‹ Le foyer et les champs: poésiesChapitre 4 sur 7 · SIMPLE HISTOIRE · texte numérisé non relu

SIMPLE HISTOIRE

. . . L'artisan dans sa sphère bornée N'a que les siens pour être heureux.

Bblmontet.

Qh ! qu'ils étaient heureux dans leur pauvre ménage ! Paul un robuste gars, hâlé par le soleil, Louise une humble fille au teint rose et vermeil, Philémon et Baucis encor dans le jeune âge !

Sous des chaumes voisins et presqu'au même temps Tous deux ils étaient nés dans le même village ; Sans se mêler jamais à la (roupe volage Des enfants qui riaient sur le bord des étangs, Ils semblaient, tout petits, n'être gais et contents

Que sMIs jouaient ensemble ; aussi chaque famille,

En voyant cet amour charmant, s'était juré, Quand ils deviendraient grands, de conduire au curé L*une, son blond garçon, Tautre sa blonde fille !

Mais la mort effeuilla ce rêve dans sa fleur; En moins de quelques jours, la sombre épidémie Coucha dans le tombeau chaque mère endormie, Laissant les orphelins seuls avec leur douleur!...

Ils grandirent!... Tel qu'un ruisseau qui coule à peine Dans Tombre du vallon sur un lit de cailloux Devient large rivière en tombant dans la plaine, Leur amitié fit place à Tamour tendre et doux. Uii soir d'été, Paul mit son habit des dimanches, Prit le vieil anneau d'or que sa mère portait, Et cueillit un bouquet d'humbles fleurettes blanches En gagnant la maison que Louise habitait.

— « Ma chère, nous avons pleuré longtemps ensemble, » Lui dit-il, voudrais-tu que nous fussions heureux?

n Dans ma ferme et mon champ que l'amour nous rassemble « Viens vivre près de moi, car je suis amoureux 1 »

— « Oui, Paul, je le veux bien, » dit-elle rougissante... Il s'en alla joyeux en lui baisant la main

Et quelques jours après, à l'aube blanchissante. Entra dans le saint temple un cortège d'hymen.

On avait mis leurs beaux manteaux aux saintes Vierges, Aux chandeliers de cuivre enfoncé de longs cierges,

L'orgue emplissait la nef des rumeurs de son chant,

Lorsqu'un vieux prêtre, au son des cloches argentines,

Vint bénir en priant leurs têtes enfantines,

Et c'était un tableau poétique et touchant

De voir ces fiancés, dans leur candeur première,

Agés l'un comme l'autre à peine de vingt-ans

Qui joignaient devant Dieu leurs cœurs et leurs printemps !...

Ils vinrent occuper une blanche chaumière,

Proprette, avec les murs d'un lierre épais couverts.

Porte basse, des fleurs aux fenêtres, du chaume

Sur le toit qui se dore au jour, des volets verts;

Puis autour du riant et frais petit royaume

Qu'une haie odorante isolait du chemin,

Le verger étalait tant de fruits à ses branches

Qu'on pouvait les saisir en étendant la main.

La maison se groupait près des murailles blanches

De réglise, pareille à quelque nid d'oiseau

Qui mêle au tronc vieilli sa mousse et sa jeunesse.

Leur foyer était plein d'une intime tendresse !

Le jour, elle filait le lin de son fuseau,

Lui, labourait le sol et menait la charrue ;

Puis quand l'ombre du soir au ciel s'était accrue,

Joyeux, ils se trouvaient réunis au foyer ;

Et souriant à voir la bûche flamboyer,

Ils mangeaient le pain dur et les fruits de la terre

Qu'ils avaient mérités par leur travail austère,

Et plus fiers que des rois, se faisaient un régal

Grâce à leur appétit, grâce à l'amour peut-être,

De ce repas pourtant si mince et si frugal !

Ils n'enviaient pas Ter dans leur abri champêtre :

Quand le bonheur nous vient, faut il donc Tacheter ?...

Nul n'aurait pu franchir leur seuil sans souhaiter

L'inaltérable paix les bergant sans secousse.

Aussi dans ce limpide et frais intérieur.

Le calme était si grand, la joie était si douce,

Le jour resplendissait d*un éclat si rieur

Que chaque âme s'y fût demandée, indécise,

Dans laquelle des deux le Seigneur habitait

Ou dans l'humble chaumière ou dans la grande église !...

Pendant les soirs d'hiver, le bon Paul racontait

Une vieille légende apprise de sa mère,

Puis ayant dit tous deux à genoux leur prière

Us s'embrassaient. Louise, en attachant au cou

De Paul ses deux bras blancs, comme un collier d'ivoire,

Lui disait : ^ Oh merci pour ta jolie histoire;

n Moi j'en sais une aussi qui te plaira beaucoup ;

» Mais il faut deviner... Car la dire... je n'ose...

n Voudrais-tu bien avoir un petit ange rose?...

» Eh bien ! Dieu nous l'envoie... aime-moi donc toujours!...

— »» Peut-être! » répondit Paul en cachant ses larmes,

Car la conscription, l'appelant sous les armes

Pouvait briser leurs cœurs et briser leurs amours ! . . .

Donc l'hiver s'envola comme s'envole un rêve : L'un des premiers matins où le printemps se lève, Paul embrassa sa femme au seuil de son logis, Et séchant en riant ses deux grands yeux rougis Partit pour le tirage en lui disant : » espère ! »

Mais dès qu'il s'éloigna, dans une angoisse amére, Louise revêtit, pâle, son manteau noir, Et comme le tombeau toujours doime un espoir, Gagna le cimetière où reposait sa mère ; Elle mit sur le tertre arrondi les genoux.

Demandant à la morte ou plutôt à la sainte Que Dieu de leur bonheur ne devint pas jaloux ! Le vent seul répondit en pleurant à sa plainte : Triste, elle s'éloigna de là funèbre enceinte, Et vint s*agenouiiler aux marches de l'autel, Car la terre étant sourde, elle prîrait le ciel !.. . Mais dans sa foi fervente, "^Jj^^'yn t^^ffl l.v^.giift, Sur son âme courait comme un vent sur la vagueY Lorsqu'elle eût épanché les craintes de son cœur Et les pleurs de ses yeux, en quittant la chapelle Où la lampe d'argent brillait au fond du chœur Comme un phare allumé qui vers Dieu nous rappelle. Voici qu'elle aperçoit Paul au bout du chemin!...

Palpitante, elle court... la terrible nouvelle Par son regard farouche et poignant se révèle ; Et Louise, en pleurant, la tête dans la main Tombe, ayant au visage une pâleur mortelle... Puis, surmontant bientôt sa douleur d*un instant, « Courage, lui dit-elle, oh ! je t'aimerai tant !.. Dieu nous fera pitié... reprends courage... espère Songe au bonheur passé, songe au petit enfant. . . Oh 1 je lui parlerai si souvent de son père !...

Mais lui la regardait, Tœil sec, le front pensif, Chancelant sur ses pieds comme s'il était ivre Puis élevant la voix d'un effort convulsif :

u Oh ! dit-il, c'est affreux! je n'y pourrai survivre!...

— » Que dis-tu malheureux?... Dieu nous assistera.

— n Hélas ! de quoi nourrir l'enfant quand il naîtra Si je ne suis plus là pour mener la charrue?... Louise, comme si quelque noble dessein

Lui venait, se dressa palpitante, éperdue:

— « Si je n'ai plus ton bras, n'ai -je donc pas mon sein?... n Dit-elle, en se frappant fièrement la poitrine.

« J'irai vendre mon lait dans la ville voisine

<« A quelque frêle enfant de noble ou de bourgeois ! »

— " Et que feras-tu donc du nôtre, pauvre femme? «

— « Je sais dans le village une vieille, bonne âme,

^ Qui le soignera bien pour quelques sous par mois. *t

— w Non ! tu cherches en vain, crois-le, ma bien-aimée, » A rouvrir pour mon cœur une route fermée.

» Aux rêves d'avenir il nous faut dire adieu

n Et prendre notre croix... vous le voulez, mon Dieu !... »

Comme ils s'abandonnaient à leur désespoir sombre, L'un à l'autre enlacés, pâles, 1 air égaré, Un léger bruit de pas vient retentir dans l'ombre.. . La porte s'ouvre... oh ciel! c'est lo bon vieux curé Dont les cheveux blanchis forment une auréole. « Mes amis, je sais tout; dit-il, mais Dieu console » Les cœurs qu'il a frappés de son bras tout-puissant ; » Voici l'or qu'il faut pour payer un remplaçant;

» Vivez longtemps heureux 1 Que le logis prospère, » Et priez pour moi qui vous aime comme un père....

Et tandis qu^affolés les deux pauvres époux

Pour bénir le vieillard se jetaient à genoux,

Lui, pâle et souriant comme un soleil d'automne.

Avide d'échapper à leur remercîmeut,

Etait parti, chantant un vieil air monotone,

Car toujours les grands cœurs font le bien simplement !..,

Ainsi, grâce au curé, se tarirent leurs larmes, Et quelque temps après, tout semblant verdoyer Dans la nature en fête, un enfant plein de charmes, Comme un bouton d'amour, s'ouvrit à ce foyer Dont le système inique et dur qui nous gouverne Avait failli tuer la joie ou la bannir, Pour jeter, sans souci de l'enfant à venir, La femme au cimetière et l'homme à la caserne ! .

L'ANGE Envolé.

. . . Faut-il croire ce que disaient nos pères Que lorsqu'on meurt si Jeune on est aimé des dieuxf

MUSSKT.

Oh! laissez-moi vous la narrer Cette simple et touchante histoire, Qui m'a fait bien souvent pleurer En B*éveillant dans ma mémoire !

C'était à ce beau mois de mai.

Paré de fleurs, plein de murmure, A ce mois tendre et parfumé Où se réveille la nature.

On conduisait un jeune enfant A l'église, entouré de langes, Pour le rendre, en le baptisant, Aussi pur que les petits anges.

Près de l'autel illuminé Voici qu'arrive le cortège ; Et sur le front du nouveau-né, Blanc comme les flocons de neige,

Un prêtre vient mettre le sel De sa main vieillie et tremblante ; Puis il épanche l'eau du ciel Gomme la rosée à la plante.

Chacun sent son cœur attendri £t des larmes à sa paupière ; Pour le petit être chéri Chacun fait monter sa prière....

Soudain, comme un oiseau blessé, L^enfant pousse un murmure étrange..

On s empresse... il était glacé...

Il était mort, le nouvel ange !...

Venu rose de la maison, Il alla blême au cimetière ; Et tous ont oublié son nom, Hormis la pauvre croix de pierre!. .

Hélas I l'hiver touche au printemps, Et la mort touchera la nâ issanfi^; La pauvre mère, en peu d'instants, Va de la joie à la souffrance.

L'aube a son sourire et ses pleurs, L'air, ses vautours et ses colombes ; Sous la verdure et sous les fleurs.

Naissent les berceaux et les tombes !

On fait souvent un linceul froid D'un voile de fête spiendide:

v^n construit un cercueil étroit > Avec le bois d'un berceau vide !...

Les cailloux de M.ousny (en ardennes).

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