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ONZIÈME LEÇON

COiMMENT NOUS DEVONS NOUS NOURRIR (Suite). LES PROVISIONS ALIMENTAIRES.- RÔLE DE LA MENAGERE

SOMMAIRE. — Importance d'une J)onne alimentation. — Gomment on lait les provisions : ordre dans les achats; achats par quantités suffisantes plutôt que par petites quantités. — Le oaide-manger. — Gonnaissance des substances alimentaires. — La ménagère doit être ingénieuse.

Nous avons vu de ciuelle importance est Importance , ,. ^^.. ^ , . ,.

une bonne alimentation ]30ur les indidune bonne . , . , , , , ,,

vidus, puisque tout en reparant 1 usure alimentation. , .[ ^ , . ^ \ , in

produite par la vie et par le travail elle

leur permet aussi d'agir, de produire de la force. Chez l'enfant elle ajoute à ce double rôle celui i)lus important encore de lui assurer un développement complet. Or, il faut bien le reconnaître, c"est surtout de la mère que dépend Texcellence de la nourriture familiale. Le mari travaille, il apporte la paye gagnée et en laisse la libre disposition à la femme lui créant en même temps une grave responsabilité; car pour bien distribuer le gain si péniblement obtenu, il ne suffit pas de vouloir bien faire, il faut encore savoir et réfléchir. Certes si les femmes se rendaient bien compte des résultats auxquels elles peuvent arriver simplement en soignant les repas, en les préparant à l'heure, en les variant dans la mesure de leurs ressources, je crois bien que toutes s'efforceraient de devenir des ménagères modèles : en effet, la modeste femme ordonnée et habile à cuisiner, est l'ennemie la plus redoutable du médecin, du pharmacien et... du marchand de vin!

•'<^> LE FOYER DUMEbTigUE.

Certes, la concurrence est difficile, surtout en ce cjui concerne le dernier terme de mon énumération ; car tout est si cher en France! Sans doute si nous étions par exemple à Madagascar, bien des choses seraient simplifiées; dans un livre nouveau, je vois que le prix d'un poulet y est de 0 fr. 40 à 0 fr. 50. qu'une dinde y coûte 0 fr.75, une oie 1 franc; qu'un bœuf dans les temps ordinaires vaut 10 francs, dans les grandes circonstances 20 francs! Un porc ou un mouton n'y coûtent pas si cher qu'un gigot en France puisqu'ils reviennent à environ 5 francs pièce. Je ne vous dirai rien du prix des sauterelles, des chenilles et des escargots qui, quoique très estimés, y sont vendus pour rien!

Mais en France le métier de bonne mère de famiUe exige beaucouj) d'habileté et de savoir-faire. Puisque loul est cher, poui* diminuer la dépense le |)lus possible ne jeb'z jamais aucun l'csfc et exercez-vous à ac/ic- /' /• (hins les uicillciii'cs ((Midi lions de |M'i\ cl de (pialité : ciilin soyez iiiLir-nicuscs. Tel pclil inoi'ccîMi de viande (l('Ml;ii^ii('' jNijoui'd'hui poui'r.i nous s('i*\ii' dcnniin poiii* pr(''|)ai('i' un jxdit ])lat. [)our boucher une lacune. Je vous ai donné <les receltes (pii vous ont pi'ouvé que le reste le plus nujdeste joint à un autre i-este n'ayant iruèi-e plus d'inqjortance peut pei-mettre de prép.arei* un plat très ai)pétissant. (Pâté de reste.)

,, ^ . . Poin* (Hi une ménagère soit reelU'inent

Il faut savoir , ' , -, ,. . • n

une bonne menai^ere. il hiul (ni elle acheter. ^ • i , i

sache acheter : pour savoir acheter, il

laiil ('Ire ('coiKune de son lenq)s, de son argeni el connaître les nuiichîuidises, c'est-à-dire acheter avec discernement.

11 faut donc tout d'abord inti-oduire de Ordre dans ,. , , i u * 4 i- i i

1 ordre dans les achats et fixer des heures

et des jours à cet effet. Quel travail peut

fournir une femnu^ qui à chaque instant sort de la

COMMENT NOUS DEVONS NOUS NOUlUaii. "

maison sous le prétexte de faire des emplettes? Une bonne ménagère ne manquera jamais de rien, elle prévoit les besoins et refait les provisions avant que celles qu'elle a faites déjà soient complètement épuisées.

Les provisions alimentaires sont de trois sortes : celles qu'on fait au commencement des saisons, celles qu'on achète tous les mois, enfin celles qu'on achète tous les jours lorsqu'on est un très gros ménage ou seulement deux fois par semaine lorsqu'on est moins nombroux ou qu'on habite un pays où il n'y a pas marché tous les jours.

, ^ ^ oici les provisions qu il laut acheter :

Les achats. ^ jw • , . , ,

Pour i hiver : les pommes de terre, le

beurre fondu, les oignons, les œufs^

Pour le mois : la graisse, la farine, le sel, le i)oivre, les épices, l'huile d'olive, les conserves, les pâtes alimentaires, les légumineuses, le riz, le sucre, le chocolat, le thé, le café, etc.

Deux fois par semaine : le beurre frais, les œufs, les légumes, les fruits, les poissons (pour le jour môme), les volailles, la charcuterie, la triperie (pour le jour môme), la viande, etc.

En achetant l'épicerie au commencement du mois on a un double avantage : non seulement on évite les sorties continuelles, mais comme on achète davantage à la fois on paye moins cher. La ménagère enferme toutes ses provisions dans une armoire bien sèche et elle n'en retire ce qu'il faut qu'au fur et à mesure des be-

1. A la cnmpaone on pr(''pare aussi de nombreuses conserves pour l'hiver : conserves de légumes, de gibier et surtout de graisse, de lard et de jambons qui proviennent des porcs que l'on tue vers la fin de décembre.

soins. Si vous saviez à quel prix reviennent les denrées qu'on achète deux sous par deux sous! De même, il est préférable aussi d'acheter tout un sac de pommes de terre au commencement de Thiver, on les paye bien moins cher qu'on les achetant au détail : la différence est à peu près du double. Enfin la ménagère doit autant que possible aller au marché de première main peur acheter les provisions fraîches : légumes, fruits, poissons, etc., il est inutile qu'elle y aille tous les jours, cela occasionnerait une perte de temps considérable: mais, en y allant deux ou trois fois par semaine, elle réalisera des économies appréciables. Les petites marchandes qui passent dans les rues sont obligées de i)rélever un bénéfice sur leur marchandise: ne semble-t-il pas préférable que ce bénéfice reste dans la l)ourse de la mère de famille?

N'allez i)as me dire qu'ayant toutes les j)r()visions pour deux ou trois jours on les gaspillera davantage; cela n'est i)as exact, il suffit de les mettre sous clef et d'habituer les enfants à se contenter de ce riuonleur donne.

I n traiMJe-manGfer entoure de fine tod(»

Le qarde- ,. ,,• l \ » i *

^ iiictallniue et i)lace dans un courant

^ * d'air, du ( oté du iioi'd. à labri de la })OUssière, nous pei-mellia de conserver les provisions indemnes. Enfin si vous achetez des conserves alimentaires, employez-les le plus vite possible du moment où elles sont ouvertes; car elles se gâtent très rapidement dès (pie l'air peut y pénétrer.

Mais il ne suffit i)as d'achelci- des j)i*()- Connaissance . . i i- , • i i • •

^ isioiis. il laiil encore savon* les choisir: des

dans notre cours pratupie, je vous ai nrovisions . ■ i i i /• i •*•

^ souvent mises en garde contre les falsifi-

alimentaires. ^..^^j^^j^^ ^,^ j^^ altérations naturelles qui peuvent modifier la valeur nutritive des aliments.

COMMENT NOUS DEVONS NOUS NOURIÎIR. \f>

tâchez (lap[)liquer plus tard et dans la vie les notions que je vous ai données. Je ne puis me répéter complètement ici, mais j'insiste encore sur la nécessité de choisir des aliments absolument frais. Voyez par exemple le i)oisson: lorsqu'il est frais, c'est un aliment ex({uis; lorsqu'il ne Fest plus, il peut provoquer de véritables empoisonnements; en tout cas il est souvent la cause de rougeurs, d'éruptions, et cela se comprend facilement lorsqu'on sait que les principes mauvais (les toxines) cju'il renferme alors sont éliminés par la peau qu'ils irritent au passage.

Quelques ménagères commencent à acheter de la viande de cheval, préférant et avec raison donner aux leurs un morceau de filet de cheval plutôt que de ne leur donner c[ue quelques pommes de terre. Cependant, un savant physiologiste allemand, Pflûger, a remarc{ué que la viande de cheval fait maigrir, à moins qu'on n'ait la précaution, lorscfu'on la prépare, de lui ajouter 25 grammes de graisse de bœuf ou de mouton par kilogramme de viande, cette graisse jouant en c{uelque sorte le rôle d'antitoxique. Il a encore observé que la viande de cheval perd ses propriétés nocives lorsqu'on la fait tremper dans l'eau. Que déduirons-nous au point de vue pratique de ces connaissances? C'est c{ue s'il n'est pas mauvais de manger un rôti de cheval bien assaisonné de condiments gras, de sel et de poivre, il faut éviter de faire du bouillon de cheval.

Enfin, réfléchissez avant d'agir, et

, tâchez d'appliquer à la vie courante les

inqenieuses. ,. .. ,

notions Cfue vous avez reçues soit a

l'école, soit ici. Un exemple va vous faire mieux comprendre ce que je veux vous dire. Nous avons vu r{ue les produits d'origine animale tels que la viande, le poisson, les œufs, le lait, le fromage, etc., tous des reconstituants de nos tissus, nourrissent plus parfaite-

ment et surtout plus rapidement que les produits végétaux, mais ils ont un grand inconvénient, ils coûtent cher et la pauvre ménagère, en consultant ses maigres ressources, se demande s'il n'y aurait pas des légumes pouvant remplacer ces aliments si hors de proportion avec ses maigres revenus. Car il faut avant tout faire honneur à ses affaires. Parmi les produits végétaux, il en est, en effet, qui possèdent une valeur nutritive équivalente à ((^lle des produits animaux; telles sont les légumineuses (pois, haricots, fèves, lentilles, etc.), tandis que la pomme 'de terre si universellement prisée est un très pauvre aliment. l)ien inférieur même au topinambour. Vous me direz que beaucoup de personnes ne ])euvent digérer les légumineuses; cela est vrai, mais tient surtout à leur enveloppe ligneuse (pii est (hfficiicMnent attaquée par les sucs digestifs el (|iii dans réconoini(^ j<>ïi<' 1<^' ï'^'dc d'un cor[)S inerte. Ce])eiidant.les légumineuses étant nourrissantes et TensendiU» (!<' I;i r:imill(' ;i\;inl bon c^bininc elles paraîlronl sou- Ncnl sur la hible du lra\ aillenr. Si. j);irini les siens, la nièi'e roiiiple un eiilani <l(''lic:il . que l'ei'a-l -elle? Lui donnera-belle eliafpie jourun repas parliculier? (Certes, elle le v(Mi(li'ail. mais bargeni lui est si j)arcimonieusenieiil i]ieMM'(''! (;"esl abu's (jue son sa\ oir-faire lui xiendra en aide: puis<pie les |('';jiiniin<'uses son! Ii'ès nouri'issanles ej (jnc lein* enxcloppe de celbdose est s(Mile indiLtcsIe. les jours où elle en servira, elle fera passer à Iraxcrs la passf)ii'e ou le lamisla j)art destinée au petit malade (pii mangera de cette manière une assiettée de purée légère et nourrissante. Je connais une adorable petite fille qui est en train de mourir d'inanition et c'est à sa mère, à sa mère (pii l'aime pourtant beaucoup, (prelle doit d"*'!! (Mi-e rédiiile bV Celle enlanl a un estomac débile, la mère voudiait bien ne lui donnei'que des choses légères et nourrissantes, et, dès (piil eidi-e un peu plus (bargent que de coutume dans la maison, elle lui achète un petit bifteck ou une côtelette, mais en temps ordinaire. [e\ à son grand re-

gret, elle la met au régime de la famille; or, je n'en ai jamais vu de plus lourd, de plus indigeste et de moins noiu'rissant. Ne lui ai-je pas vu donner à la petite malade des cruchades (gâteaux de maïs) imbibées de graisse! Et Dieu sait de quelle graisse! Combien cette brave femme ferait mieux, au lieu de dé[)enser en quelques maigres côtelettes les petites sommes dont elle peut disposer, de modifier le régime de la famille au moins en ce qui concerne son enfant (^t de le compléter par un achat régulier de lait.

Enfin^ tout en pratiquant Téconomie la plus stricte, vous pourrez de temps à autre, à propos d'un anniversaire, d'une fête de famille quelconque, faire un gâteau, un petit extra. Ne vaut-il pas mieux retenir ainsi les hommes au logis que de les laiser aller au dehors dépenser leurs modiques ressources? La gourmandise, médit un jour une femme très spirituelle, est Tansepar laquelle on tient les maris. En n'exagérant point, je ne vois pas grand inconvénient à se rappeler parfois cette originale définition du })lus modeste de nos sept péchés capitaux.

Résumé.

Une Ijonnc alimentation est d'une imporlanc(' énorme chez l'adulte, et surtout chez l'enfant, au(iuel elle assure un développement complet et régulier. — Les femmes en recevant la paye de leur mari et en disposant de cette paye encourent une grave responsabilité. En faisant bien leur devoir, les ménagères deviennent les concurrentes les plus sérieuses du médecin, du pharmacien et... du marchand de vin.

Pour être une bonne ménagère, il faut : 1« ne jamais jeter un reste; '±' savoir acheter; ô"* être ingénieuse.

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