VESTA
T. SATVRNI
CASTOBIS Fig. 4. Le I-oruni en i-o a. Cr.
bilior. Elle était située derrière les tabernae novae, sur la Tace nord du Forum. Reconstruite et embellie plusieurs fois, la basilique Aemilia présente aujourd'hui l'aspect qu'elle avait à l'époque impériale (voir n" XXI). En 170 av. J.-C. (584 U. C.) Ti.^S£iuprûniuaJGracchus-construisit une troisième basilique, la basilique Sempronia, derrière les tabernae vetercs, précisément là où ^'élevait la maison de Scipion le premier Africain, près de la statue du
dieu \'ortumnus. Peut-être des restes de l'édifice sontils encore cachés sous la partie orientale de la basilique julia et seront-ils rendus h la lumière par des fouilles ultérieures ?
Ce qu'était la vie de tous les jours et le niouvenieiU des affaires sur le Forum, nous pouvons l'imaginer en lisant la description qu'en donne la « parabase » de la comédie de Plaute « Curculio » (passage qui semble avoir été ajouté après la mort du poète). L'acteur annonce au public qu'il va lui montrer: «où l'on trouve réunis tous les type de la terre, les hommes vicieux et les hommes sans vice, les fripons et les honnêtes gens. Chercliezvous un parjure? Allez au Comitium. Un menteur et un vantard? Au Sanctuaire de Cioacina ! Les maris cossus et noceurs se rencontrent devant la Basilique avec les cocottes décaties et leurs entremetteurs. Au marché au poisson, les pique-assiette. Dans le bas du Forum se promènent le monde bien et les riches. Au milieu, le long du canal, les purs hâbleurs. Au dessus du lac de Curtius, les efTrontés, les bavards, les mauvaises langues qui, pour rien, sans rien, osent lancer l'outrage aux autres, alors que leur conduite a de quoi justifier amplement toutes les attaques. Aux Boutiques Vieilles {labernae l'eteres) se tiennent les usuriers et ceux qui leur empruntent. Derrière le temple de Castor, une engeance, à qui vous ne pouvez vous fier sans vous en repentir aussitôt. Dans la Rue Étrusque ( Viens Ttiscus), ceux qui se vendent eux-mêmes, tous ceux qui roulent les autres ou viennent se faire rouler. Au Vélabre, les boulangers, les bouchers, les aruspices ». (Plavte, Ciircttlio, V. 475 sq.).
Qui peritirnm coni'enire Z'olt hominem, ito in comitium: Oui mendacem et gloriosum, aput Cloacinae sacrum. Ditis damnosos marilos sub basilica quaerito: Ibidem erunl scorta exoleia quique stipulari soient: Symbolarum conlatores aput forum piscarium. In fora infimo boni homines atque dites ambulant : In mcdio propter canalem ibi ostentatores meri. Confidentes garrulique et malevoli supra lacutn. Qui alteri de nihilo audacter dicunt contumeliam.
El qui ipsi sut habeni quod in se posset dicier. Sub veleribus ibi sunl qui dant quique accipiunl faenore. Pone aedem Casloris ibi sunl subilo quibus credas maie. In Tusco vico ibi sunl homines qui ipsi sese venditant, Vel qui ipsi variant vel aliis ul vorsenlur praebeant. In Velabro vel pisloreni vel lanium vel haruspicem.
Une confrontation du passage avec le petit plan de la p. 12 prouve que la description procède dans l'ordre strictement topographique. La basilique du v. 477 est la basilique Aemilia. Le jeu de mots de l' avant-dernier vers fait à la statue de Vortumnus, située derrière le temple de Castor et Pollux, une allusion que l'on ne peut rendre en français.
4. Le Forum, lieu des assemblées politiques. L'année 145 av. J.-C. (609 U. C.) fait époque dans l'histoire du Forum: le tribun de la plèbe C. Licinius Crassus transféra l' assemblée législative (les comitia tributd) du Comitium, devenu trop étroit, sur le Forum, et introduisit l'usage, pour les orateurs, de parler non plus tournés vers la Curie, c'est-à-dire du côté du Sénat, mais le dos au Sénat et tournés vers le Forum, c'est-à-dire du côté du peuple. Dans les années suivantes, c'est sur le Forum que se déroulèrent les phases de la lutte entre patriciens et plébéiens, où les Gracques tinrent le principal rôle. Les orateurs du parti populaire ne se contentèrent pas alors de la tribune rostrale, et il leur arriva souvent de parler du haut des marches du temple de Castor.
En 121 av. J.-C. (633 U. C.) C. Gracchus succomba sous les coups des optiviates. Son implacable ennemi, le consul L. Opimius reçut de l'Etat mission de restaurer le temple de la Concorde, dont la dédicace avait été faite par Camille. Près de ce temple, Opimius construisit une basilique qui existait encore au temps de César et que Cicéron appelle 7nonume7itum cclebcrrimum, non certes à cause de son étendue, car elle
était très restreinte, mais probablement à cause de la somptuosité de sa décoration. Cette même année 121, un arc {/orriix) fut élevé à l'entrée de la voie sacrée sur le Forum par le consul Fabius Maximus Allobrogicus, qui l'orna des statues de ces ancêtres appartenant à la gens F'abia et à la gens Cornelia (voir n° XXW'II).
Au cours des guerres civiles entre Marins et Sylla. le P'orum fut plus d'une fois le théâtre de sanglants combats. En 83 av. J.-C, le Capitole et le temple de Jupiter devinrent la proie des flammes. Le dictateur Sylla conçut alors le projet de restaurer splendidement le Capitole et le F"orum. Le temple de Jupiter, commencé par lui, fut achevé par Q. Lutatius Catulus, le vainqueur des , Cimbres, lequel construisit encore dans la dépression située entre la citadelle Capitoline (arx) et le temple de Jupiter Capitolin (^Capitoliiun) le bâtiment des archives de r Etat ou tabulariton dont le grandiose portique à double étage terminait dignement la partie occidentale du Forum. Sur le Comitium. Sylla restaura la Curie; c'est à cette occasion que furent enlevées les statues de Pythagore et d'Alcibiade dont nous avons parlé plus haut. La mort empêcha le dictateur d'accomplir ses autres projets d' embellissement.
\'ers 55 av. J.-C. le F"orum et le Comitium furent témoins des émeutes sanglantes qui éclatèrent entre les partisans de Clodius et ceu.x de ^Iilon. Plus d'une fois les Rostres jouèrent le rôle d'une forteresse, du haut de laquelle les émeutiers lançaient des projectiles mortels contre leurs adversaires. Clodius ayant été tué par les Miloniens le 20 janvier 52 av. J.-C. près de Bovillae, ses compagnons portèrent son corps sur le Comitium, et l'y brûlèrent sur un bûcher improvisé avec les sièges des sénateurs et les bancs des juges. Les flammes pénétrèrent jusque dans la Curie qu'elles dévorèrent entièrement, tandis que la basilique Porcia en était gravement at-
teinte. Faustus, fils de Sylla, édifia une nouvelle Curie; mais elle ne devait pas durer plus de sept ans.
On avait déjà vu apparaître la grande figure de l'homme d'État qui allait changer le cours de l'histoire romaine, et en même temps transformer la face du Forum et du Comitium: nous avons nommé Jules César. Déjà pendant la guerre des Gaules, entre autres projets d'embellissement de Rome, César avait conçu l'idée d'une magnifique réorganisation du Forum. Dans une lettre écrite pendant l'été de 54 av. J.-C, Cicéron parle d'abord de l'activité du consul Aemilius PauUus, qui, avec l'argent fourni par César, avait restauré la basilique Aemilia sur le côté nord du Forum, et commencé sur le côté opposé une autre basilique qui devait être la basilique Julia; puis Cicéron continue ainsi: «Les amis de César, c'està-dire Oppius et moi, pour élargir le Forum et l'étendre jusqu'à l'Atrium de la Liberté, nous avons payé le terrain soixante millions de sesterces (15 millions de francs). On n'a pu l'obtenir à moins des propriétaires. Mais nous ferons une oeuvre magnifique en construisant dans le champ de Mars une enceinte, recouverte de marbre, pour les votes des comices tributes (^saeptà), avec un portique de mille pas (1470 mètres)» (ad Att. IV, 17).
Cette lettre nous révèle déjà deux points essentiels du plan de César. Il voulait transférer les Comices du Forum, devenu trop petit, au Champ de Mars, et relier par des rues commodes le Forum à la nouvelle place des assemblées politiques. Les sommes qui furent nécessaires pour l'acquisition du terrain peuvent se comparer aux dépenses faites un peu plus tard pour la construction du Forum Julhini. Le terrain en coûta cent millions de sesterces, soit dix mille sesterces (2500 francs) le mètre carré. A un prix égal, les amis de César, en 54, auraient pu acheter une surface de 6000 mètres carrés environ, surface qui surpasse de beaucoup celle de la basilique
Aeniilia, même après les agrandissements de l'époque impériale.
Après la guerre des Gaules Jules César s'occupa avec plus d'ardeur encore de ses projets de construction, en utilisant, pour les réaliser, les ressources de l'immense butin qu'il avait rapporté. C'est chose vraiment admirable qu'il ait songé, même au milieu des guerres civiles, :\ remanier le P'orum dans la forme et suivant l'aspect (ju'il conserva dans les siècles suivants. Il y bâtit au sud la basilique Julia, réservée aux audiences judiciaires, qui précédemment se tenaient sur le Comitium, ou encore près du tribunal du préteur, dans la partie basse du Forum. A l'opposé, sur l'antique place du Comitium qui ne servait plus ni au.x audiences judiciaires, ni aux réunions des tribus surgirent plusieurs édifices. Une nouvelle Curie y fut élevée, plus grande et plus belle que la Curie Hostilia, avec une orientation différente : elle correspondait dans ses grandes lignes aux églises actuelles de S. Adriano et de S. Martina. Par suite de toutes ces modifications les anciens monuments situés à la limite du Comitium et du Forum durent changer de place à leur tour: par exemple les Rostres. Il y en eut aussi parmi eux qui disparurent sous la couche épaisse de plâtras et de terre grâce à laquelle les ingénieurs de César relevèrent l'ancien niveau de la place pour la protéger contre les inondations du Tibre. Le Forum, ainsi splendidement restauré, fut réuni au Champ de Mars par une construction d'une splendeur que Rome n'avait encore jamais connue: l'enceinte de portiques à l'intérieur de laquelle se dressait le temple de Vénus Genetrix. Ce sanctuaire, élevé à la gloire de la mère de la gens Julia, formait avec les portiques environnants une place qu'on nomma Forum Julhim et qui fut le prototype de tous les forums impériaux. Si pressé que fût César d'exécuter ses plans, il sem-