X. En cédant tout simplement à votre Attraction
Le mécanicien. Ah I bah ! vous vons poqnez.
X. Je ne me moque point. — Votlà le Phalanstère établi, voilà les cultures de la Commune sociétaire régulièrement distribuées ; les travaux divers sont en activité. Quant à Vous, enfermé dans votre parc, avec votre famille et vos valets, vous voulez vous suffire à vous-même. Qu'arrive-til? C'est que tel de vos amis, dont la fortune était de moitié moindre qae la vôtre, voit ses enfants s'élever et s'instruire sans qu'il en ait ni les charges ni les ennuis; ses enfants, vrais démons, sont devenus de véritables petits anges ; sa femme, autrefois acariâtre , a cessé de le tourmenter. Il n'avait pas de domestique, ou bien il en avait un qui lui coûtait fort cher et le servait mal ; maintenant il en a dix qui ne lui coûtent rien et le servent avec empressement, avec dévouement. Son cœur et ses sens allaient se blaser , et maintenant , grâce aux stimulants passionnels qu'il trouve dans les Séries auxquelles il est affilié, l'ennui qui le consumait a fait place à une vie active, agréable, amusante. Il n'était pas électeur, il ne pouvait être député ; maintenant il exerce des droits électoraux bien autrement réels et étendus, bien autrement intéressants pour lui, flatteurs pour son ambition, que ne le sont les droits politiques dont il berçait ses illusions. Il a contracté des amitiés vives, des liens corporatifs qui l'attachent à la vie et lui font aimer ses semblables qu'il était près de haïr ou de mépriser. Que vous dirai-je enfin? il jouit d'un bien-être, il s'entoure d'un luxe, d'un comfort qu'il n'osait espérer ; sa fortune s'arrondit tous les jours ^ il ne connaît plus ni soucis, ni inquiétudes, ni privations. Vous, monsieur, vous ne pouvez être si bien enfermé dans votre parc que vous ne sachiez, que vous ne voyie? tout cela. Votre femme est d'un caractère égal et doux, mais elle s'ennuie, elle se consume dans l'isolement et vous tourmente ; vos enfants sont charmants, d'un
caractère 'pacifi(|ue, malléable ; mais leur éducation se fait mal oa platôt ne se fait pas, et ils vous tourmentent. Vos valets voQS trompent, vous pillent, vous trahissent ; vos biens sont mal entretenus, mal cultivés ; vos capitaux dorment ; la gêne, les privations se font d'autant plus vivement sentir dans votre diâteau, que Taisani^e et Tabondance sont là, sous vos yeux , dans cette grande maison que vous dédaignez. Au lieu de la liberté, de la gaité, du bonheur réel que Ton goûte au Phalanstère et sur le vaste domaine qu'exploite la Phalange, chez vous les soucis, la monotonie, les déceptions; au lieu de l'indépendance, au lieu de l'insouciance assurées à votre ancien ami, vous êtes a^reint à une foule de soins, de préoccupations sans résultat et sans fin. Vos ouvriers travaillent mollement; que dis -je? le contraste de votre existence isolée au train de vie sociétaire, est si frappant que bientôt vous n'avez plus ni ouvriers ni domestiques. En vain vous augmentez leurs gages, en vain vous diminuez le travail de la journée ; vos salariés vous abandonnent pour aller se mêler aux groupes libres et joyeux du Phalanstère ; vos enfants eux-mêmes, les petits ingrats! préfèrent les travaux de la Phalange; ils s'échappent autant quMls peuvent de votre parc entouré de murs. Bientôt vous vous trouvez seul, et votre demeure où régnent l'égoïsme et l'atonie, votre domaine, anomalie monstrueuse, choquante, insupportable pour vous-même, est regardée par les autres hommes comme un lieu dangereux, comme une habitation empestée et maudite.
Mais non! je me trompe, rien de tout cela n'arrivera; car il est impossible qu'entre tant d'avantages d'une part, et tant d'inconvénients de l'autre , vous ne vous empressiez pas de faire un choix ; il est impossible que vous résistiez à votre Attraction.
Le mécanicien. Vous aurez beau dire ; il me semble que ce train de vie ne m'irait pas du tout.|| :
— Quel train de vie? demanda un noavel arrivant.
Le mécanicien. Bonjoar, mon ami ! Noos disentons à propos do Phalanstère.
— Ah ! bien, alors, je m'en vais.
Le mécanicien. Poarqnoi? Restez donc!
— Non ; j'ai horreor des Sectes et des Sectaires. X. Mais, monsienr, il ne s'agit pas de Sectaires.
— Monsienr, j'ai les Sectes en horrenr; anssi je me sanve bien vite. Votre serviteur!
Le mécanicien. Ma foi ! il a bien raison; je n'aime pas non plus les gens qui se mettent en dehors de la société. ..