X. Croyez-vous toujours à l'Attraction moléculaire
Le chimiste. Oh ! moi, c'est différent; ce que je vois, je le crois.
X. C'est là votre Critérium de certitude? C'est bien, mais c^est trop peu.
Le chimiste. Connaissez^vous quelque chose de mieux < el de plus sûr ?
X. Sam doute , pnisqae votre Cnterium est soumis à Timperfection des sens ; vous pouvez mal observer ce que vous voyez.
Le chimiste. Et vous, vos Phalanges, vous ne pouvez pas les observer du tout, puisqu'elles n'existent pas encore»
X. C'est vrai; mais la Théorie sociétaire porte ses preuves en elle-même; je les vois avec les yeux de Tintelligence, et, de plus, la preuve expérimentale que vous me refusez, je la possède.
Le chimiste. Comment?
X. Comment?... Ne vois-je pas fonctionner les passions dans le Milieu actuel? Ne vois-je pas leurs essors sub^ versifs ou réguliers? ne vois-je pas leur jeu, tantôt dans des conditions favorables, tantôt dans des conditions contraires? Je suis donc, et à tous égards, plus sûr de la Loi qui sert de base à la Science sociale que vous de la Loi des phénomènes qui s'accomplissent au fond de votre creuset.
Le chimiste. Yoilàqui est un peu fort! se prétendre plus sur d'une Loi qui n'a pas encore reçu son application que d'une Loi dont les résultats se produisent sous mes yeux i
X. Eh ! sans doute, parce que vous ne voyez que des résultats, tandis que moi j'ai de plus que vous la raison des choses, leur raison harmonique, analogique, leur raison & Unité, — Toute chose créée a sa raison d'être que vous ne connaissez pas, parce que vous ne possédez que des connaissances incomplètes, qui n'ont pas de lien entre elles. Moi qui connais la Théorie de V Unité universelle , je comprends ces raisons ; vous, vous ne connaissez que les effets. En tm mot, je ne me contente pas de décrire, d'indiquer la Loi ; je Texplique, je la justifie comme Cause et comme Fin. C'est ce que vous ne pouvez jamais faire, vous qui ne voyez
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que des faits sans jamais remonter à la source. «Tant que les hommes, dit Fourier, n'ont pas sa reconnaître l'esprit divin dans les harmonies mesurées matérielles, ils ne sont pas dignes de s'élever aux passionnelles et d'en pressentir le système. »> Aussi, lorsque vous vous contentez de dire : — Gela est ainsi; — moi, j'explique pourquoi, ou du moins, si je n'explique pas encore tout , je proclame la Science qui doit tout expliquer; et cela, non-seulement pour les Mouvements passionnel , animique et aromal dont vous ne savez rien du tout, mais encore pour le Mouvement matériel que vous ne connaissez qu'en partie, et dont Fourier complète la Théorie par^la découverte des trois autres.
Le GHimsTE. Quelle méthode a-t-il donc suivie pour arriver là ?
X. Une méthode bien différente des'vôtres. — Ne trouvant, dans les connaissances acquises avant lui, presque rien qui satisfit sa raison et son cœur, il est parti du Doute absolu^ et, comme il le dit, de V Ecart absolu. Il a étudié franchement et sincèrement la Nature ; il l'a interrogée avec confiance, sans opinion préconçue, dans ce qu'elle a d'universel, de permanent , de révélateur, dans la Loi d'attraction et de gravitation. «Nous voyons, dit-il, que Dieu se fixe au seul levier de l'Attraction pour diriger les planètes et soleils, créatures éminemment supérieures à nous, et les insectes, créatures bien inférieures à nous. L'Homme serait-il donc seul exclu du bonheur d'être guidé au bien social par Attraction? Pourquoi cette, interruption dans l'échelle de rUnivers? Pourquoi l'Attraction, interprète divin près des astres et des animaux, et suffisant pour le$i conduire à l'harmonie , ne suffît-elle pas de même à l'homme, qui est créature moyenne entre les planètes et les animaux? Où est l'unité du système divin, si le ressort d'harmonie générale, si l'Attraction n'est pas applicable aux Sociétés du
^enrç humaii^ comme à celles dçs fistjCGs et (}es ^ioiatix
(castors, abeilles, guêpes, fourmis, etc.)?» Ainsi donc, à moins que Dien n'ait pas su. ou voulu appliquer à l'homme les lois bienfaisantes et universelles qui régissent les autres êtres ( hypothèses injurieuses à Dieu , incompatibles avec l'unité de l'Univers) , la Loi de l'Attraction passionnelle , aussi bien que matérielle, est aussi la Loi de l'Humanité. L'Attraction est donc la seule boussole de révélation permanenteque Dieu ait donnée à l'homme, soit pour se dirigerdans la vie , soit pour connaître et exécuter les desseins étemels. £n effet, tandis que vous, les savants, vous traînant péniblement de faits en faits, et ne sachant relier aucune de vos connaissances, vous vous plaignez des voiles d'airain que vous oppose la Nature, Fourier, planant de toute la hauteur du point de vue choisi par son génie, découvre à travers ces voiles qui vous offusquent, la relation intime, la solidarité des parties avec le tout , l'Unité des divers règnes que vous soupçonniez à peine, l'Analogie entre les sphères physique, morale, intellectuelle et sociale, que vous ne soupçonniez nullement. Partout il vous montre la forme corrélative à l'esprit. Aussi ne voit-il qu'une seule et même chose dans la gamme des sons, la gamme des couleurs; la gamme des passions , en un mot, partout où vous ne voyez que des faits isolés. Pour Fourier, la passion, la géométrie, la chimie, sont les parties d'un même tout. Il prouve qu'au moral comme au physique, en anatomie comme en peinture, comme en socialité^ la Série est le fait constant, régulateur, qu'elle est comme la gamme musicale où les notes sont d'autant plus discordantes qu'elles sont plus voisines, et cela dans l'intervalle qui donne l'accord parfait ; puis^ remarquant que dans ces divers ordres, les Accords et les Dîscords sont également utilisables et concourent diversement à l'Harmonie, il donne la Loi du fait sériaire et les moyens de l'appliquer aux relations humaines. Dans ce système vaste, cohérent,unitaire, tout se coordonne, tout se ressemble ; il y a analogie en tout. Et ne croyez pas que
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ses tableaux d^analogie, d'ailleurs si séduisants, ne soient que de pures fantaisies, des rapprochements plus ou moins puérils, plus ou moins ingénieux. Ne les prenez pas surtout pour de simples formes littéraires» ne les prenez pas pour des figures de rhétorique destinées à faire ressortir sa pensée^ Non ! ce sont des tableaux vivants et vrais où la Nature s'est peinte elle-même en caractères ineffaçables, et qui montrent à la fois FUnité de vue du Créateur, et la présence constante du Principe mathématique dans toutes les bran* ohesde la création* Ainsi, dans le clavier passionnel. Fourier trouve douze passions , comme il trouve douze sons dans la gamme, comme, il trouve douze couleurs, douze chiffres naturels , douze côtes , etc. , etc. Chacune de ces passions , chacun de ces sons , chacune de ces couleurs* correspond à une figure géométrique, à une substance chimique, à.
Le chimiste (interrompant). Je n'ai pas vu toutes ces belles choses dans Fourier.
X. Eh parbleu ! je vous disais bien que vos sens peuvent vous tromper. Est-ce qu'Aristote voyait dans l'eau autre chose que de l'eau? c'est qu'Aristote ne savait pas analyser Feau. Et si vous ne savez pas lire les ouvrages de Fourier, en tirer ce qui $'y trouve?... Par exemple, vous savez bien que la lumière est composée; mais savez*vous pourquoi? Yous savez que les deux pôles d'un aûrnant se résolvent en un point central qui est feutre-, savez** vous pourquoi? Vous savez bien que Saturne a un anneau, et que la Terre a des aurores boréales; savez-vous pourquoi?,.. Non, non, et non ! encore un coup vous ne savez que des faits. . . Eh bieii ! la raison de ces faits et de beaucoup d'autres encore, elle est dans Fourier.
Le chimiste. Elle y est donc bien à l'état latent?