II
Jordan I, 2, 245; Lanciani 282.
IX. Volcanal. Derrière l' Umbilicus, sous un toit moderne en planches, on aperçoit les restes d'une très ancienne construction en blocs de tuf. On les considère comme les substructions d'ua autel de Vulcain érigé, en plein air, sur un emplacement, consacré lui aussi à ce Dieu (^Volcanal). Le Yolcanal, dédié, suivant la légende, par Romulus en personne, passait pour un des plus antiq^ijes sanctuaires de Rome. Au temps de I^line r.-\iK:ien (70 ap. J.-C.) on y montrait encore un ylptus, aussi vieux, disait-on, que la cité elle-même et dont les racines s'étendaient jusqu'au Forum de César. La place du Volcanal avait primitivement des dimensions assez considérables: on y pouvait voir, jusque dans les derniers temps de la République, une statue d'Horatius Çoclès; la statue, dressée sur une colonne, d'un acteur qui avait été frappé par la foudre pendant les jeux du cirque; un peu plus loin, le quadrige de
— Si —
bronze que Romulus avait cons-tcrc au lendemain de sa victoire sur les habitants de Cénina, et à côté une mscription <<en caractères g:recs » qui. placée h\ par Romulus lu.-meme. en vantait les exploits. De tout cela naturellement on n'a retrouvé aucune trace Mais
i-ig. 3Î- U- Volcanal.
on continua très tard à célébrer le culte de Vulcain à cet endro.t. comme l'atteste l'inscription d'une T-a de plaque de marbre, découverte près de h^ en 1548 f con
laite, en 1 an 9 av. J.-C. au dieu Vulcain par l'empereur
au temple de la Concorde, érection de l'arc de Seotime Sévère.) allaient rétrécir le Volcanal. et, en partie le
faire oublier. — D'après la tradition romaine, le Volcanal avait, à l'époque royale et avant que les Rostres ne fussent bâtis, tenu lieu de tribune pour les orateurs; et ce n'est peut-être pas le hasard qui a fait choisir à Auguste, pour y élever ses nouveaux Rostres, un emplacement voisin du Volcanal.
Des autres vestiges très anciens (pavés de tuf avec rigoles pour l'écoulement des eaux) sont situés entre le Volcanal et l'hémicycle: on n'en a pu donner jusqu'ici une explication satisfaisante. Derrière les fondations de l'autel de Vulcain, on aperçoit, taillés en partie dans la roche vive de la colline Capitoline, des restes de l'escalier par où l'on montait au portique du temple de la Concorde.
Cf. Liv. XL, 19, i; Den. Hal. II, 50. VI, 67. VII, 17. IX, 39; Pline A': H. XVI, 236; A. Gelle IV, 5; Festus 238. 290; hemerol. Arval. ad X Kal. Sept.; CIL. VI, 457 (= Dessau 93).
Jordan I, 2, 339; Huelsen R. M. 1893, 87. 1902, 10. 1905, 7-9; Lanciani, Bull. comm. 1902, 125-133; Cantarelli B%ill. comm. 1900, 124 sq. ; Vaglieri 161.
X. Arcus Severi. Tout à côté du Volcanal se dresse l'arc de Septime Sévère, érigé en 203 ap. J,-C. pour commémorer les victoires que cet empereur avait remportées dans ses expéditions d'Orient.
Sévère avait dû prendre trois fois les armes pour établir solidement la domination romaine sur la front[ère de l'Euphrate. Au commencement de son règne (193 ap. J.-C), alors que les Parthes ei.les Arabes de Hatra s'étaient unis à son rival à l'em- [lire, Pescennius Niger, il réussit à conquérir tout le pays compris entre le Tigre et l' Euphrate, lequel devint alors province romaine sous le nom de Mésopotamie. Puis en 197, quand Sévère dut se rendre en Gaule pour réprimer le soulèvement de Clodius Albinus, les tribus qu'il avait soumises se révoltèrent de nouveau, L'Empereur, après avoir vaincu Albinus, retourna en Orient en 198 et dompta l'ennemi en deux campagnes (198-199). Les résidences
royales des Parthes, Ktésiphpn et Séleucie sur le Tigre, tombèrent en son pouvoir; plus de loo ooo personnes furent vendues comme esclaves. En revanche la forteresse des Arabes, Hatra, perdue au milieu du désert, ne put être prise par les Romains. Néanmoins, l'Empereuç- prit les surnoms glorieux d'Arabicus Adiabenicus (l'Adiabène correspond à l'ancienne Assyrie) Parthicus Maximus.
Bas-rclicf Je l'arc de Scvcre (côté du Capitolc A droite).
Rentré à Rome en 202, Sévère célébra le dixième anniversaire de son avènement à l^Empire (rf^f^«Ma/£a); et c'est a cette occasion que le Sénat et le peuple romain pour honorer l'Empereur érigèrent l'arc qui porte son nom; toutefois Sévère n'a pas célébré de triomi>he à la suite de ses guerres d'Orient. — L'arc doit sa conservation à cette double circonstance qu'au moyen .^ge sa ])artie sud était propriété de l'église des Ss. Sergio e Bacco, et que sa partie nord appartenait, au xii* siècle, à une forteresse
-.dgneuriale (C/a«./r.., a,nnn) dont quelques restes ,cf la tour crénelle de la fig. 34, subsistaient encore au xvi» et -lu xvii« siècles. ^^ '^"
Dans rantiquité, Tare (qui est à trois arcades) n était accessible du cote du Forum que par des marches. Il
1-ig. 36. B.,.-rclicf de V.rc de Scvcrc (côte du Opitolc i gauche).
ës't C:r'\ '^°"' ''■'''''■, '^^ ^'-'''^S'- L'^^^^^^ «ntrale arcadesjaterales a 7 m. de haut et 3 m. de large. Les façades sont décorées départ et d'autre par quatre co
dZtt-f-'i''" '"^"^P""''' ^""'^ '''' ^' ^^'■''^"des bases PartV. "^f /^P'-^^^"^^"^- e" bas-relief, des prisonniers larthes enchaînes, que mènent des légionnaires. Du côté du Cap.tole, à la clef d. l'arcade centrale, le dieu Mars
Dans les tympans, des Victoires avec des trophées. Audessous, les génies de l' Été (à gauche) et de l'Automne (à droite). Dans les tympans des arcades latérales sont sculptées des images de fleuves divinisés; de minces Vjandes les surmontent avec des bas-reliefs qui répètent quatre fois les mêmes sujets, sans différences appréciables: c'est Rome (elle se tient à l'extrémité de droite) qui reçoit l'hommage des tribus orientales enfin domptées; leurs armes et le butin fait sur elles sont amenés sur des chariots. Au-dessus, de grands bas-reliefs oii sont figurés des épisodes de la guerre. Chacun d' eux se compose de deux panneaux superposés. Au-dessus de l'arcade de droite (fig. 35), panneau du haut, commencement de la campagne, l'Empereur, entouré de sa suite et de ses pôrte-étendards, fait un discours {allociitio) du haut d'une estrade {suggestiis); panneau du bas, siège d'une ville, dont un bélier {aries) est en train d'enfoncer la muraille. Au-dessus de l'arcade de gauche (fig. 36), panneau supérieur, siège d'une ville située au bord d'un fleuve (Tigre ou Euphrate?) et dont les habitants envoient une ambassade à l'Empereur pour lui annoncer leur soumission; panneau inférieur, une ville (ou une forteresse), située également au bord d'un fleuve, est assiégée par les Romains, qui, en même temps, mettent en fuite la cavalerie ennemie. Sur la façade tournée vers le Forum nous avons des bas-reliefs semblal)les. Dans les t3'mpans de l'arcade centrale les génies du Printemps (droite) et de l'Hiver (gauche). Au-dessus de l'arcade latérale gauche, commencement de la campagne, allocution de l'Empereur; au-dessus de l'arcade latérale droite, négociations avec les Barbares, tracé d'un camp, assaut d'une
a' ' '' Monnaie de Septimc Scvérc.
\ ille. Une description plus précise est impossible, autant à ause du mauvais état des ruines que du caractère schématique de toutes ces représentations, qui. comparées aux -cènes si vivantes et si nettement indixidualisées de la colonnt- Trajane ou de la colonne de Marc-Aurèle, accusent la rapide décadence où l'art est tombé à la fin du ii^ siècle. Sur l'attique, dont les pilastres d'angle étaient décorés d' ornements de bronze (trophées ?), on lit l'inscription aux termes de laquelle le Sénat et le peuple romain ont lédié r arc à Septime Sévère t à son fils Caracalla parce [ue ces princes « ont conservé l'Etat et agrandi l'Empire ». Il est facile de reconnaître que les deux dernières lettres P(a/r/) P(airzae) le la troisième ligne et la juatrième ligne en entier, i^ravées plus profondément, occupent la place d' une inscription plus ancienne et effacée. Mais les trous où venaient s'insérer les clous qui retenaient les lettres de bronze de la première inscription sont restés à ce point visibles qu'on peut facilement en déchiffrer le texte: ET P. SEPTIMIO GETAE NOB(///^^/w^) CAESARI. Caracalla, après avoir fait assassiner son frère, que Septime Sévère lui avait donné comme collègue à l'Empire, enjoignit de marteler le nom de Géta sur tous les monuments publics. Ici, pour remplir la lacune produite par le martelage, on ajouta aux titres de Sévère et de Caracalla les mots de P(a/n)P(a^nae) OPTIMIS FORTISSIMISQVE PRINCIPIBV'S «au père de la patrie, aux princes très bons et très braves » .
Fig. ;8. Escalier primitif et aujourd'hui disparu de l'arc de Septime Sévtre.
Sur les monnaies qui nous offrent une image de l'arc de Septime-Sévère (ûg. 37) l'attique porte en son milieu un char à six chevaux, en bronze, avec les statues en bronze de Sévère et de ses fils. Aux angles il y avait peut-être aussi des statues équestres.
Le perron qui menait du Forum à l'arc comptait à l'origine de 6 à 8 marches. Par la suite, et pour des raisons qui nous échappent, le niveau du Forum fut abaissé de 2 m. 50 environ. On dut prolonger l'escalier en conséquence. On aperçoit très bien la trace des marches taillées alors dans les soubassements des arcades latérales. Au cours de ces travaux de nivellement les fondements en travertin des piles d'angle furent mis à nu; et c'est à ce moment que pour les harmoniser avec les parties supérieures de l'édifice, construites en marbre, on les revêtit à leur tour de grandes plaques de marbre.
Cf. CIL. VI, 1033 (= Dessau 425). — Rossini Archi trionfali pl- 50-59; Jordan I, 2, 213; Lanciani 284; Hiielsen R. M. 1902, 21 ; Vaglieri 151.
[Le temple de la Concorde, le temple de Vespasien et le Porticus Deorum Consentium sont séparés par la rue moderne de l'ensemble des fouilles du Forum. L'entrée est à l'angle sud, sous l'escalier qui conduit de la rue au Capitole. Pour visiter, on s'adresse aux gardiens du Forum. Nous décrivons ces ruines dans l'ordre où elles se présentent à partir de l'entrée].
XI. Porticus Deorum Consentium. Le portique des Douze Dieux, découvert en 1834, se compose de deux ailes qui s'interceptent l'une l'autre en formant un angle obtus. Derrière la colonnade s'ouvrent sept chambres, de diflérentes grandeurs, auxquelles peut-être plusieurs autres faisaient suite. Ces chambres contenaient les statues des dieux de l'Olympe. Déjà Varron parle des douze statues d'or des dii consentes, qui étaient érigées au Forum; de même à Athènes, il y avait sur l'Agora de semblables
statues des douze Dieux. A Rome c'étaient Jupiter et Junon, Neptune et Minerve, Apollon et Diane, Mars et Vénus, Vulcain et \'osta, Mercure et Cérès. Le portique de Rome fut reconstruit dans les derniers temps du paganisme expirant par un des représentants les plus zélés de la vieille croyance, le préfet de la ville, V'ettius Agorius Praetextatus. L'inscription porte:
Jeorum .ONSENTILM SACROSAKCTA SIMVLACRA CVM OMNI LO.<
lolius aJi'rna/iV'NE CVLTV IN formant aniiquam restitulo
lETTIVS PRAETKXTATVS . V . C . PRA</«/aî uRBI reposuil
CVRANTE LONGEIO v . c . cOXSL'LARl
Les colonnes sont en marbre cipolin. Leurs cannelures, dans la partie inférieure, sont garnies de baguettes, et les filets qui les séparent de demi-baguettes. Leurs chapiteaux étaient ornés de trophées. Le meilleur exemplaire s'en trouve au Tabularium. En 1S5S ces ruines ont été fortement restaurées; c'est de cette époque que datent les colonnes de travertin. Le fond des chambres situées en arrière de l'aile gauche est formé par un très ancien mur de tuf qui soutenait le Clivus Capitolinus.
Les fragments d'architecture qui gisent devant le Porticus Deorum Consentium proviennent en grande partie des fouilles exécutées vers 1S30. Les grands chapiteaux de travertin appartiennent peut-être au second étage du Tabularium, qui dans ce cas eût été une construction d'ordre corinthien et non d'ordre ionique, comme l'imagine la restauration de la fig. 39.
Descendons maintenant le passage étroit entre le soubassement du Portique et le temple de Vespasien: c'est tout ce qui reste de la place beaucoup plus étendue qui s'y trouvait primitivement. A gauche il y a sept chambres {labernaé), construites en briques, avec de larges portes d'entrée. On leur a d'abord donné faussement le nom de schola Xanlha. Leur nom et leur destination réels sont inconnus. A droite on remarque de puissants blocs de tuf et de travertin très exactement agencés: c'est le podium du temi)le de Vespasien. Le passage finit contre les grandioses substructions du Tabularium, et l'on voit comment la construction du temple de Vespasien a bouché l'une des portes qui y donnaient accès.
Cf. Varro de re rustica I, 4 ; CIL. VI, 102. 30692 (= Dessau 4003). — Jordan I, 2, 367; Lanciani 294.
XII. Templum Vespasiani et Titi. Le temple de Vespasien a été probablement conçu et commencé aussitôt après l'apothéose
ujj^uu:.WÀr7^''
Fig. 59. I,c temple de Vesp.isinn, et, derrière, le Tabularium.
de l'Empereur. Mais il n'a été terminé qu'après la mort de Titus (8(); et c'est pour cela qu'il lui a été aussi dédié. C'était un temple prostyle d'ordre corinthien, avec six colonnes sur la façade.
•mme l'espace entre le Tabulariuni et le Clivus Capitolinus était l>iut<")t mesuré, on dut tailler les marches de l'escalier qui menait au pronaos entre les soubassements des colonnes. L'inscription ,1e l'arcliitrave était encore complète au vu' siècle de notre ère:
DIVO VtSl'ASlANO ANGVSTO S . 1' . (i . K . 1\1P1> . CAhSS . SKVbKVS hT ANTONlN\ b l'il Ftl.lChS AVGG . KhSI 11 VKU.,»;
Fig. 40. Corniche du tcmp!c Je Vcspasicn.
Il n'en subsiste plus aujourd'hui que la fin du dernier mot. Ou reconnaît que primitivement la tranche supérieure de l'architrave était seule gravée: après la restauration de Septime Sévère, DU recouvrit la deuxième bande d'une plaque portant une inscription et entourée d'une méchante bordure.
La frise latérale est ornée des insignes sacerdotaux - le bonnet iaficw), l'aspersoir, la burette, le couteau du sacrifice, la patère, la cuillère, la hache - exécutés avec une magistrale finesse qu'on apprécie mal sur les originaux placés trop haut et dans une lumière défavorable, et beaucoup mieux sur les mopla^es que fit exécuter Valadier et qui sont aujourd'hui au Tabularium. Le piédestal qui
supportait sur leurs trônes les statues des deux Divi, Vespasien et Titus, demeure adossé au mur de fond de la cella. Le temple enseveli dès le xvi® siècle jusqu'aux chapiteaux de ses colonnes fut rendu à la lumière en i8ri par l'architecte français Valadier: les fondements des colonnes qui menaçaient de s'écrouler furent
Fiy. 41. Fouilles prCs du temple de \'espasicii en iSi:;.
refaits alors presque entièrement. A l'occasion dé ces travaux, on découvrit les restes de l'église de Ss. Sergio e Bacco, ensevelis après l'abandon de l'édifice sous Paul IV: ces restes, situés entre les trois colonnes et le lemi^le de la Concorde, furent aussitôt détruits, et ne nous sont connus que par un dessin de l'architecte Rossini (voir fig. 41).
Cf. CIL. VI, 938 (= Dessau 255); Notit. reg. VIII. — Jordan I. 2, 192, 411; Lanciani 291; Huelsen A'. M. 1905,
Entre le temple de Vespasien et celui de la Concorde est -ituée une petite construction de briques, dans laquelle on a ri>uvé une inscription dédiée à la Diva Pia Faustina (femme de Marc-Aurèle) par de petits employés de l'administration du trésor, les vialores qtiaestoH ab aerario Salurni. Peut-être avaient-ils leur bureau {schola) à cet endroit ?
Cf. CIL. VI, 1019 (= Dessau 3S2).
XIII. Templum Concordiae. Le temple de la Concorde fut dédié par le dictateur M. Furius Camillus en 366 av. J.-C, pour marquer la fin des luttes séculaires entre Patriciens et Plébéiens. L'édifice primitif était plus petit que celui de l'époque impériale dont nous avons les restes devant nous. On peut en évaluer les dimensions par conjecture, parce qu'on en a tenu compte lors de la construction du Tabularium, à l'époque de Sylla: la partie nord de son soubassement est sans fenêtres, parce qu'elle aboutissait au fond du temple: d'où il suit que le premier temple de la Concorde formait peut-être un rectangle de 15X25 mètres. Après la mort de C. Gracchus (121 av. J.-C.) il fut reconstruit par L. Opimius. Tibère en commença une seconde restauration en 7 av. J.-C, et dédia le nouvel édifice le 16 janvier de l'an 10 ap. J.-C Mais le temple ne pouvait être agrandi ni par derrière, ou il touchait au Tabularium, ni par devant, où il rencontrait le Clivus Capitolinus. Tibère en fit donc élargir la cella à droite et à gauche, de sorte que la largeur surpassait du double la longueur: le plan de l'édifice nous est donné par la Forma Urbis Romae (cf. fig. 5). Le temple fut rebâti encore une fois dans les derniers temps de l'Empire: la façade, avec l'inscription S.P.Q.R. aedeni Concordiae Z't lus taie conlapsani in nielioreni facietn opère et cultii spiendidiore restituerunt, était encore debout au vn* siècle de notre ère.
Outre les marches conduisant au pronaos, dont les soubassements furent en partie taillés dans le tuf de la colline Capitoline, nous avons conservé le seuil de la cella, un bloc colossal de marbre portasanta, orné, en son milieu, d'un caducée de bronze. La cella elle-même était magnifiquement décorée: les fouilles de 1S17 mirent au jour des restes encore importants des beaux marbres précieux, de difTérentes couleurs, qui la pavaient comme ils en revêtaient les murs; mais entre temps ces vestiges ont disparu. On trouva aussi dans la cella plusieurs bases de marbre (aujourd'hui
au Musée du Capitole) dédiées par de hauts fonctionnaires à la Concorde pro saliUe Tiberii; d'après les inscriptions, ces bases auraient soutenu des statues de métal précieux (cinq livres d'or, vingt-cinq livres d'argent etc.). A en croire les auteurs anciens, le temple était rempli de trésors artistiques. Tibère en avait fait, à ce qu'il semble, un vrai musée d'art grec. Pline l'ancien raconte qu'on y admirait des sculptures de Bâton, Euphranor, NikeratoF, Piston, des tableaux de Nikias, Theoros, Zeuxis. Auguste y avait
Fig. 42. Corniche Ju temple de la Concordia.
placé quatre éléphants d'obsidienne; on y montrait aussi l'anneau de Polycrate, tyran de Samcs. Dans le portique du temple le Sénat vint tenir ses séances jusqu'aux derniers temps de l'Empire. Les Arvales aussi, et d'autres collèges sacerdotaux, s'y réunissaient pour des cérémonies ou des sacrifices.
Cf. Varr. /. /. V, 148; Plut. Cam. 42, C. Gracchus 17; Ovid. fast. I, 637; Appien b. c. I, 26; Suétone Tib. 20; Dio. Cass. LV, 8. LVI, 24. LVIII, 11; St. Augustin de civ. Dei III, 24; CIL. VI, 89 (= Dessaiï 3781). 90 (= Dessau 3782). 91-94- 3675=30^56
Dessau 3783); hemerol. Praen. ad X\'II kal. Fehr.; Acta Arval. passim: FUR. fr. 22.
Dutert, le Forum p. 35 et pi. XIV; Jordan I, 2, 332-336; Lanciani 22S.
Reprenant notre promenade sur le Forum, nous gagnons, de l'arc de Septime Sévère, le Clivus Capitolinus; et de là en repassant devant la façade des Rostres, nous arrivons au Comitium. Sur notre chemin nous rencontrons un certain nombre de monuments datant du Bas Empire, la colonne de Focas, la base de Dioclétien, les deux monuments honorifiques du temps d' Honorius.
XI\'. Columna Focae. Un soubassement carré en briques porte une l)ase sur laquelle se dresse une colonne corinthienne de marbre blanc, haute de 13 m. 60 et ayant i m. 35 de diamètre. L'inscription gravée sur le côté nord de la base nous apprend qu'à la date du i*"" août 608 l'exarque Smaragdus a élevé, sur cette coloime « à notre maître Focas, Empereur perpétuel, couronné par Dieu, triomphateur, toujours Auguste, une statue de sa majesté toute étincelante de la splendeur de l'or », et cela « pour les innombrables bienfaits de sa piété, pour la paix procurée à l'Italie et la liberté conservée».
Focas, homme d'une naissance infime, après avoir servi comme centurion dans l'armée byzantine du Danube, fut en 602 proclamé empereur par ses compagnons d'armes. Il fit assassiner son prédécesseur Mauricius et ses cinq fils. Il se crut alors assuré d'un trône qu'il souilla de sa cruauté et de ses débauches. Malgré cela les Romains lui prêtèrent hommage: leur cité, qui depuis plus d'un siècle était attristée par toutes les calamités à la fois, les invasions des Barbares, les guerres civiles, les cataclysmes de la nature, saluait tout changement de gouvernement comme une promesse de jours meilleurs. Voici le début de la lettre que le grand pape Saint Grégoire adressa à Focas lors de son avènement: «Nous nous félicitons que votre piété et votre clémence aient été élevées
au trône impérial. Que les cieux soient dans l'allégresse. Que la terre exulte, et que le peuple, qui dans tout l' Empire était si gravement affligé, retourne, par l'effet de votre bon gouvernement, à la joie et à la sérénité ». Focas a rendu à Rome un grand service en donnant au pape Boniface IV le Panthéon d' Agrippa, qui, transformé en église, fut consacré à tous les martyrs le 13 mai 609. Au mois d'octobre 610, Focas fut détrôné par trahison et mis à mort dans les plus cruelles tortures. Et partout l'on renversa les statues de l'usurpateur, dont les historiens d'alors nous ont admirablement décrit la répugnante laideur, la taille de nain difforme, les cheveux roux, les sourcils épais et emmêlés, l'horrible cicatrice qui l'avait défiguré et lui avait décoloré la joue.
Le monument, sans aucun doute, n'a pas été érigé par Smaragdus lui-même. Néanmoins on ne saurait que difficilement le faire remonter plus haut que le V- ou le iv^ siècle. Et déjà alors il était fait avec les débris de monuments plus anciens: colonne et chapiteau peuvent, d'après leur style, appartenir au ir' siècle de notre ère. Une addition d'une époque tout à fait tardive, c'est le perron en forme de pyramide que l'on a démoli en 1903 sur deux de ses côtés: bien des monuments voisins ont dû fournir des matériaux pour sa construction.
Cf. CIL. VI, 1200 (= Dessau 837); Gregor. Magn. reg. XIII, 34.
Valadier, fabbriche di Roma, fasc. 5 (1826); Jordan I, 2, 246; Huelsen R. M. 1891, 88. 1902, 58. 1905, 68; Lanciani 262; Boni \ Atti 577 sq. i