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UNE NUIT DE PÀTIIS. 22S

mon sommeil ; » et il se recoucha. Je me joignis à la patrouille pour lui faire entendre qu'il dor-^ jBÎravt plus, commodément sur le lit de camp dtt corps *de*garde. « Prëtënd-on me faire violence , reprit-il du ton de Mirabeau à la tri* buiie ?)e proteste contre une arrestation arbi^ traire , et je déclare ^ùe je ne sortirai d*ici que par la puissance des bcXormetUs, » Le caporal qui côtnmandait la patrouille , honnête mercier de la rue Montorgueil , se croyant déjà dans le i:as prévu pat nos constitutions, sur la responsabilité des fonctionnaires publics » n'osa rien prendre sur lui , et laissa le nouveau Diogène ronfler à son aise en plein vent^

Dans la rue des Poulies , un gros homme était arrêté devant une maison à sept ou huit étages 9 qu*il ne pouvait se faire ouvrir ; je l'abordai poliment , et je n'eus pas de peine à m'apercevoir qu'il , avait trop bien soupe pour ne pas aspirer à retrouver son lit. Il était , disait-il , organiste de paroisse , et revenait de .fêter un Saint-Isidore de ses amis. Je n'ai jamais vu de dépit plus comique que celui de cet hon-> nête bourgeois , à l'idée de passer la nuit à la belle étoile : il frappait du marteau , des pieds

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et des mans à la porte. de Failée , sans pouvoir se &ire entendre d'nne pdrtLsre ipi logeait aa sixième étage , et qu'il avait oublié de prévenir* Mon homme , dans l'excls de son désespoir y aSf> lait y venait , pirouettait sur lui-^méme», et triait de toutes &e& forces en appelant les- locataircb par leurs noms. Ceun-ci se mirent aux fenêtres , les uns en riant , les autres en juranl ; tonte ta rue fut bientAt en rtimeur. Les malédictions des époux réveillés , les cris du musicien , auxquels se mêlaient les aboiement des chiens du

quartier , augmentèrent le vacarme > et finirent enfin par éveiller la portière , qui vint ouvrir, en donnant au diable tous les organistes du monde. Peu-à-pcu tout rentra dans Tordre rue des Poulies y et je n^entendis plus qtie les murmures confus du gros homme , qui se perdirent insen^siblement vers le sixième élag^ de la liaison. J'étais en face de l'Oratoire, quand une vieille femme, qui sortait en sanglotant d'une allée voisine , me pria de lui indiquer un apothicaire : nous n'étions pas éloignés de la pharmâtie de M. Cadet ; je l'y conduisis , et j'appris d'elle , chemin faisant , « que son maître était un ancien employé de la ferme générale, dont la 'fortune était assois considérable , et la santé , depuis six

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mois , assez chancelante , pour avoir dëtermind ses deux neveux à venir habiter avec lui. Une attaque d^apoplexie menaçait en ce moment les jours du vieillard ; le moindre retard dans Tapplication des remèdes devait amener la mort du malade ; et c'est elle , elle que l'âge et les infirmités accablent, qui se traine avec tant de peine, que les deux jeunes gens, oecupés à se partager la succession de leur oncle mourant , envoyaient chercher des secours qui,sansdoute, arriveraient trop tard ! » Je confiai la bonne vieille aux soins du favori d'Esculape, et je m'éloignai en formant des vœux pour qu'ils ne fussent pas sans succès. Au détour delà rue Croix-des-Petits-Champs, je trouvai un homme , en bonnet de nuit et en robe de chambre , qui cherchait , au clair de la lune , à découvrir le numéro des maisons : cet honnête bourgeois , dont là figure grotesque ne peut se rencontrer dans aucuiie autre ville du monde , était en quête d'une sage-femme , dont sa jeune épouse avait , me dit-il , le plus pressant besoin. Dans sa manière de m'apprendre qu'il allait devenir père , il entrait un peu de vanité , mais il s'y mêlait aussi quelque chose qui ressemblait à de la surprise. Je l'aidai dans sa recherche, et nous parvînmes à mettre la main sur le cor-

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don de la sonnette de la sage-femme , qni ne se fit pas attendre dix minutes. Ce bon mari me remercia gracieusement, et peu s'en ùllui qn*il ne m'inyitât au baptême. Sons cheminlmes quelques momens ensemble ; et tandis qu'il retournait en toute hâte an logis , donnant le bras à la Lucine parisienne, la vieille gouvernante , que j'avais laissée cbez le pharmacien , revenait , de son côté , avec le garçon apothicaire , muni de tous ses médicamens. Ils rencontrèrent, au même point , deux ambassadeurs chargés de missions bien diCTérentes : Tun venait annoncer au mari qu'il avait un héritier de son nom , et l'autre, (l'un de ces neveux qui avaient chargé une vieille femme impotente d*aller chercher des secours ) accourait lui-même , pour éviter de grever la succession d'une dépense que la mort de son oncle rendait inutile.

J'étais arrivé sous les arcades du Palais- Royal , qui retentissaient encore du bruit dé l'orchestre du bal des Etrangers , des ris immodérés des danseurs et des imprécations des joueurs. Quelques factionnaires parcouraient

d'un pas mesuré ces longues galeries, en comptant les quarts-d'heure de Thorloge , pendant que d'autres sentinelles , d'une profession moins

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