‹ Le fou du Palais-RoyalChapitre 87 sur 127 · X. Fourier vous l'explique · texte numérisé non relu

X. Fourier vous l'explique

« Les études ne doivent figurer qu'en second ordre; elles doivent naître d'une curiosité éveillée par les fonctions matérielles. U faut que le travail de l'école soit joint à celui des ateliers et cultures, et, provoqué par les impressions reçues à ces ateliers*

« Par exemple, Nisus à six ans est passionné pour le soin des faisans et des œillets ; il figure activement dans les intrigues des groupes qui soignent la faisanderie et l'œillèterie.

« Pour introduire Nisus aux écoles, on se gardera bien de mettre en jeu l'autorité paternelle et la crainte des férules , pas même l'espoir de récompense. On veut au contraire amener Nisus et ses pareils à demander l'instruction : com* ment s'y prendre ? Il faut amorcer les sens qui sont les guides de l'enfant.

M Le vénérable Théophraste qui, à la faisanderie» préside les Chérubins ( nom de la 2^ tribu enfantine ) « et les aide de ses conseils, apportera à la séance un gros livre conte^

nant les gravures des différentes espèces de faisans , de celles que possède le canton, et de celles qu'il ne possède pas. ( C'est un volume de FEncyclopédie naturalogique enluminée.)

« Ces gravures font le charme des en&nts de cinq ans ; ils en parcourent avidement la collection. An-dessous de ces belles images est une courte définition. L'on en explique deux ou trois aux enfants ; ils voudraient entendre lire ton* tes les autres, mais le Vénérable de station ou le Séraphin de ronde n'ont pas le temps de s'arrêter à ces explications.

<« C'est une ruse convenue dans les Séristères de basse enfance; chacun est d'accord à dire au Chérubin, qu'on Va pas le temps de lui expliquer ce qu'il veut savoir; on lui refuse adroitement les instructions qu'il demande ; on lui observe que s'il veut connaitre tant de choses, il n'a qu'à apprendre à lire comme tel et tel qui ne sont pas plus âgés que lui, et qui, sachant lire, sont déjà admis à la Bibliothè*^ que mineure.

« Là-dessus, le Séraphin emporte le livre des beUes images dont on a besoin aux salies d'étude. Pareil tour est joué aux enfants qui cultivent les œillets ; on a excité leur curiosité sans la satisfaire en plein.

« Nisus, piqué de cette double privation qu'il a essuyée aux Groupes de faisanderie et d'œillèterie, veut apprendre à lire pour s'introduire à la Bibliothèque, et y voir les gros livres qui contiennent tant de belles images, Nisus fait part de ce projet à son ami £uryale, et tous deux forment le noble complot d'apprendre à lire. Une fois l'intention éveillée et manifestée, ils trouveront assez le secours de PEnseignement : mais l'Etat sociétaire veut les amener à demander l'instruction ; leurs progrès seront trois fois plus rapides , quand l'étude sera travail d'attractiony enseignement sollicité.

« Ici j'ai mis en jeu l'un des.goûts favoris de l'enfance, le goût des gravures enluminées, représentant les objets aux-

quels Tenfant s'intéresse activement par ecmne&ion avec ses travaux.

« Ce ressort parait suffisant pour éveiller l'idée d'apprendre à lire : analysons mieux l'amorce, et distinguons-y un mobile bi^composé, double en matériel et double en spirituel :

« En matériel : l"" l'impatience de connaître l'explication de tant de belles images; î^ le rapport de ces gravures avec lea animaux ou végétaux qu'il soigne de préférence ;

« En spirituel : 3<* l'envie de s'élever du sous-chœur des miHîhérubins au sous-chœur des hauts-chérubios, qui ne le recevront pas s'il ne sait pas lire ; i"" les ironies de plusieurs dés hauts-chérubins qui, sachant déjà lire, se moquercmt du retardataire.

« Mettez en jeu ces véhicules d'attraction bi-composée, et le succès sera aussi prompt qu'il serait lent et douteux , si on recourait aux mobiles civilisés, à l'ordre du père et du pédant, aux pénitences et cb&timents, ou aux faibles appâts de quelques méthodes actuelles, dont la plus vantée, le Mutualistne, n'atteint même pas au véhicule composé, encore moins au bi-composé.

M Pareille méthode régnera dans les diverses branches d'étude 5 écriture, grammaire , etc. On y entremettra toujours l'amorce bi-composée, les refus concertés et ruses innocentes pour éveiller l'émulation. Elle ne peut naître que sur les branches d'études analogues aux travaux que l'entant exerce passionnément. C'est donc, en tout sens, par le matériel d'industrie que doit commencer son éducation , et rien n'est plus mal entendu que la méthode simpliste des Civilisés, qui veulent faire de l'enfant un géomètre, an chimiste, avant de l'avoir amorcé aux fonctions propres à éveiller en lui le désir de connaître les mathématiques et la chimie, et de coo^biner ces théories avec la pratique par ou il a débuté (1). »

(I) Traité d^ rAssoc. dom» agt.jT. tt, pages «2t et $al\%

*tfMtt mftdi^me, regardez vos deux enfants; tout à l'heure ilB jouaient sur ce canapé; ils ont maintenant changé d'occupation* Me les dérangez pas; prenons la Nature sur le fait. Les voilà en train de construire une machine, occupation fort importante, qui exige toute leur attention. — S'accûrdent-ib toujours?

La hère. Oui, assez bien.

X. Je vous en félicite, madame. C'est un grand hasard et un grand bonheur pour vous ; car le Ménage familial offre peu de ressources au développement des affinités électives ; aussi voit-on souvent les frères se chamailler entre eux... Remarquez avec quelle ardeur vos enfants s'occupent de cette machine. Tout à l'heure ils seront fatigués, ils s'occuperont d'autre chose; mais vous remarquerez, si vous leur en fournissez les moyens, qu'ils s'attacheront de préférence aux fonctions utiles, ayant quelque rapport avec les relations industrielles et sociales, aux choses qu'ils ont pu observer, qu'ils sont naturellement portés à imiter ; et si vous intéressez leur amour-propre, si vous savez donner de l'importance à leurs moindres travaux, vous verrez comme ils seront fiers de leur coopération, et comme ils s'empresseront de vous offrir leurs petits services l

Le mari. Les petits drôles ne mettent pas cette ardeur quand il s'agit d'apprendre à lire.

X. Gela se conçoit : ils n'en voient pas l'utilité. Mais faites qu'ils aperçoivent le but d'une chose, et si cette chose est dans leurs goûts, vous verrez avec quel enthousiasme ils l'exécuteront.

La mère. Oh! vous avez raison.

X. Mettre les enfants à même de vaquer aux diverses fonctions qui les intéressent, exciter leur enthousiasme en exagérant l'importance de quelque rien, —tout le secret dç

Pédacation et de rinstraction est renfermé là-dedans. On dit que les enfieuits sont paresseux, qu'ils n'aiment que le jeu, le dégât, les divertissements ; qu'ils sont dépourvus de facultés industrielles; quelle expérience a-t-on faite pour s'assurer si cela est vrai? Mais non! il suffit d'observer les enfants pour reconnidtre que c'est tout le contraire. Combien de fois, à moi, étant jeune ( et certes j'étais ce qu'on appelle un enfant dissipé, un franc polisson, je m'en vante! ardent au jeu, ardent à la course, toujours dans l'eau et dans la boue), combien de fois ne m'est-il pas arrivé de refuser une partie de barres, de toupie ou de billes, pour continuer une occupation industrielle qui me plaisait, qui me séduisait!.. Tenez, entendez-vous ces bambins discuter gravement sur l'avantage qu'il y a à placer telle pièce plutôt que telle autre?... Le plus jeune veut en remontrer à l'aîné; c'est un cas exceptionnel, car habituellement les plus jeunes ont beaucoup de vénération pour les aînés; ils écoutent leurs instructions comme on écoute des oracles-, mais ce fait s'explique par la trop grande différence d'âge qui existe entre ces deux enfants, chose inévitable dans le Ménage tnoreeli.

La hère. Mais, monsieur, celui que vous appelez le plus jeune, c'est une Clle, c'est ma petite Marie.

X. Ah! je comprends alors, je comprends.., et je vous félicite d'autant plus du bon accord qui règne entre eux. Vous devez vous réjouir de ce que vos enfants, quoique d'âge et de sexe différents, possèdent des faces caractérielles affinitaires qui ne se rencontrent habituellement que sur un certain nombre d'individus; c'est un avantage que* l'on ne peut guère trouver que dans le Ménage sociétaire,

La mère. Oh ! monsieur, il y a bien quelques différences dans leurs caractères, dans leurs goûts; si je laissais agir mon iils à sa guise, il serait constamment dans les ordures.

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