UNE BARQUE SUR LA MER ET SON PATRON
chissez. Appelez à votre aide toutes vos facultés : l'attention, la mémoire, le jugement; vous accomplirez votre tâche bien plus vite et avec beaucoup moins de peine.
Mme Marie veut préparer le repas; elle s'aperçoit qu'il n'y a plus de charbon à la cuisine, elle descend à la cave pour en chercher. A peine remontée elle s'avise
qu'il n'y a plus de pommes de terre, elle est forcée de redescendre encore. Enfin au moment de mettre le couvert c'est le vin qui lui fait défaut et nécessite une troisième expédition. Toutes ces courses l'ont fatiguée, mise en retard, elle grogne.... Que n'a-t-elle usé d'un peu de réflexion? elle pouvait en une seule fois monter ce qui lui était nécessaire.
Mme Robert agit différemment; l'approuverons-nous? vous allez en juger : Avant de partir pour le marché elle examine ses provisions, voit ce qu'il lui faut pour deux ou trois jours et note ces articles dans sa mémoire. Rien de mieux, n'est-ce pas?... Mais arrivée au marché elle trouve mille choses dont le prix modique la tente; elle achète, elle achète, elle entasse provision sur provision : « C'est une occasion, se dit-elle, il faut en profiter. » Qu'arrive-t-il? Rentrée chez elle, Mme Robert vide son panier et son enthousiasme se change en confusion : le désir inconsidéré de faire une bonne affaire l'a amenée à en faire une mauvaise : elle a des provisions pour quinze jours. Jamais son mari et elle n'en viendront à bout tout seuls, la moitié se perdra. Elle a rapporté un tas de choses superflues, mais elle a oublié le sel, les allumettes, les bougies qui lui sont indispensables.
Avant d'agir elle avait bien réfléchi, mais sa mémoire et son jugement lui ont fait défaut de compagnie.
.. ... Pour que l'activité de la ménagère ne
soit pas une agitation vaine, il faut donc
,, ^. avant tout que la ménaa^ère s'efforce d'acponderation. , . ^ i-.r . .. ,, i
quérir une qualité indispensable : la pondération; c'est-à-dire qu'elle sache faire usage en même temps de toutes ses facultés.
Voyez Céline : elle est fort appliquée à son ouvrage
de couture, elle veut très JDien faire, elle se donne beaucoup de peine pour cela. Mais à côté d'elle le déjeuner quelle doit surveiller se calcine, sa petite sœur penchée sur la table découpe avec les ciseaux qu'elle a ramassés à terre les images d'un livre auquel le père tient beaucoup.... Céline ne voit rien, tout entière absorbée par l'attention qu'elle prête à sa couture. Certes son application est louable, pourtant elle ne justifie pas sa distraction.
Il ne faut pas plus se laisser dominer par une faculté unique qu'il ne faut développer une aptitude unique en détruisant les autres. Que penseriez-vous d'un jardinier qui dans son jardin n'arroserait jamais qu'une seule et même plante? Faut-il laisser périr les autres parce que celle-ci est plus belle, i)lus belle et plus aimée? En quoi leur prospérité simultanée pourra-t-elle lui nuire? La beauté du cadre ne lui donnera-t-elle pas, tout au contraire, plus de valeur? L'homme d'une seule aptitude est un infirme et ceux qui sous couleur de favoriser une tendance maîtresse — disons mieux, une vocation — réservent tous leurs soins à cette aptitude dominante et sacrifient les autres me rappellent la Toinette du Malade iiaafjinaire et son ironique conseil : Coupez ce bras, crevez cet œil... vous ne voyez donc pas qu'il tire à lui une part de la substance dont l'autre profiterait?...
Dans un ordre d'idées plus simples, combien de jeunes filles, sous prétexte qu'elles étudient, qu'elles ont des succès scolaires, refusent de s'intéresser aux humbles travaux de l'intérieur? Parce qu'elles savent en quelle année Charlemagne fut couronné empereur d'Occident elles considéreraient comme une déchéance de tenir un balai, d'aider à préparer le repas de la famille !
Elles méconnaissent à la fois leur devoir et leur
QUALITÉS FONDAMENTALES DE LA MÉNAGÈRE. -"î)
intérêt. La fille doit assistance à sa mère dans tous les travaux de la maison, c'est le premier précepte de la piété filiale. Et d'autre part il n'est besogne si modeste dont l'accomplissement ne lui soit un profit matériel et moral tout ensemble.
Il ne suffit pas, en effet, de s'occuper en choisissant entre les besognes celle qui est la plus agréable au détriment des autres : la jeune fille qui du matin au soir fait des dentelles pour garnir son linge, et qui souffre que ses frères et ses sœurs portent des bas percés n'a pas été inactive, son activité eût pu être mieux employée.
Et il ne faut pas davantage que la multiplicité des charges entraîne à des mécomptes : la ménagère, qui, les jours de nettoyage, s'absorbe dans le souci de récurer au point de négliger la préparation du repas, fait, avec la meilleure intention son devoir à rebours.
^, ,. ., , Combien voyons-nous, d'autre part, de
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femmes qui, infatigablcG aujourd'hui, se
. déclareront demain exténuées : c'est constante et , „ . i i-
qu elles ne savent pas mesurer leur actiiTiBsuvée
vite. Une ménagère sage ne tombe pas
dans ces exagérations; elle connaît ses forces et en use sans en abuser, ces grands labeurs, ces ivresses de travail ne se soutiennent jamais. Mieux vaut produire une somme de travail moindre mais régulière, car il ne suffît pas qu'une ménagère fasse preuve d'une activité violente et intermittente, son activité doit avant tout être constante et mesurée.
La mère de famille doit prêcher Fexemple, jamais elle ne doit rester sans rien faire. Non que je veuille dire par là qu'elle doive constamment cuisiner, nettoyer, savonner. Je pense au contraire qu'elle doit surtout faire
toute cette besogne lorsqu'elle est seule (je parle surtout pour celles qui ont le bonheur de rester dans leur intérieur), de façon que, lorsque le mari et les enfants sont là, elle puisse rester auprès d'eux avec un travail de couture ou de raccommodage, parfois un bon livre, afin d'être la société du père et la surveillante des enfants. Ce n'est pas du temps mal employé que celui que la mère passe ainsi auprès des siens: par l'exemple, par sa douce influence, elle prêche aux uns, elle empêche les autres de glisser sur une mauvaise pente. Que de fois c'est l'intérieur que les hommes trouvent chez eux qui leur donne envie d'aller ailleurs. Une chambre sale et en désordre, une femme de mauvaise humeur, des enfants mal élevés et tapageurs, voilà plus qu'il n'en faut pour que le père de famille délaisse le foyer pour d'autres endroits où il est presque toujours entraîné à boire. Non seulement cela coûte cher et grève lourdement le budget du ménage, mais les liquides absorbés par les hommes au cabaret les rendent malades, bien souvent même mauvais et méchants, ils deviennent des alcooliques. Voyez combien j'ai raison, i)ar conséquent, en faisant mon possible i)Our vous transformel* en de lionnes petites ménagères.
Travailler avec intelligence, discei'uer entre les besognes, dishnguer celles qui sont de première nécessité et leur subordonner les autres, faire usage de raisonnement et de jugement, apprendre en un mot à mesurer l'effort au but, voilà quel doit être l'objectif de la femme.
Mais la femme n'a pas seulement à s'occuper de l'administration de ses propres richesses, de la répartition de ses propres ressources. Elle doit encore veiller aux ressources, aux richesses intellectuelles, morales et physiques de ses enfants et pour eux, comme elle l'a fait pour elle-
Rôle de la mère dans
le développement de Ventant.
même, viser à un développement harmonieux de tout rindividu.
C'est le rôle de la mère de surveiller les devoirs et les leçons. Il ne suffît pas cependant qu'un enfant fasse ses devoirs, apprenne ses leçons, puis s'en aille jouer. Les enfants ont besoin de s'amuser, cela est vrai; mais, moins ils sont inoccupés moins ils font de sottises. Un changement d'occupation peut souvent pour eux équivaloir à un jeu.
Profitez-en i)our leur donner une éducation pratique et manuelle. Au lieu de les laisser vagabonder par les rues, chargez-les d'une course ayant un but déterminé : développez en eux le sentiment de la responsabilité en leur confiant quelques besognes un peu sérieuses, intéressez-les à quelque travail manuel; ils ont des mains, faites votre possible pour qu'ils arrivent à s'en servir avec habileté. Une femme et un homme intelligents doivent à eux deux, en cas de besoin, savoir remplacer les ouvriers de tous les corps d'état. Plutôt que de donner aux enfants des sous pour acheter des gâteaux, du sucre d'orge, achetez-leur petit à petit des outils : marteau, pinces, clous, etc. qui leur permettront de vous rendre maint petit service dans la maison : ils en seront fiers et y prendront autant de plaisir qu'à une récréation différente.
Une mère intelligente peut d'ailleurs facilement arriver à faire envisager par l'enfant comme une récréation ce qu'un autre considère comme une tache fastidieuse. Je connais une maman qui dit couramment à sa petite fille ou à son petit garçon : « Si tu es sage, je te permettrai de trier avec moi ces pois ou ces lentilles; je te permettrai de balayer cette chambre, d'arroser ce carré, de porter cette lettre à la poste.... » Sentez-vous sa façon de procéder? Au lieu d'être une obligation, avec elle le travail devient une récompense. — Et le résultat, c'est que jamais ses enfants ne sont inactifs;
ils connaissent ce que tant de grandes personnes ignorent : la joie du travail, le bonheur d'agir; eh! certes ils s'amusent eux aussi, mais ils s'amusent d'une façon spéciale et infiniment plus élevée que leurs petits camarades, dont l'unique désir est d'échapper à la tyrannie des tâches imposées, pour polissonner sans but. Courir, sauter, grimper, contribue puissamment au développement des organes; pourtant, inspirer aux enfants l'amour de l'effort utile ne les empêchera pas de courir, de grimper, de sauter en temps et lieu. La seule différence c'est qu'ils apprendront à ne pas réserver au jeu toute leur énergie et qu'ils sauront aussi garder une part de leur activité pour des distractions
plus sérieuses.
Résumé.
l.'ordre moral repose sur roljservation de doux piinciiios : chacun à sa place et le resjiect de l'individualité de tous. — Le })ère et la mère nynnt des devoirs égaux ont des droits équivalents ; cependiint, dans certaines circonstances, la fenune doit savoir se soumettre. — Les enfants doivent obéissance à leurs parents; tous, étant membres d'une société, nous devons obsci'Ncr les lois (jui réi^issent cette société.
Nous devons respcctei- les affections, les ])ensées, les croyances de nos semblables, ménje cpiand nous ne les paitageons pas.
Vordrc intellecliiel est rii.iiinoiiie eiili-e nos divei'ses facultés. — Des résolutions jirises ])ar notie esjii-il naît noire articité. — L'activité doit éti'e j)ondéiée, constante et mesurée. — La femme ne veille })as seulement au développement harmonieux de toutes ses aptitudes, elle doit encore se piéoccuper du développement com])let des facultés physirpies, morales et intellectuelles de ses enfants.
11 faut donner aux enfants le goût du travail manuel. — La joie au travail engai^c à l'action. — 11 ne faut pas se laisser absorber par une faculté unique, mais donner à chaque occupation l'importance ({ui lui convient. — Jamais la mère ne doit rester inactive, toutefois sans oublier qu'elle est la société du père et la conseillère des enfants.
CINQUIÈME LEÇON PKATigUE
Soupe aux légumes (julienne). — Les rôtis.