‹ Le fou du Palais-RoyalChapitre 120 sur 127 · X. Eh bien · texte numérisé non relu

X. Eh bien

— Eh bien ! vous vous tenez donc par le fait en dehors de la Société ; vous formez donc Secte ?

X. De ce que la Science ne peut et ne doit s'inféoder àaucun parti, est-ce donc à dire que les propagateurs de la Science i^isolent de la Société, fassent scission avec elle.Ehl monsieur, il existe des partis aujourd'hui, et en assez grand nombre, vous le savbz... Ces partis sont*ils donc en dehors de la Société? Mais la Société actuelle n'est guère qu'un composé de partis, et les disciples de^Fourier eux-mêmes auront l'apparence d'un parti, tant que, par une preuve expérimen* taie, la Science sociale n'aura pas démontré sa supériorité et rallié à elle l'Humanité tout entière. En attendant , elle approuve dans chaque parti ce qui est bien et blâme ce qui est mal; et voilà pourquoi elle est, non en dehors, car Pexpression n'est pasjuste,maisau-des8us de tous les partis.

Mous, former Secte ! Prenons bien garde que cette fausse idée ne s'accrédite dans le public. Ne savez-vous pas quelle antipathie la Société éprouve pour l'esprit de secte ? n'avez-vous pas vu tantôt cette personne qui a refusé de se

joindre à notre groupe, et cette antre qni s^en est éloigûée^ sons prétexte qu'il s'agissait d'une Secte, d'une petite Église ? T- Vous-même , Monsieur, qui me parlez , peut-être cette idée vous a-t-elle suggéré des préventions contre la Théorie sociétaire ;.et j'espère qu'en causant ici avec moi, en voyant que je suis un homme comme lin autre , que je suis un citoyen comme vous, un bourgeois comme vous , payant mes impositions et montant ma garde , non pas avec plaisir, je l'avoue 9 mais enfin montant ma garde, j'espère que vous serez revenu de vos préventions.

— yous voyez cependant ce que les Saint*Simoniens ont feit en se rassemblant an nom d'une doctrine bien inférieure à celle des.... Fouriéristeê ; quelle influence ils avaient acquise , quel éclat ils ont jeté dans le monde ! jQ

X. Oui, un éclat éphémère et qui ne doit pas se renouveler. Je vous le répète, les Saint-Simoniens n'étaient pas en possession d'une Science ; le propre de TÉcole saintjsimonienne était donc de former Secte^ de briller un jour et de disparaître le lendemain. Est-ce donc cet éclat passager que nous devons produire? Est-ce à ce résultat que nous voulons arriver?... Je sais bien que, même quand nous échouerions aujourd'hui, comme ont échoué les Saint-:Simoniens, la Seience que nous défendons n'en . existerait pas moins et n'en serait pas moins appliquée après nous; mais pourquoi ne prendrions*nou8 pas les mesures les plus convenables, les I^UB promptes, les plus dignes, et les seules logiques, pour l'appliquer de notre vivant ?. . .

Maintenant, Monsieur, permettez-moi, pour couler à fond cette discussion et pour vous prouver que nous sommes conséquents, permettez-moi de relever le mot dont vous venez de vous servir pour désigner les partisans de la Science de Fourier. Écoutez Fourier lui*méme : « La dénomination de FouniÉniSTE, dit-il, est impropre ; elle induit en erreur. Le nom de FouHifiRisTE est un piège des zoïles pour mMsoler dejn

bannière que je m'honore de suivre , et me confondre avec les fabricatears de systèmes et de religions. Lorsqu'un essai aura démontré la justesse de ma Théorie, personne ne prendra le nom de Fouriériste, car tout le genre humain sera rallié à ma doctrine... Je ne veux pas du rôle banal de chef de Secte (1). »»

Vous le voyez, Monsieur, les choses ont une influence directe, inévitable sur les mots. Les Saint-Simoniens avaient raison de s'appeler Saint-Simoniens, et nous, nous aurions tort de nous appeler Fouriéristes. Je dois ajouter que, par la même raison, la dénomination de Phalansteriens, beaucoup plus convenable en ce qu'elle désigne les partisans d'une idée et non d'un homme , est encore défectueuse, car elle semble faire de nous une exception dans THumanité ; mais c'est là une nécessité momentanée, il faut bien accepter une^désignation.

— Eh bien! demandiarent plasietirs personnes, maintenant que nous sommes Phalaastâriena, que devons-nous fiiirc?

X. n s'agit, pour l'École, d'appliquer la Loi sériajre aux faits de la Vie sociale et industrielle; il s'agit de faire fonctionner, devant les yeux du corps, cette admirable Loi de la SÉRIE que le génie de Fourier a découverte à notre intelligence ; il s'agit de montrer que la Série est bien une Loi naturelle, universelle, et dont l'application, qui ne comporte pas de lacunes dans l'Univers, produit inévitablement le bonheur, la concorde, THarmonie parmi les hommes. Notre but, en un mot, est d'arriver à une Réalisation expérimentale ^ travaillez donc à en conquérir les moyens.

— Et comment cela ?

X. En faisant connaître la Science sociale , en la faisant entrer dans la conscience du public.

(«] Bêfijrme industrielle ^ tome II, page 387.

•— Mab elle est déjà connae.

X. Connue ! . . . Voulez- vous que je vous donne une idée de la manière dont elle est connue?... Je ne vous citerai pas ce député qui , montant à la tribune et oubliant sans doute la fable du singe et du dauphin, prenait étourdiment les Phalanstères pour des novateurs; mais lisez les petits journaux, îls vous apprendront que Fourier veut donner aux hommes une queue de 32 pieds ; lisez leurs confrères du grand format, et vous verrez que, si leurs /{|iplicatioDs sont autres , elles ne sont pas moins erronées. En voici un, l'Écho français du 17 janvier 1838, qui, dans un feuilleton signé Georges Duval, et intitulé : Episode de la Révolution , rapporte le discours Suivant d'un orateur jacobin : «< A des hommes libres il ne faut' pas autre chose que des cabanes répandues dans les champs, des armes, une charrue, des manufactures grossières et quelques arpents de terre. » Et le feuilletoniste ajoute en note et du ton le plus délibéré : « Ne voyez-vous pas là, en germe, la doctrine saint-simonienne et surtout la Phalanstère (sic) de Charles FouRRier (sic), Nil sub sole novi. f»

Ah! croyez-moi, aidez-nous à faire connaître la Théorie, et secondez, selon les mpyens dont chacun de vous peut disposer, le mouvement de la propagation.

Les Phalaustériens ne doivent compter ai sur les Corps savants, ni sur les députés; les uns n'approuveront la Théorie et les autres ne voteront en sa faveur que le jour où elle aura démontré sa supériorité aux esprits les moins clairvoyants.

L'architecte. Et on appelle cela être à la tête de la Science et présider aux Destinées de la nation]!..,

X. Abonnez-vous à la Phalange , pour la lire vousmêmes, et pour la faire lire, pour la faire oirculer, pour la faire pénétrer partout où vous le croirez utile. Soutenez de

tons vos efforts eette œa^re mMt«re.de propagatioa qoi» depuis dix ans qu'elle est entreprise, a coûté tant de peine, tant de labeur, tant de sacrifiées ; eette œuvre de tant de dévouement , de tant de courage, de tant de désintéressement. AbonnezwYous à la Phalange , attires fi nous les hommes de ceeur et d'intelligence; vous hâterez ainsi l'avènement du jour où il nous sera possible de faire l'essai d'un Phalan» stère.

— Votre intention est-elle de fonder? du premier (spup, un Phalanstère en grande éct^elle?

X. Non; nous nous proposons d'établir un Phalanstère d'enfants, ainsi que le projet en a été arrêté du vivant même de Fourier. Les plans sont achevés, les devis sont sur le point de l'être. Tout en nous permettant d'organiser la Série, ce Phalanstère-miniature exigera moins de temps et surtout moins de capitaux qu'un Phalanstère de 1800 individus. Or vous comprenez toute l'importance de la question des capitaux... Deux millions environ, on les réunirait sans peine pour un chemin de fer, pour une forge, pour une usine, pour une exploitation particulière ; mais pour fonder le premier Canton sociétaire et préparer le bonheur du monde! n*espérez pas les trouver facilement.

— On les trouverait bi^ vite si ohaeun mettait xm peu de bonne volonté.

« X. Sans doute. Monsieur, mais si vous aviez lu le Jfou^ veau Monde industriel^ vous sauriez que la Nature ne veut pas que chacun y mette de la bonne volonté.

*-0à est la preuve '^

X. La preuve ? c'est que la Nature n'a pas tait tous les caractères sur le qi^me moule. Voulez-vous vous en convaincre? écoute? comment Fourier analyse certains Carac-

lérwqQ'Uappelk om&^^tf, — caractères mépriflés avjoorâibaU parce qa'oo n'ea sait &ire aaciin emploi , maia qui auront imegrande utilité en Harmonie. Foorieroompte : <«Les inUiaieurs^ gens qui commencent tout et ne fioissent riaa» qui n'ont qu'on feu de paille limité à quelques séances ; » ensuite « les occasionnels ou girouettes, gens versatiles, tournant à tout vent, indinant pour Favis du dernier venu et ne goûtant une nouveauté que lorsqu'elle commence à prendre crédit; » pais «les ambiants ou fantasques, gens qui veulent s'entremettre dans ce qui est fait à demi, le modifier et remanier, qui changent inconsidérément de fonctions, quittent même un bon poste pour un mauvais sans autre motif qu'une inquiétude naturelle dont ils ne peuvent pas pénétrer la cause ; » puis encore « les caméléons ou protées^ sprte d'ambigus très nombreux en Civilisation, gens qui ne s'engagent jamais dans une affaire que lorsqu'ils la voient en bon train ; n enfin « les finiteurs^ qui se passionnent pour un ouvrage quand ils le voient presque achevé. Jamais il n'obtient leur suffrage au début; ils crient à l'impossible, au ridicule, se répandent en diatribes contre l'Autorité qui fait une amélioration, traitent de fou le propriétaire qui construit, dessèche, innove en industrie ; mais, lorsque l'ouvrage en est aux trois quarts, on voit ces aristarques changer de ton, se déclarer prôneursde ce qu'ils ont tant décrié, prétendre, comme la mouche du coche^ qu'ils ont aidé l'entreprise. On les voit souvent prôner cet ouvrage à ceux mêmes qu'ils ont indécemment raillés pour l'avoir soutenu dans le principe. Us ne s'aperçoivent pas de leur inconséquence, entraînés par la passion qui ne germe chez eux qu'au dénouement de l'affaire. » Et Fourier ajoute : « C'est en France que ce caractère est le plus commun ; aussi les Français revendiquent-ils après coup toutes les nouveautés qu'ils ont raillées à l'apparition (1). »» Sur ce, je vous quitte. Messieurs; mais permettez -moi

(l) l^ouv, M^ndeind., p. 895 cl luiv.

une dernière olMirv«tio&. Certes, je oe regrette pas les instants qoe j'ai passés avee vous ; ma journée a été assez bien employée, puisque j'ai gagné à la cause pbalansté* rienne quelques intelligences et quelques cœurs de plus; mais je ne puis m'empêcher de remarquer qu'en Harmonie, tout en discutant, nous aurions &it, de concert, quelque chose d'utile, de profitable et d'amusant, et qu^ainsi nous n'aurions pas perdu notre temps.

— £t moi, dis-je Je ne me serais pas cru obligé d'employer le mien, comme je vais le faire, à rassembler tout ce qui a été dit ici, afin d'en former une sorte de Manuel ou Mémento PHAJLANSTÉRIEN.

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