sur les marches du tribunal. Entre la clôture de marbre et la porte du presbyterium, sur la partie antérieure du mur de droite, les fresques sont d'un autre auteur: elles représentent la Vierge que vient vénérer une famille noble, probablement celle de Theodotus; il faut remarquer surtout les figures bien conservées des deux enfants avec le nimbe bleu carré. Au mur d'entrée, à gauche, près de la porte, Theodotus (?) tenant deux grands cierges dans les mains, s'agenouille devant S*. Cyr et S" \ Julitte. A droite, à côté de la porte, un vieux saint à grande barbe (SCS ARMENTIS E - S. Armenti{u)s «•...) et trois femmes; au-dessus l'inscription: q{u)oriini iioinina dciis scil - Dieu sait leurs noms.

Nous revenons par le bas-côté gauche. Nous rencontrons à l'extrémité (en zv) une porte; dans l'embrasure, à droite, une fresque, la descente du Christ aux limbes; la porte conduit à un grand corridor voûté, dans lequel monte une pente douce, interrompue çà et là par quelques marches.

Le second palier de la rampe correspond au premier étage de la Maison des Vestales, que l' on voit très bien de ce point-là, et à la \'ia Nova. En continuant on arrive sur le toit de la bibliothèque, d'où on a un très beau coup d'œil sur S. Maria Antiqua (et de l'autre côté, sur les fouilles exécutées au bas du versant nord du Palatin, cf. p. 189). Un quatrième palier mène au Clivus Victoriae, où la rampe se rencontre avec l'escalier qui s'élève du temple de Yesta (cf. fig. 115). On doit ouvrir là un passage direct aux fouilles du Palatin. Plusieurs autres montées vont de ce coin à la Domus Tiberiana.

Cf. {Bibliotheca Templi Divi Atigitslî): Pline N. H. XXXIV, 43; Suétone Tib. 74; Martial XII, 3, 7.

Huelsen R. M. 1902, 74-82; Vaglieri 233 sq.

S. Maria Aniiqua: Huelsen R. M. 1902, 83-88. 1905, 84-94; Rushforth Paper s 0/ the British School al Rome I (1902), 1-123; Vaglieri 201-230; Wilpert Byzanl. Zeitschrijt 1905,578-583, Rôin. Qiiartalschri/t 1905, 181-193; Mortv Papers 0/ the American School in Rome (1905) I, 1 48- 156.

Nous revenons au vestibule; nous le traversons, et nous pénétrons par une porte basse {b) dans la cella du temple d'Auguste.

XXX. Templum Divi Augusti. Le temple d'Auguste (sur son histoire cf. supra p. i69sq.)se composait d'une cella à peu près carrée (28 X 32 ni.) et d'un portique qui s'ouvrait sur le Vicus Tuscus. I^es murs de là cella contiennent des niches jadis destinées aux statues

colossales des Empereurs que l'on vénérait dans le temple. Si l'on en juge par le revers d'une monnaie d'Antonin le Pieux (fig. 91), il y avait dans la niche du milieu deux statues, probablement celles d'Auguste et de Livie. Dans les autres niches avaient successivement pris place les Empereurs également divinisés dans la suite. C'étaient,

Ruines du temple d'Auguste

à l'époque de la restauration d'Antonin le Pieux, c'està-dire vers la moitié du second siècle, Claude. X'^espasien, Titus, Nerva, Trajan, Hadrien et un certain nombre d'impératrices. Les murs, en opus laterichun (beaucoup de briques portent des marques contemporaines de Domitien) étaient revêtus de marbre. Que la cella fût couverte, c'est ce que prouvent les fenêtres existant dans la partie supérieure des murs latéraux. Il est vraisemblable que la cella avait une toiture en bois scul]ité,

l)arce qu'une voûte aussi ample n'aurait pu tomber en ruines sans laisser de traces.

A l'origine le portique était un couloir oblong

ji2X 6 "^0 ^^'^<^ ^^s niches en demi-cercle aux deux

extrémités. Plus tard, et afin de consolider l'édifice, on

Fig. 104. Fragments de la Forma Urbis.

construisit six murs transversaux en brique. Dans celle des chambres formées par les murs de refend qui se trouve le plus au sud, on remarque les ruines d'un escalier qui conduisait à la toiture du portique (lequel était notablement plus bas que la cella). La façade qui donnait sur le \'icus Tuscus avait, si l'on en croit les monnaies, huit colonnes.

Cf. Suéton. Tib. 47, Calig. 21. 22; Pline A^. H. XII. 94. XXXV. 131; Tac. Ann. VI. 45: Dion Cass. LVI, 46. LVII, 10. LIX, 7:

— igo —

Acia Arvaliuni ann. 39 etc. (Henzen p. 55); CIL. VI, 4222 {- Orelli 2446). 8704. - Monnaies de Caligula: Cohen 2 n. 9-1 1, d'Antonin le Pieux, Cohen2 1-12. 618. 797-810.

Lanciani 122-125; Huelsen R. M. 1902, 74-82. 1905, 82-84; Vaglieri 230 sq.

Sur le côté sud du temple d'Auguste, les fouilles continuent. Elles rendent à la lumière les restes de grands bâtiments qui ne peuvent avoir servi ni d'habitation ni de sanctuaire; ce sont des pièces carrées ou rectangulaires, construites en blocs de tuf brun, et voûtées en berceau, qui se groupent autour d'une grande cour trapéziforme. Ils appartenaient peut-être à un grand entrepôt, les hotrea Geimaniciana et Agi-ippiana que les régionnaires de l'époque de Constantin citent parmi les édifices de la VIIF' région, et dont le plan nous a été conservé avec celui du Clivus Victoriae sur la Forma Urbis (fîg. 104). C'est du toit de S. Maria Antiqua qu'on en a la meilleure vue (cf. supra p. 187),

Cf. Notit. reg. VIII; FUR. fr. 37 + 86.

Nous sortons du portique du temple d'Auguste; nous tournons à droite, nous passons derrière le temple de Castor (on remarquera les beaux fragments de chapiteaux et d'entablement qui ont été découverts à cet endroit en 1902). Nous avons à notre droite le mur latéral du temple d'Auguste consolidé par de puissants contreforts; tout le long de la rue court un portique de piliers en briques avec des demi-colonnes engagées. A l'époque chrétienne, c'était là qu'était situé le cimetière de l'église S. Maria Antiqua. On aperçoit taillés dans la muraille quelques tombeaux dont certains contiennent encore des squelettes, des restes de peinture et des inscriptions. Ensuite, nous repassons entre le temple de Castor et le Lacus Juturnae, nous arrivons à l'arc d'Auguste, et au delà, à la limite orientale du Forum, où commence la Voie Sacrée. A notre gauche nous avons la Regia; à notre droite le temple de Vesta, et la Maison des Vestales.

— UJI —

XXXI. Regia. Les restes que nous ijossédons de hi Regia se limitent aux fondations, qui remontent en partie ;\ une construction de la Républi(]ue, et en partie

K.incs Je la Kt-

proviennent d'une restauration effectuée au commencement de l'Empire.

Suivant la tradition romaine, la résidence royale (/eg-ia) de Numa Pompilius était située à l'entrée de la Voie Sacrée, et ce roi l'aurait laissée ensuite au grand pontife (pontife.v wa.v/mus) pour qu'il en fit sa demeure. Cependant, à l'époque historique, la re£-ia ne servait pas au Grand Pontife d'habitation privée, mais seulement de siège administratif et officiel. C'est ici que se trouvaient les archives des pontifes. On y conservait les tables, où le Cirand

Pontife consignait chaque année l'indication des magistrats en charge, des faits de guerre, des prodiges et des calamités, et qui ont fourni la matière du plus ancien livre d'histoire Romaine, les

Fia. lor'. Plan de la Kctria.

Annales maximi. La Regia contenait en outre plusieurs petites chapelles (sacraria), et, entre autres, un sanctuaire de Mars, où l'on gardait les lances sacrées du dieu, et les boucliers {ancilià) des Saliens. Un autre sacrarinm était dédié à Ops, la déesse des moissons abondantes; il était tellement saint et inviolable, que seuls le Pontifex Maximus et les Vestales avaient le droit d'y pénétrer. Deux fois, en 148 et en 36 av, J.-C, le feu détruisit la Regia. Elle fut restaurée fastueusement par Domitius Calvinus,

|iii venait de soumettre l'Espagne; et c'est alors que pour signirier la destination de la Regia comme archives, on ^rava sur les parois externes de ses murs la liste des premiers magistrats de la > ité, les consuls, et de tous ceux à qui le triomphe avait été dé-

erné. de Romulus à César. Les fragments de ces listes (Fasti consulat es el Iriumphales) sont aujourd'hui renfermés dans le Palais des Conservateurs sur le Capitole, et c'est de leur emplacement actuel qu'ils tiennent leur nom de Fastes Capitolins. — Sous Commode, un incendie dévasta de nouveau la Regia. Elle fut ensuite rebâtie par Septime Sévère. Elle paraît avoir survécu à la chute de l'Empire. Mais au viii« siècle elle avait en partie disparu (cf. supra p. 134). En 1546 on découvrit certaines parties de ■ses ruines sans qu'on sût reconnaître de quel monument il s'agis-

.lit. Et c'est seulement les recherches récentes (i88ô. 1889. 1891) qui nous ont renseignés avec certitude sur son emplacement et son architecture.

A gauche de la rue, on rencontre d'abord (en i 'h^. 106) une petite antichambre, pavée avec petits cubes de marbre blanc et noir, et dans laquelle on a trouvé, encastrée dans un mur moyenâgeux, une architrave antique avec l'inscription:

ORES.PONTIFICVM-ET-FL.\MINV.M

La première partie de l'inscription avait déjà été révélée par les fouilles de 1546. Le tout donne: /?/] honorem donius Augustac kalatores pontificnni et fiamimim. D'où la supposition que les kalatores, employés des pontifes, avaient leur bureau dans ce coin de la Regia, On remarquera les beaux fragments architectoniques (morceaux d'entablement, chapiteaux de colonnes et de pilastres etc.) qui gisent maintenant à cet endroit: ils proviennent de la restauration de Calvinus (36 av.

En montant de quelques pas, on rencontre, à gauche, les fondations de la Regia républicaine. Une pièce, pavée

de dalles en tuf, contient en son milieu un soubassement circulaire en tuf gris (la partie supérieure est une addition moderne). Il n'en a pas fallu davantage pour

Fig. 107. Muraille de la Regia avec les Fastes.

qu'on voulût, sans raison plausible, y reconnaître le sacrarhim Martis. Il est d'ailleurs aussi peu vraisemblable d'admettre que la citerne souterraine située en/ (fig. 106) marque l'emplacement du sacrarium Opis. Plus loin, nous trouvons des ruines de l'époque impériale. Du mur sud, qui, dans la construction de Calvinus, portait gravées les listes des Consuls et des triomphes, il ne reste

cjue peu de chose en place. En revanche, il subsiste de nombreux fragments de l'entablement qui les couronnait, et qui date de la restauration de Septime Sévère, Les restes d'un pan de mur encore debout, prouvent, comme d'ailleurs les tables des Fastes, que l'édifice de Calvinus était petit mais somptueux et tout en marbre. Nous avons également conservé quelques parties du pavé en marbre blanc, le seuil d'une porte etc. (cf. fig. io6 en c). La façade nord de la Regia - celle qui regarde le temple de Faustine - a été incorporée, pendant le haut moyen âge (vii'-viir siècle), à une riche maison privée, semblable à celle qui s'aménagea dans les ruines de la basilique Aemilia; il en est parvenu jusqu'à nous des colonnes de cipolin érigées sur de lourdes bases en granit grossier et des murailles moitié en brique, moitié en marbre. Il est probable que la Regia de l'époque républicaine s'étendait beaucoup plus loin vers l'est; et on lui attribue tous les restes de tuf et de travertin qu'on a retrouvés sous les fondations des boutiques qui s'étendaient entre la Voie Sacrée et la Maison des Vestales (fig. 1 1 7 en z).

Cf. Ovide Trist. III, i, 28; Festus 278. 279; Appien Bell. Civ. II, 148; Pline Ep, IV, 11; Obsequens 19; FUR. fragm. 21 Jordan; Dion Cass. fr. 6, 2. XLVIII, 42. LIV, 27; Servius ad Aen. V'III, 363; Solin I, 21.

Jordan I, 2, 302-303; Huelsen Jahrbiich des Inslittits 1889, 228-253. CIL. 12, p. 5 sq. R. M. 1902, 62-66. 1905, 77-80; Lanciani 221-223; Vaglieri 40-55; Boni Aiti 518-515.

XXXIL Templum Vestae. Le massif rond en blocage, entouré à sa base de plusieurs assises du tuf et qui fait face à la Regia, n'est autre que le soubassement du célèbre temple de Vesta.

Vesta, la déesse du foyer domestique, est une des figures les plus importantes du cercle primitif des divinités romaines. Mais

tandis que dans le culte privé des époques ultérieures, et spécialement de l'Empire, elle dut céder la place aux Pénates, le culte du fo ver de 1' État, de la Vesta piiblica populi Romani Qiciritium demeura jusque dans les derniers temps de l'Empire, et

Fig. loS. Bas-rcliet représentant le temple de Vest.1, (Galleria degli Uffîzi, Florence).

même après la victoire du Christianisme, un des plus considérables de Rome. Dans le temple qui ne contenait aucune statue, les Vestales conservaient le feu sacré, solennellement renouvelé, suivant un rituel établi, le premier mars (c'était le jour de l'an du plus ancien des calendriers romains, celui de Numa). Indépendamment du foyer de l'État, le temple contenait un Saint des

Saints, le penus Veslae, fermé avec des tentures (peut-être était-ce simplement une niche dans la muraille?). On y gardait certains gages symboliques et mystérieux de la puissance romaine, et, avant tout, le Palladium qu' Énée avait réussi à sauver d'IIion en flammes. L'entrée du temple était sévèrement interdite aux hommes, à l'exception du Grand Pontife; et elle n'était permise aux femmes que pendant la durée de la fête des V'cstalia (7-15 juin). Le temple a été plusieurs fois détruit par le feu, notamment en 241 et en 210 av. J.-C; c'est qu'à cette époque l'édifice imitait encore la cabane primitive du paysan romain, toute ronde avec une

Monn.iies «l'Auguste et Je Juli.i Doiiiii.i.

clôture en treillis et un toit de chaume; et ces matériaux de construction devaient ofi'rir aux flammes une proie facile. Cependant même sous l'Empire, alors qu'il était construit entièrement en pierres et en métal, il eut à subir plusieurs fois de graves dégâts, et notamment lors de l'incendie qui éclata sous Commode (191 ap. J.-C). Septime Sévère et sa femme Julia Domna le rebâtirent; et c'est de leur restauration que proviennent la plupart des fragments d'architecture parvenus jusqu'à nous. En 394, Théodose ordonna la fermeture du temple. Entre le vin* et le x*' siècles l'édifice devait être tombé en ruines, puisque plusieurs de ces morceaux furent encastrés dans un mur moyenâgeux élevé entre le Lacus Juturnae et le temple de Castor. A l'époque de la Renaissance on avait perdu toute notion sur son emplacement, au point qu'on appliqua bientôt le nom de temple de Vesta soit à l'église S. Teodoro au pied du Palatin, soit encore au petit temple rond de la

Bocca délia Verità (près le Ponte Rotto). C'est seulement aux fouilles les plus récentes (1872, 1882, 1901) que nous devons d'en connaître la situation vraie et l'architecture.

Le temple de Vesta s'élevait sur un soubassement

Fig. Jio. Plan du temple Je Vest;i.

circulaire, divisé par des pilastres, de 14 m. de diamètre. La porte d'entrée s'ouvrait vers 1' est. Quelques marches, dont les fondements sont encore en place, conduisaient à la colonnade qui faisait le tour de la cella.

Ce portique, très étroit, n'avait qu'un but purement décoratif. Les entrecolonnements étaient fermés par des grillages en métal, comme on le voit sur les monnaies et les bas-reliefs antiques. Les trous où venaient s'en-

Fig. III. Détail Je I.i construction du temple de Vcst.i.

foncer les barreaux du grillage sont encore reconnaissables en bien des fragments de colonnes. Les entrecolonnements qui précédaient l'entrée de la cella étaient fermés par des portes de bois dont les battants étaient fixés à des saillies du marbre encore visibles sur plus d'un fût.

Fig. 112. Le temple de Vcsta.

Les colonnes supportaient un entablement et la frise représentait les instruments de sacrifice et les insienes sacerdotaux. Les blocs de la corniche formaient en même temps les caissons du portique et la frise intérieure de ia cella; ils mesuraient près de trois mètres. Ainsi les

murs de la cella et les colonnes tiu pc)rti(|ue, étroitement unis ensemble, formaient pour la coupole du temple, assez vaste elle-même, un support suffisamment so-

Fig, n",. Acdicula de Vcsta.

lide (cf. fig. 1 1 1). On admet généralement que cette coupole était percée en son milieu d' une ouverture circulaire, par où le jour pénétrait dans la cella. Mais si l'on s'en rapporte aux représentations des monnaies, il

est probable que cette ouverture était surmontée d'une applique en bronze, faisant cheminée, ayant peut-être la forme d'une grande fleur, et destinée à protéger l'intérieur contre le vent et la pluie.

On peut très bien, en passant par derrière (en b fig. 117; en face, l'entrée de la cuisine de la maison des Vestales), pénétrer à l'intérieur du soubassement. Là, au milieu, les fouilles récentes ont révélé l'existence d'un trou trapéziforme, comblé aussitôt après, auquel on a donné le nom de favissa (cachette pour les objets sacrés), et qui en tout cas prouve que le feu sacré ne brûlait pas exactement au centre de la cella. Ce puits servait, peut-être, de dépôt provisoire pour les cendres et autres déchets du feu sacré qu'on ne pouvait enlever du sanctuaire qu'une fois par an, le 15 juin, dernier jour de la fête des Vestalia. Alors on les portait en un endroit consacré, près du Clivus Capitolinus, et ensuite on les jetait au Tibre.

Puisqu'il ne pouvait y avoir d'image de la déesse à l'intérieur du temple, on fut amené plus tard, sous l'Empire, à élever tout auprès une chapelle (aedicula), destinée à recevoir une statue de Vesta, et soutenue par deux colonnes de marbre (le fût en travertin est moderne, comme le pilier de brique). L'inscription de l'architrave porte que Vaedicula fut restaurée au commencement du ir siècle, par le Sénat et le peuple, aux frais de l'État. A côté de V aedicula de Vesta, quelques marches conduisent à l'entrée de la Maison des Vestales.

Cf. Varr. dans Aulu Celle XIV. 7, 7; Liv. ep. 19; Hor. Sal. I, 9, 8; Den. Hal. II, 66; Ovid. Fasl. VI, 265. 437-454. Trist. III, I, 27; Tac. Atm. XV, 41; Plin. .V. H. VIT, 141; Plut. Nitma 11; Hérodien I, 14, 4: Dion Cass. LXXII, 24, Orose IV, 11; Notitia reg. VIII. Pour les monnaies cf. Dressel Zeitschrift fi'ir XiDiiismatik 1899, 20-31.

Jordan I, 2, 293. 42i-'423; .\uer Denkschriflcn der Wiener

Akade^mif iSSS, II, 209-22S; Lanciani 225-228; Boni Not. d. scavi 1900, 159-191. AIti 525-530; Huelsen R. M. 1902, 86-90; 1905, ^4; Va^lieri 70-80.

XXXIII. Atrium Vestae. La maison d'habitation des Vestales, vaste et luxueuse mais fermée comme un cloître, tire son nom à' Airiutn Vestae de sa partie la plus importante, la jurande cour entourée de colonnes. Elle a été déblayée par les fouilles de 1883-1884, à l'exception de l'aile de l'ouest qui n'a été mise au jour qu'en 1901, après la démolition de S. Maria Libératrice.

Le collège des Vestales se composa d'abord de six et à la fin de sept prêtresses. Quelques-unes d'entre elles étaient encore des enfants, puisque l'âge de l'admission était compris entre six et dix ans. Elles étaient choisies par le Pontifex Maximus, avec le consentement des parents. Elles restaient ensuite pendant trente ans rigoureusement isolées dans l'Atrium Vestae. Elles étaient tenues à un service très absorbant auprès du feu sacré. Elles devaient aller puiser l'eau sacrée à la source des Camènes, hors de la Porte Capène, sur la Voie Appienne, près S. Sisto Vecchio, et remplir, dans nombre de sacrifices et de cérémonies, un rôle souvent assez c<5mpliqué. Tout manquement à leurs obligations était très sévèrement puni. La Vestale coupable d'avoir laissé éteindre le feu sacré était battue de verges par le grand pontife; la Vestale coupable d'avoir failli à son vœu de chasteté était enterrée vive dans le campus sceleratus, près de la porte Colline (non loin de l'angle nord du Ministère des Finances, via Venti Settembre). On comprend qu'avec des conditions aussi dures, il soit devenu de plus en plus malaisé de trouver les six candidates requises, et des parents prêts à > soumettre leurs enfants. .-Vussi l'accès du collège alla sans cesse s' élargissant; tandis que dans l'nncien temps il est probable que seules des patriciennes pouvaietit entrer au service de \'esta, on y admit plus tard des jeunes filles de la plèbe, et même, après .Auguste, des enfants d'affranchis. Elles recevaient de l'Empereur, au moment de leur entrée dans le collège, une dot importante. Tibère lui-même, réputé pourtant pour son avarice, donna à la vestale Cornélie deux millions de sesterces (500 000 frs.).

Les Vestales n'étaient point placées, comme les autres femmes, sous la tutelle de leur paterfamilias; elles pouvaient disposer librement de leurs biens, déposer en justice sans prêter le serment auquel tous les autres témoins étaient astreints, etc. Leurs recommandations avaient un grand poids aussi bien pour l'avancement des fonctionnaires civils que pour les promotions des militaires.

Fit;. ii.|. \'ue de l'Atr

Si un criminel, conduit au supplice, rencontrait par hasard une des Vestales sur son chemin, il était gracié sur le champ. Une place d'honneur leur était réservée dans les jeux publics. Quand elles sortaient elles étaient accompagnées d'un licteur et le consul lui-même leur faisait place. Enfin elles avaient le droit - accordé seulement aux impératrices - de se promener en voiture dans les rues de Rome. Toute offense à leur personne était punie de mort. Mais malgré ces avantages, il était très difficile, à la fin de l'Empire, de recruter les six jeunes filles réclamées par le culte de Vcsta, alors que - et les Pères de 1' Église notent ce contraste avec

satisfaction - les cloîtres chrétiens se remplissaient de la foule des jeunes filles consacrées à Dieu. En 382, Gratien confisqua les biens des Vestales; après quoi leur demeure servit d'abord aux fonctionnaires de l'Empereur, puis à ceux du Pape. Après le xi* siècle elle fut abandonnée et tomba en ruines.

Les ruines de l'Atrium Vestae que nous avons sous les yeux appartiennent à la construction de l'époque impériale; les parties les plus anciennes ne remontent pas plus haut que le premier siècle après J.-C. La construction antérieure n'a laissé que quelques vestiges; on les a retrouvés à i mètre environ au-dessous du niveau de la grande cour; ce sont surtout des fragments d'un pavé, fait de petits morceaux de marbre blanc et de marbre coloré, dont l'orientation correspond à celle de la « vieille Regia » (cf. supra p. 195). Certainement l'ancienne maison des Vestales avait des dimensions plus modestes que la maison de l'époque impériale: à côté d'elle, au pied du Palatin, s'étendait un bois sacré {lucus Vestae) qui disparut au fur et à mesure de ses agrandissements.

Dans la Maison des Vestales on peut distinguer trois groupes de pièces remontant à trois périodes différentes. La partie la plus ancienne (en noir sur la fig. 117), à l'est de l'atrium, comprend des bureaux ou des salles de réception. Elle peut dater du i^"" siècle après J.-C. Les ailes du sud et de l'ouest (indiquées par des hachures) sont un peu plus récentes (moitié du 11' siècle). Elles sont occupées par des chambres d'habitation et de ménage; l'aile du nord (en clair sur la fig. 117), plus endommagée que les autres et d'importance secondaire, peut bien appartenir à la restauration de Septime Sévère.

La forme actuelle de la grande cour (qu'on peut appeler atrium ou péristyle) lui a sans doute été donnée par les transformations opérées à l'époque de Sévère. Il y avait entre les divers bâtiments, qui avant sa reconstruction entouraient la grande cour des diff'érences de ni-

veau assez sensibles. Pour les masquer on éleva sur son pourtour un portique i\ deux rangées de colonnes superposées sans plafond intermédiaire. Les fûts des colonnes du bas sont en cipolin, ceux des colonnes du haut en brèche coralline veinée de rouge. Dans le grand axe de la cour il y a plusieurs bassins de forme oblongue (les murs qui font saillie au-dessus du sol sont une addition moderne): ils datent peut-être aussi de la restauration de Sévère. Le plus grand d'entre eux (en d) devait être déjà comblé quand fut élevée au milieu de la cour la construction octogonale dont les fondations faites de grandes briques carrées sont encore en place. C'était probablement une espèce de jardin, dernier souvenir du lucus Vestae depuis longtemps disparu. Cet octogone, comme le prouvent les marques de brique, est postérieur à Dioclétien.

C'est pour la cour une décoration toute particulière que cette suite de statues des grandes Vestales ( Virgifies Vestales maxhnae^ qui faisait le tour du portique. Sur les piédestaux étaient gravées des inscriptions vantant les mérites et les vertus des prêtresses. Une seule inscription, et encore fragmentaire, fut retrouvée à sa place primitive (à l'angle S. O. en <?). On découvrit la plupart des bases et des statues (fin de 1883), à Textréc mité ouest de l'atrium, accumulées en un tas dont la disposition annonçait clairement qu'il avait été destiné au moyen âge à entrer dans un four à chaux. Les piédestaux gisaient à terre, couchés en longueur; au dessus on avait mis les torses, dont on avait débité, à coups de haches, mains, bras, jambes, toutes les parties saillantes; et on avait bouché avec les éclats les interstices qui séparaient les torses les uns des autres ; si bien que nous sommes dans l'impossibilité de rapporter à une seule des statues l'inscription qui la concernait. A une exception près {Praetextata Crassi filia, sur une petite

base, aujourd'hui sur le côté nord) toutes les inscriptions sont postérieures à l'avènement de Septime Sévère. Les grandes Vestales, que nous connaissons grâce à ces monuments et à ceux qui avaient été trouvés antérieurement dans l'atrium, sont les suivantes (les bases de celles qui sont précédées d' un astérisque ne sont plus aujourd'hui dans l'atrium).

Numisia Maximilla

ap. J.-C.

Terentia Flavola

*Campia Severina

■•■■'Flavia Mainilia

Flavia Publicia

Coelia Claudiana

*Terentia RufiUa

'■Coelia Concordia

Toutes ces statues sont érigées à de grandes Vestales, à l'exclusion des simples prêtresses qui ne semblent pas avoir eu droit à des statues honorifiques. Les grandes Vestales sont représentées dans leur costume sacerdotal. Elles portaient une robe de dessous {stold) et une espèce de manteau {pallium), ces deux vêtements en laine blanche. Un châle {siifftlmlunî), maintenu par une broche (/îbuld), leur couvrait la tête presque entièrement, ne laissant à découvert que le front et la racine des cheveux. Audessous du bord antérieur du châle apparaissait une chevelure d'un aspect tout particulier. Elle était faite de cheveux postiches, et divisée, conformément aux prescriptions rituelles, en six tresses i^seni crines) auxquelles s'entortillaient des rubans rouges et noirs. Cette coiffure archaïque et incommode (elle n'avait d'utilité que pendant le temps où la prêtresse surveillait le feu sacré, car elle protégeait alors sa chevelure véritable contre l'ardeur de la tîamme), les Vestales devaient la porter tout le temps de leur sa-

cerdoce. Les autres Romaines ne la portaient que le jour de leurs noces; « c'était un bon augure parce que la fiancée devait avoir pour son mari l'inébranlable fidé-

Fl;;. Ii6. Vtstalc.

•lité de la prêtresse pour Vesta». La statue de l'Atrium la mieux conservée a sur la poitrine les traces d'un collier de bronze (chaîne et médaillon) qui ne semble pas avoir fait partie de la tenue officielle des Vestales, mais

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