DE LA PROPRETÉ
Sommaire. — De la propreté, — a. La propreté autour de nous. — Les planchers, les enlrevoûts, les parois; l'air ambiant.
Comme Tordre et Tactivité, la propreté doit régner dans toutes les maisons : elle est un besoin du riclie et le luxe du pauvre, c'eU la condition indii^pensahle d'une bonne hygiène. Le linge maculé, les parquets malpropres, les meubles poussiéreux sont autant de i-éceptacles à maladies de toutes sortes. Croiriez-vous que les Allemands et les Anglais ont appelé la fièvre typhoïde Schmutz-Krankheit et filthdisease, ce qui veut dire maladie due à la malpropreté? Et si le choléra n'a pas été qualifié de la même manière, on a cependant remarcfué qu'il se propageait de préférence dans les villes les moins bien tenues. Vous aurez beau suivre des cours de cuisine, jamais vous ne préparerez de bons mets dans des ustensiles mal récurés ; la première condition pour préparer de bons aliments, c'est de les préparer avec soin et avec la plus exquise propreté. Mieux vaut un plat de morue et de pommes de terre délicatement confectionné, que la préparation culinaire la plus recherchée si elle a été cuisinée par une personne aux mains sales et dans des récipients douteux. Mais ce n'est pas seulement sur notre hygiène et sur notre appétit que la propreté exerce une action directe, elle est un indice morcd, elle agit sur l'âme.
Qui dit mains nettes ne dit pas toujours conduite irréprochable, cependant le goût et l'habitude de la propreté matérielle me semblent rendre plus pénibles,
et par cela même moins fréquentes, certaines malpropretés morales.
Écoutez ce que disait à ce sujet M. Couat. recteur de l'Académie de Bordeaux : « Dans les maisons pauvres la propreté est une vertu, une vertu qui est pour ainsi dire le signe, la consécration de toutes les autres. Ajouter à l'effort de tous les instants qu'exige le besoin de vivre l'effort nécessaire pour tenir propre la maison, les vêtements, le corps luimême, ce que l'on voit aussi bien que ce que l'on ne voit pas, cela demande une persévérance qui est à elle seule l'indice d'une Ame nette et saine, et qui a le sentiment de sa dignité.
«... Rien n'est négligeable quand il s'agit de former la moralité de l'enfant; cette moralité se constitue lentement, elle est faite de mille habitudes contractées jour par jour, heure par heure, au contact de la vie et des hommes. De même que les membies de l'enfant prennent peu à peu certaines attitudes dont il sera difficile de le corriger plus tard, de même son ànie prend tels ou tels plis qui ne s'effaceront i)lus. Le façonner dès le plus jeune âge à la propreté, c'est lui donner un de ces plis heureux qui rendent plus facile l'exercice de l'honnêteté. La propreté physique n'est point, tant s'en faut, la garantie de la propreté morale; elle y prépare })Ourtant et elle en est souvent l'image. »
Il faut inspirer à l'enfant l'horreur des taches, de tout ce qui n'est pas irréprochable et le respect de tout ce qui est propre. Car il est certain que si nettoyer est bien, ne pas salir est mieux. Rarement, pour ne pas dire jamais, les personnes qui salissent à tort et à travers, tout en nettoyant continuellement, arrivent à avoir un intérieur vraiment propre.
C'est vous, mes enfants, qui devez, sou?5 n- r^qjport comme sous tant d'autres, donner le bon exemple et
de bonnes habitudes à vos petits frères, à vos petites sœurs. Les enfants, me dira-t-on, s'habituent difficilement à l'eau, ils pleurent lorsqu'ils voient qu'on veut les débarbouiller. Ceci ne fait i)as léloge des mères, et prouve tout au plus qu'elles n'agissent pas avec douceur et que leur propreté est seulement intermittente. Un enfant qui a l'habitude d'être propre souffre lorsque, accidentellement, les soins qu'on lui donne sont négligés. Un exemple vous en convaincra mieux que tous les raisonnements : Je connais un petit garçqn de deux ans et demi, un très bon enfant, intelligent et sensible. C'est sa maman qui tous les soirs le met elle-même au lit comme doivent le faire toutes les mamans, elle lave son fds bien proprement avant de le coucher. Cependant il y a quelque temps, la maman ayant donné à dîner ne put elle-même coucher son bébé, ce fut sa bonne qui fut chargée de ce soin. Malgré ses invités, cette dame alla voir rapidement ce que faisait son enfant. Elle le trouva tout en larmes. Étonnée, car d'habitude il est fort gai, elle lui demanda ce qu'il avait. L'enfant tout d'aljord ne put répondre tant il sanglotait, puis : « Maman, Emma me couche sans me laver tout à fait. » Habitué à une toilette complète, le pauvre bébé se trouvait diminué en restant à moitié sale. Ce même enfant pleurait un autre jour parce qu'une bonne voulait lui mettre une chemise qui n'était pas d'une propreté irréprochable ; et sa petite sœur se désolait parce qu'on voulait l'obliger à se chausser d'un bas troué. — Vous voyez donc bien que l'ordre et la propreté peuvent s'inculquer aux enfants, mais qu'il faut pour arriver à un résultat sérieux commencer dès la plus tendre enfance.
Puisque la propreté est chose si néces- X#3 propP6tG . ,, .
saire, nous allons voir ensemble comautour de ' , i ..
ment on s y prend pour être propre. Parlons d'abord de la propreté de ce qui nous entoure: la propreté de l'habitation.
L'habitation comprend, au point de vue du nettoyage, le plancher^ les parois , et, ce qui est compris entre ces parois, rair ambiant. Pour qu'une habitation soit parfaitement propre, il faut que ces trois éléments soient bien nettoyés. Comment faut-il procéder pour arriver à ce résultat?
Souvent, en passant dnns la rue, je
vois des ménagères armées d'un balai et planchers. ,, . , • .
d un seau qui, avec une énergie extraordinaire, envoient à l'extérieur l'eau qu'elles ont jetée sur leur parquet. Lorsqu'elles ont terminé leur besogne, leur appartement a de vagues ressemblances avec un lac, longtemps il reste humide et souvent, le lendemain, il y a encore des flaques d'eau dans certaines dépressions. Elles se sont bien fatiguées, ont-elles fait de la bonne besogne?
^'ous savez, sîuis doute, (pTenlre les
planchers et les plafonds il existe un 6iitr6vou.ts
vide qu'on appelle entrevouts; cet espace
est comblé par des débris de toutes sortes. Lorsque les lames du plancher ne sont pas très serrées et laissent des interstices, la poussière j)ass(î par ces intervalles et s'accumule dans les entrevouts. Or c'est dans les poussières que se trouvent les éléments de toutes sortes de maladies, ce qu'on a])pelle des microbes; ce qui leur manque i)Our qu'ils puissent se dév(îlopper avec rapidité, c-'est de l'humidité. Mais voici notre ménagère qui arrive avec son seau d'eau ; elle en répand le contenu sur le plancher, abondamment; l'eau passe par les fentes et voilà l'humidité que réclamaient les microbes. Aussi les entrevouts, dans certains endroits, renferment-ils autant d'éléments fermentescibles que le fond d'une fosse d'équarrissage! Éléments qui aident au développement des pneumonies, des fièvres ty-
phoïdes, de la phtisie pulmonaire, de la tuberculose. Tous de terribles hôtes, comme vous le voyez. Que faut-il donc faire pour que le plancher soit propre et bien entretenu? Il faut tout d'abord boucher bien hermétiquement toutes les fissures qu'il peut présenter au moyen de mastic, puis le laver en le mouillant le moins possible ou, ce qui est mieux, le cirer. La mère étend l'encaustique * sur le parquet au moyen d'un chiffon propre, le samedi soir, et, le dimanche, le père brosse rapidement la chambre. Tout le monde est content, cela donne à la pièce un air tout pimpant. Je ne crois pas que cela revienne beaucoui) plus cher que de laver avec de l'eau et du savon, et l'on évite ainsi l'humidité qui est une des plus grandes ennemies de rhomme. Depuis quel- ^,.^ ^^^^^^^ ^ ,„^^^ ^^ ^^^^^^.^ que temps on préconise
un autre procédé de nettoyage ; il consiste à paraffiner les planchers. On fait fondre la paraffine, on l'étend très chaude sur le plancher à l'aide d'un pinceau. Les planchers deviennent ainsi aussi polis que s'ils étaient en marbre. Il suffit diin linge humide pour en enlever la poussière ou les taches. Cela présente un autre avantage : l'absence de toute poussière, car la ménagère doit toujours viser à faire le moins de poussière possible. C'est pourquoi aussi les planchers en chêne sont préférables aux planchers en sapin.
. Les parois de la chambre, les murs, se
Les parois. ^ ^ . , ' . , '
couvrent eux aussi de poussière, et, par
conséquent, de germes de toute sorte. Aussi le mieux