‹ Le franc-parleurChapitre 20 sur 38 · II · texte numérisé non relu

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2o8 LE déménageme;îïT.

grands chagrins sont rares; ils ont un terme que Tespérance vous laisse entrevoir au moment qu'ils commencent : les peines de Tame , quel^ que vives qu'elles puissent être , sont des situations de la vie que vous avez prévues , anx-^ quelles Texpérience des autres a pu vous préparer , où vous' finissez quelquefois par trouver un certain cterme ; mais ces tribulations de toutes les heures, ces petites vexations sourdes qui s'emparent d'un homme au sortir de son lit , et le harcèlent tout le long du jour , voilà ce qui rend la vie insupportable , et ce dont je consentirais à me débarrasser au prix d'une belle et bonne infortune. »

Après m'étre un peu moqué de ses doléances , je finis cependant par convenir avec lui qu'il y avait quelque chose de très-réel dans ce malheur imaginaire auquel les hommes de lettres sont plus exposés que les autres. Combien de circonstances frivoles , d'incidens légers en apparence , se succèdent ou se réunissent pour harceler un pauvre auteur jusque dans le cabi« net où il s'enferme ! Une pensée neuve ou piquante se présente à son esprit, revêtue de l'expression la pljus heureuse ; il craint de la

perdre , et va Tëcrirs^; mais une porte s'entr'oayre , et crie aigrem^ntsar ses gonds ; mais un rayon de soleil tombe d'aplomb sur ses yeux ; un orgue de Barbarie s'obstine à jouer sous ses fenêtres ; sa cheminée fume; ses enfans crient; sa femme, sous prétexte d'arranger et de parer sa bibliothèque , s'est avisée , pendant son absence , de classer ses livres par ordre de format et de reliure , sans égard à leur division par ordre de matières , en sorte qu'il passe des heures entières à chercher le volume dont il a besoin : on ne finirait pas si l'on s'imposait la tâche d'énumérer seulement les contrariétés de toute nature qui empoisonnent la vie la plus heureuse , et dont l'habitude ne fait qu'aggraver le supplice.

Au nombre de celles que je supporte le plus impatiemment , je compte l'ennui de déménager. Je ne connais pas d'accident qui bouleverse plus complètement les idées d'un homme qui fait métier d'en avoir deux de suite , que cette ennuyeuse opération , à partir de l'obligation préalable de donner congé en tems utile , sous peine de payer un ou deux termes de plus d'un loyer dont vous ne jouissez plus , jusqu'à la

2IO liE PÉMENAGEMBNT.

nécessité de payer six foms d'avance pour un logement dont vons ne jouissez pas encore;

Si jamais, comme Gnillanma Pènn, jeiais bâtir une yille , je veux que chaque habitant y soit propriétaire de sa maison ou de sa cabane, et j^abolii*ai , par une loi expresse , avec le sin-* gulier commerce de faire payer un asUe , les trois quarts des procès civils qui n'ont pas d'autre source. Comme cette lot m'exîste pas à Paris, et qu^il n^est pas probable qu'elle s^' établisse de lonç-tems , il faut , à défant d'une maison à soi, se loger dans celle des autres; et , pour la sixième fois dans; nu vie , je viens de faire la pénible éfwenve de tontes les tribulations qu^entraâne un deménttgemtuL

Il y a six ans que j'habite la maison de M. Moussinot , et je m'étais sibieniMMliarisé avec les iaeomttiodiftés dont elle est amplement pourvue, qu'il esl pvobdbie que je n^n serais jamais sov ti, s'il n'étail survenn des ebangemens dans mafamiHn qui en néces»teiit d'anbres dams^ la distribtttiion.de mAU togemenfc. Ma fille , qui n'avait qnedtx ans lorsque je suis entré dans la maison de M. Monssinot, en a seize maintenant, et ne peut plus coucher dans la chambre de sa.

LE DEMENAGEMËKT. 211

mère; mon fils , qui était convenablement cou» ché dans une petite chambre attenante à mon cabinet, pendant le tems des vacances, aimerait autant , depuis qu'il est au service , que je ne fusse pas aussi exactement instruit de Theure où il rentre ; un appartement séparé lui devient d'autant plus nécessaire < qu'il n'est pas trèsconvenable qu'un officier de kussards pas&e par la cbambre de sa sœur pour se rendce dans la sienne : toutes ces considératioms m'ont mis dans la nécessité de déménager.

Le choix d'un nouveau logement est une affaire d'état dans une famille : le quartier , le prix , l'exposition , la distribution: , la commodité , sont autant d'aclkles à examiner séparément ; et comme chacun de.nous était intéressé dans cette recberehe,. c'e^^t en famille que nous nous mimes en quête d'une noaveUe habitation.

Nous voilà donc, par un beait jour, eu course dans le quartier d'ÂiLtîa : ^e donnais le bras à M'^' Guillaume; et n»)a fib avec sa sœur, marchant quelques pas devaat nous, faisaient déjà leurs petits arrangemens, sans trop s'embarrasser s'ils entraient dans les nôtres.

323 UNE KUÏT DX PAHIS^

un quart-d^heure , et mon esprit se remit au travail. En parcourut des dau^ jj^^iul cette rue déserte , oà tant de gen& s^agitaieot^ se coudoyaient quelques heures auparavant , j'en vins à me rapf elcJT qtielques tidâks d'tne assei mauvaise peinture iilJne Nuit de Paris, qu^a faite Rëtif de la Bretonne dans la préface de ses ConfempùraÎRis ; ensuite il me prit fantaisie de retracer moi-même' uiî semblable tableau ; j'en avais une belle occasion ; le tems était superbe , tout le monde dormart chez moi , et je n'avais pas la moindre disposition au sommeil. Je sortis fiirtiveHient ^ en me rap^ëtanii^ avee^mi soupir ^ le temsioù de semblables précMâoiu.4iv8i^itttii attire motif , et j'arrita) à ia^gï^ti^^ortedé'la me , ifÊ» yf^WA htaif^ùwpÂ^^né à iM'fâife buttir. La potMète ^ obli^^4f m te \etép ,

''i . ; Dteflrlè sim|)îe ap<)à«U '

en ioUFiiant d^Mtf ftjlâhi IH» ^Mse ^tèf , et voi^ lanf dé Vautre dé»»^i dont jé^éteiit^tiais^m^ ^festétneu! tncfs te^Mf ', grcMimeMt eirtife se« dctrtsr <*-I^befief h«tirè^otff sortir !.;... Où diable peut-ott aïfef ?. . . A inoînsi , po^rta^l*. . . . Ah ! mdit dkn! *wii dien \ »

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