‹ Le fou du Palais-RoyalChapitre 53 sur 127 · X. Permis à vous de rester dans votre isolement, si cet · texte numérisé non relu

X. Permis à vous de rester dans votre isolement, si cet

isolement vous convient \ permis à vous, au milieu de l'accroissement des produits, de conserver vos terres à l'état de steppes improductives. Mais il est probable que partout les hommes ne seront pas assez fous pour vouloir continuer de pareilles spéculations, pour vouloir rester pauvres au milieu de la richesse générale, pour voir patiemment leur capital et leurs revenus décroître quand ceux de leurs voisins augmenteront avec rapidité. Permettez-moi donc de

croire qaUl reste encore an peu de bon-sens sur ce globe, et remarquez qu'en ménageant à chaque sociétaire la faculté d'acquérir un droit proportionnel, non sur tel coin de terre , mais sur tous les biens appartenant à la Phalange dont il fait partie , nous l'attachons encore plus fortement au fonds, dont il devient co*propriétaire. Loin donc de porter les hommes à piller, à détruire, à dégrader, TAssociation les porte à conserver. Et ; chose qui vous étonnera , mais qui est parfaitement démontrée par Fourier, les en&nts même, ces petits Vandales en Civilisation, sont, en Harmonie, les plus passionnés pour la conservation des récoltes, l'entretien des bâtiments et de tous les objets qui forment le domaine de la Phalange.

— Alors vous supprimez les gardes-champêtres?

X. Ah!... cela, je suis forcé d'en convenir ; nous supprimons ces pauvres gardes-champêtres, ou plutôt nous rendons leur ministère inutile, comme nous rendons inutile celui des soldats, des gendarmes, des sbires, des agents de police... Ce résultat vous chagrine, vous déplaît?

Le peintre. Nullement! Je l'admire, car ces fonctions me répugnent.

X. £n général, soyez sûr que toutes les fonctions qui nous inspirent une certaine répulsion disparaîtront en Harmonie; notre répugnance même est une sorte de révélation , car « la Nature, dit Fourier, n'est jamais trompeuse dans les impulsions générales qu'elle donne au genre humain. (1)» Oui, messieurs, l'£tat sociétaire rend inutiles les fonctions de cette partie si nombreuse de la population, que vous employez au« jourd'hui, soit à contenir, soit à surveiller ^ soit à rançonner l'autre ; et je comprends, dans cette catégorie , les huissiers, les avocats, les avoués, les hommes d'affaires; nous lés sup-

(i) Thévned»^ Quatre Mouvements, page iS;.

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primons tôtis^ C'est grand dommage, j'en conviens, mais ce isera ainsi.

Le peintre. Mais vous allez avoir tous ces hommes-là contre vons.

X. Non , s'ils sont assez intelligents pour comprendre lenr véritable intérêt. Ils ne seront pas en peine de trouver une occupation, non-seulement c|ui soit plus utile à la Société , mais encore qui compense , et au-delà , ce qu'ils auront perdu, — sans compter qu'on les indemnisera : car la Société, qui s'enrichira, ne voudra appauvrir personne ; et noire Science, il &ut le redire, ne se contente pas de reconnaître, de respecter le droit de Propriété : elle apporte à tous les hommes accroissement de richesse, de bien-être, de jouissances morales ; elle ne froisse aucun intérêt, ne blesse aucune affection, et donne au contraire satisfaction aux sentiments les plus divers, aux aptitudes les plus opposées, — en les harmonisant.

L'architecte. Ah ! permettez ; vous blessez tous les sentiments de famille, vous détruisez la Famille.

X. Oui, comme nous détruisons la Propriété... Mais c'est tout le contraire ! nous resserrons les liens de famille, si relâchés par les dégoûts , les ennuis, les mécomptes de toute espèce qu'engendre, en Civilisation, le mariage tel qu'on Vy pratique. Dans les Phalanges, le père ne craindra point de gâter son enfant; il pourra sans danger se montrer faible, et jamais il ne sera obligé d'infliger de corrections. — Quel bonheur pour le père ! quel gage pour lui de l'attachement de son enEsmt ! de cet enfant qui , en qualité de membre de la Pha^

lange, affilié à ses Séries, à ses Groupes de prédilection, n'aura jamais intérêt- à souhaiter Théritage et partant la mort de son père! — Quant aux époux, il n'y a plus à craindre ni alliances trompeuses, ni incidents complicatifs , ni disparates de goûts, ni monotonie, ni adultère. . . Cela vous étonne ? c'est cependant tout simple. Gardez-vous bien de prendre les rapports^actuels de la famille, qui sont forcés, pour des rapports naturels ; reconnaissez au contraire que ce sont justement les tristes résultats de ces rapports qui relâchent le lien familial en en faisant souvent un fardeau. Reconnaissez surtout qu'en faisant disparaître tous les inconvénients du groupe familial actuel, tels que les disparates de goûts, soit entre époux, soit entre pères et enfants, tels encore que les oppositions d'intérêts entre les membres d'une même famille, etc., le Régime phalanstérien, loin de briser le lien familial, développe au contraire et favorise les affections des parents entre eux.

Yoyons, raisonnons. Parce que, tout en conservant le charme des relations de famille , nous mettons un terme aux tourments qui y sont attachés ; parce que nous supprimons les zizanies, les haines, les jalousies qui divisent les familles; parce que nous donnons aux parents une sécurité complète sur le sort de leurs enfants; parce que nous rendons impossible l'ingratitude de ceux-ci envers ceux-là ; parce que nous mettons fin aux querelles, aux débats qui, dans le ménage morcelé, s'élèvent journellement au sujet des enfants; parce que nous ménageons, pour ces derniers, toutes les garanties imaginables de santé, de développement physique et intellectuel ; parce que nous leur assurons une éducation infiniment supérieure sous tous les rapports à celle que peuvent obtenir, en Civilisation , même les fils d'un monarque ; parce que nous évitons tout ce qu'il y a d'embarrassant , d'arbitraire, d'oppressif et surtout d'immoral ,~ dans le placement des filles et des garçons ; parce que, aux discordes qui troublent les meilleurs ménages», nous faisons

sQccéder l'union^ l'accord parfait, ioaltérable ; parce que; à la domesticité actuelle, qui est forcée et dégradante, noas substituons la domesticité jpcù^onneUe qui est libre et qui assure à chacun, oui, à chacun, au plus pauvre comme au plus riche, des serviteurs dévoués, affectueux ^-^-enfin, parce que nous présentons à nos semblables une Théorie grosse de tous ces résultats, — ne voilà-t-il pas, dites-mm, que nous faisons un grand mal?

L'architecte. Je me suis donc trompé?... Il m'avait semblé que le ménage était en commun, qu'il faisait partie de l'Association phalanstérîenne.

X. C'est-à-dire que les travaux de ménage sont associés comme ceux de culture, de fabrique, d'éducation, etc.

L'arceitecte. Eh bien ! c'est ce que je veux dire.

X. Eh! dites-le donc. C'est que, voyez - vous, -il existe une méthode de raisonnement extrêmement captieuse, qui consiste à supposer qu'un homme a imaginé une chose, et à lui opposer ensuite cette^ chose comme son propre ouvrage. Cette méthode est employée, à tout propos, au sujet de Fourier, et cela, même à l'insu de ceux qui en font usage. Tous les jours je rencootre des gens qui , n'ayant qu'une connaissance imparfaite des vues de notre Maître , élèvent contre lui des objections qu'ils croient foudroyantes quand elles ne sont que puériles et mal fondées. Ainsi , voilà un quart d'heure que nous discutons , pourquoi? simplement parce que vous étendiez à la Famille ce que Fourier dit du Ménage , en un mot parce que vous confondiez le Ménage avec la Famille! Associer les travaux de ménage, cuisine, etc., ce n'est pas mettre en commun les choses de famille; et, parce que la routine veut que chaque ménage fasse préparer ses aliments à domicile, croyez-vous que cela ne puisse pas se faire autrement?... Mais, monsieur, le Phalanstère est le grand domicile de tous ceux qui Thabitent. Si

le Régtme sociétaire met en commun tons les travanx domestiques, c'est qn'en agissant ainsi il y a d'immenses économies à réaliser; car le Ménage familial emploie cent agents là où le Régime sociétaire en emploierait nn, et Ton voit dans nos villages 300 ménages , 300 feax , 300 marmites, 300 caves^ 300 greniers, etc., là où suffiraient une douzaioe d'agents, 3 fenx, 5 bassines, une seule cave, un seul grenier. Or, comme la plus grande liberté est assurée aux Harmoniens, ils pourraient, s'ils le voulaient , prendre leur3 xepas dans leur appartement ; car, au Phalanstère , chacun est chez soi tout aussi bien que Ton est che% soi dans votreRégimede morcellement. Seulement l'on trouve au Phalanstère une foule de commodités, de facilités de plus, et surtout une liberté tellement étendue que vous ne pouvez vous en faire idée. Les Harmoniens pourraient donc se faire servir chez eux ; ils pourraient même y faire la cuisine ; mais ils se garderont bien de suivre cette méthode, quand ils auront goûté des coutumes d'Harmonie ; ils se garderont bien de faire un repas triste, fastidieux, isolé, qui leur reviendrait très cher quoique étant fort maigre et fort peu varié, tandis qu'ils pourront faire à bon compte un festin agréable, somptueux, au milieu de leurs amis, de leurs sympathiques, dans les grandes et belles salles du Phalanstère, où toutes les passions seront enjeu, où tous les besoins des sens, du cœur et de l'âme, se trouveront satisfaits à la fois.

Eh ! mon Dieu! chaque jour vous pouvez remarquer des indices de cette tendance. Yoyez avec quel plaisir les commerçants, toute la semaine esclaves de leurs affaires, vont le dimanche chercher, au restaurant, un dîner qu'ils pourraient faire chez eux à meilleur compte, et cela sans qu'aucune autre raison les y attire, que celle de voir du monde, du monde qu^ils ne connaissent pas, et aussi pour éviter l'ennui des apprêts à la maison. Que serait-ce donc si le dîner du restaurant, à l'avantage incontestable de la variété, de la spontanéité, joignait celui du meilleur marché? que serait-ce

si Ton était sûr d'y rencontrer des êtres sympathiques, comme on en sera sûr au Phalanstère, quand on se rendra ans tables de ses Groupes favoris?

Le peintre. Voilà plusieurs fois que vous employez le mot groupe; je comprends bien à peu près ce que vous voulez dire, mais...

X. Mais vous voudriez une explication; c'est juste. Dans l'Ordre sociétaire, aucun travail n'est isolé ; toute fonction agricole, domestique ou manufacturière, est accomplie par des groupes, opérant par séances courtes et variées. Les travaux de toutes isortes sont divisés, comme dans nos grandes manufactures, en autant de parcelles de travail que cela est possible; un groupe de 8, 10 ou 12 individus est affecté à thacune de ces parcelles de travail, et ce groupe se forme librement, c'est-à-dire que tout Pbalanstérien peut aller se faire inscrire dans les groupes qui lui plaisent le plus. Yous voyez bien, que par ce moyen, non-seulement chacun choisit le genre (d'occupation pour lequel il a du goût, du penchant , de VAttraciion , mais encore que chacun peut se donner le plaisir de travailler en compagnie de ceux qu'il affectionne le plus , en un mot se rapprocher de ses sympathiques et s'éloigner de ses antipathiques.

L'architecte. Oui, sans doute, et ce procédé, on le conçoit, utilise mieux le temps des travailleurs, et jette beaucoup de charme dans les relations sociales.

Le peintre. Ainsi les travaux de ménage étant exécutés en commun, les femmes à qui ces travaux ne convieur dront pas, pourront s'en dispenser ?

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