X. Avez- vous lu la théorie des quatre Mouvements
Le docteur. Ah ! j'avoue que là, je ne comprends pas tout «
X. Cela viendra. Toutes les conséquences des mathématiques ne peuvent se présenter en foule à l'esprit. Il faut du temps pour les embrasser. Mais, mon ami, que cela est beau ! et cet homme, cet homme immense que l'on appelle FOUIUER, et, qui aura un jour des statues dans toutes les villes du globe ; cet homme écrivait ces grandes choses, il y a trente-un ans ! et depuis trente-un ans, il ne s'est pas trouvé un Roi, ou même un Prince, ou mfime ua ministrci
un homme fiche enfin , assez heureux pour les connaître ^ oti' assez intelligent pour les comprendre et en profiter ! Depuis * trente*un ans ! nn livre qui embrasse tons les faits de la nature, qui prévoit et décrit avec une exactitude admirable tous les faits sociaux qui se sont passés depuis Tépoque où il fut publié....
U ARÇHiTE CTE . Comment voulez^ vous que Ton vous croie? voilà que vous donnez votre Fourier comme un prophète. ,
X. Cela vous étonne? Mais, mon bon ami, c'est laScien* ce, ou ce n'est pas la Science. Si c'est la Science, elle doit être prophétique. Est-ce que l'Astronomie ne prédit pas les éclipses et le retour des comètes? — Avez- vous moins foi en elle pour cela? Rien n'est plus prophétique qu'une Science, entendez-vous? Or la nôtre (qui sera la vôtre demain si vous le voulez) nous apprend que nous suivons une voie fausse, et de plus en plus parsemée d'obstacles; c'est pour cela que nous appelons l'Humanité dans une voie meilleure ; nous voulons lui éviter de longues, de cruelles souffrances, des blessures presque mortelles... Mous voulons la conduire à son But ultérieur qui est le Bonheur, le Bonheur sur cette terre... Ecoutez ces paroles de l'un des nôtres, qui se défen* dait ainsi contre le reproche de blasphème et d'impiété.
X ouvrit un livre qu'il avait sous le bras, et nous lut ce qui suit (1) :
M Des voyageurs ayant tout iiitérét à arriver à une terre de délices, terme heureux et désiré de leur voyage, ont fait fausse route dès le point de départ; mal orientés, ils se sont engagés dans des chemins terribles ; ils marchent à travers l'obscurité, les pieds nus, déchirés par les pierres, ensanglantés par les ronces ; les contrées qu'ils traversent sont
(f) Trois Discours prononcés à THdlel-de- Ville ; Avant- propos de M. V. Cousi^lerant, p, 49 et So,
dés contrées sauvagei, pleines de dangers, de prédpiees ef-^ frayants ; des obstacles nouveaux renaissent à chaque pas ; rien pour la faim qui les tourmente, rien pour la soif qui les dévore; les malheureux voyageurs marchent, marchent*. • ils n'arrivent pas ! Ils marchent, ils marchent encore* •• et ils n'arrivent pas. C'est toujours la même contrée sauvage, les mêmes chemins affreux, toujours les mêmes obstacles, les mêmes dangers, toujours les pierres, les ronces, les précipices ; toujours, toujours la faim, la soif, les misères du voyage sans terme ! toujours la douleur qui marche côte à côte avec eux sur cette route qui ne finit pas.. .
«Or bien des heures, bien des jours, bien des sidsons s'étant écoulés depuis le départ, il est arrivé que le mal a égaré leur esprit ; ils ont perdu le sens de leur voyage; le but reculant toujours devant eux, ils ont oublié qu'ils avaient on but. Et comme ils s'étaient encouragés d'abord à souffrir la fatigue et la douleur» en vue du terme de leur voyage, les voilà qui se sont mis à croire maintenant que la Douleur était leuf; Destinée; ils ont cru que l'homme méritait par sa Souffrance; ils ont béni, sanctifié la Souffrance; Us ont ainsi, — par une fatale subversion de la loi des vies, — ^adoré le signe même des déviations, le signe qui rend témoignagje contre le Mal, le signe que toute la nature repousse et qui doit préserver !
u Et voici que ceux de leurs frères qui voient les radieux vallons de la terre promise, les vallons inondés de lumières et de joies, se tournent de leur côté et leur crient avec amour : « Frères, vous faites fausse route ; frères, vous marchez à « l'opposé des Destinées voulues, vous vous enfoncez dans « les voies douloureuses du Mal et des subversions, dans les « voies de la désobéissance, dans les régions dévastées où M régnent les ténèbres, où soufflent les vents du malheur, « vous vous perdez dans les sphères extérieures à la sphère « des vies heureuses.... Par ici , frères, par ici ! car voici «« la voie dos glorieuses Destinées, la voie large, la voie aux
« frais ombrages, aux doux parfums, sur laquelle Dieu fait « croître aboudamment les belles fleurs et les beaux épis. M Obéissez aux Lois intérieures de votre nature, dont la M source est divine, aux Lois qui vous attirentétemellement M au bonheur et à la lumière ! Le mal ne mène qu'au Mal ; M fuyez le Mal et la Douleur, et gravitez sur la Jouissance. « Dieu n*a imposé aux êtres qu'un seul Devoir, celui d'être « heureuXy car il ne leur a pas donné d'autre désir.... Tout « être qui souffre désobéit : car le bonheur est le signe de <i Dieu. La Jouissance est la seule vérité; la Souffrance est <i la seule erreur. »
M Or les voix qui disent ces Choses, les malheureux égarés les méconnaissent. Us ont tant souffert, qu'ils maudissent l'espérance.... Les paroles d'espérance et de bonheur leur semblent la voix de l'ange aux dérisions amères , aux illusions perfides, aux corruptions qui perdent.
« Et ceux qui mènent les pauvres brebis égarées, ^t qui en tondent la iaine^ les maintiennent avec un pieux zèle dans ces voies ténébreuses. Malheureux égarés , eux aussi , qui ne savent pas combien sont grandes , pour tous , sous le règne de Dieu, les mesures des richesses et des joies ! Ils ne savent pas que, quand bientôt viendra le jour où celui qui n'a rien sera comblé»— celui qui a recevra encore....
««Mais l'intelligence de ces hommes est fermée comme leur cœur ; toute sollicitude ardente pour ceux qui souffrent les privations les plus dures, leur semble un reproche, une attaque. Vous voulez calmer et guérir les souffrances, vous vouiez enrichir les pauvres.... ces hommes crient sur vous, ils crient que vous voulez renverser la société et bouleverser le soi. »
En lisant ce morceau, X avait élevé la voix plus qu'il ne convient de le faire dans un lieu public. On nous regardait avec étonnement et curiosité. Nous allâmes dans le jardin profiter d'un rayon de soleil.