X. J'attends vos raisons
Le puritain. Mes raisons, c'est que la matière et Tesprit sont deux choses tout-à-fait distinctes.
X. Distinctes , soit ! mais cependant , quelle part faitesvous à chacune de ces choses ?
Le puritain. Eh bien! je vous le dis : Sur Tune nous avons des données positives qui amènent nécessairement une certitude dans Tesprit ; sur Tautre nous ne pouvons avoir que des notions vagues ei incertaines.
X. Dites que nou« n'avons eu jusqu'à présent que des données vagues et incertaines, je le veux bien ; mais vous n'avez pas le droit de dire que nous ne pouvons pas en acquérir d'autres.
Ne voyez-vous pas, en effet, que si vous possédez la certitude touchant certains phénomènes d'ordre physique, c'est que, pour ces phénomènes, vous vérifiez chaque jour
VOS données théoriques par l'expérience et par l'application des Lois qne vous avez déduites et pu déduire , parce que vous observiez des faits matériels déjà en harmonie. Au contraire, pour les faits moraux et sociaux, Tétat de subversion dans lequel ils sont encore n'a pas permis de remonter à la Loi par l'analyse et l'observation simple. Il fallait donc d'abord trouver cette Loi à priori^ et puis vérifier si les faits sociaux régularisés n'étaient pas conformes à cette Loi.-<— Cette Loi, vous ne la possédiez pas; vous n'en pouviez donc faire ni l'application ni la vérification. Eh bien ! c'est justement cette application , c'est cette vérification que nous demandons à faire , pour vous prouver que nous avons trouvé la véritable Loi, — Mais d'abord établissons qu'il doit y avoir une Loi.
Suivez un peu la chaîne non interrompue qui lie les faits moraux aux faits physiques -, dites ! — où sera le point de séparation? cherchez ! — où finira la certitude fixe? où commencera la certitude... incertaine? — Car, voyez où VOUS conduit votre objection : à admettre qu'il existe deux certitudes , l'une qui nous rendrait certains, l'autre qui nous laisserait dans le doute !
Le puritain. Eh! dam'!...
X. Ecoutez-moi. Pensez-vous que Dieu étende sa prévoyance et son action à tous les ordres de faits?
Le puritain. A tous, sans exception.
X. Bien! Pensez-vous que Dieu ait deux manières de régir ces faits?
Le puritain. Non I Dieu est un dans son essence et dans ses manifestations.
X. Fort bien ! On avance vite avec les personnes qui , comme vou^ , admettent les propriétés de Dieu , lesquelles sont, n'est-ce pas :
La Distribution bit mouvement,"
î/êconomie de ressorts, Lsijmticè disiributive , Vuniversaliié de providence , L'Unité de système.
Or, si vous accordez à Dieu Funité de système et l'universalité de providence , sur quoi pouvez-vous raisonnablement vous appuyer pour dire que Dieu a laissé une tecune ou permis une différence dans le degré d'exactitude que comporte tel ou tel ordre de faits ? Sut rien, absolument I €ar Dieu, qui est l'Unité par essence , ne peut avoir deux poids et deux mesures, n'est-ce pas ? Dieu a créé toutes cho* ses sur le même calque, sur le même modèle, en vertu d'une seule et même conception , n'est-ce pas ? — Il n'y a donc qu'uNE LOI pour tous les faits de la Vie universelle. — Que cette loi se modiûe dans ses diverses applications, que même elle permette des déviations, des perturbations momentanées, cela se conçoit, cela doit être; cela rentre dans les Lois générales du Mouvement, que Fourier a aussi découvertes ; mais ces modifications ne vous autorisent nullement à nier rUnité et surtout l'existence de la Loi. Si donc cette Loi existe, et si elle est une , il n'y a aussi qxx^une manière dé l'appliquer. Il ne peut donc y avoir qu'un degré d'exactitude dans l'application de cette Loi, et c'est l'exactitude mathématique; qu'un degré de certitude dans la recherche de cette Loi , et c'est la certitude... certaine, — la certitude enfin !
Le puritain. Convenez, du moins, que jusqu'à présent cette certitude n'a pas existé pour les faits d'ordre moral.
X. J'en conviens ; mais pourquoi cela? Parce que, jusqu'à présent , personne n'a pris fermement , pour point de départ de ses recherches , les Attributions radicales et primordiales de Dieu. Je dis personne, excepté Fourier; mais laissez-moi achever mon raisonnement de tout à l'heure.
r^ous avons reconnu (et c'est là le point essentiel), nouji
âl8
Vous prie de n'en pas joger par ce morceau écrit à la hâte et sur un ton fort léger.
La mère. Lisez ; nous verrons bien.
X. C'est juste , madame , j'ai tort de m'excuser, et je m'aperçois que le Civilisé perce en moi, malgré moi-même. —Voici :