UNE NUIT DE PARIS
honorable, se promenaient mystérieusement , et prenaient note de tout ce qu'elles voyaient, ou même de ce qu'elles ne voyaient pas , afin de grossir le rapport du lendemain. Des cris m'attirèrent du câté du Perron : une violente dispute s'était élevée entre un militaire et un élève en chirurgie , au sujet d'une Hélène qui attendait avec assez d'indifférence l'issue d'uacombat dont elle devait être le prix. La garde, arrivée presque aussitôt que moi sur le champ de bataille , mit fin à la querelle en s'emparant de la beauté en litige. Je sortis du Palais-Royal , et j'errais depuis une demi-heure dans les rues adjacentes , sans avoir rencontré un être vivant : comme j'appro-* chais de la place des Victoires: , la sentinelle du poste de la Banque , confié à la garde nationale , me cria : Qui vive ? du plus loin qu'elle m'entendit venir. La réponse : Ami, bourgeois^ que je m'empressai de lui faire , ne la satisfit pas , et l'on m'ordonna militairen^ent Savancer h V ordre. Je sais tout ce qu'on doit de respect et d'obéissance à la consigne ; je ne balançai pas à m'y soumettre; j'entrai au corps-de-garde : dix ou douze chasseurs de la deuxième légion étaient groupés autour d'une table , et achevaient un bol de puncb ; le chef du poste , qui
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dormait sur un banc , se réveilla pour m^inferroger ; il me demanda ce que ]e faisais , à deux heures dii nutin , dans les rues dé Paris ; je rë« pondis que )e travaillais à un article de journal ; cette vérité avait si bien Tair d'une mauvaise plaisanterie , que le commandant donnait déjà Tordre de me faire conduire à la préfecture de police : fort heureusement pour moi , je fus reconnu par mon tailleur, qu'on^venait de relever de faction , et Ton me mit en liberté.
Je m'applaudissais , en continuant mon chemin , du zèle et de la sévérité que déployait la garde nationale pour la sûreté des citoyens , lorsque, au coin de la rue de Ciéry , deux hommes d'assez mauvaise mine m'engagèrent à prendre la rue voisine; je demandai à ces gens-là de quel droit ils me prescrivaient ma route. L'un d'eux me présenta un pistolet ; sans me contenter de celte mauvaise raison , je me mis à crier : Au çoleur! Au même instant, mes deux coquins , par un cri d'argot, donnèrent Téveil à leurs camarades occupés à iraçaillernne boutique de bi-^ joutier , à quelque distance de là , et là bande entière prit aussitôt la fuite. Les instrumens de leur industrie , la pince ,' le trousseau de rossignols , et la lanteiHe sourde étaient restés sur
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U Keu du délit ; je crus devoir prévenir le pro« priétaire da danger qu'il avait coura : dan^ un moment toute- iB'Mai^n fut snr pied ; on en-^ voya cherchef un ccnnitiissaire : ye ne jugeai pas à> prop^^s de Tattendr^.
En suivant le diemin qu'avaient pris les voleurs , je rencontrai dans lé haut delà rue Mont^ - martre un cliiffonnier qui grattait , en sifflant , lé ruisseau dont H suivait le conrs , une lanterne à la main. Je m'informai dé hii s'il avait vu les coquins dont jr'avais troublé la fête. « Ce ne sottlpas mes affaires, me répondit-il d'un ton délibéré ; je gagne ma vie à ma manière , et je laisse les autres gagner la leur comme ils l'entendent. — ' Vous faites > monxami , un métier qui ne doit pas Vous rapporter beaucoup. — J'ai Go ans , mon bon Monsieur ; vous voyez bien ^u'on peuty vivre. Il «st vrai que je s»isenmêroe iems commissionnaire^crocbeteut ; informezvous de moi ati coin du faubourg Montmartre *, Jrtsephi n? 207.7. "** Vous n'avez jamais fait d'antre état .^^ — Si fait , dans ma^ jeunesse j'ai port^ 4a livrée ; mais , en vieillissant , j'ai senti ta dignité dé Thomine et te best^in de l'indépendante i -^ Vou^ éléi bien pauvre pour être libre. — Connaîssez-yous beaucoup de riclies qui soient