SEMI-VOYELLES
u(pron.oi^)u
Il faut y ajouter n mouillé. N, m, i, u, û, r, l sont aphones, par ex., dans picnic, schisme , tien^ toit^ puis ^ pré ^ clou.
Le son è s'écrit ch, z s'écrit y (et aussi g devant e, i). Le son u (prononcé ou) est noté ou, et il, u.
La prononciation de diphtongue usitée surtout à Paris pour les terminaisons de paye, voient {=^pçy, vuay) et la prononciation de l mouillé p. ex. dans grenouille, deuil, Versailles,
soleil, dément l'opinion, souvent exprimée, d'après laquelle la langue actuelle n'aurait pas de véritables diphtongues.
26. D'après Vietor S la prononciation française de nos jours s'éloigne de la prononciation allemande en ce que les Français, en parlant, doivent infléchir la langue en avant avec une articulation précise et bien définie, et en ce que la labialisation est très énergique. A cette première difficulté, que, pour former une voyelle initiale, l'éclat de la voix, fort en allemand, est, au contraire, modéré en français, il faut ajouter encore les suivantes : Ve sourd devenant muet, la quantité des voyelles, la quantité des consonnes, l'accent, le rythme, la cadence, la liaison.
Ue muet de la prose n'est pas prononcé non plus dans la poésie. Cependant, l'ancienne valeur disyllabique de certains mots s'est assez conservée pour que la voyelle nasale ait une durée plus longue dans tante, ronde que dans tant, rond, et que par ex. borne, morte n'aient pas du tout le même son que l'allemand Born, Mord : dans le français borne, morte on traîne sur Vr, ce qui donne à Vn ou au t suivant la valeur d'une syllabe accessoire. De même dans amie, bouchée (suhst,) Ve n'est pas tout à fait tombé : il a laissé des traces ; amie se distingue de ami, et bouchée, du participe bouchée, bouché, par la durée plus longue de i ou de e. Dans certains cas particuliers, Ve sourd s'entend encore distinctement aujourd'hui : ainsi le après un impératif (donnez-le; c'est le seul cas où il ait encore l'accent principal), ou devant un h aspiré (dehors j cette haine), enfin dans certains mots conmie exactement, département, Charleville. E est tout à fait muet après l, m, n, r, ss, ch, ex. : mule, sublime, reine, pure, masse, glace, ruche, tandis qu'après p,/, t, qu (dupe, calife, imite, chaque) il est presque muet, et après b, d, g, v, x s'entend légèrement.
Au point de vue de la quantité, les voyelles ne se distinguent
pas seulement en longues et en brèves ; il faut encore ajouter à cette distinction la demi-longueur, ou la durée incertaine. On peut même souvent observer dans la prononciation parisienne, devant t, par ex. dans dire^ finir, une quatrième sorte de quantité, Yexcès de longueur. Julius Jàger *, qui a bien profité des indications exactes du dictionnaire de Sachs, a toutefois passé sous silence les désinences de conjugaison les plus usitées. Il faut remarquer que, parmi les voyelles inaccentuées, il y a des longues, comme par exemple dans pdsserj ndtionj grossir^ arroser ^ maison, baron, et des brèves, comme dans faisons, otage, rôtir, hôtel (malgré l'accent circonflexe). L'allongement qui autrefois se produisait d'ordinaire, lorsqu'un s final devenait muet, et qui permettait de distinguer le pluriel du singulier, même devant un mot commençant par une consonne, a aujourd'hui disparu. Devant un r simple, toute voyelle est longue (or et adore ont la voyelle identique). Devant / simple, l'emploi d'une brève est à peu près aussi absolu : de là vient que dans étoile, sociale, bien que l'e final soit muet, on ne prononce pas longues les voyelles précédant l (toutefois, il y a des longues dans pâle, soûle, goule). En général les voyelles ouvertes tendent à être brèves, et les voyelles fermées à être longues. Les explosives sonores ou faibles, même combinées avec r, aiment à être précédées d'une brève (cependant la voyelle est longue dans prêche, flûte, meute, traître, autre). Les explosives sonores, seules ou accompagnées de r, aiment à être précédées d'une longue (excepté les terminaisons able, ade, ode). Quand s devenait muet, ou quand une contraction avait lieu, la voyelle s'allongeait par compensation (prêtre, vêpre); néanmoins la voyelle est brève dans écoute, aumône, ruche, mouche, croûte, forêt, chacun, notre, votre. Devant plusieurs consonnes et à la fin des mots, on trouve d'ordi-
1) Die QuantUàt der betonten Vokale im Neu/ranzôsischen, Heilbronn, 1883.
naire une brève (excepté mœurs, oà, les terminaisons au, eau).
Pour la quantité des consonnes, les premières indications exactes se trouvent dans Trautmann. Dans quelques cas, certains mots empruntés ont vu, postérieurement, leurs consonnes devenir longues par analogie au latin. D'ordinaire, les consonnes de quantité longue suivent une voyelle brève {robe, école, balade, etc.) ; cette quantité longue a dû s'introduire comme compensation de Ve devenu muet.
L'accent français est très différent de l'allemand; il est moins fort, et indique une tendance à partager en proportions à peu près égales, dans la prononciation, la somme d'intensité attribuée aux diverses syllabes. La langue tend à rétablir une sorte d'équilibre régulier entre l'élévation et l'abaissement de la voix ; aussi n'évite-t-elle pas moins la suppression d'un e muet [remis, ce, un{e), leçon, mais il le r(e)met, de c(e) temps, la l{e)çon), que la transposition de l'accent (vous acéz, mais àvex-vôus, la maison rodge).
Le rapport des différents accents des mots entre eux dans la phrase a aussi ses particularités, surtout dans la fin de cette phrase. Pierson a traité de celles que présentent l'affirmation, l'interrogation et l'exclamation, et il en a tenu compte même pour le rythme du discours, qui est dans une étroite dépendance avec l'accent des propositions. Dès le xvi® siècle la langue française sépare volontiers à la fin des propositions le ton élevé et le ton fort, de telle sorte que l'accent le plus fort tombe sur la dernière syllabe, le ton rythmique le plus élevé sur l'avant-dernière. Du fait que l'accent chromatique et l'accent expiratoire se suivaient ainsi, il est souvent résulté dans le langage ordinaire un recul du second sur la syllabe atteinte par le premier (as-tu finif^); c'est ce qui a causé l'erreur de bien des savants en ce qui concerne la place exacte de l'accent français. Il y a
1) Pierson, Métrique naturelle du langage, p. 175-244.
aussi en français des propositions ou parties de propositions monotones, c-à-d. prononcées sur une seule et même note, surtout quand, à côté de la partie principale de la phrase (prononcée sur diverses notes qui nuancent l'expression), on exprime encore une circonstance accessoire * :
es-tu v'nu le jour que j't'avais dit devenir
(On trouvera des détails dans Pierson, qui traite aussi des pauses ou césures du discours, et de la chute tonique qui les précède.)
En français, la cadence ou mouvement de la phrase s'écarte beaucoup de l'allemand. L'allemand aime à allonger la durée des syllabes accentuées au détriment des atones ; tandis que le français, si la syllabe est longue, lui donne un excès de durée, ou la fait suivre d'une petite pause ; par exemple, on prononcera avec le mouvement suivant la phrase allemande : Steht die Form aus Lehm gehrannt :
tandis que le français, dans une phrase prononcée sans affectation, p. ex. dans le premier vers de la fable : Un chien vendu par son maître, place en général à la même distance les unes des autres toutes les syllabes, excepté la dernière.
La liaison d'un mot finissant par une consonne, avec un mot suivant commençant par une voyelle, n'est plus dans la langue de la vie ordinaire que d'un usage assez restreint, et subsiste seulement dans certaines locutions fréquemment usitées et dont les mots sont étroitement unis. Il y a des mots qui n'ont conservé leur forme pleine que dans une seule et unique locution (corps et bien). Dans les mots en -et, -ard et -ier, la finale ne se prononce presque plus, même dans le langage relevé.
1) P1EU8ON, Métrique naturelle du langage, p. 161.
BIBLIOGRAPHIE
M. Trautmann, die Sprachlaute im Allgemeinen und die Laute des Englischen, Franzôsischen und Deutschen in Besonderen, 1886. — W. Vietor, Elemente der Phonetik und Orthoepie des Deutschen, Englischen und Fransôsischen^ 1884. — P. Pierson, Métrique naturelle du langage, 1884. — Lûtgenau dans Herrig's Archio, 72, 59. — Benecke, dans sa Schulgrammatik, — Wulfl, Nagra ord om absent, dans Forhandlingar ved det nordiske Filologmode i Kristiania (1881).