‹ Le franc-parleurChapitre 12 sur 38 · REPONSE · texte numérisé non relu

REPONSE

n Vous ne sauriez croire , ma chère cousine , avec quel intérêt j'ai lu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'-ëcrire, et combien j'ai mis de zèle à faire valoir les prétentions si justes , si légitimes, de toutes lespersonnes que vous me recommandez. Vous ne serez pas plus étonoéé que je ne l'ai été moi-même des obstacles que Ton m'oppose, et que vous jugeriez insurmon* tables si vous connaissiez aussi bien que moi les gens à qui nous avons afïaire.

i> Quand j'ai parlé de votre fils aine, qui a toujours eu l'intention de servir , pour une place de chef d'escadron dans le régiment où son père a servi autrefois , ne m'a-t-on pas donné comme objection d'un certain poids , que la paix était faite , et qu'avant de songer à placer M. de S. F***, il fallait pourvoir au sort de 25,ooo officiers, dont les uns, le croiriez-vous, se préva* lent dé leurs campagnes , de leurs blessures , et vont même jusqu'à se faire un titre des batailles oii ils se «ont trouvés, tandis que les autres ,

plus étroitement liés aux malheurs de la famille royale , rentrent en France sans .autre for-

tune qae les bontës et les promesses da Roi ? J^ai demandé avec un peu d^humeur ce que l'on ferait pour votre fib , pour une foule de braves royalistes qui ont tant gëmi , en secret , sur les malheurs de TEtat , et dont les vœux n'ont pas cessé de rappeler la famille des Bourbons au trAne de leurs ancêtres : on m'a répondu qu'ils se réjouiraient de voir la fin de nos maux et l'accomplissement de leurs vœux.

» C'est un homme bien singulier que votre maii; et je conçois, ma chère cousine, tout ce que vous devez avoir à souffrir de son incroyable apathie. A soixante-cinq ans , tout au plus, réduit à une fortune de quarante mille livres de rente, il se confine au fond d'un château, et croit pouvoir renoncer à la carrière de l'ambition, comme si un père ne se devait pas à ses enfans , comme si un gentilhomme ne devait pas

mourir debout.

« Je suis fâché que votre beau-frère ait pris la croix de Saint - Louis avant de l'avoir eue ; car il pourrait arriver que le Roi ne se dessaisît pas du droit de conférer lui-même cette décoration , et qu'il n'approuvât pas la justice que certaines personnes se sont empressées de se

rendre. Vous sentez qu^il y a moins d^inconvënient à ne pas avoir la croix de Saint-Louis qu'à se trouver dans Tobligation de la quitter.

» Je n'ai pas négligé de faire valoir les droits dé votre fils le chevalier , et je ne désespère pas de le faire passer à Fexamen des gardes de la marine royale. Nous ferons ensuite tous nos efforts pour le faire passer sur le corps de cent officiers beaucoup trop fiers de leur valeur, de leur vieille renommée et du dévouement dont ils prétendent avoir fait preuve à Quiberon*

» Votre petit -fils G*** est inscrit pour les pages ; je ne puis pas vous dire au juste , ma cbère cousine, quand il sera admis à l'hâtel « attendu que votre demande vient à là fin de 3775 autres formées par des fils de gentils^ hommes ou d'officiers morts sur le champ de bataille , sans la moindre distinction des services rendus à l'Etat et au prince.

>» Vous avez une très-bonne idée de placer j/iwe votre fille à la cour, et la chose ne sera pas difficile lorsque vous aurez trouvé pour elle un mari que son rang et sa fortune pourront y appeler ; jusque-là , je ne vois pas trop ce qu'elle

126 LE COUSIN IT LA COUSINt.

YÎendraît y faire , et qael rôle convenable dtle pourrait y joner, tonte majenre qn'elle est.

» J'ai présenté une pétition en £rrenr ie V^**^ à la fin de laquelle j*ai> iméré la jolie chanson quMl a farte pour vous ; mais on devient » exi-> gean t, que de pareils titres ne suffisent plus powr obtenir une pauvre place et préfet. Je vous dirai même qu^oif ne lient pas grande compte i votre protégé de sa conversion et des sacrifiées ^'il est prêt à faire. Ses ennemis s'obstinent à dire que ce .n'est pas un homme sAr; moi ^i l'ai vu opérer dans le tems , je suis convaincu que s'il mettait seulisment aujourd'hui la mmtié du zèle à servir la bonne canse , qu^it a mis au* If efois à faire triompher la manvaise , on pourrait l'employer tri»-nlilement ; m»s a«ra-t-on assez d'esprit pour faire cette épreuve ?

» On ne dit pas si les intendances seront rétablies ; mais on parait croire que les recettes générales serent diminuées , ne fftt^ce que du nombre de ceUes qui existaient dans tes départemens séparés de nfftre tenritoire : cela me fait craindre que SI. de B*** ne soit obligé de s'en tenir à ia fortune énorme que son père a faite

dans tes anciennes Fermes , et qu'il a trouvé le moyen de mettre à Tahri de Torage révolution* naire. li fsiut avoir un peu de philosophie !

» Soyez bien tranquille sur le sort de B***; ]e le connais : il a du liant dans les principes et dans le caractère ; depuis vingt-cinq ans il s'est glissé entre tous les partis , sans avoir été froissé par aucun ; c'est un homme d'nne merveilleuse adresse ^ et qui' on ne servira jamais aussi bien qu'il se sert lui-même. Il a'esl plus directeur des postes, et vient d'obtenir une place plus hicrativ* dans une autre administrationr. Vous intéresserez-vous autant à lui?

» Je vous renvoie , chère cMstne , les papiers relatifs à la créance de votre beaifr-père sur les états de Languedoc ; la liquidation ne m'en paraît pas très-prochaine : quelque josle que soit votre réclamation , on a décidé que la solde arriérée des troupes , la dette pubKqne , les pen* sions militaires , et une foule d'autres objets de cette nature, seraient pris, avant tout, en considération« Cette mesure est évidemment le fruit de quelque intrigue; vous pourriez charger F*** de faire quelque bon pamphlet sur les besoin;

les plus urgens de TEtat , et rengager à placer cette créance en première ligne. Vous ne vous faites pas d^idée combien le gouvernement est influencé par cette foule de petites brochures que la mauvaise foi , la sottise et la faim, produisent chaque jour avec une si louable ému* lation.

Du train que vont les choses, vous voyez, chère cousine , qu^il fsmt vous armer de patience ; )e vous dirai même quMl est à craindre que le voyage que vous vous proposez de faire k Paris n'avance pas beaucoup vos affaires. De compte fait sur les relevés de la police , il y a dans la capitale , au moment où je vous écris , i23,ooo provinciaux de tout rang, de tout sexe, et de tout âge , qui sont ici en réclamation , armés de titres presque aussi incontestables que les vôtres, et qui auront sur vous , pour obtenir un refus , Tayantage inappréciable de rantériorité de leurs démarches. Au reste , comme je vous connais de la philosophie et le goût des bonnes lettres , je vous prie de relire un chapitre du Spectateur sur les justes prétentions de ceux qui demandent des emplois; c'est le 32* du 7* volume, dansl'édi-

tion en huit volumes in- 12 : les mêmes éyéne* mens retrouvent les mêmes hommes.

Agréez , ma chère cousine , l'assurance de mon tendre et respectueux attachement. ^

Le chevalier de ♦♦♦•

l3o UNE MATINEE A LA HALLE.

NO xxxvî. •— II marj i8i5.

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