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Molybdène 94,45 94,10 94,12

Carbone combiné 5,55 5,90 5,88

Molybdène pur fondu. — Le molybdène pur a une densité de 9,01. C'est un métal aussi malléable que le fer. Il se lime et se polit avec facilité. Il se forgée à chaud. II ne raye ni le quartz, ni le verre. Bien exempt de carbone et de silicium, il ne s'oxyde

guère à l'air au-dessous du rouge sombre. Il peut se conserver plusieurs jours sans altération dans l'eau ordinaire ou charg-ée d'acide carbonique. En présence de l'air, au-dessous du rouge sombre, il se recouvre d'une pellicule irisée comme le fait l'acier. Vers 600", il commence à s'oxyder et donne de l'acide molybdique, qui se volatilise lentement.

Un fragment de molybdène, chauffé pendant quelques heures dans un tube de porcelaine incliné sur une grille à analyse, fournit, dans la partie supérieure du tube, un feutrage de cristaux d'acide molybdique. Le métal n'est recouvert d'aucun autre oxyde, et finit même par disparaître, en laissant une belle cristallisation d'acide molybdique. Chauffé au chalumeau à gaz, un fragment de molybdène émet des vapeurs d'acide molybdique pn quantité notable. Chauffé au chalumeau oxhydrique, il brûle sans fondre en fournissant d'al)ondantes fumées d'acide molybdique et en oxyde bleu fusible. Enfin, chauffé dans un courant d'oxygène pur, il prend feu entre 5oo" et 600** et, si le courant d'oxygène est rapide, la combustion peut se continuer sans l'intervention d'une source de chaleur étrangère.

Cette combustion se j)roduit avec une vive incandescence et peut fournir une belle expérience de cours.

Le chlorate de potassium en fusion attaque le molybdène avec violence. Il suffit de fondre le chlorate et de projeter à la surface un fragment de molybdène pour voir ce dernier devenir incandescent et tournoyer sur le liquide. La température de la réaction s'élève rapidement ; le molybdène brûle avec flamme, et il se dégage d'abondantes fumées blanches d'acide molybdique qui restent en suspension dans l'air sous forme de légers filaments blancs. Parfois, le fragment de molybdène est porté à une température assez élevée pour percer la paroi de la ca[)sule, qui est fondue, au contact du métal.

L'azotate de potassium en fusion fournit dans les mêmes conditions une réaction identique, quoique moins violente, avec formation de molybdate alcalin.

Un mélang-e de molybdène et d'oxyde puce de plomb, chauffé dans un tube à essai, produit un très grand dégagement de chaleur et de lumière.

Le soufre n'agit pas à 44o°, mais l'hydrogène sulfuré à 1200° transforme le molybdène en sulfure gris bleuté, amorphe, ayant les propriétés de la molybdénite et laissant, par le 'frottement, une trace noire sur le papier.

Le fluor n'attaque pas à froid le molybdène en fragments ; mais, lorsque ce métal est grossièrement pulvérisé, il se fait un fluorure volatil sans incandescence.

Le chlore attaque le molybdène au rouge sombre sans incandescence apparente. Avec le brome, l'action se produit au rouge cerise et sans grande intensité.

L'iode est sans action au point de ramollissement du verre.

Les fluorures d'argent, de zinc et de plomb sont décomposés, mais sans formation de fluorures volatils.

Le perchlorure de phosphore légèrement chauffé attaque le molybdène en fournissant un chlorure volatil qui s'altère facilement en présence de l'humidité de l'air, en prenant une belle coloration bleue.

Cette réaction se produit avec la plupart des composés du molybdène : métal, oxydes, sulfure, acide molybdique et molybdates ; elle peut servir à déceler rapidement le molybdène métallique et ses composés.

Elle se fait de la façon suivante : Dans un tube à essai, l'on place un fragment de la substance à essayer, on l'additionne d'un peu de perchlorure de phosphore et l'on chauffe lentement. Il se forme des fumées rougeâtres de chlorure et d'oxychlorure

FOUK ÉLECTRIQUE * là

de molybdène, qui se condensent en un anneau brun plus ou moins foncé. Lorsque la quantité de molybdène est très faible, l'anneau peut être à peine visible. Il suffira de l'abandonner quelques minutes à l'humidité pour le voir prendre une teinte bleue intense due à la formation du chlorure hydraté.

L'action des hydracides sur le molybdène pur est à peu près comparable à celle qu'ils exercent sur la fonte de molybdène. Ces expériences ont été décrites, d'ailleurs, par différents observateurs : Biicholz, Berzélius, Debray. Nous rappellerons seulement que si l'acide fluorhydrique n'attaque pas le molybdène, il suffit d'ajouter une g"outte d'acide nitrique pour que l'attaque commence et se continue ensuite avec énergie. En présence d'un mélange à parties égales des deux acides, la dissolution est complète ; il reste un liquide teinté de rose qui ne donne, avec le ferrocyanure, qu'une coloration rouge brun intense, mais pas de précipité. La masse, quelques heures après, se prend en gelée.

Dans un courant d'azote, à la température de 1200°, le molybdène, en fragments ou en poudre, ne donne pas d'azoture.

Le phosphore, chauffé au point de fusion du verre, ne s'y combine pas.

Le bore s'unit au molybdène, à la température du four électrique, en donnant un culot fondu de couleur gris fer, renfermant des géodes tapissées d'aiguilles prismatiques.

Dans les mêmes conditions, le silicium fournit un siliciure cristallisé, infusible au chalumeau oxhydrique.

L'action du carbone mérite de nous arrêter quelque instants. Nous avons indiqué plus haut quelle était l'action de ce carbone sur le molybdène liquide, nous n'y reviendrons pas.

Le molybdène pur, tel qu'il a été décrit précédemment, est un métal assez tendre, qui se lime très bien et qui ne raye même

PRÉPARATION AU FOUR ELECTRIQUE DE QUELQUES CORPS SIMPLES 2â7

pas le verre. Si l'on vient à chauffer uni frag-ment de molybdène, pendant plusieurs heures, à une température voisine de iôgo", au milieu d'une masse de charbon en poudre, il se cémente, prend une petite quantité de carbone, et sa dureté augmente.

Le molybdène pur, chauffé dans un courant d'oxygène, ne trouble pas l'eau de baryte. Lorsque ce métal a été cémenté, il donne au rouge, dans un courant de gaz oxygène, un dépôt blanc de carbonate de baryum.

Il peut alors rayer le verre. En le chauffant vers 3oo° et en le plongeant brusquement dans l'eau froide, il se trempe, devient cassant et prend une dureté telle qu'il raye le cristal de roche.

Inversement, si nous prenons de la fonte de molybdène à 4 p. loo de carbone, fonte très dure et cassante, et que nous en chauffions un fragment, pendant plusieurs heures, dans une brasque de bioxyde de molybdène, cette fonte s'affine et sa surface peut dès lors être limée et polie.

J'attribue cette décarburation de la fonte solide, à une température très éloignée de son point de fusion, à la facile diffusion des vapeurs d'acide molybdique au travers du métal.

J'estime que ces propriétés pourront trouver quelques applications dans la métallurgie.

Lorsque, dans un métal saturé d'oxygène, tel que celui qui s'obtient dans la première période du convertisseur Bessemer, on veut enlever cet oxygène, on ajoute du manganèse qui s'oxyde plus facilement que le fer, puis passe dans la scorie (Troost et Hautefeuille). On a proposé aussi d'employer l'aluminium qui a donné de bons résultats parce qu'il est très combustible, c'est-àdire parce qu'il fixe l'oxygène ; mais ce métal a l'inconvénient de produire de l'alumine solide. Je pense que le molybdène pourrait être utilisé dans les mêmes conditions, il aurait l'avantage : i" De fournir un oxyde volatil, l'acide molybdique, qui se

228 LK FOUU ÉLECTRIQUE

dég-ag-erait immédiatement à l'état gazeux, en brassant toute la masse ;

2° Employé en léger excès, il laisserait dans le bain un métal aussi malléable que le fer, et pouvant se tremper comme lui.

La poudre de molybdène, que l'on a cherché à utiliser jusqu'ici dans l'industrie, ne peut rendre les mêmes services, parce qu'elle brûle rapidement sur le bain, au contact de l'air, avant d'avoir produit aucune action utile.

Analyse du molybdène pur.

Molybdène 99,98 99,37 99,89 99,78

Carbone 0,00 0,01 0,00 0,00

Scories... 0,13 0,28 0,08 0,17

Conclusions. — Le molybdène peut être obtenu pur et fondu, au four électrique. Ce métal, à l'état de pureté, a une densité de 9,01 . Il est aussi malléable que le fer; à froid il peut se limer, et à chaud, se forger. Chauffé dans une brasque de charbon, il se cémente et, par la trempe, fournit un acier beaucoup plus dur que le molybdène pur. Inversement, la fonte de molybdène, chauffée dans une masse d'oxyde, perd son carbone, s'affine et prend les propriétés du molybdène.

Ku présence d'un excès de charbon, le molybdène fournit, au four électrique, un carbure défini, cristallisé et stable, de formule GMo2.

D. — Tungstène.

Nous avons indiqué, le 2()mai i8c)3 (i), qu'il était facile de préparer au four électrique en grande quantité la fonte de tungs-

(l) H. MoiSSAN. Préparation, au four électrique, de quelques métaux réfractaires ; tungstène, molybdène, vanadium. Comptes rimdu^, t. CVl, p. 1225; 29 mai 1893.

PnÉPARATION AU FOUH ÉLECTRIQUE DE QUELQUES CORPS SIMPLES 229

tène, et que l'on pouvait affiner ensuite cette fonte en refondant le métal en présence d'un excès d'acide tung-stique.

Préparation de la fonte de tungstène. — Le mélang-e d'acide tungstique et de charbon est placé dans le creuset de mon four électrique et, en dix minutes environ, avec un courant de 35o ampères et 70 volts, on obtient un culot métallique d'environ I20^^ Le métal brillant, très dur, ainsi préparé, possède une couleur blanche et un grain très fin s'il n'y a pas excès de carbone. Au contraire, les échantillons 3 et 4 présentent un aspect micacé et renferment des lamelles de graphite. Quatre échantillons nous ont donné :

Carbone total 0,64 2,74 4,56 6,33

Préparation du métal pur. — On peut obtenir le tungstène à l'état de pureté en chauffant directement, au four électri([ue, un mélange d'acide tungstique et de charbon de sucre. Les proportions employées sont les suivantes : acide tungstique pur, Soo^""; charbon de sucre pulvérisé, 80^"". Ce mélange renferme un excès d'acide tungstique.

Le tungstène étant un métal difficilement fusible, on doit chauffer pendant dix minutes avec un courant de 900 ampères et 5o volts. On obtient un culot présentant des parties superficielles bien fondues, mais dont la partie intérieure est poreuse et ne touche au creuset de charbon que par quelques points. En évitant, dans ces conditions, la fusion complète du métal, le carbone du creuset n'intervient pas et l'excès d'acide tungstique est volatilisé.

Propriétés physiques. — Le tungstène, préparé au four électrique comme nous venons de l'indiquer, peut être absolument exempt de carbone. M. Deslandres, qui a bien voulu l'exami-

ner au speciroscope, a reconnu que ce métal était d'une grande pureté (i).

Lorsqu'il est à l'état poreux, il présente, comme le fer, la propriété de se souder à lui-même, par le martelage, bien avant son point de fusion. Il peut se limer avec facilité et, lorsqu'il est exempt de carbone, il ne raye pas le verre.

On a chauffé un morceau de ce tungstène malléable, dans une brasque de charbon déboisa la température delà forge, pendant une heure et demie. Le creuset contenant le métal était entouré d'une brasque titanifère pour éviter l'action de l'azote. Après refroidissement, la partie extérieure du fragment métallique renfermait du carbone, et sa dureté était assez grande pour rayer le rubis. Le tungstène pur se cémente donc avec facilité et cela nous expli(jue les différents résultats obtenus jusqu'ici lorsque l'on a essayé de fondre ce métal.

On sait que M. Riche a pu fondre le tungstène en le carburant, dans un arc fourni par 200 éléments Bunsen (2). De même, Siemens et Hutington (3) ont fondu, en très petite quantité, la fonte de tungstène à 1,8 pour 100 de carbone dans leur four électrique. Le tungstène pur est plus infusible que le chrome et le molybdène.

La densité du tungstène pur a été trouvée de 18,7.

Ce métal n'exerce pas d'action sur l'aiguille aimantée.

Propriétés chimiques. — Le fluor attaque le tungstène à la température ordinaire avec incandescence et fournit un fluorure volatil. L'action des hydracides a été étudiée avec détails par

(1) Ce tungstène n'a fourni au spectroscope que quelques raies très faibles du calcium.

(2) Biche. Becherc-hes sur le tungstène et ses composés. Ann. de Chim. d de Phys., 3« série, t. L, p. 5 ; 1857.

(3) Siemens et Hutington. Sur le fourneau électrique. Association britannique. Southamptou, 1883, et Ann. de Ckini. et de Phys., [5« série, t. XXX, p. 465; 1883.

Préparation au four électrioue de quelques corps simples 231

M. Riche et reprise en 1872 par M. Roscoë (i) ; nous n'avons pas à nous y arrêter.

L'azote et le phosphore au rouge ne se combinent pas au tungstène .

Chauffé au four électrique avec le silicium et le bore, le tungstène donne 'des combinaisons d'aspect métallique d'apparence cristalline et qui rayent le rubis avec facilité. A la température de 1200°, l'acide carbonique est réduit par le tungstène, avec formation d'oxyde bleu et sans dépôt de charbon.

Le tungstène fondu ne s'oxyde pas sensiblement à l'air humide, mais il est attaqué à la longue par l'eau chargée d'acide carbonique. L'acide sulfurique et l'acide chlorhydrique ne l'attaquent que très difficilement; il en est de même de l'acide fluorhydrique, tandis qu'un mélange d'acide fluorhydrique et d'acide azotique le dissout avec rapidité.

Quelques oxydants, tels que le bioxyde de plomb, le chlorate de potassium en fusion, attaquent le métal pulvérisé, avec incandescence.

Le carbonate de sodium fondu le dissout lentement, mais le mélange de carbonate et de nitrate produit une transformation assez rapide.

Analyse. — Le métal a été attaqué parle mélange d'azotate et de carbonate alcalin et le tungstène a été séparé sous forme de tungstate mercureux.

On a obtenu ainsi, pour les échantillons qui se limaient avec facilité et qui n'attaquaient pas le verre :

Tungstène 99,76 99,82 99,87

Carbone 00,0 0,00 0,00

Scories 0,18 0,09 »

(l) Roscoë. Manchetter LU. Phil. Soc. Proc, t. XI, p. 79; 1872,

Carbure de tungstène. — Lorsque, dans la préparation du tung-slène, on prolong-e la chauffe, le métal fond complètement, mouille le creuset de charbon et se carbure aussitôt en donnant une fonte. Nous avons indiqué précédemment quelles étaient les teneurs en carbone de ces métaux.

En présence d'un excès de charbon, le tungstène fournit un carbure défini de formule GTu^. Ce carbure est d'un g-ris de fer, très dur, rayant très profondément le corindon. Sa densité à -f- 18" est de 16,06. Il fournit à peu près les mêmes réactions que le métal, bien que plus facilement attaquable que ce dernier. Il prend feu dans le fluor à froid, il brûle vers 600** dans l'oxygène en produisant de l'acide tungstique et de l'acide carbonique et, à l'état liquide, il dissout avec facilité du carbone, qu'il abandonne ensuite par refroidissement, sous forme de graphite.

Les acides ne l'attaquent que très lentement, de même que le métal, sauf cependant l'acide nitrique qui, à l'ébullition,le dissout avec facilité.

Le chlorate de potassium fondu, ou le mélange de carbonate et de nitrate, l'oxydent en produisant une vive incandescence.

Au rouge, il brûle aussi dans le protoxyde et dans le bioxyde d'azote.

Anailyse. — Le carbone total a été dosé par le chlore, et le graphite, séparé du carbone amorphe par l'acide nitrique fumant, a été pesé sur un filtre taré. Enfin, le tungstène a été séparé sous forme detungstate mercureux.

Carbone combiné . . .

THéORIK

pour c Tu*.

Tungstène

Conclusions. — Le tungstène se prépare facilement au four électrique par réduction de l'acide tungstique par le charbon. Si

Ton n'atteint pas le point de fusion du métal, .ce dernier peut être obtenu dans un grand état de pureté.

En opérant en présence d'un excès de carbone ou en fondant le métal dans le creuset de charbon, on obtient un carbure défini de formule CTu^ qui dissout du carbone et ce dernier corps est abandonné ensuite sous forme de graphite.

Le tung-stène pur peut se limer et se forg^er ; il se cémente avec facilité, n'ag-it pas sur l'aiguille aimantée et son point de fusion est supérieur à ceux du chrome et du molybdène.

E. — Uranium.

L'uranium métallique a été obtenu, pour la première fois, par Pélig-ot(i), en réduisant le chlorure d'uranium par le potassium dans un creuset de platine.

Dans cette préparation, on recueille une poudre g-rise au milieu de laquelle se rencontrent quelques petits globules métalliques.

Différents auteurs ont légèrement modifié cette réaction, et, en 1 886, Zimmermann (2) a repris l'étude des propriétés de l'uranium en obtenant le métal par réduction du chlorure d'uranium par le sodium.

Les globules métalliques, isolés dans cette préparation, étaient en petit nombre. Leur fusion était due à la chaleur intense développée par l'action du métal alcalin sur le chlorure.

Nous avons répété toutes ces expériences. Lorsque l'on opère dans un creuset de platine, l'uranium est toujours souillé par ce métal. Dans la préparation de Zimmermann, l'uranium

(1) PÉLTGOT. Recherches sur Vuranivim. Annale» de Ch. etdePh.,3* 8ér.,t,V,p.5 ;1842.

(2) ZiMMEBMANN. Liebig's Ann. Chem., t-CCXIII, p. 290, et CCXVI, p .1.

renferme envirqn 2 pour 100 de fer et une petite quantité de sodium.

De plus, quelle que soit la méthode employée, tous ces uraniums en poudre renferment de l'azote et souvent de l'oxygène.

Ainsi que nous le démontrerons plus loin, l'uranium métallique possède une affinité très grande et qui n'était pas connue jusqu'ici, pour le gaz azote.

Nous avons pensé que cette action des métaux alcalins pouvait être reprise dans de meilleures conditions, au moyen d'un composé double de sodium et d'uranium.

Préparation du chlorure d'uranium et de sodium^ UGl* 2 NaGl. — Lorsque l'on fait arriver au rouge sombre un courant de vapeurs de chlorure d'uranium sur du chlorure de sodium, on obtient un chlorure double, qui, par refroidissement, se prend en une masse cristalline, de couleur vert pomme, fondant vers 390", soluble dans l'eau froide et dissociable par l'alcool.

Cette préparation se fait avec facilité, dans un tube de verre de Bohême, en produisant à une extrémité le chlorure d'uranium par l'action du chlore sur le carbure d'uranium, et en faisant arriver ce chlorure sur des fragments de chlorure de sodium chauffés au rouge sombre, placés à l'autre extrémité. Le chlorure alcalin solide commence par se colorer en arrêtant toute la vapeur de chlorure d'uranium, puis la masse fond rapidement.

On sait que le chlorure 'd'uranium UCl* est un corps avide d'eau, fumant à l'air et difficilement maniable. Au contraire, le chlorure double cristallisé est beaucoup moins hygrométrique et altérable. Fondu, il fournit un liquide très stable, n'émettant pas sensiblement de vapeurs.

Réduction de ce chlorure double par les métaux alcalins. — La réduction a été produite dans un cylindre de fer épais, fermé par un bouchon à vis. On a disposé par couches alterna-

tivcs Soo^"" de chlorure double et i oo»"" de sodium fraîchement coupé.

L'appareil étant fermé, on le porte dans un feu de bois très vif, où il est chauffé ving--cinq minutes. La chaleur dégag-ée par la réaction est assez intense pour porter le bloc au rouge blanc en quelques instants. Après refroidissement, le cylindre a été ouvert, et la matière pulvérulente qu'il contenait a d'abord été traitée par l'alcool à 96", pour enlever l'excès de sodium, puis lavée rapidement à l'eau bouillie froide, enfin épuisée par l'alcool et ensuite par l'éther.

Préparation de ruraniiim au four électrique. — Aux températures les plus élevées de nos fourneaux ordinaires, les différents oxydes d'uranium sont irréductibles par le charbon. Il n'en est plus de même, aux hautes températures dont on peut disposer dans le four électrique.

Pour obtenir ce métal, on calcine, dans une capsule de porcelaine,l'azotate d'uranium que l'on peut préparer dans un grand état de pureté (i). Il reste un oxyde vert répondant sensiblement à la formule U^ O^. On additionne cet oxyde, de charbon de sucre et le tout est fortement comprimé dans un creuset de charbon. En soumettant alors ce mélang-e dans le four électrique, à l'action de l'arc, produit par un courant de 45o ampères et 60 volts, la réduction se fait en quelques instants. Après refroidissement, on retire, du creuset, un lingot métallique à cassure brillante.

Le rendement en uranium de cette préparation est assez grand. Une expérience de douze minutes fournit un culot de 200 à 220»'. On obtient ainsi une véritable fonte, dont la teneur en carbone varie avec la prédominance soit de l'oxyde, soit du charbon dans le mélange.

(1) Voir plus loin la préparation du carbure d'uranium.

L'analyse qualitative de ces premiers échantillons nous a démontré que nous n'avions que de l'uranium, du carbone et une petite quantité d'azote. Différents dosatj^es nous ont donné les chiffres ci-dessous:

Uranium 80,25 89,46 89,10 95,70 97,00

Carbone 13,50 11,03 10,24 5,02 2,00

Dans une nouvelle série d'expériences, nous avons opéré avec le mélange suivant :

Oxyde d'uranium ôOO*'

Charbon de sucre 40«'

On place, dans un creuset de charbon, environ Soo*' de ce mélange et l'on chauffe dans notre four électrique sept à huit minutes avec un courant de 8oo ampères et ^-'^ volts. On obtient un ling^ot fondu de 35o*^'. Le métal, préparé dans ces conditions, si la chauffe a été bien conduite, ne renferme que très peu de carbone et même n'en contient plus du tout. Par contre, on peut y rencontrer une petite quantité d'oxyde qui fournit alors un métal brûlé, dont les propriétés physiques sont notablement modifiées. Si la durée de la chauffe est trop longue, le métal se carbure avec facilité et l'on obtient une fonte, puis le carbure cristallisé G^ Ur^.

Pour éviter l'action de l'azote, il est mieux de faire ces expériences dans un tube de charbon fermé à une extrémité en prenant le dispositif que j'ai indiqué précédemment.

Affinmje de la fonte (l'uranium à la forcje. — Lorsfjue l'on a préparé un uranium contenant de o,i à o,5 de carbone par le procédé précédent, on peut affiner la surface extérieure des fragments, en les chauffant à la forge pendant plusieurs heures, dans une brasque d'oxyde vert d'uranium.

Pour réaliser cette expérience, il faut avoir soin de disposer le creuset qui contient l'oxyde d'uranium et le métal, au milieu d'un autre creuset rempli d'une brasque titanifère, finement pulvérisée. L'oubli de cette précaution produirait un métal de couleur jaune recouvert d'azoture.

Préparation de l' uranium métallique par électrolyse. — Le chlorure double d'uranium et de sodium que nous avons décrit précédemment s'électrolyse avec la plus g-rande facilité. Il fournit au pôle négatif une épong-e d'uranium renfermant souvent de petits cristaux de ce métal. Il suffit, pour avoir une marche rég-ulière, d'une différence de potentiel aux bornes de 8 à lo volts. Nous avons utilisé généralement un courant d'une intensité de 5o ampères. Le bain est maintenu en fusion par l'action calorifique du courant lui-même.

L'électrolyse était faite au moyen d'électrodes en charbon pur et le chlorure était placé dans un vase cylindrique en porcelaine. Ce vase était clos au moyen d'une plaque de porcelaine rodée, qui donnait passage aux deux électrodes et à un tube de verre recourbé à angle droit. Ce dernier permettait d'amener un courant d'hydrogène bien sec et biei} privé d'azote au-dessus du sel fondu.

Après complet refroidissement, le contenu du creuset est repris par l'eau glacée ; on le lave ensuite rapidement à l'alcool, car l'uranium très divisé décompose l'eau à la température ordinaire.

Cet uranium est cristallisé ; certaines parties voisines de l'électrode se présentent même en cristaux assez nets, pouvant atteindre i""*" de côté.

Lorsque l'on emploie une électrode de fer, on peut obtenir par ce procédé des alliages d'uranium et de fer d'un blanc d'argent qui peuvent se limer avec facilité et qui possèdent un grain très fin.

Propriétés physiques. — Lorsque l'uranium est bien pur, sa couleur est absolument blanche, moins bleutée que celle du fer, dont il peut prendre le poli. Si ce métal est coloré en jaune on peut toujours j déceler la présence de l'azote.

L'uranium pur se lime avec facilité ; il ne raye pas le verre ; il peut se carburer alors légèrement lorsqu'on le chauffe dans une brasque de charbon et prendre la trempe.

Il n'est pas magnéticjue, lorsqu'il est bien exempt de fer; nous avons déjà appelé l'alfonfion sur ce point. On peut distiller l'uranium au four électritjue et obtenir par condensation de la vapeur, de petites sphères métalliques exemptes de carbone, et n'agissant pas sur l'aig-uille aimantée.

Propriétés chimiques. — L'uranium en poudre fine préparé par électrolyse, prend feu dans le fluor, y brûle avec éclat et produit un fluorure volatil de couleur verte. Le chlore l'attaque à la température de i8o" ; le brome à 210°, l'un et l'autre avec incandescence. La même réaction se produit dans la vapeur d'iode vers 260" avec formation d'un iodure d'uranium. Toutes ces réactions sont complètes.

Le métal obtenu par Zimmermann n'était pas attaqué par la vapeur d'iode et il fournissait, dans un courant de chlore, une réaction limitée, laissant dans la nacelle un abondant résidu.

Le gaz acide chlorhydrique attaque l'uranium avec incandescence au rouge sombre, en donnant un chlorure stable (|ui, avec l'eau, produit une solution verte. L'acide iodhydrique l'attaque vers le rouge.

L'uranium en poudre fine brûle dans l'oxygène pur, dès la température de 170°, en produisant un oxyde vert très foncé.

Lorsque l'on projette la fonte d'uranium sur la porcelaine, ou lorsqu'on agite ses fragments dans un flacon de verre, elle fournit de brillantes étincelles par suite de la combustion d'une

petite quantité de métal. Il se produit, dans ce cas, mais avec un éclat beaucoup plus grand, un phénomène analogue à la combustion des parcelles de fer qui prennent feu par simple frottement dans l'air. On pourrait employer, avec facilité, cette fonte d'uranium pour fabriquer des briquets ou des amorces, cependant, lorsqu'elle donne de belles étincelles, elle est tris carburée et dès lors assez friable. Je crois qu'il vaudrait mieux substituer à cette fonte, un alliage de fer et d'uranium renfermant une petite quantité de carbone.

L'uranium réagit sur le soufre vers 5oo° en fournissant un sulfure noir qui s'attaque lentement par l'acide chlorhydrique et donne de l'hydrogène sulfuré. Il se combine au sélénium avec incandescence.

Ainsi que nous l'avons fait remarquer précédemment, l'uranium s'unit à l'azote avec la plus grande facilité. Des fragments de métal, chauffés dans un courant d'azote à 1000°, se recouvrent d'une couche jaune d'azoture.

L'uranium en poudre réagit sur le gaz ammoniac au-dessus du rouge sombre, sans incandescence, en produisant un dégagement de gaz hydrogène et en laissant une poudre noire cristalline dont nous poursuivons l'étude.

L'uranium pur en poudre très ténue décompose l'eau lentement à la température ordinaire et plus rapidement à 100*'. Cette propriété le rapproche bien du fer. MM. Troost et Hautefeuille ont démontré que le fer réduit décomposait l'eau à sa température d'ébullition.

L'uranium fondu se recouvre d'une couche d'oxyde au contact de l'eau, et l'attaque est notablement accélérée par la présence de l'acide carbonique.

Ana-lyse. — Dans toutes ces recherches, l'uranium a été séparé et

dosé SOUS forme d'oxyde U' O" et le carbone pesé à l'état d'acide carbonique .

Le chlorure double d'uranium et de sodium nous a fourni à l'analyse les chiffres suivants:

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