‹ Le franc-parleurChapitre 7 sur 38 · LA MATINÉE D'UN COMMISSAIRE · texte numérisé non relu

LA MATINÉE D'UN COMMISSAIRE

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Plaot., Viol.^ aet. II.

tJn senl témoin qui a vu est plus croyablt qnt (lil autres qui a*onl fait. qu'entendre. •

Il est fâcheax qu^on n'ait jamais songea faire tin tecueil des querelles domestiqués , des contestations bourgeoises, qui tiennent tant de place dans les annales d'une grande ville ; on aurait fini par y trouver Thi^toire entière des mœurs de la nation.

Les causes qui se plaident au Palais se ressemblent toutes : questions d'ëtat , nullité de testamens , validité d^actes , contestations de droits civils ; c'est presque toujours le même fonds reproduit avec de nouvelles circonstances, et tout au plus sous de nouvelles formes : le mi-

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nistère de l'avocat atténue encore Tîntërêt de la cause. La faconde salariée de ces vendeurs de paroles (comme les appelait Mirabeau ) tourne invariablement dans un même cercle , dont la vérité est rarement le pivot, et dont leur amourpropre est toujours le mobile.

Parlez-moi du tribunal impromptu d'un commissaire de police , où les parties sont en présence, où chacun plaide sa propre cause avec l'éloquence de l'intérêt personnel et toute la chaleur d'un premier mouvement. C'est là que le son de la voix , le langage du geste , l'expression de la physionomie , déposent avec fidélité; que le juge peut interroger le regard qui dément ou confirme la déposition de la bouche ; c'est là que la justice sans déni se rend sans appel , sans forme et sans délai, comme la rendait saint Louis au pied de l'arbre de Vincennes, et comme la rendent encore le dey d'Alger, le bey de Tunis et le roi de Madagascar; ce qui ne prouve rien autre chose , sinon que les extrêmes se touchent en politique comme en morale, par un point qu'on appelle exch,

La compétence du tribunal d'un commissaire de police est très-limitée , mais sa juridiction

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est très-étendue; elle embrasse toutes les classes de citoyens, et, chose assez remarquable, on ne réclame presque jamais contre les décisions qui en émanent. Je crois en aroir trouvé la raison dans la manière expéditive dont les affaires s^y traitent , et dans la célérité des jugemens qu^on y porte. Il faut du tems pour endoctriner un avocat , pour suborner des témoins , pour séduire un-juge : ici Faction parle, les faits soni en quelque sorte présens , et Tarbitre prononce moins sur ce qu^ii apprend que sur ce qu'il voit.

Je ne conçois guère, quelque bon droit qu'on puisse avoir , qu'on se décide à plaider : il m^ semble que le plaisir de se faire rendre justice n'équivaut jamais à la peine de la demander et à l'incertitude de l'obtenir. Il est probable que beaucoup de gens qui spéculent sur cette apathie assez commune se sont fait une étude particulière des épreuves qu'elle peut subir, et qu'ils savent jusqu'à quel point les hommes sans caractère peuvent être dupes sans avoir le cour rage ou la volonté de s'en plaindre.

Je mets au premier rang de ces spéculateurs les cochers de fiacre : personne n'a une mesure plus exacte de la patience humaine , et ne s'en-

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tend mieux à tirer parti de Tindolence des F^-^ risiens. Je suis convaincu, poilr ma. part, d'avoir été depuis vingt-cinq ans trob ou quatre*" cents fois victime de leurs petites vexations, et, toujours au moment de les conduire chez le commissaire de police , de n'avoir jamais eu la force d'effectuer ma menace. La justice et la colère n'avaient pu jusqu'ici vaincre ma paresse ; ce triomphe était réservé à mon amourpropre.

Avant-hier, à dixheuresdu matin , il pleuvait à verse; j'avais une visite à faire, et j'étais en bas de soie blancs : je ne pouvais me dispenser de prendre une voiture. On a comparé avec autapt de justesse que d'esprit les cochers de fiacre aux amis du jour , qui vous offrent leurs services quand il fait beau , qui se font prier quand le tems se met à la pluie , et que vous ne trouvez jamais pendant l'orage. Il y avait encore une voiture sur ia place : j'y monte , et je dis au cocher de me conduire à l'Observatoire ; la course est longue , il prétend que ses chevaux sont fatigués; mais je connais cette tactique, et pour lui ôter toute excuse je le prends à l'heure. Il me répond , en tournant la tête de ses che-

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