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LA COUTUME

Au lendemain de la reddition de Montréal par Vaudreuil, la langue française fut maintenue dans le pays canadien, malgré l'immigration anglaise. Le traité de Paris ne s'en occupa aucunement parce que le droit des gens la sauvegardait. Murray faisait sa correspondance en français avec les Canadiens, et publiait même des proclamations bilingues ( 14 ) . Ses collègues de Montréal et des. Trois-Rivières faisaient comme lui, et du Golfe à Pontchartrain, notre idiome conserva sa priorité jusqu'à ce que les Anglais eussent centralisé de nombreuses colonies dans le Haut-Canada. La Proclamation 1 de 1764 ne détruisait en rien la coutume, qui fut plus forte que la volonté du roi George. Les Canadiens rédigeaient leurs requêtes en français, faisaient commerce en français malgré le fanatisme des marchands nouvellement arrivés des îles britanniques. Le groupe français d'E/Ssex, les habitants français de Toronto continuèrent à parler leur langue mêlme dans le négoce, comme : des états de compte de l'époque ei font foi. Dans Kent il y avait un groupe français important que l'on a sans doute oublié dans les tentatives d'assimilation à outrance après l'Acte Constitutionnel. La présence du député François Baby, siégeant avec William Macomb de 1792 à 1796 à l'Assemblée du Haut-Canada, pour le comté de Kent, prouve l'existence d'un, centre français considérable dans

ce comté ( 15 ) . Il y avait tant de Français,, proportion gardée, dans le Haut Canarda, que le premier gouverneur, John-Graves Simcoe, sanctionna une ordonnance législative adoptée le troisième jour de la deuxième session, soit le lundi, 3'juin 1793, et qui se lit comme suit :

"Sur proposition faite et appuyée, il est ordonne que tels actes qui ont été adoptés ou qui POUR> RONT plus 'tard être adoptés par la Législature de cette province soient TRADUITS en LANGUE FRANÇAISE pour l'avantage des habitants du district occidental de cette province et DES AUTRES COLONS FRANÇAIS QUI POURRONT VENIR HABITER DANS CETTE PROVINCE ; et que A. Macdonnell, Ecuier, greffier de cette Chambre, soit aussi employé comme TRADUCTEUR FRANÇAIS à cette fin et AUX AUTRES fins de cette Chambre" ( 16 ) .

Il est bien évident que cette ordonnance n'aurait jamais été consentie par le Haut Canada si la coutume, reconnue depuis trente-trois ans par les représentants du pouvoir britannique et sanctionnée par l'Acte de Québec et l'Acte Constitutionnel, n'avait pas été si fortement et si largement établie.

Selon la définition de Regelsperger, "la Coutume est une source du droit, qui tire son autorité de l'assentiment tacite de tous les citoyens". Or, les citoyens de 1793, en Ontario, étaient des Loyalistes venus récemment des Etats-Unis, et ils n'aimaient ni les Français ni les catholiques. Seulement, leur sincérité et leur largeur d'esprit, du moins dans la classe dirigeante d'alors,

rendaient possible l'entente raisonnée entre les deux races qui cohabitaient la Province.

C'est la coutume, aussi, qui a amené, en 1825, révoque anglican Strachan à rendre l'étude du français obligatoire dans les écoles de sa province diocésaine de Toronto, comme c'est elle qui a donné lieu, en 1851, à l'autorisation, de l'enseignement du français en Ontario. Disons ceci à l'avantage de la majorité de nos concitoyens anglais, qu'ils cherchent plus à perfectionner j' enseignement français qu'à l'abolir ; mais malheureusement, la majorité ne gouverne pas., et c'estj à la politique de parti qu'il faut attribuer le litige actuel.

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