GARDONS-NOUS BIEN D'ÊTRE TOUS D'ACCORD
Je Vaitrouvé / Je Vai trouvé /Vécriait Archimède en s'élançant hors du bain. — Nous ne montrerons pas un enthousia.sme égal h, celui qui s'empara du géomètre de Syracuse; mais cependant nous avons fait aussi notre découverte, une découverte qui, sans valoir celle dj4 problème de la densité des corps, mérite pourtant quelque attention.
Chaque chose a sa raison d'être, chaque usage a son origine, chaque institution son principe; principe direct ou indirect, sensible ou la^ tent. C'est àl'étudede nous faire retrouver ce principe, s'il a été perdu ; et, si le principe est indirect, c'est encore à l'étude de nous faire suivre la chaîne qui le lie à son application.
Ainsi s'explique le fameux Nil tub sole novi. En effet. Rien de nou^ veau sous le soleil, puisque le principe de toutes choses peut toujours être retrouvé.
Sachez donc que nous avons, trouvé le principe d'une chose que Ton s'accorde généralement à considérer comme étant d'invention moderne ; et cette chose, c'est le Régime représentatif, c'est le GouvernementjMirlementaire. Nous en avons découvert le principe, la raison d'être! Avantage non commun, savez- vous, de connaître ifnfio le principe d'un^ chose à laquelle même ses plus zélés partisans n'ont encore pu trouver une définition raisonnable.
Nous avons été plus heureux que lesdits partisans ; car posséder le principe, c'est, à fortiori, posséder la définition.
Ce principe, il y a quelque trois mille ans qu'il est en possession des choses de ce monde, hélas ! ! Et si c'est récemment que l'application en a été étendue aux faits de la vie politique, il est certain pourtant que ce principe est renouvelé, non des Grecs, mais des Indiens. Il date de Zoroastre. On assure même qu'il existait avant Zoroastre, et nous le croyons sans difficulté. Ce principe , pour le dire en deux mots, c'est Oromase et Arimane; Orom^e, l'auteur de la lumière ; Arimftne, l'au-»
leur des ténèbres; c^est legënie du Bien et le génie du Blal, co-exis" tants de toute éternité et de toute nécessité.
Depuis que nous avons un Gouvernement représentatif, quel a été le fait le plus saillant, ou plutôt le fait essentiel que nous ayons vu se produire, sinon celui d'une lutte permanente et pour ainsi dire officielle entre les hommes du Pouvoir et d'autres hommes d'opinions souvent fort diverses, mais rangés sous une même bannière, et composant ce qu'on est convenu d'appeler l'Opposition? Et ce n'est pas seu^ iement là un fait, .c'est un droit, c'est un besoin, c'est une née 64i^ité. — Lisez les journaux du Pouvoir, lisez les jouruaujj^ de TOppo sition ; tant que , par suite d'un revirement politique , l'Opposition ne s'est pas encore bien dessinée, il semble que l'état social soit en péril ; l'anxiété est au comble.—* Que va devenir l'Opposition? Que va-t-ell e faire? L'Opposition est-elle constituée? Aurons-nous enTm une Opposition? Prenons bien garde ! H faut une Opposition; le salut public exige qu'il y ait toujours une Opposition- Si par malheur nous n'avions plus d'Opposition, où serait l'équilibre ? où serait le^Gouvernement représentatif? Que deviendrait la Chambre des Députés ? qu'aurait-elle à faire? qu'aurait-elle à dire? qu'aurait-elle à discuter? Et le Pouvoir? Le Pouvoir agirait donc sans entraves? il pourrait donc abuserimpunémentdel'autoriiéquiluiseraltconiiée?... Malédiction! Le ' jour où l'Opposition n'existerait plus, le jour où nous serions tous d'accord c'eu serait fait du Régime représentatif c'en serait fait du Gouvernement parlementaire! Et qui peut prévoir l'abime de maux qui nous serait alors réservé!... »
Ah! consolez -vous, beaux^ esprits de la droite, grands esprits de la gauche, hommes d'état des centres, consolez^vous ! il n'y a pas le moindre danger que tout le monde s'entende. L'Opposition est immortelle... autant que le Gouvernement représentatif; — elle est immuable.... autant que notre état social, autant que les deux Principes sur lesquels est calqué cet état social.
Biais que dis-je? Déjà se manifeste une modification à l'ancien Principe du Bien et du Mal; car, tandis qu'Oromase est toujours Oromase, et Arimane toujours Arimane, de temps en temps l'Opposition passe au Pouvoir et le Pouvoir à l'Opposition, c'est-à-dire que le Bien devient Mal, etvicev&rsd, —Tant mieux! nous diront sans hésiter les hommes politiques; ces fluctuations composent justement l'équilibre du Gouvernem(;nt représentatif.
Equilibre, soit! mais convenez du moins que votre équilibre est par* faliement instable; car de cette balance où vous placez les deux Prin^ cipes opposés qui font la base de votre gouvernement, vous voyen bien que jamais les bassins ne sont de niveau; tantôt c'est un bassin i
tantôt c'est l'autre qui l'emporte ; et, chose remarquable ! plus les deux bassins sont près de s*équilibrer, plus il y a d'instoMlUé dans Totre gouvernement, dans votre état social !
Toutefois, voilà un système d'équilibre bien établi, et le Mal, c'està-dire l'Opposition, toujours et nécessairement en lutte avec le Bien, qui est le Pouvoir. Et voilà comment notre mécanisme social est, quoi qu'en puissent dire ceux qui souffrent, le plus excellent des mécanismes, puisque ce mécanisme fonctionne en vertu d'un Principe découvert de temps immémorial par les philosophes indiens, principe que les Manichéens avaient déjà ressuscité avant que la Politique moderne, remettant ce principe en honneur, l'eût fait descendre de la théorie à rapplication pratique dont nous voyons chaque jour les heureux effets.
Mais, — pourra- 1- on dire, — la similitude que vous prétendez établir n'est pas parfaite. Si Oromase est toujours Oromase et Arimane toujours Arimane, c'est que, suivant le principe indien, le Bien est toujours le Bien et le Mal toujours le Mal, tandis que le Bien se trouve quelquefois du côté de l'Opposition et le Mal du côté du Pouvoir. — Et puis, ajouteront les plus sensés, le Pouvoir et l'Opposiiion, même quand vous supposez qu'ils combattent pour le Mal, représentent toujours des intérêts légitimes qu'il serait bon de satisfaire ; ce qui ne peut avoir lieu pour Arimane qui est, lui, le Mal absolu ; et l'on a toujours raison de combattre et de repousser le Mal.
C'est ici qu'il faut expliquer le principe du Principe indien, ou plutôt remonter à la source de la fable imaginée par les Indiens pour expliquer la lutte entre le Bien et le Mal, lutte monstrueuse dont l'idée est incompatible avec celle d'un Dieu, avec celle d'une Providence suprême.
Heureusement, Dieu existe, et la Théorie sociétaire est en mesure de démontrer scientifiquement et pratiquement qu'il y a dans l'Univers unité ei non dualité de principes. Dieu existe, Dieu est bon ; il a mis dans l'homme, pour le bonheur de l'homme, des Passions de différents ordres dont l'homme n'a pas encore su faire un emploi harmonique. Dieu veut cette harmonie; cette harmonie se fera. Mais, dans les Sociétés incohérentes où l'Humanité a passé sa douloureuse enfance, les Passions d'ordre inférieur, ayant toujours été sacrifiées à celles d'ordre supérieur, ont dû se révolter contre l'oppression qu'on leur faisait subir. Cette révolte, légitime dans son principe, a produit de mauvais effets, des résultats funestes. Ces effets, on les à confondus avec la cause, on les a appelés le Mal. De là est ne Arimane, le génie du Mal ; et comme Je Mal subsistait toujours, et subsistera certainement tant que les Passions qui produisent le mal n'auront pas obtenu, grâce à la Science
sociale, remploi harmonique qu'elles ont droit de réclamer, on a cru et Ton croit encore que le Mal est éternel, absolu. De là à condamner absolument dans Arimane la satisfaction des passions légitimes, mais opprimées, que représentait Arimane; de là à faire d*Arimane le symbole du Mal absolu, il n*y avait qu'un pas. €e pas, on Ta franchi ; et Arimane est devenu Tange des ténèbres. Vous voyez cependant que, envisagé sous un certain point de vue, Arimane n*est pas aussi diable qu'on s'est plu à le faire noir.
Mais, Dieu merci ! l'ancien Principe a fait son temps, et voici que le Principe nouveau, le Principe du Bien, tend à se dégager du chaos social. Déjà nous pouvons constater un phénomène bien consolant et auquel on ne fait peut-être pas assez d'attention : c'est que, si le Pouvoir joue toujours le rôle d'Oromase et l'Opposition celui d'Arimane, évidemment le Mal tend au Bien, car l'Opposition tend sans cesse vers le Pouvoir, dont elle cherche inéme à s'emparer par toutes sortes de moyens. — Arimane veut à toute force devenir Oromase. — A la vérité, tant que cette dualité du Principe ancien restera comme base essentielle de la Politique, c'est-à-dire tant que subsistera l'état social actuel, fondé sur la lutte , — l'absorption des deux Principes en un seul seta tout-à-fait impossible.
Maintenant donc qu'une Science bienfaisante a été apportée aux hommes, une Science remplaçant la concurrence anarchique et désordonnée par le concours libre et passionné, une Théorie ayant puissance de substituer l'état de convergence à celui d'hostilité, l'accord à la . lutte; une Science qui sait harmoniser les passions tout en donnant satisfaction à tous les intérêts légitimes; maintenant que l'avenir s'ouvre devant nous, vaste et riadieux , renonçons aux tâtonnements, aux erreurs d'un douloureux passé. Une ère nouvelle et glorieuse, celle du Bien régnant sans partage sur le monde transfiguré, va succéder à nos querelles puériles, à nos vaines et stériles dissensions. Arrière donc» Arimane! arrière, ange du Malet des ténèbres 1 Oromase, verse sur cette terre désolée des flots de lumière et de joie ! Arrière, la Politique usée et flétrie des temps barbares et civilisés! Place au Principe sociétaire ! place à la Science ! place à I'Unité ! Arrière, la misère et la douleur! Place au bonheur! place à la jouissauce! — Voici l'Humanité qui s'avance, l'Humanité dans son adolescence, l'Humanilé dans sa force et sa grandeur ! Place, place à l'Humanité!
Voilà de mon style, madame ; et maintenant j'espère que vous allez me faire vos compliments : c'est Tusage.
La mère. Monsieur, les compliments sont inutiles, et le
vrai talent a cela d'avantageux qa'il sait se jogtf floi-mème.