ACTE PREMIER
COURTIN
Laissons cela... Je disais... Ah! nous n'avons le droit de nous soustraire à aucun de nos devoirs... J'ajoute, Je me hâte d'ajouter que je n'en connais pas de plus agréable que celui de signaler le mérite au suffrage de l'Académie.
BEIAIR
Je sais, mon cher maître, je sais, par M'"^ Labellevigne, toute l'indulgente bienveillance que vous avez pour mon petit volume... et je viens vous en remercier... Il est certain qu'il dépend de vous que mon travail soit couronné, et je voudrais, si vous le permettez, insister encore...
COURTIN
Outre le mérite réel de votre livre, je n'ignore aucun des titres que vous avez à faire valoir. Beaucoup m'en ont instruit... Vous comptez, monsieur, — et je vous en félicite — tant d'amis.
BELAIR, un peu gêné.
Croyez bien...
COURTIX
Si je n'oublie aucune des personnes qui s'intéressent à vous... (Feuilletant un dossier.) dans le monde, dans les journaux, au Sénat, à l'Institut, jusque dans le gouvernement, et jusque dans mon département, j'aurai, si vous obtenez le prix Cornard-Cabasson, une centaine de lettres à écrire, pour l'annoncer...
BEL\1R, môme jeu.
Mon cher maître, je suis confus...
COLRTIN
Quoi donc? Monsieur, on a les amis qu'on mérite...
Un pctil silence.
BELAIR
Alors c'est le prix Cornard-Cabasson ?
COIRTI.N
Il ne vous plaît pas.
BEL AIR, vivcmciil.
Au contraire, mon cher maître... Un très beau prix... Je n'aurais pas osé...
COLUfiN
En réalité, si vous l'obtenez, laissez-moi vous dire que ce n'est pas seulement par égard pour le nombre de vos amis, ni uniquement ea considération de votre talent. (Bciair s'incline.) Non... Il m'est agréable de voir couronner en vous le jeune défenseur des idées qui sont chères à tous les vieux amis de l'urdre...
BELAIR, vivement.
Ohl sous ce rapport !...
Il met la main sur sa poitrine.
COURTIN
Je le sais... Aussi, connaissant vos idées, je tiens beaucoup à vous mettre en garde contre un penchant qui vous entraînerait, peut-être, plus loin que vous ne pensez.
BELAIR, 1res humble.
C'est vrai, mon cher maître, on m'a reproché... certaines hardiesses... dans la peinture des choses de l'amour.
COURTLN
Elles ne me choquent pas... Elles ont de la grâce.