‹ Le français a la tête épiqueChapitre 24 sur 33 · Roland, vers · texte numérisé non relu

Roland, vers

20. Voyez Zeitschrift fiir deutsches Altertum, XII, 274, sv. (où il est renvoyé aux tomes V et X) ; Scherer, dans un discours prononcé à Strasbourg, en 1873, et résumé par Althof dans sa grande édition, I, 14 ; Symons, dans le Litteraturblatt fiir Germanische und Romanische Philologie, 1888.

21. Je renvoie simplement aux M. G. H., IV, 477, où on trouvera un passage caractéristique de la Vita Deoderici de Sig. de Gembloux. Il s'agit du nom français de la ville d'Autun, substitué au nom latin de Augusti montem quod transfert Celtica lingua = que traduit le français. Le passage qui précède lève tout doute, car il nous apprend qu'en « Gallica lingua », c'est-à-dire en celtique, les érudits savent que dunum veut dire mont. La désignation serait surprenante, si nous n'avions, dans Richer et d'autres chroniqueurs d'alors, la preuve que Celtica Gallia désigne la partie centrale et occidentale de l'ancienne Gallia par opposition à la Belgica et kl'Aquitania; voyez Richer dans M. G. H., t. III, livre I, cap. 2, 3, 21, 28 ; III, 73 (où G. C. est opposé à Lotharium) ; livre II, I, p. 586 : Galli Celtce opposés à Belges. Comp. encore I, cap. 40, p. 578: « Et Gislebertus... in Celticam secedit ac transit in Neustriam ». Il s'agit donc bien des régions situées à l'Est auxquelles le Centre et l'Ouest sont opposés.

22. Voyez le texte d'Egbert dans l'éd. Voigt, Pars I, v. 214 Il est reproduit par Cloetta dans le Moniage Guillaume, t. II, p. 131. Le texte de la Chronique {M. G. H., VII, 93, sv.) est reproduit par Peiper dans son édition du Waltharius

LE FRANÇAIS A LA TÊTE ÉPIQUE. l6l

(1873). Les deux récits concordent sur l'essentiel avec le poème de Gérald. Le second, plus détaillé, résume la biographie du héros et reproduit un certain nombre de vers du « metricanorus », c'est-à-dire du trouvère qui a écrit notre poème ; les uns sont intacts, les autres plus ou moins noyés dans une médiocre prose. Le premier récit, composé de quelques vers, n'a pas moins d'intérêt. On n'a jamais observé qu'un détail précis l'apparente à notre poème. Ce détail est celui que renferme ce vers :

Collectis spoliis et equis ad sacra meavit.

W. retourne au couvent avec son butin. De même, dans le poème de Gérald, c'est chargé de la dépouille des guerriers tués par lui et tirant à sa suite quatre de leurs montures, tandis que sa fiancée et lui en enfourchent deux autres, que le héros s'éloigne du lieu du combat :

Aggreditur juvenis ccesos spolarier armis Armorumque habitu... ^

Quatuor his oneravit equos, sponsamque vocatam Imposait quinto, sextum conscenderat ipse.

Il faut lire les pages 104 et suivantes de l'excellente étude deM. Ph.-A. Becker, Die altframœsischeWilhelmsage, pour voir a détestable influence que le besoin de conjecturer et la tradition de la scolastique érudite, en Allemagne, exercent même sur un cerveau équilibré. Page 109, M. Becker se donne un mal du diable pour réfuter la thèse logique et simple de Jonckbloet établissant l'antériorité de la version française (je ne dis pas du texte du moniage) sur le charabia italien. Cette version française, Jonckbloet ne pouvait se douter qu'elle fût latine dans ses premières rédactions, puisqu'il ignorait Egbert et qu'il avait les préjugés de son temps sur le Waltharius et ses origines (Guillaume d'Orange, II, 142, note). Il n'en témoigne pas moins d'un bon sens, qui fait quelque peu défaut à M. Becker, lorsque celui-ci s'acharne à distinguer entre « Wandersage » et <> epische Erzâhlung », c'està-dire se paie, et paie son lecteur, de mots creux tout comme un simple Groeber (voyez de ce dernier le mirifique déve-

loppement dans YArchiv fur Neuere Spracken, t. 84, p. 302, sv., et les distinctions plus plaisantes que subtiles qui y sont faites entre Sage et Volksdichtung, entre Sage et Maerchen, entre Prosesage et Chanson de geste, etc., etc. C'est un pur délice). Un homme avait déjà, en 1866, jugé avec la sévérité qui convient toutes ces fantaisies érudites. C'est Zarncke, l'éditeur des Nibelungen et l'auteur d'excellentes dissertations spéciales. Il parle ironiquement du recours que l'on a à une « mystérieuse Volsksage»pour se tirer des cas difficiles, et il ajoute, plus loin, qu'il s'attend à être raillé par ces savants qui « n'estiment scientifiquement fondé que ce qui collabore à la création d'un mythe, d'une métaphysique de la légende ». (Sitzungsberichte d. Kgl. Sœchs. Ges. d. Wissenscha!ten, Ph. H. Kl., 1866, 284).

23. Si Jonckbloet (voir supra) a raison, et si la version française est la plus ancienne, il en est ainsi. L'accueil favorable qui est fait, dans Egbert, au héros qui rentre chargé de dépouilles est infiniment plus naturel que la version monastique d'une pénitence infligée à sa valeur. Au surplus, nous avons un autre récit quelque peu apparenté à celui d'Egbert et de la chronique et qui a l'intérêt spécial d'être << lotharingien ». Une vie de Jean de Gorze (M. G. H., IV), nous l'a conservé (chap. 104, sv.). C'est l'épisode de la mission difficile confiée au saint personnage, lorsqu'on l'envoie réclamer des biens du couvent confisqués par une sorte de chef de bande, du nom de Boson. Rien ne manque au décor romantique, ni le dialogue singulièrement animé, ni la crainte des brigands dans la forêt, ni le courage déployé par le moine, qui n'est, il est vrai, aucun héros du siècle venu à résipiscence. Je n'irai pas jusqu'à croire à un poème perdu sur cette ambassade de Jean de Gorze ou sur un personnage désaffecté au profit de Jean. Les légendes orales et écrites, écrites en prose ou en vers, fleurissent partout, à même ce terrain fécondé par le mélange des races.

24. Le doute n'est guère permis sur la localisation du récit, puisque le poète a pris soin de nous retracer l'itinéraire de W. et qu'il nous apprend (vers 489 et sv.) que le héros était parvenu aux sommets boisés des Vosges (in saltum jani wn Vosagum vocitatum) et décrit en plusieurs vers cette

grande forêt, giboyeuse et retentissant du son du cor et des aboiements des chiens. Les soi-disant précisions auxquelles serait arrivée la patiente investigation de Strecker sont résumées par J. W. Beck, p. 24 de son introduction. Quant aux origines de la légende, nous sommes loin d'être au clair. Notre poème semble être le document le plus ancien ; mais il est très vraisemblable que l'auteur n'en a pas inventé le thème, et que celui-ci. comme Heinzel l'a justement reconnu (Wiener Sitzungsber.. 117, 23), était, bien auparavant, localisé entre la Meuse et la Moselle. Il n'en reste pas moins qu'on n'a pas administré la preuve qu'une version plus ancienne existât que celle de Gérald, ni même une version nettement indépendante. J'ai le regret de déclarer que la savante << construction » de M. Boer (Zs. f. deutsche Philologie, 49, 59) ne m'a, sur ce point, nullement convaincu.

25. Le plus ancien texte de la geste (ou du moins la seconde partie, d'après le système contestable de M. H. Suchier dans' Zs. f. Romanische Philologie, XXIX, p. 678, et d'autres critiques) semble avoir été écrit par un Français de Flandre (voy. le vers 2 746). Pour AUscans, conf. l'édition de Halle

Le Moniage Guillaume a été composé « au Nord-Est de l'Ile-de-France» (préface de Cloetta, 251).

26. Je m'excuse de renvoyer à ma future étude de la Revue Historique. Comp. Roland, 803, sv. ; 2 038, sv. ; 2 056, sv. Toutes les versions possèdent la mention de plus en plus vague et confuse, mais où surnage la notion d'un Waltharius d'Espagne. La critique allemande s'est appuyée là-dessus pour arriver à des conclusions arbitraires. Quant aux traces de notre légende dans les Nibelungen, il est superflu d'y insister. On consultera utilement (et sous les réserves formulées dans la note 24) le travail déjà cité de M. Boer.

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