‹ Le français a la tête épiqueChapitre 16 sur 33 · Dummler, Poètes Latini cevi Carolini, I, p. vers · texte numérisé non relu

Dummler, Poètes Latini cevi Carolini, I, p. vers

13. Je ne puis négliger une autre analogie, celle qu'offre un passage célèbre de la Pharsale (VII, 154, suiv.) avec Roland (1 423, suiv.). Il s'agit des prodiges célestes et terrestres qui précédèrent ici la défaite de Pompée, là le désastre de Roncevaux (ténèbres diurnes, tremblement de terre, orages violents, etc.). Même il est spécifié des deux parts que le monde entier (dans Roland toute la Francia) en fut ébranlé.

14. On comprend que, dans cet exposé tout général, je doive renoncer à des comparaisons de menu détail. Pourtant il eût été admirablement démonstratif de faire toucher du doigt ces analogies frappantes, qu'on note entre tel ou tel vers descriptif de Virgile et le vers où Turold traduit des impressions identiques. Il arrive souvent qu'on meurt du même coup, porté dans l'Enéide et dans Roland, et j'ose affirmer que

e hasard n'y est pour rien. Par exemple, j'ai énuméré ailleurs (Romania, 1915, 60) ces répétitions monotones dans lesquelles il nous est dit que la vie est retranchée à un adversaire. Pleine sa hanste l'abat mort, lit -on, maintes fois, sans plus. C'est le Conjecto sternit jacalo du latin, IX, 698. Pourtant Turold cherche à introduire un élément de variété dans ces séries insipides. Il décrit le passage de l'arme à travers le corps du guerrier :

Tranchet le cuer, le firie (foie) e le pulmon (1 278).

De même Virgile avait dit :

Ensem tumido in pulmone recondit (X, 387),

ce qui est métaphoriquement plus habile. Ailleurs, c'est Margariz qui frappe Olivier :

L'escu H fraint sur la bucle d'or mier,

Lez le costet li cunduist son espiet (1 313-14).

Peut-on mieux traduire (sous la réserve du détail de l'or, qui est transposé) ces vers de Virgile (X, 313-4) :

Huic qladio, perque œrea suta,

Pev tunicam squalenlem auro. latus hauril apertum?

Et comme Engelier va frapper Escremiz de Valterne et lui rompt « de sun osberc la ventaille » : SU fiert (frappe) el pis (dans la poitrine) entre les dous furceles

[(les côtes) (i 294),

Pallas avait atteint Legus :

Intorto figit telo, discrimina costis

Per médium, qua spina dédit... (X. 382-3).

Ce qui est d'une anatomie pins précise, mais revient d'ailleurs au même, Turold nous donnant la version peuple de son modèle. Comparez encore X, 521-2, avec Roland, 1315- 16, etc. Enfin je ne puis m'abstenir d'un rapprochement que suggère le vers 866, où le neveu de Marsille demande, comme une faveur spéciale, « le colp de Roland ». On retrouve cette idée dans l'Enéide, X, 442 sv. ; XII, 314, sv. ; 693, sv. Conf. Tavernier, Zs. fur franzosische Sprache, 1910, p. 79. Elle avait déjà pénétré, au ixe siècle, dans l'épopée latine de France. Voyez le poème d'Ermold le Noir, chant III, 405, où il s'agit précisément d'un païen visant le roi de France.

15. Roland, 1014. Comparez la mélancolie du poète, constatant (1 190) que le neveu de Marsille

De nos Franceis va disant si mais moz.

16. Ja en chanson, qui de moi soit oie, N'aura retret, se Dex plet, vilenie.

(Aliscans, 473-4.) Comp. Troie, 11 832: «chantée... bone chanson».

17. Montrer as deiz est une formule usuelle. V. Chronique des ducs de Normandie, 2 095 ; Ogier, 4 520, etc. On dit aussi : que mon lignage ne soit ja reprové {Cor. Looïs, 786) ; ou :

Ne verrai mes (désormais) quatre genz assenbler Que ge ne cuide (croie) de moi doient parler.

{Charrois de Nymes, 806.)

Pour Gilles de Chin, voyez 2 381 ; « lede parole » dans la trad. de Guillaume de Tyr (préface de P. Paris à la Chanson d'Antioche, p. xlvii).

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