‹ Le fou du Palais-RoyalChapitre 88 sur 127 · X. Très bien · texte numérisé non relu

X. Très bien

La mère. Lorsqu'elle babille sa poupée, il ne faut pas que son frère vienne la déranger. Et quand nous devons sortir, vous n'imaginez pas quels soins minutieux elle apporte à sa toilette, quelle importance elle y met; elle examine son col, elle examine ses cheveux... Ah! je suis bien désolée, j'ai bien peur qu'elle n'ait des goûts de coquetterie.

X. Eh ! madame, peut-être ne me croirez-vous pas ; mais, en venté , vous vous plaignez de ce que vos enfants sont trop bien doués. En Harmonie , le goût pour la saleté, et le goût pour la parure , sont on ne peut plus profitables ; mais , aujourd'hui qu'ils ne peuvent avoir qu'une application inharmanique , je conçois votre inquiétude.

La mère. Que faut-il donc que je fasse?

X. J'avoue, madame , que les mères de famille sont bien embarrassées. — D'un côté, t&chez que ces goûts ne se déve* loppent pas trop puisqu'ils sont funestes aujourd'hui ; d'un autre côté, prenez garde de fausser l'esprit de vos enfants^ rendez -les le moins malheureux possible, surveillez -les tant bien que mal; enfin faites ce que vous pourrez^ et résignez-vous à tout ce qui peut leur arriver de fâcheux , — voilà le seul conseil que je puisse vous donner pour l'instant.

La mère. N'avez-vous donc de conseils que pour l'a* venir?

X. Hélas! oui, madame ; mais nous indiquons les moyens de faire que cet avenir soit le présent dès demain , si les

hommes le veulent.

La hère. Qu'ils commencent donc tout de suite! ,

X. Ah 1 madame , les hommes qui président a nos desti" nées , les sophistes qui régnent sur Topinion , et disons-le , Timmense majorité du public qui écoute ces sophistes, aiment bien mieux s'occuper de Réforme électorale et autres niaiseries semblables. Gela est bien plus amusant, bien plus récréatif , bien plus propre à assurer le bonheur de la nation!... Pauvre France ! pauvre Humanité!... Ce qu'il y a de triste , c'est de voir les journalistes entretenir le publie dans ces illusions, du moins autant qu'ils le peuvent ; mais le public commence bien un peu à se lasser. Je ne sais plus qui me disait l'autre soir que le goût du public voulait désor* mais que l'on donnât un feuilleton quotidien dans les jour* naux quotidiens. Pour moi je ne sais si le goût du pu«blic y est pour quelque chose ; mais je vois avec plaisir que son dégoût pour la politique y entre pour beaucoup.

En ce moment « par une maladresse du petit garçon* la mécanique s'était démontée , et il s'était élevé , entre les deux enfants , une altercation qu'ils s'empressèrent de souoiettre à leur mère. C'était un spectacle assez curieux que de voir la chaleur déployée par chacun d'eux pour défendre Bon droit. La mère trancha la difficulté en demandant à l'un et à l'autre s'ils savaient leur leçon.

— Oui , maman , dit Marie.

— ^Moi, je n'ai pas eu le temps, dit le frère d'un air boudeur.

La MÈaB. Comment , paresseux ! tu as bien le temps de faire des mécaniques.

Le pbtit garçon. Dain' ! écoute donc , maman , cela m'amuse de faire des mécaniques. Tu crois, toi, que c'est amusant d'étudier ; je t'assure que non...

La hèrb. Comment, comment I petit raisonneur?...

Le petit garçon. Mais oui... si c'était amusant, je fe ferais ; mais c'est eaaoyeux, je ne le.*.

Lk wiHB» Gomment ! comment, monsieur?... Il faut donc que le travail soit amusant pour que vous travailliez?

Le petit garçon. Dam'!...

La mère. Sortez d'ici, monsieur; allez vite dans le cabinet de votre père, tout seul... jusqu'à ce que vous sachiez vos deux fables... Vous viendrez alors me les réciter.

L'enfant se retira les larmes aux yeux. Quant à la mère , l'effort qu'elle venait de faire pour punir son fils nous prouva bien clairement que cette obligation n'est pas dans la nature.

X. Je suis bien f&ché de vous le dire , madame , ou plutôt je suis heureux de vous en faire la remarque. Il y a un grand sens dans les paroles de votre fils. C'est la Nature elle-même qui vient de parler par sa bouche , c'est la Nature qui vient de donner une leçon à nos idées , à nos préjugés. Nous somme» tellement habitués à trouver de la répugnance dans nos occupations, que nous ne saurions allier l'idée déplaisir avec cdle de travail. Eh bien! cet enfant, qui n'est pas faussé comme nous, vient de nous dire naturellement ce que la Nature lui inspire : — J'aimerais mon devoir si mon devoir était plus aimable. C'est donc vous qui avez tort, madame, et c'est votre fils qui a raison. Et cependant vous l'appelez paresseux... Etait-il paresseux, tout à l'heure, au jeu, à la mécanique?.... Eh bien! madame, le raisonnement que vous venez de faire à votre fils est en général celui des pères civilisés» Ils rapportent tout à eux , ils jugent tout d'après les con«

La hëbs. Eh bienl monsieur, les miens me font qnet qaefois de ces raisonnements; vraiment, je vons assore, ils me font souvent réfléchir à bien des choses...

X. Je le crois, madame ; les enfants, je dis les très jemies enfants; cenx dont rintelligence précoce n^a pa encore être Cunssée, ont bien plus de bon-sens que leurs parents ou instituteurs. Ces instituteurs ont publié des volumes de proverbes qu'on a appelés La Sagesse des nations; ils auraient beaucoup mieux fait de rassembler les réflexions, les réparties de leurs élèves, et d'en composa un livre intitulé : La Sagesse des enfants^ ou mieux La Sagesse de la Nature.

Permettez que je vous cite encore un de ces bons mots, sublimes de naïveté, de simplicité : j'étais hier au soir dans un lieu public où deux messieurs agitaient une grave question, à savoir, — Qu'il serait urgent d'inventer une machine à raser, qui évitât au sexe barbu l'ennui du savon et du barbier. — Mais, p&p&i dit un enfant qui suivait la conversation avec de grands yeux bleus tout ouverts et bien intelligents, si l'on ne se rasait pas du tout? — Qu'est-ce que ta nous dis, toi? — Dam'! ajouta l'enfant, puisque l'on a de la barbe, ce n'est pas pour la couper. — Est- il sot cet enfant! — Eh ! pas si sot, hasarda l'autre interlocuteur ; le fait est que la barbe donne à la physionomie de l'homme un caractère qui lui manque sans cela. — Oh! mais, dit en riant le père, si je ne me rasais pas, ma femme trouverait ma barbe trop dure... Et la conversation finit là. — Oui, dîs-je, en plaisantant, à un ami qui écoutait comme moi, elle la trouverait trop dure pendant quinze jours ; mais essaie de la garder trois mois...

Mais je m'éloigne sans cesse de mon sujet. Contrariété de l'éducation acti^lle avec la Nature et le bon-sens, telle est en peu de mots le résultat de nos méthodes d'éducation. L'éducation privée est insufBsante et fausse ; elle étouffe les facultés et instincts ^e Tenfant ; en l'isolant, en lui refusant

des eomjMigaoDs pour ses jeux , elle fausse son caractère , elle s'oppose au libre développement de ses vocations. Qqant à rédacation publique, on en a assez signalé rinsuffisance et les inconvénients de toute espèce; et, quant à sa fausseté, je n'en veux pour preuve qu'une réflexion que vous avex pu lire au bas d'une charge de Charlet, réflexion qui figurerait assez bien dans le livre de La Sagesse des enfants. Cette charge représente un gamin, le carton sous le bras, se rendant tristement à l'école en se grattant l'oreille : « SI j'étais gouvernement, dit-il, je voudrais que tout le monde saurait lire, pour quMl n'y ait plus de maitr^ d'école. » Dans cette répugnance de l'enfant , il y a toute une révélation....

Au reste , on reconnaît généralement que c'est dans la fausseté, dans l'insuffisance de l'éducation actuelle, que se trouve une des grandes causes de nos misères sociales ; mais personne, non, personne n'a indiqué le remède, hormis Fourier. « Dès l'âge de cinq ans, dit-ii, la Civilisation commence à meubler l'esprit des enfants de saines doctrines qui travestissent leur caractère , surtout celui des femmes... » .... Je vois, madame , que ce mot, saines doctrines^ pris par Fourier en mauvaise part , vô\i9 étonne et vous choque. Ecoutez ce passage de notre Maître, et votre étonnement cessera.

X tira de sa poche un gros volume , trouva sans hésiter le passage qu'il avait en vue, et se mit à lire :

M Plus nous avancerons dans l'examen de l'éducation harmonienne, plus nous reconnaîtrons cette contrariété de la Morale avec la Nature: il convient d'en récapituler ici quelques détails tirés de l'éducation de basse et prime enfance.

<« La Morale veut fonder le système d'éducation des petits enfants sur la plus petite réunion domestique, ceUe du ménage conjugal. La Nature veut fonder cette éducation sur la plus grande combinaison domestique, distribuer en

trois degrés les Groupes, les Séries de groupes* et la Phalange de Séries. Hors de cette vaste réunion l'on ne peut ni former les deux échelles de fonctions et de fonctionnaires exerçant éamlativement sur chaque parcelle-de l'échelle, ni satisfaire chez Tenfant le caractère et le tempérament qui ont besoin des salles et des services annexés à cette double échelle, services impraticables hors d'une Phalange de Séries industrielles. Aussi, dans les ménages de famille, l'en&nt s'ennuie-t-il au point de hurler nuit et jour, sans que ni lui ni les parents puissent deviner les distractions dont il a besoin et qu'il trouverait dans un Séristère de prime-enfance.

« La Morale veut que, dans ce ménage de famille, le père se complaise à entendre le vacarme perpétuel de marmots qui le privent de sommeil et troublent son travail. La Nature veut au contraire que l'homme, pauvre comme riche, soit délivré de ce charivari moral, et que, rendu à sa dignité, il puisse reléguer en local éloigné cette diabolique engeance, placer les enfants en lieu où ils soient sainement et agréablement tenus, selon la méthode sociétaire qui assure le repos des pères, des mères et des enfants \ ils sont tous harcelés par le régime civilisé nommé doux ménage, véritable enfer pour le peuple, quand il n'a ni appartement séparé pour les marmots, ni argent pour subvenir à leurs besoins.

<• La Morale veut que la mère allaite son enfant, précepte inutile avec les mères pauvres qui forment les sept huitièmes; loin d'avoir de quoi payer une nourrice, elles cherchent des nourrissons payants. Quant aux mères fortunées, en nombre de un huitième, il faudrait leur interdire cette fonction, car elles sont assastines de l'enfiant. Par désœuvrement elles s'étudient à lui créer mille fantaisies nuisibles, qui sont un poison lent et tuent la plupart des enfants riches.

« On s'étonne sans cesse que la mort enlève le fils unique d'une opulente maison, tandis qu'elle épargne dans des chaumières de misérables enfants privés de pain ; ces marmots Ue village ont une garantie de santé dans la pauvreté de

leur mère qui, obligée d'aller an travail des champs, n'a pas le temps de s'occuper de leurs fantaisies, et encore moins de leur en créer, comme le £Biit la dame du château. Ainsi J.-J. Rousseau, en.croyant rappeler les mères aux tendres sentiments de la tendre morale, a &it naître la mode de l'allaitement chez la classe de femmes qu'il fallait en exclure ; car dans cette classe riche elles manquent pour l'ordinaire ou de la santé nécessaire , ou du caractère froid et prudent qui serait un préservatif de mal pour la mère et l'enfiant. »

Là MERE. Eh ! quoi, monsieur, Fourier ne veut pas que les mères allaitent leurs enfants? Pourtant...

X. Nous reviendrons tout à Theuresur ce point, madame; mais auparavant permettez -moi d'achever cet étonnant passage dans lequel Fourier fait si bonne et si prompte justice d'une foule de prescriptions |»réleiiclt«e5 moraks de la Morale.

« La Morale défend au père de gâter l'enfant ; c'est au contraire la seule fonction réservée au père, son enfant étant suffisamment critiqué et remontré en Régime sociétaire par les Groupes qu'il fréquente, ou, s'il est très petit, par les bonnes qui le soignent au Séristère du bas-âge.

« La Morale veut que le père soit l'instituteur naturel de l'enfant ; c'est un soin dont la Nature l'exclut et qu'elle réréserve aux Bonnins et Mentorins (noms donnés par Fourier aux instituteurs de 2^ et 3^ degré), gens formés pour cette fonction par l'instinct et l'esprit corporatif.

« La Morale veut qu'on place autour de l'enfant une demi-douzaine d'aïeules et tantes, sœurs et cousines, voisines et commères, pour lui créer des fantaisies qui nuisent à sa sauté, et pour lui fausser l'oreille par la musique française. La Nature veut qu'on n'emploie pas la vingtième partie de cet attirail pour tenir l'enfant gaiment et sainement dans un Séristère assorti à tous les instincts du premier âge.

« La Morale veut qae l'en&nt soit élevé dès le bas-âge à mépriser les richesses et estimer les marchands ; la Nature veut au contraire que Fenfant soit élevé de bonne heure à estimer Targent et s'évertuer à en acquérir par la pratique de la Vérité qui, en Civilisation, ne peut pas1;onduire aux richesses, et qui est incompatible avec le Commerce inverse ou méthode actuelle.

« La Morale veut qu'on ne permette aux enfants aucun rafBneraent, surtout en gourmandise, et qu'ils mangent indifféremment tout ce qu'on leur présente ; la Nature veut qu'on les élève aux exigence3 gastronomiques, aux finesses de cet art qui, en Harmonie, devient moyen direct de les passionner pour l'agriculture.

« Il est donc certain que la Morale, même en lui supposant de bonnes intentions, joue le rôle d'un médecin ignorant qui ne donne que des avis pernicieux, ne sait que contrarier les vues de la Nature, et tuer les malades avec un étar lage de belles doctrines ( 1 ). »

Comment.trouvez-vous ce morceau ?

Le mari. Bien curieux assurément ; je ne sais s'il n'y aurait pas de bons arguments à opposer à quelques-unes des critiques que vous venez de lire ; mais, à coup sûr, il y en a qui sont d'une justesse frappante. Marquez donc ce passage, et veuillez me laisser le livre un jour ou deux; je serais charmé de lire attentivement cette série d'accusations et de peser chacune d'elles.

X. C'est très bien, mon ami; méditez, croyez-moi, sur cette belle critique de tant de sottises qui sont encore en crédit Mais écoutons madame *, elle avait quelques observations à faire au sujet de l'allaitement de l'enfant par la mère.

La hère. Oui, monsieur; je ne vous cache pas que je

(I) Nouy, Mond> ind,y pages 337 et suit.

sais tont-à-Cût de l'avis de Ronssean : la mère doit allaiter ses enfants ; c'est pour elle un Dtvoiri à l'accomplissement duquel, d'ajillears, la Nature a attaché tant de charmes! J'ai allaité mes deux aines, et si j'ai livré mon dernier au sein d'une étrangère, croyez, monsieur, que c'a été bien contre mon gré ; il a fallu qu'une ordonnance formelle des méde^ cins exigeât de moi ce sacrifice ; encore ne me suis-je résignée qu'après bien des difficultés.

Le mari. Difficultés qui étaient si peu raisonnables, que j'ai dû faire usage de mon pouvoir de mari pour t'amener à ne plus donner à ton fils un lait qui le rendait malade. Ton entêtement a failli coûter la vie à notre enfant et à toimême.

La hère. C'est vrai.

X. Yotre tendresse maternelle, madame, se trouvait dono en défaut, puisque, sans votre mari, vous auriez compromis l'existence ou au moins la santé de votre fils, et cela pour obéir au moraliste Rousseau ! Avouez» madame, que dans cette circonstance votre raison vous a mal conseillée.

La mère. Je l'ai reconnu plus tard; mais n'importe, la douleur que j'ai éprouvée quand il* m'a fallu renoncer à nourrir mon enfant m'a bien prouvé que l'allaitement est

pour toutes les mères un Devoir imposé par la Nature

Voyez donc, monsieur, vous qui prenez tous vos exemples dans la Nature, voyez les animaux : les femelles ne nourrissent-elles pas toutes leurs petits? C'est la Nature, c'est Dieu qui l'a voulu ainsi.

Le mari. Sur ce point, ma foi ! je serais assez de l'avis de ma femme. Non-seulement la Nature donne aux femelles les organes nécessaires pour qu'elles puissent allaiter leurs petits, mais eocQre elle leur envoie, pour le^emps c^ue doit

dorer rallaitement , un snrcroit d'intelligence et de tendresse maternelle. Le vœu de la Nature n'est pas moins manifesté pour ce qui regarde les femmes ; car c'est à Tépoque de la parturition que commence chez la mère la sécrétion du lait. C'est au moment où l'enfant a besoin de téter que le sein de la mère se remplit d'un lait très léger, d'un lait tel qu'il le faut pour un nouveau-né.

La MERE. Cela est évident, et je ne conçois pas, en vérité, qu'on puisse douter un seul instant da vœu formel de la Nature.

X. Permettez, madame, et n'allons pas si vite. II y a du vrai dans ce que vous dites, mais votre raisonnement n'est pas complet ; souffrez que je voas le prouve.

Sous beaucoup de rapports l'Homme ressemble aux animaux. Aussi le voyoQS-ncus soumis à la plupart des lois que la Nature a imposées à ceux-ci; toutefois, dans leur application à l'homme, ces lois doivent subir quelques modifications. Yous concevez bien, en effet, que THomme étant la créature supérieure du règne animal, que l'Homme étant doué d'une foule de facultés qui ont été refusées aux animaux , Dieu ne peut pas avoir voalu le soumettre en tous points au même régime que les créatures d'ordre inférieur.

Le mari. Oui, je comprends et j'admets cela.

X. Eh bien ! alors, pourquoi n'admettriez-vous pas que, relativement à l'allaitement, il y a pour THomme quelqtêe chose de mieux à faire que de suivre V exemple donné par les animaux?... La vie de nos enfants dans le premier âge n'est-elle pas entourée de bien plus de garanties que ne l'est celle des petits des animaux ? Que la mère vienne à manquer à ceux -ci, — abandonnés parle seul être que la Nature ait chargé de veiller sur eux, ils sont perdus, ils meurent de faim..... Quelle différence pour l'enfant de

THomme ! A défaut de la mère , à défaut même du père et des autres parents, le jeune enfant qu'un malheur a rendu orphelin ne trouve-t-il pas vingt personnes pour une disposées à s'entremettre pour lui trouver une mère d'adoption? et vingt femmes que la compassion émeut à la vue du pauvre petit, ne se disputent-elles pas l'honneur de lui donner une portion du lait qu'elles destinaient à leur propre enfant? — Pour les petits des animaux , la prévoyance de la Nature est simple, tandis que, pour les enfants du Roi de la création, elle est composée.

Sous un autre pont de vue , n'est* il pas reconnu par les médecins qu'une femme lymphatique, dont le m^ri est également lymphatique, agirait sagement en s'abstenant d'allaiter son enfant et en tâchant de lui donner une nourrice d'un tempérament sanguin? N'est-il pas reconnu qu'au moyen de précautions de cet ordre les parents pourraient remédier à une foule d'infirmités ou à des vices qui, sans cela, deviendraient héréditaires? Or il n'y a que l'intelligence de l'Homme qui puisse combiner ces précautions, et sur ce point ce n'est pas chez les animaux que nous devons et que nous pouvons aller chercher des enseignements.

La mère. Sans doute il doit y avoir une différence entre la manière d'agir de l'Homme et celle des animaux ; l'Homme étant un animal raisonnable, . .

X. Yous l'avez dit, madame, l'Homme est un animal rai-sonnable... Mais alors trouvez bon que nous blâmions cet animal raisonnable quand il donne pour un Principe de Morale, pour un Devoir, une prescription qui n'est nullement fondée en raison.

Le premier devoir d'une mère est de faire ce qui est le plus avantageux à son enfant. Or, pour savoir si un mode d'allaitement est plus ou moins convenable à tel ou tel enfant, il faut consulter la raison et la science, et agir conformément à leurs décisions. -—Après cela je conviendrai avec

vous que, dans le plus grand nombre des cas, la mère se trouvera être Ui nourrice la plus convenable pour son enfant, et comme Faccomplissement de cette fonction de nourrice est, et sera probablement toujours, une grande jouissance pour les mères, je ne doute pas qae, dans le Régime phalanstérieUf la plupart d'entre elles n'allaitent leurs enfants.

La mère, a la bonne heure, monsieur ; et maintenant je me range à votre avis.

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