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PRÉFACE

A Bordeaux, comme généralement dans les villes surtout commerçantes, l'initiative privée est entreprenante et tenace; elle a fondé, notamment pour concourir à l'instruction populaire, des œuvres admirables. Parmi toutes, l'École ménagère établie par Mme Weiss, dans une salle de l'Athénée, mérite d'attirer et de retenir l'attention.

Mme MoU-Weiss indique ici même, en quelques pages, comment cette école est née et comment elle vit. Mais ce qu'elle ne saurait dire et ce qu'il est juste de rappeler, c'est que, si l'École ménagère a triomphé de l'indiflerence qui accueille trop souvent les œuvres d'intérêt général, c'est grâce à l'activité incessante et au constant dévouement de sa fondatrice.

Tout permet d'ailleurs d'espérer que l'Ecole a désormais l'avenir assuré : c'est qu'on la juge dès maintenant par ses résultats et ses résultats sont excellents. Toutes les fillettes des cours supérieurs des écoles primaires de la Ville de Bordeaux qui ont suivi régulièrement ses cours ont emporté avec d'utiles connaissances pratiques, le vif souvenir des agréables après-midi passés dans la

cuisine de rAthénée à faire œuvre de ménagères et à entendre de claires et attrayantes leçons. Les anciennes élèves de l'Ecole travaillent, avec ardeur, au recrutemen des nouvelles.

Ces nouvelles venues ont, sans doute, reçu déjà de bonnes leçons d'économie domestique à l'école primaire. Mais il est des idées justes qu'on ne saurait trop souvent exposer à des enfants, et Mme Moll-Weiss a établi comme une sorte de cours complémentaire de la vie ménagère. Elle reprend et développe des notions déjà familières à ses élèves et cette nouvelle et plus complète leçon élargit, fortifie et fixe plus profondément dans Tesprit l'enseignement déjà reçu.

Ce complément d'éducation domestique est loin d'être inutile. Quiconque a vécu et observé sait combien les idées nettes et exactes pénètrent lentement dans la pratique courante. 11 faut être reconnaissant à tous ceux qui s'imposent volontairement la tâche de travailler k répandre autour deux un sens plus réfléchi de la vie pratique, à préparer des ménagères qui prennent goût à la vie du foyer domestique et sachent y intéresser et y retenir tous les leurs. Par là s'étend singulièrement l'Œuvre de l'École ménagère, et Mme Moll-Weiss fait à Bordeaux à la fois une œuvre utile et une bonne action. Le présent livre, écrit avec aisance et clarté, en sera pour tous'le sûr et vivant témoignage.

E. Durand, Iiispecleur d'Ac;i(]<''iiiie de la Gironde.

INTRODUCTION

UNE ECOLE LIBRE ET GRATUITE D'ÉCONOMIE DOMESTIQUE ET D'HYGIÈxNE

J'adore les enfants et je traverse souvent le Jardin des Plantes de notre ville pour en voir beaucoup. C'est là qu'ils prennent leurs ébats, là qu'on peut le mieux les observer. Il y a quelques années, je suivais l'allée principale, c'était l'après-midi; il avait plu la veille, il avait plu dans la matinée et le feuillage jauni, mais encore touffu des arbres qui bordent cette allée, ne permettait pas aux rayons d'un pâle soleil d'octobre d'évaporer rapidement toute l'humidité qui s'y était accumulée; elle montait en brume légère, un peu irisée par les rayons solaires, mais pâle et froide. Sur un banc, j'avisai une

grosse nourrice en superbe toilette qui lisait; à côté d'elle dormait un enfant de trois à quatre ans, une de ses petites jambes repliée sous le corps, la figure pâlie par le froid. Je continuai ma route; arrivée à l'extrémité de Fallée, je me retournai, rien n'avait changé : la nourrice lisait, l'enfant de plus en plus pâle dormait. Que sera-t-il advenu de cel enfant ainsi endormi sous l'ombre froide et humide de l'allée? Il avait couru, il avait eu chaud; toutes les mères frémiront en pensant aux conséquences possibles de cette négligence. Encore si cette femme avait pris l'enfant sur ses genoux, la chaleur de son corps épais eût suffi à empêcher un refroidissement trop grand du corps du petit être. Mais y songeait-elle seulement'?

Et le nombre des faits de ce genre, que j'ai eu l'occasion d'observer et qui témoignent tant de l'ignorance et de l'insouciance des nourrices que de l'inconséquence des mères, est multitude. Pauvres enfants de riches, si enviés, que de misère morale, que d'abandons véritables malgré leurs dentelles et leurs panaches! Mais n'est-il pas probable que si les jeunes mères étaient mieux instruites de leurs devoirs, si elles savaient la fragilité de ces petits êtres, elles ne pourraient ainsi les laisser à l'abandon? La cause initiale de leur légèreté, c'est leur ignorance. Elles ont suivi des cours de littérature et d'histoire, elles dessinent, chantent et valsent, qui donc s'est jamais donné la peine de leur faire connaître Yenfant^ l'être qui naîtra d'elles et dont elles seront les éducatrices naturelles? Ce que Spencer nous dit dans son

1. Combien de fois, en |)ensant à ce fait et h d'autres encore, nai-je regretté qu'il n'existât pas entre les mères une sorte de ligue protectrice leur permettant d'aller au secours des enfants qu'elles voient ainsi abandonnés ou mal soignés. — Il existe bien une sociét'' prolectrice des animaux!

INTKODUCTION.

Livre de ÏÈducation est la vérité même : « Si par aventure aucun vestige de notre civilisation qu'un tas de nos livres classiques, ou bien une liasse de nos compositions de collège, n'arrivait à la postérité, représentonsnous l'étonnement d'un antiquaire de l'avenir en voyant que rien n'indique, dans ces papiers et dans ces livres, que les élèves qui s'en servaient dussent jamais avoir d'enfants. Bon, dirait-il, ce devait être un cours d'études pour les célibataires ou le coicrs d'étude d\in de leurs ordres monastiques^ . »

N'ai-je pas vu des enfants enveloppés de manteaux de peluche et de fourrures, avec des têtes sales, couvertes de gourmes; les mères interrogées à ce sujet me répondant, tout comme auraient pu le faire des femmes du peuple : « Sans doute, c'est laid, mais c'est la santé des enfants! »

Des mères, laissant mourir leurs enfants d'inanition, quand l'or répandu à flots autour d'elles faisait déborder jusque parmi les débris jetés au ruisseau le trop-plein des victuailles entassées dans la maison; cela pourquoi? parce qu'elles ignoraient que la balance est l'ustensile le plus nécessaire à la mère qui veut se rendre vraiment compte de l'état de son enfant.

Et cette incurie existe dans toutes les classes de la société : on nous dit qu'en France les naissances sont en trop petit nombre; si l'on savait conserver à la vie ceux qui viennent; si une fois nés on savait les diriger moralement et physiquement ainsi qu'il convient de le faire, notre nation serait loin d'être une des moins considérables. Que d'enfants faibles, rachitiques, scrofuleux ou

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