‹ Le fou du Palais-RoyalChapitre 54 sur 127 · X. Non, sans doute. Pensez-voQS qae ce soit un mal · texte numérisé non relu

X. Non, sans doute. Pensez-voQS qae ce soit un mal

Le PEiNf RE. Ce sera un bien, un grand bien... pour les petites-maîtresses.

X . Qu'appelez - vous petites - maîtresses ?. . . Singulière chose vraiment que votre Civilisation ! quand elle rencontre dans des individus une répugnance marquée pour certaines fonctions dont elle a fait une sotte nécessité, vite^ elle leur applique une épithète flétrissante... Eh bien! je vais prendre la défense des petites-maîtresses. Est-ce leur faute , à celles que vous nommez ainsi , si elles n'ont aucun goût pour les travaux de ménage? est-ce leur faute si Dieu ne leur a pas donné de penchant pour le balai, le plumeau, l'écumoire et le pot-au-feu?... Eh! messieurs, qui cherchez de bonnes ménagères et qui y êtes si souvent trompés» ne vous en prenez donc pas à vos femmes, mais à vous, qui voulez leur faire contracter des habitudes contraires à leur

nature.

M La majeure partie des femmes, dit Fourier, n'a ni goût ni aptitude aux occupations du ménage ; la plupart sont déconcertées et harassées par le soin d'une petite famille ; quelques-unes, au contraire, se font un jeu de ces travaux domestiques, et y excellent à tel point qu'on les juge capables de conduire une maison de cent personnes. Cependant la Civilisation exigerait chez toutes les femmes un goût uniforme pour les travaux de ménage, qu'elles doivent toutes exercer. D'où vient donc que la Nature refuse cette aptitude aux trois quarts d'entre elles? C'est pour garder la proportion convenable à l'Ordre sociétaire, qui emploiera à peine le quart d'entre elles à ces fonctions *> .

Le peintre. Je vois que vous avez réponse à tout.

X. Eh! mon Dieu, toutes ces objections m'ont été fiiites cent fois! Mais soyez tranquille, la Théorie est bien complète, et vous ne la trouverez faible sur aucun point.

Le peintre. Voqs parlez de réaliser des économies. Vous voyez cependant qae le diner du restaurant revient plus cher qde celai do ménage.

X. Oui, et ce n'est pas on des effets les moins carieox du Régime civilisé. Pour cinq francs, vous dînez mal chez Yéfoor ; allez-y vingt, trente personnes» en repas de corps ; vous croyez que vous serez mieux servis et à moindres frais? Cela devrait être, cela parait tout simple, cela sera ainsi en Harmonie... Eh bien! non! car le restaurateur est un spéculateur et non un associé; non! vous dis-je, vous dépenserez chacun dix francs, et vous serez beaucoup plus mal. Pourquoi? c'est que la Civilisation a Tart de gâter les meilleures choses, parce qu'elle est le Morcellement et non l'Association.— Vouloir recueillir du Morcellement, les fruits que l'Association seule peut produire, c'est vouloir obtenir des résultats inverses de ceux auxquels, en bonne logique, on a droit de prétendre. Que diable ! messieurs , à chaque arbre ses fruits! Ecoutez -moi, écoutez un morceau que je tiens à vous réciter, et de ma belle voix ; il est extrait de DESTINÉE SOCIALE, par Victor Considérant,— un beau et bon livre, écrit avec ce style nerveux, incisif et fier, parfois même tranchant, avec cette chaleur d'âme, cette fermeté de conviction , cette verve d'Apôtre, qui font de notre ami le Saint-Paul de la Science sociale.

Et X se mit à nous déclamer ceci :

• Aucun principe juste n'est applicable dans une Société organisée à contre-sens de la Justice. En voule;p-vou8 la preuve? Essayez de pousser jusqu'au bout quelque bon principe que ce soit, dans le milieu actuel; vous arriverez nécessairement à des conséquences ridicules, perturbatrices, monstrueuses. . .

« Personne ne conteste l'excellence de la Vérité ; chacun convient qu'il faudrait çu'eUe régnât en Umtes relations. Eh bien! supposez que, d'une parole, une Puissance surna-

tnrelle réalisât subitement ce vœu ; que la Vérité fftt , par elle, aujourd'hui , forcément introduite dans la Société ieUe qu'elle est , ici, en France. . .

«Voyez-vous, calculez-vous reffet?— Menées des gens d'affaires , fraudes des marchands, grivelages et marchés honteux des hommes politiques; les innombrables turpitudes de l'industrie, du commerce,' de l'administration , de la presse; les haines cachées au sein des familles, les trahisons fardées d'amour, les affections menteuses, les ignobles mariages d'intérêt; toutes les lâchetés superposées en mille étages, des fondations au faîte de la Société; voici tout cela étalé au grand jour, connu ; rien à nier! Tous les maris savent la conduite de leur femme, toutes les femmes la conduite de leur mari ; ce qu'ont fait les mères, les filles lé savent ; ce que les pères, qui sermonnent tant, ont fait dans leur jeunesse, les fils le savent. Chacun porte écrit sur son front ses faits et gestes, ses actes secrets-, on sait le lieu, le jour, l'heure des choses. Intrigues, projets, sentiments, tout cela crève les yeux. Oh! chacun de nous en sait cinq cent mille fois plus qu'on n'en a jamais su en la rue de Jérusalem. — Voici les abîmes des souterraines infamies éclairés, tous les cloaques débouchés, toutes les fosses de. mensonges immondes ouvertes et remuées, et leurs vapeurs corrosives' pesant sur le monde comme l'épaisse nuée de Sodome...

« Tout est su^'^iout est connu! Comprenez-vous quelle effroyable énergie auraient aujourd'hui ces trois mots! Quelles relations resteraient debout? Comptez ce qu'il survivrait d'affections à cette affreuse révélation universelle.' Comptez par ce que vous pourriez en briser vous-même.

« Et puis, plus de préjugés ! On saurait ce que valent tant d'idées de devoirs, tant de préceptes incamés aux con« sciences... Vos prolétaires comprendraient ce que sont les Droits qu'ils respectent, et la vieille spoliation dont ils^sont victimes et que ces Droits consacrent. Dans-plus d'un reliquaire encore salué on reconndtrait des guenilles salies et des os ramassés dans les rues en place des saints vête-

ments et des saints ossements -, dans pins d'nn sanetnaire encore debont on troaverait une ironie à la place d'on Dien!... — Plus de préjugés! Yoyez-vons années, peuples, femmes , tous , jusqu'aux en&mts , se dresser subitement

contre les lois, contre les devoirs, contre les dogmes, contre

les choses de cette Société? Voyez-vous te feu surgir, et la dévastation courir échevelée par le monde! Voyez- vous la Société mordre à belles dents dans ses chairs, se déchirer le sein avec ses ongles, plonger ses mains dans ses flancs pour y fouiller et pour tordre ses entrailles. .. — Il n*y aurait plus de préjugés!... Et que resterait-il donc debout? Il ne resterait que des intérêts ennemis, épées en main, et &ce à &ce dans le champ-clos, pour le furieux combat... Oh! viennent les Cosaques et les Tartares, viennent les hordes du Nord et la Barbarie armée, descendant sur nous par grandes vagues comme les marées de l'Océan... Mais que les vérités cachées ne débordent pas, que la Vérité ne se rue pas sur nous ! la Vérité tuerait notre Société d'un coup...

« Et ce que je vous dis de la Vérité, je vous le dis de te Justice , je vous le dis de la Liberté. — Essayez donc un peu de la Justice qui mettrait chacun à sa place, qui briserait tous les faux contrats, qui bouleverserait toutes les fortunes en en recherchant l'origine, qui ferait rendre gorge à toutes les usurpations, qui ferait shuierVéchafaudage de vos Lois et de voire Droit! — Essayez donc un peu de la Liberté... qu'on soit libre un jour, seulement! voyons, un jour, en Europe, sans magistrats, sans soldats, sans geôliers, sans bourreaux, sans forces compressives enfin; un seul jour ainsi, et l'Europe est à sac... Nous préserve Dieu, vous diâ-je, de la Justice , de la Vérité, de la Liberté... Oq, si cette infâme Civilisation devait durer, ce serait mon vœu et ma prière, que Dieu plutôt les lâche sur la terre, ces trois Puissances plus terribles que la peste, la guerre et la fiunine; qu'U livre le monde à ces trois Anges extermina* leurs, et qu'ils en finissent.. .

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