A MON EXCELLENT AMI E. V
C'est l'été. Le village est en pleine kermesse :
Dès Taube, chacun va pour entendre la messe ;
Les garçons villageois ont mis leurs beaux habits ;
Les femmes ont des fleurs en place de rubis,
De coquets bonnets blancs, et de fraîches guipures ;
La prière palpite au bord des lèvres pures ;
Puis quand la messe est dite et les cierges éteints,
La foule disparait le long des murs déteints.
Et le pâle vieillard, les roses jeunes filles
S'en vont, lui, dans la ferme ; elles, sous les charmilles,
Et la fête commence, et l'amour et les chants.
Le soleil qui se mire aux clairs ruisseaux des champs — Tel qu'an ami qui vient, se sachant nécessaire — Préside en souriant la fête anniversaire.
A peine un blanc nuage étend -t-il sonlambeau. Comme une aile d'insecte à l'entour d'un flambeau,
Dans la limpidité sereine de la voûte.
On a jeté des fleurs au bord de chaque route.
Les portes ont leur seuil jonché de rameaux verts ;
Les volets au soleil sont largement ouverts,
Et des maisons, ainsi que des nids pleins de mousse,
Sort une bienveillance universelle et douce.
Dans les fermes, ayant la gaîté des châteaux.
Groupés en cercle, on boit, on mange des gâteaux,
On devise, on badine, on s'embrasse, on folâtre,
Tandis que sur la bûche éclatante de Tâtre
La bouilloire gaiment fume et fait chanter Teau.
Oh ! la tendre harmonie et le joyeux tableau !
Le soir les paysans s'en vont rire à Tauberge, Voir jouer les forains que la grand'place, bébergOy Mettre aux chevaux de bois leurs petits enfants blonds. Danser sur la pelouse au son des violons !
Les amoureux tout seuls quittent la multitude. Car lamour vit de l'ombre et de la solitude.
Cherchant, près des buissons, les plus étroits chemins, Ainsi que des enfants, ils se tiennent les mainë, Timides, et comme eux leur voix tremble et bégaie ; Car elle est difficile, à Tombre d'une haie.
Cette langue, ayant pour alphabet des aveux !.y Aux lèvres des baisers, des bleuets aux chevei Ils rêvent... et la nuit, levant ses sombres voil( Pour partager leur joie, ouvre ses yeux d'étoiles.^
Cependant au hameau, sur des bancs vermoulus, Souriant aux ébats des gais enfants joufflus Qui courent dans Tberbe ou se cachent près des meules. Calmes sont les vieillards assis près des aïeules : Et parfois dans leur œil on voit perler des pleurs Quand ils songent, parmi ces chansons et ces fleurs, \' ' -^^J.^t£éE%s.apBrûche, et qu'aux fêtes prochaines
Ils dormiront peut-être à Tombre des grands chênes !
^u COIN DU Feu.
La nuit tombe. L'ainée assise à la fenêtre Tricote un petit bas pour son frère cadet , Puis ne voyant plus clair, allume le quinquet Dont la douce lueur dans la chambre pénètre.
Sa sœur, plus jeune, lit, près du feu flamboyant, Un livre à tranches d'or où Ton parle de fées. Et parfois à son front sent monter des bouffées Quand les enfants sont pris par un ogre effrayant !...
Dans sa cage de fer, qu'un feuillage environne, La tête sous son aile, un canari s'endort ; Et la grande pendule en marbre, à filets d'or, Mêle au bruit de Tbaleine un tic- tac monotone.
Un garçonnet écrit un devoir de calcul,
En comptant sur-ses doigts ; c'est sa plus forte branche ! . . .
Mais voilà que soudain son encrier s'épanche,
Le papier blanc se tache, et le travail est nul.
Ensuite c'est le père, épuisé d'une course, Qui leur donne à chacun un baiser amical ; Tombe sur un fauteuil, et lit dans son journal Les nouvelles du jour et les taux de la bourse.
Et tandis que la mère aux regards ingénus Endort son dernier né, d'une vieille romance, Près du chérubin blond la levrette s'avance Et lèche, en grelottant, ses deux petits pieds nus !...
La Consci^iption,