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CHAPITRE III

Lorsqu'un domaine de la langue ne diffère d'un domaine voisin que par le traitement d'un seul son, il existe entre ces deux domaines une limite que nous appellerons la frontière phonétique. Au contraire, nous entendrons par les termes de frontière de langue^ ou de frontière de dialectes ^ une ligne marquant la différenciation de plusieurs traits linguistiques; (ce dernier cas ne se présente en France que par exception).

27. Pour étudier les dialectes d'un pays, il y a diverses méthodes : on peut adopter comme base de division, ou bien les localités, ou bien les traits linguistiques. Nous préférons le second moyen^ et nous pensons que le mieux, pour atteindre à une parfaite connaissance des formations dialectales, c'est de suivre chaque trait caractéristique d'une région particulière, dans toute l'étendue du domaine entier. Si les indications que nous donnons ne satisfont pas aux exigences de ce plan, c'est que, jusqu'ici, le détail de toutes les particularités linguistiques ne nous est pas entièrement connu.

, Sur ce point, comme en tout, il faut beaucoup d'exactitude. Dans un développement phonétique dont tous les éléments se tiennent étroitement, on ne peut négliger même les détails les plus particuliers ; comment pourrait-on déterminer l'origine de tant de textes du moyen âge, écrits on ne sait où, —

si l'on n'avait point, au préalable, établi avec précision le domaine respectif des divers phénomènes phonétiques ? La recherche de ces phénomènes ne doit donc s'arrêter que là où manquent les matériaux propres à les éclairer.

Il ressort déjà de ce qui précède qu'il fallait commencer par faire des recherches sur les patois vivants. Mais il nous aurait fallu voyager d'un endroit à l'autre, car pour des domaines assez étendus, on manque encore de textes imprimés à consulter, ou d'études grammaticales ; en sorte qu'il est impossible, à l'heure actuelle, de donner un aperçu. absolument complet. Nous nous sommes donc provisoirement contenté d'étudier les anciens textes dialectaux, remontant à peu près au milieu du xiii® siècle pour presque toutes les parties de la France (sauf quelques régions comme la Savoie, l'Ardèche, la Corrèze, les Hautes-Alpes, où l'apparition de textes est en général plus récente). Encore faut-il ici apporter une extrême prudence : ce n'est pas une raison en effet, parce qu'un document a été écrit dans telle ou telle région, pour l'attribuer sans hésitation au parler de cette région.

Nous prenons donc, en résumé, pour base les documents que nous connaissons du xin® siècle; dans un petit nombre de cas seulement, nous avons eu recours aux patois actuels, pour compléter les indications que nous fournissaient les anciens textes.

28. Avec MM. Ascoli et Paul Meyer, nous adoptons pour principe de division des dialectes le traitement de l'A libre accentué. Il reste a en provençal (portar iallar), devient ie après les palatales et reste a en moyen-rhodanien {portar taillier), devient ie après les palatales et passe à e (à ei dans certains dialectes) en français (porter taillier).

A se maintient au Sud d'une ligne courbe qu'on pourrait mener de l'embouchure de la Gironde à Puy-Saint- André. Les localités situées le plus au Nord, dans ce domaine, sont * :

1) Pour les endroits dont les noms sont imprimés en italique, nous n'avions pas de textes du moyen âge, et nous avons eu recours aux patois

Lesparre (Gironde), Bordeaux, Libourne, Mussidan (Dordogne), Périgueux, Nontron, Mouhet (Indre), Bellac (Haute- Vienne), Limoges, Guéret (Creuse), Chénérailles, Montluçon (Allier), Verneuil, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Saint- Bonnet-le-Château (Loire), Saint-Sauveur-en-Rue, Gilhoc (Ardèche), Saint- Vallier (Drôme), Romans, Die, Montmaur (Hautes-Alpes), Puy-Saint- André.

Les localités qui marquent la frontière du moyen-rhodanien et qui appartiennent déjà à ce dialecte, sont : Grenoble (Isère), Saint-Éiienne (Loire), Rive-de-Gier, Monthrison^ Oingt (Rhône), Bourg (Ain), Genève (Suisse), Neuchâtel.

La frontière Sud du domaine où a latin devient e ou ie est indiquée par : Le Verdon (Gironde), Blaye, Jarnac (Charente), Angoulême, Poitiers (Vienne), Châteauroux (Indre), Saint-Amand (Cher), Boussac (Creuse), Moulins (Allier), Mâcon (Saône-et-Loire), Louhans, Arbois (Jura), Besançon (Doubs), Montbéliard, Courroux (Suisse). On a vu plus Ittiut * dans quelles conditions se développe ie. Remarquons eh outre ici que dans FEst (en Lorraine et plus au Sud) ie tésulte de a même après ûr, parce que sans doute, en vertu d'une articulation spéciale, u avait ici la faculté de mouiller R : curie = curatum ; mesurier =: mensurare.

A. — Les dialectes du moyen-rhodanien (franco -provençal)

29. Les limites que nous venons d'indiquer doivent être considérées conmie les limites principales du français, du franco-provençal et du provençal.

Nous ne sommes pas tout à fait d'accord avec Ascoli * qui attribue encore au franco-provençal les départements du Doubs, de la Haute-Saône et des Vosges, parce que les dia-

modernes. — Les localités énumérées, ici et plus loin, appartiennent toujours au domaine dont elles circonscrivent les limites.

2) Arch. glottoL, m, 110.

lectes actuels de ces régions présentent a là où Ta latin ne se transformait point en ie. Cependant, si l'on examine l'Évangile selon saint Mathieu ^ au point de vue de cet a, on trouve, il est vrai, de nombreux exemples de a correspondant à e français provenant de a, mais en revanche des exemples non moins nombreux de a venant sûrement de e, et démontrant que dans cet a aussi il s'est peut-être produit un retour de l'ancien e ou ei à I'a latin : aimt = habebat ; las = illôs fs. les ; tare = terram ; fàtes = facitis fs. faites. Des formes analogues se trouvent dans les textes de Besançon cités par Ascoli, et dans le texte de Giromagny, la dernière phrase est : a s' ah retrova= il s'est retrouvé. Dans les Noëls d'Arbois*, ïé est prépondérant, et si l'on trouve même compare (fs. compère) il rime avec tare = terram. Les plus anciens exemples de cet a provenant de e nous sont fournis par le manuscrit de Priorat de Besançon, ce sont : las, das pour les, des. Tant qu'il ne sera pas prouvé que l'a de ces dialectes est la continuation directe de I'a latin, nous ne pouvons attribuer qu'aïf français les départements en question. ^

Le Livre d'or de Saint-Claude (1315-1325) et les Franchises de Clairvaux (1305) présentent en général Ve français ; mais ces textes trahissent, le premier par certains noms de lieu (le mas de pra = mansum de prato), le second par les formes employées pour la description d'un terrain, le voisinage immédiat de la limite des dialectes.

Voici comment s'exprime Toubin au sujet de la direction actuelle de la limite des dialectes dans le département du Jura^ : « Si, à quelques kilomètres au Sud de Lons-le-Saunier, vous tracez une ligne allant de l'Est à l'Ouest, vous aurez divisé notre arrondissement en deux contrées bien différentes au point de vue de l'étude qui nous occupe main-

1) Enolrons de Baume-les- Dames (Doubs), publié en 1864, à Londres, par le prince Bonaparte.

2) Recueil de poésies, Arbois, 1802.

3) Reoue des Sociétés saoantes, VP série, iv, 65.

DÉVELOPPEMENT PHOnIÊTIQUE DES DIALECTES 67

tenant : au Sud dans les cantons d'Orgelet, d'Arinthod, de Beaufort*, de Saint-Julien, de Clairvaux et de Saint-Amour abonde la terminaison a (Orbagna, Soucia, Bissia, etc.). ; au Nord, cette désinence est aussi inconnue que dans les arrondissements de Poligny et de Dôle. Prolongez cette ligne à travers la circonscription de Saint-Claude, et elle divisera cet arrondissement comme elle divise le nôtre ; Moirans et Saint-Laurent vous offriront le même antagonisme qu'Orgelet et Voiteur ». D'après cela, Lons-le-Saunier, Voiteur et Saint-Laurent appartiennent déjà au domaine français, et à l'Est du Jura, le moyen-rhodanien s'étend bien plus vers le Nord qu'à TOuest de cette même chaîne.

A inaccentué reste, sauf en gascon, jusqu'à la limite où Ta accentué lui-même se transforme. Ascoli a étudié Taffaiblissement qui se produit en moyen-rhodanien de a inaccentué en e ou en i.

D'après ce qui précède, le moyen-rhodanien comprend deux départements sur la rive droite du Rhône (départements de la Loire et du Rhône), et quatre sur la rive gauche (Ain, Isère, Savoie, Haute-Savoie) ; il faut y ajouter le Sud du département du Jura; en outre la Suisse française au Nord jusqu'au delà de Neuchâtel, et les domaines italiens des Alpes, qui avoisinent la Savoie.

Un trait important propre au moyen-rhodanien est la conservation de l'o atone.

On peut diviser les dialectes de la France en trois groupes, d'après le traitement de cette voyelle^ selon qu'elle se maintient partout (nostrum = nostro, mitto = meto); ou qu'elle se maintient seulement à la première personne singulier du présent {teno dono), et devient ailleurs e (nostre) ; ou enfin qu'elle tombe à la première personne singulier du présent (met) et devient ailleurs e (nostre).

O atone se maintient dans les localités suivantes : Neu-

1) Où l'on dit alléoin pour Ils allaient.

châtel (Suisse)^ St-Claude (Jura), Genève (Suisse), Lent (Ain), Oingt (Rhône), Lyon, Montbrison (Loire), St-Bonnet-le- Château, 5^i^^ie/ine, Annonay (Ardèche), St-Vallier(Drôme), Romans, Die, Grenoble (Isère), Briançon (Hautes- Alpes).

Les| localités, où o se maintient à la première personne singulier du présent et s'affaiblit partout ailleurs, se trouvent pour la plupart sur la limite Sud du moyen-rhodanien ; ce sont : Roanne (Loire), Gilhoc (Ardèche), Valence (Drôme), Crest, Luc-en-Dwis, Gap ( Hautes- Alpes),\Ê'm6ran. -

Tout le reste de la France a affaibli o atone en e. La limite de ce changement est marquée par Besançon (Doubs), Lonsle-Saunier (Jura), Màcon (Saône -et -Loire), Charroux (Allier), Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), Saint-Sauveuren-Rue (Loire), Le Puy (Haute-Loire), Privas (Ardèche), Largentière, Nyons, Saint-Saturnin (YsLXXcluse), Apt, Roquebrune (Var), Nice (Alpes-Maritimes).

En outre, le moyen-rhodanien a traité de la même manière que le français les explosives, en abolissant la distinction qui existait en latin entre les sons forts et les sons faibles. Comme les exemples de la chute de t et d latins sont ceux qui se présentent le plus souvent, c'est surtout ce phénomène que nous avons recherché dans les textes. En moyen-rhodanien, la chute de ces deux sons est plus ancienne qu'en français, car elle se présente dès le xi® siècle (Charte de Montélier, canton de Chabeuil, Drôme *). Elle se produit aussi du côté du Piémont et de la Ligurie^

On peut donc distinguer deux domaines différents: l'un qui comprend les dialectes provençaux, dit amada (amatam) ; l'autre, qui comprend tout le reste du français et la plus grande partie du moyen-rhodanien, dit amaa ou amee, en passant par amada, ameSe. L'orthographe qui présente le d {amede) ne se trouve plus que dans quelques régions du Nord.

T devient d à l'intérieur de la ligne formée par (et y com-

1) Dans P. Meybr, Recueil, p. 159 ; cfr. aussi Romania^ iv, 189.

pris) : Bordeaux (Gironde), Libourne, Nontron (Dordogne), Limoges (Haute-Vienne), Mouhet (Indre), Verneuil (Allier), Montluçon, Chénérailles (Creuse), Clermont-Ferrand (Puyde-Dôme), Brioude (Haute -Loire), Le Puy, Largentière (Ardèche), Orange (Vaucluse), Sisteron (Basses -Alpes), Digne, Caatellane, Nice (Alpes-Maritimes).

Au contraire^ t, après être passé par le son $, est tombé au Nord d'une ligne qu'on pourrait tracer un peu au Sud des localités suivantes : Saintes (Charente-Inférieure), Jarnac (Charente), Poitiers (Vienne), Châteauroux (Indre), Saint-Amand (Cher), Boussac (Creuse), Moulins (Allier), - Montbrison (Loire), St-Bonnet-le-Château, St-Sauveur-en-Rue, Gilhoc (Ardèche), Crest (Drôme), Die, Gap (Hautes- Alpes), Embrun, Allos (Basses- Alpes), Menton (Alpes-Maritimes)*

B. — Dialectes gascons

30. Il faut, parmi les dialectes du Sud de la France, donner une place à part au gascon, qui, au moyen âge, était regardé comme une langue spéciale à côté du provençal ^ Ses limites s'étendent dans les Pyrénées vers l'Est jusqu'à la rivière de Garbet qui se jette dans la Salât, près d'Oust (Ariège). Puis la frontière est marquée approximativement par l'Arize, depuis sa source jusqu'à son embouchure dans la Garonne, et ensuite par la Garonne, depuis le confluent de l'Arize jusqu'à la mer. Sur la rive droite de la Garonne, appartiennent encore au gascon les villes de Libourne et de Castillon, dans le département de la Gironde, ainsi que la localité de Gontaud, dans le Lot-et-Garonne. Le gascon est limitrophe du français jusqu'à la région de Castillon ; à partir de là, il est limitrophe du provençal.

On parle donc gascon dans les départements des Basses- Pyrénées (où il faut faire toutefois abstraction du domaine

1) Pour ce qui concerne ce dialecte, nous avons consulté, comme source capitale, les exceUents travaux de Luchaire«

basque), des Hautes -Pyrénées, des Landes, du Gers; dans le Sud du département de la Haute-Garonne, dans l'Ouest de TAriège, dans l'Ouest du Lot-et-Garonne, et dans le département de la Gironde excepté une langue de terrain voisine de la frontière Nord de ce département.

31. Parmi les sept signes distinctifs du gascon que Luchaire énumère S tous ne sont pas également caractéristiques. Le passage de v à 6 est devenu aussi en Languedoc de plus en plus usuel ; celui de f à A, constaté de bonne heure, ne s'est fixé dans l'écriture que dans la seconde moitié du XV® siècle (de même qu'en castillan). Le changement de L en r^ se présente sous des formes différentes selon l'époque et l'endroit. La chute de n intervocalique est, sans doute, bien caractéristique là où elle se présente, mais elle manque dans quelques textes et quelques régions*. Le passage de r initial à arr (arram = ramum ; arriu = rivum) disparaît de plus en plus à mesure qu'on approche de la Garonne. Comme signes distinctifs qui sont les plus certains peut-être, il reste les transformations de ll : dans le corps d'un mot, ce groupe passe à r ; ex. : caperaa = capellanum ; apera = appel- LAT ; nahere = novellam ; à la fin d'un mot, il devient d (i), rarement au xii® siècle^, plus souvent aussi à partir du xiv© <7, qui, toutefois, d'après les observations de M. Paul Meyer, est inconnu à Bordeaux et dans les environs : ed (et), eg = illum ; saied = sigillum.

Parmi les dialectes particuliers du gascon, celui du Béarn présente des contrastes frappant avec celui de l'Armagnac. Le premier conserve le d latin et laisse le c et le t assibilé passer à d : crede = credere ; arrado = rationem ; dide = DIGERE ; le second conserve Je son assibilé et change d en s : creze, arrazo, due. Le premier rejette n final (plee = PLENUM ; le redoublement de la voyelle est dans ce cas un

1) Études, p. 203.

2) Luchaire, 210, 230.

3) Id. Recueil, 15.

signe graphique propre au Béarnais) ; le second garde n {plen). Le premier présente un b entre deux voyelles là où le provençal a un o (cantaba = cantabat ; abe = habere) ; le second le remplace par un son apparenté au w anglais {cantaua, auer).

La langue des habitants des Pyrénées a quelques particularités. Ainsi le Ik initial (qui, à vrai dire, se présente aussi dans quelques autres régions du provençal) ; le changement de ND en nn ou n (demanar) ; ipse comme article défini (dans les localités de Bigorre et de Cominges*), el (ed, et, eg) fém. era dans le même emploi (s'étendant jusqu'à la frontière Est du gascon, depuis Accous jusqu'à Oust). Les deux particularités énumérées en dernier lieu nous reportent au Sud, où se retrouvent le el, ela castillan-catalan et^ dans les dialectes catalans du continent, l'article ipse (connu aussi du sarde). Enfin le gascon des Pyrénées (excepté la région située audessus de Saint-Gaudens, près de la Haute-Garonne) se rapproche encore du catalan en ce que dans ce dialecte a correspond à la terminaison latine de la troisième personne sing. du parfait de la première conjugaison faible (cantavit devient canta, non cantei comme dans le provençal et dans le gascon du Nord^).

G. — Dialectes provençaux

32. Abstraction faite du moyen-rhodanien -et du gascon, le provençal comprend 26 départements, soit en entier, soit en grande partie ; à ce domaine, il faut ajouter le coin Nord- Ouest du département de la Gironde, où Puynormand marque la frontière du provençal en face de la ville française de

1) LucHAiRE, Recueil^ p. 192.

2) La terminaison avit du parfait latin devient a dans le Nord de la France, y compris les villes de La Rochelle (Charente-Inférieure), Poitiers (Vienne), Chàteauroux (Indre), Moulins (Allier), Saint- Étienne-du-Bois (Ain), SaintrClaude (Jura), Ge/iéce (Suisse), Annecy

Lussac et de la localité gasconne de Tayac. A ce dialecte appartient encore l'extrémité Est du département de la Charente avec la Valette, La Rochefoucault, Confolens.

On peut diviser les dialectes provençaux d'après le traitement des groupes ca et ct ; le premier devient sur une partie du domaine provençal cha, le second, sur une partie, ch : ex. : CAUSAM devient ou chauza, ou cauza ; factum devient ou fach, ou fait. Le français aussi n^a souffert le changement de CA en cha que jusqu'à une certaine limite^ et l'on prononce cha dans les localités suivantes et au Nord de la ligne qu'elles forment : Saintes (Charente-Inférieure), Blaye (Gironde), Villefranche-de-Longchapt (Dordogne), Mussidan, Périgueux, Brives (Corrèze), Chalinargues (Cantal), Pierrefiche (Lozère), Le Puy (Haute-Loire), Largentière (Ardèche), Grospierres, Nyons (Drôme), Le-Buis-les-Baronnies, Orpierre (Hautes-Alpes), Z)i^ ne (Basses- Alpes), Allos. — Ca conserve la prononciation ca dans les localités suivantes et au Sud : Lesparre (Gironde), Libourne, Marmande (Lot-et-Garonne), Gontaud, Sarlat (Dordogne), Martel (Lot), Saint-Céré, Aurillac (Cantal), Conques (Aveyron), Rodez, Millau, Le Vigan (Gard), Alais, Mondragon (Vaucluse)^ Malemort, Forcalquier (Basses- Alpes), Castellane, Vence (Alpes-Maritimes), Menton.

Le domaine de ch=cT latin comprend une bande de terrain commençant à Mussidan, à l'Ouest, et s'élargissant vers TEst, avant d'atteindre la Méditerranée ; il s'étend ensuite, le long de la côte, de Béziers à Menton. Vers la frontière Nord de ce domaine sont situés (de Mussidan à Menton) les endroits suivants : Nontron (Dordogne), Limoges (Haute- Vienne), Tulle (Corrèze), Aurillac (Cantal), Mende (Lozère),

(Haute- Savoie), Chamhéry (Savoie). — Tout le Midi a transformé AviT en ety ce ou é. Dans les Pyrénées, avit conserve pour voyelle tonique a, à Bayonne, Pau, Tarbes, Saint-Gaudens, Montsaunès, Perpignan. Ce n'est que dans la partie moyenne des Pyrénées {Saint-Béat, Saint-Girons, Tarascon) que ec du provençal atteint la frontière Sud de la France.

Alais (Gard), Mondragon (Vaucluse), Loriol (Drôme), Die, Corps (Isère)^Briançon (Hautes- Alpes), Oncino (Italie), Castelmagno. Aux environs de la frontière Sud, se trouvent (en allant de Mussidan à Béziers) : Villefranche-de-Longchapt (Dordogne), Agen (Lot-et-Garonne), Auvillars (Tarn-et- Garonne),Corbarieu, Buzet (Haute-Garonne), Lavaur (Tarn), Saint-Pons (Hérault).

Comme les domaines des deux ch ne coïncident que partiellement, on peut admettre une division de la France en quatre domaines, selon que : !« On ne trouve ni l'un ni l'autre des groupes ch : cauza, fait ; 2^ on trouve cha de ca, mais non cha de ct : chauza, fait ; 3<^ à la fois cha = ca et c^ = CT : chauza, fach ; 4<> ch de ct, mais non cha de ca : cauza, fach.

Les deux ch manquent dans tout le domaine normand-picard de la langue d'oïl, dont nous faisons provisoirement abstraction. Tous deux manquent en outre au domaine qui correspond à l'espace intermédiaire compris entre le gascon, le catalan et la mer Méditerranée, et dont le Canal du Midi forme à peu près la limite Nord : à ce domaine appartiennent Toulouse, Carcassonne et Narbonne.

Cha de ca, mais non ch de ct, caractérise la plupart des dialectes français ; le français littéraire et le moyen-rhodanien y appartiennent. Parmi les dialectes provençaux il faut y joindre l'auvergnat.

Tandis que ce dialecte est d'accord avec le frança,is et le moyen-rhodanien pour le traitement de notre groupe, dans le Sud-Est du Languedoc le dialecte admettant cauza fait, concorde avec le normand-picard, avec le gascon et avec le catalan. Ces conformités ne permettent guère, d'ailleurs, des confusions ou des erreurs, car les dialectes provençaux restent nettement tranchés des dialectes non provençaux par d'autres traits caractéristiques.

Il reste encore maintenant les deux langues de terrain

sur lesquelles s'étend le ch provençal = ct, tantôt combiné avec cha = ca, tantôt avec ca = ca.

Il y a, d'après cela, deux régions séparées qui réunissent chaiLza çXfach : l'une à l'Ouest, la région limousine ; l'autre à TEst, sur la rive gauche du Rhône. Le domaine situé sur la rive gauche du Rhône et admettant chaaza-fach comprend la moitié méridionale du département de la Drôme et le département des Hautes-Alpes ; il se distingue du domaine limousin en ce qu'il participe de quelques traits caractéristiques du moyen-rhodanien ; ainsi il a la première personne singulier de l'Indicatif en o (forme qui semble cependant manquer à Nyons), et il perd le t ou le d entre deux voyelles et à la fin des mots.

Dans le quatrième domaine se trouve la combinaison de ca- avec ch = ct, depuis Mussidan en Périgord, jusqu'à Menton en Provence. Nous pouvons l'appeler le domaine provenço-languedocien. Le Rhône ne forme pas plus dans son cours inférieur que plus haut une frontière dialectale, et l'on ne peut pas du premier coup d'œil discerner si un texte appartient au Languedoc oriental ou à la Provence. Les textes de Provence présentent souvent les formes aquellos, aquestos pour les formes ordinaires aquels, aquestz ; les départements du Gard et de l'Hérault aiment assez le changement de -? en r et de r en -ar : ex. : aurit = audivit ; faria = FAciEBAT ; aguezo = habuerunt, au lieu des formes ordinaires auzity fazia, aguero. A vrai dire, la présence de ces formes est limitée à une certaine époque, et on la constate aussi, quoique moins fréquemment, en Roussillon, en Limousin, en Auvergne.

La distinction est encore plus facile à établir, si l'on étudie la chute de I'n finale (isolée en latin). Ce son tombe, sinon toujours, du moins devant un mot commençant par une consonne (razOy fi), dans tout Tintérieur du domaine provençal, au bord duquel s'étend, en forme de fer à cheval, le domaine où n se maintient comme en français (razon,fin).

Les localités suivantes indiquent la limite du territoire où N finale tombe : Mauléon (Basses-Pyrénées), Oloron, Bagnères (Hautes-Pyrénées), Tarbes, Maubourguet, Saverdun (Ariège), Toulouse (Haute-Garonne), Lectoure (Gers), Nérac (Lot-et-Garonne), Agen, Prayssas, Marmande, Sarlat (Dordogne), Périgueux, Mussidan, Nontron, Limoges (Haute- Vienne), Guéret (Creuse), Chénérailles, Montluçon (Allier), Riom (Puy-de-Dôme), Clermont-Ferrand, Brioude (Haute- Loire), Le Puy, Annonay (Ardèche), Loriol (Drôme), Crest, Die, Corps (Isère), Gap (Hautes- Alpes), Montmaur, Orpierre, Privas (Ardèche), Alais (Gard), Le Vigan, Lodève (Hérault), Béziers, Agde,

Au contraire, n finale se conserve : !<> à l'Ouest : à Bayonne (Basses-Pyrénées), Pau, Orthez, Mont-de-Marsan (Landes), Lavardac (Lot-et-Garonne), Casteljaloux, La Réole (Gironde), Libourne, Jarnac (Charente) ; - 2^ à l'Est : à Roanne (Loire), Montbrison, St-Étienne, Romans (Drôme), Grenoble (Isère), Briançon (Hautes-Alpes), Embrun, Allos (Basses- Alpes), Digne, Volonne, Nyons (Drôme), Mondragon (Vaucluse), Uzès (Gard), Nîmes, Montpellier (Hérault). Notons encore que dans un territoire voisin de la frontière et situé sur la rive gauche du Gers, n se maintient à la fin des mots, mais tombe devant s finale (hon, bos). C'est ce qui arrive à Condom (Gers), Isle-de-Noé, Auch, Saint-Gaudens (Haute-Garonne), Aspei, Saint-Béat.

D. — Frontière Sud des dialectes français

33. La frontière Sud du français touche, à l'Ouest, au gascon jusqu'à Lussac ; puis au provençal, de Puynormand, à la région du Roannais ; de là jusqu'à la frontière de la langue allemande en Suisse, où elle passe entre Courroux et Neuchâtel, le français est limitrophe du moyen-rhodanien. Ici, du côté de l'Est, on ne peut guère admettre qu'il y ait une véritable frontière de langues ; car les désinences verbales

âonores s'avancent jusque sur le domaine français (Mâcon, Arbois), et, inversement, des traits caractéristiques du français s'étendent jusque sur le domaine moyen-rhodanien. Il n en est pas de même de la frontière franco-gasconne, qui est une véritable frontière de langues, car elle sépare nettement les unes des autres toute une série de particularités dialectales. La frontière franco-provençale est de même une frontière de langues, mais il est malheureusement très difficile de la déterminer avec précision à cause de la rareté des preuves dialectales dans les régions à étudier*.

A l'Ouest, la Gironde forme d'abord la limite entre le français et le gascon. Cependant six localités, situées au Nord de la région du Médoc, vers la pointe de Grave, par conséquent sur la rive gauche de la Gironde, appartiennent encore au français; ce sont : Le Verdon, Soulac, Royannais, Les Logis et, plus au Sud, Audenge et Cestas. Le saintongeais de ces localités remonte à l'époque peu éloignée où des sauniers de Marennes transportèrent leur industrie au Verdon*. Sur la rive droite de la Gironde, en amont, s'étend un petit territoire isolé dont les localités sont gasconnes. De toute la région voisine de la Gironde, l'endroit gascon situé le plus au Nord est Villeneuve. Six kilomètres au-dessus de Blaye, la frontière quitte la Gironde, et jusqu'à la ville gasconne de Libourne est parallèle au cours de la Dordogne. Près de Libourne, elle tourne au Nord-Est, et se sépare du

1) On y peut suppléer en quelque façon à l'aide des renseignements relatifs à la topographie des parlers, que contiennent les ouvrages suivants: de Tourtoulon et BRUiGUiER, Étude sur la limite géographique de la langue d'oc et de la langue d'oïl (Archioes des Missions, nv série, tome m, Paris, 1876) ; de Tourtoulon, dans la Revue la Farandole (1879), p. 9-11 ; Rougerie, Vies de saint Israël et de saint Théobald, Le Dorât, 1871, p. 56 ; Thomas, dans les Archices des missions, iii« série, tome V (1879) ; Foucaud, Poésies en patois limousin, éd. Ruben (Limoges, 1870), p. lvii ; Doniol, Patois de la Basse Auoergne (Paris, 1877), p. 18-19.

2) JoUANNET, Statistique du département de la Gironde, tome i, p.182-3, Paris, 1837.

gascon près de la localité française de Lussac. L'endroit le plus proche, Puynormand, est déjà provençal; de même Gours et Saint-Antoine-du-Pizou (Gironde).

Comme les Français sont appelés par les Gascons les Gabaï (aï d'une syllabe), on nomme la (( Grande Gabacherie » le territoire situé sur la frontière du gascon depuis Marcillac jusqu'à Centras, et le dialecte qui s'y parle s'appelle aussi Gabaï *. La Petite Gabacherie est un îlot de langue française entre la Dordogne et la Gironde ; il comprend à peu près quarante paroisses dans les cantons de Pellegrue (Gironde), de Monségur (Gironde) et de Duras (Lot-et- Garonne), et appartient au dialecte saintongeois. L'introduction des Gabaï s'est produite en 1524 et 1525, dans la région que la peste avait dévastée. Les localités situées à l'extrémité de cet îlot sont : au Nord, Massugas ; à l'Ouest, Plasimont ; au Sud-Ouest, Les Esseintes, près de la Réole ; à l'Est, déjà dans le département de Lot-et-Garonne, Sainte- Colombe, Saint-Géraud et la Gupie, sur le fleuve du même nom ; Castelmoron^ près de Sauveterre, est regardé comme la capitale de la Gabacherie *.

34. La limite qui sépare le français du provençal longe à peu près la frontière des départements de la Charente et de la Dordogne. Vers le point où elle franchit la Dronne, il y a douze communes (la plus grande est Aubeterre) où se parle une langue mélangée, que les habitants appellent Angoumoisin. On trouve une langue mélangée analogue, un peu plus au Nord, dans la localité isolée de Juillaguet (immédiatement à rOuest de La Valette, endroit provençal), où la frontière des langues quitte celle des départements pour tourner près d'Angoulême qu'elle laisse à l'Ouest, et se diri ger presque tout droit dans la direction du Nord, jusqu'à une

f) Une autre expression servant à désigner les habitants est celle de « Marotius » ; on nomme leur langage le « Maro ».

2) Voir un document de ce dialecte dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France, vi, p. 488-489.

région située un peu à l'Ouest de La Rochefoucault. A partir d'ici la frontière n'est plus formée d'une simple ligne, mais d'une large langue de terre, qui, s'étendant de plus en plus, atteint d'abord la rive de la Vienne au Nord-Nord-Est, puis longe à l'Est à peu près la limite Sud des départements de la Vienne et de l'Indre ^ Sur cette langue de terre, on parle le Marchais, qui est un mélange de français et de provençal : De Tourtoulon lui attribue comme origine une • fusion entre les habitants français et provençaux. Ce dialecte comprend les villes de Saint-Claud, Champagne-Mouton, Availles-Limousine, Le Dorât, La Souterraine, Guéret. — Confolens et Bellac sont voisins du Marchois, mais parlent déjà provençal. La carte publiée par de Tourtoulon s'arrête au département de la Creuse, en sorte que, pour continuer à suivre la frontière dialectale, il faut avoir recours à d'autres indications. D'après Rougerie, la rivière de Gartempe, qui coule entre Le Dorât et Bellac, marque la frontière dialectale dans le département de la Haute- Vienne^. Boussac (Creuse) est déjà français, si toutefois on peut s'en rapporter aux passages patois qu'on lit dans la Jeanne de G. Sand ; d'après des passages de documents locaux •\ on devrait plutôt considérer cet endroit comme provençal. Chénérailles, à en juger par les Coutumes de cette localité, est provençal. Dans le département de l'Allier, le Sud reste au provençal avec Montluçon, Saint-Pourçain, Vichy-sur l'Allier ; La Palisse est déjà français. On peut toutefois admettre que les parlers y sont mélangés, puisque Malval compte pour français les endroits de Montaigut, Gannat, Randan et Châteldon. De Tourtoulon est probablement dans le vrai, quand il dit que le Marchois se prolonge vers l'Est, le long de la fron-

1) Dont quelques portions très restreintes appartiennent seules au dialecte intermédiaire.

2) Cette indication concorde assez bien avec les données de Tourtoulon.

3) Dans Duval, Esquisses marchoises, 1879.

tière des départements de l'Allier et du Puy-de-Dôme, pour se mélanger dans le pays du Roannais, avec le moyenrhodanien, dont on rencontre les premières traces dans le village de Saint-Haon (Loire).

35. Sur la limite que nous venons d'indiquer, on voit se séparer les uns des autres, à quelques exceptions près, la plupart des traits distinctifs qui différencient le français du provençal. A devient e dans le Nord. Au Sud seulement, n isolé tombe dans la finale. Les diphtongues françaises (ei, oi; ou, eu) font place k e eiko simples (toutefois o diphtongue manque en Saintonge et en Poitou). A la forme -ain du Nord (lat. -ANUM, -ANEM, ctc.) corrcspond au Sud an ou a. Le t final du verbe qui reste dans le Nord, disparaît au Sud (nous avons vu plus haut dans quelles conditions*). Au qui se conserve dans le Sud se contracte en o dans le Nord. Au lieu de fo, chantet (moy.-rhod. fut, chantei), il àxifu(t), chanta(t). A la l'ôpers. plur. le français de l'Ouest présente la désinence ons (excepté au parfait) ; à l'Est, lal^^® pers. plur. de l'imparfait et du conditionnel se termine en iens : disiëns, f ariens; le Sud varie entre am, cm, em. A l'imparfait le Nord abrège d'une syllabe la 3« pers.^g. (portoit, avoit) ; le Sud conserve la fofme pleine {portava^ avia). Au Nord, P isolé devient v, T isolé disparaît; au Sud, le premier devient b, le second d.

Ce ne sont pas là toutes les différences ; mais nous en avons cité assez pour reconnaître que, dans la frontière décrite plus haut, il faut voir une véritable frontière dialectale : et cela, malgré l'existence d'un territoire neutre, et malgré la présence, sur les bords de la limite en question, au Sud de quelques traits caractéristiques du français, au Nord de quelques traits caractéristiques du provençal. C'est ainsi qu'on lit dans les Coutumes de Charroux (Vienne) aoiet à côté de aveity parf . donet ; dans les Coutumes de Chénérailles donom, autreom, avom ; et dans un texte de Montluçon publié par la

1) P. 41 et 42.

Revue lyonnaise S on reconnaît, à ne pas s^y tromper, une influence française très énergique.

D'autre part, il y a aussi des traits dialectaux dont la limite diffère de celle indiquée ci-dessus : ainsi h français devient muet partout, avant d'atteindre cette dernière. En revanche, le nt de la 3® pers. plur. domine dans tout le domaine de l'auvergnat et du moyen-rhodanien, et s'étend au Sud jusqu'au Puy, Valence et Grenoble. Le g, que le provençal a développé dans les parfaits en ui, manque au moyenrhodanien ; mais on le trouve aussi, à l'Ouest, sur un domaine français, jusqu'à Fontenay-le-Comte, Bressuire et Poitiers. Dans le Berri, et plus à l'Ouest, on emploie le pronom conjonctif o (hoc). Dans une partie de la Bourgogne, on dit, au féminin pluriel, de les, à les (prov. de las, a las, fr. des, aux)\ ce fait se produit dans le département de l'Allier (textes cités par De la Mure), à Mâcon, à St-Claude.

E. — Dialectes français

36. La limite qui sépare le domaine de ca ( normand-picard ^ du domaine de cha ^ peut servir à diviser les dialectes français, y compris ceux de la Suisse romande ^. L'emploi^u c^ = c devant e et i (chent, centum ; chiel, coelum ; chité, civitatem) coïncide assez exactement avec celui du ca = ca.

La limite Sud- Sud-Est du ca {ke) est formée par les endroits suivants, qui maintiennent encore le son latin : Vile de Jersey (Angleterre), Coutances (Manche), Caen (Calvados), Lisieux, Bernay (Eure), Evreux^ Les Andelys, Clermont (Oise), Roye (Somme), Saint-Quentin (Aisne), Cambrai (Nord), Valenciennes, Mons (Belgique).

La limite Nord-Nord-Ouest du cha (chie, che) est formée

1) Sept. 1884 (p. 323).

2) Par exemple kecal^ kier^ camp ; — cheval^ chier^ champ.

3) Pour ce qui concerne la Normandie, nous avons profité aussi des indications données par Joret, Des caractères et de l'extension du patois normand^ Paris 1883.

par (et y compris) : Granville (Manche), Vire (Calvados), Falaise, Zaï^^/e (Orne), Dreux (Eure-et-Loir), Saint-Germainen-Laye (Seine-et-Oise), Mantes, Saint-Denis (Seine), Senlis (Oise), Soissons (Aisne), Laon, Mézières (Ardennes), Beaumont (Belgique), Namur, Nivelles, Braine-l'Alleud, Liège.

En outre, le passage de en (-^ consonne) à a/i (-|- consonne) a amené une scission des dialectes français (vent, femme j renc; vant,famme, rang), La langue littéraire a suivi le mouvement ; le Nord et l'Ouest, comme d'ailleurs le provençal, sont restés fidèles à l'ancien son.

La distinction entre en (-|- consonne) ei an (-|- consonne) est maintenue dans l'Ouest jusqu'à une ligne qui enferme Poitiers, Tours, Blois, Chartres, Dreux, Mantes. Dans le Nord, cette distinction est maintenue depuis la frontière du flamand jusqu'à une ligne passant au-delà des localités suivantes : Le Tréport (Seine-Inférieure), Montdidier (Somme), Beauvais (Oise), Laon (Aisne), Mézières (Ardennes), Neuf château (Vosges). Un troisième domaine, où la distinction se maintient, comprend la Lorraine méridionale et une partie de la Franche-Comté et de la Suisse romane *.

Les indications ci -dessus ne sont valables qu'environ jusqu'au milieu du xiii® siècle. A partir de cette époque, comme le montre Gôrlich, la prononciation orientale de ë comme à gagne tous les jours du terrain vers l'Ouest, si bien qu'aujourd'hui elle s'étend jusqu'à la mer, depuis Bures (Seine- Inférieure) jusqu'à Saintes ( Charente- 1 nférieure) ; seul le picard-wallon garde l'ancienne différence ^, abstraction faite de quelques petites bandes de terrain dans la Normandie (le val de Saire et le Perche), où l'ancienne distinction n'a pas été entièrement perdue.

La diphtongue ei est commune à tous les dialectes français. Les dialectes du centre et de l'Est, ainsi que la capitale, ont

1) Meyer, Gramm.y i, § 91.

2) Pas absolument toutefois ; ainsi ce dialecte présente le changement inverse de d en ë.

Le Français et le ProcençaL 6

changé la diphtongue eieu oi (sauf devant n). Les conditions dans lesquelles cette diphtongue s'est constituée n'ont pas été les mêmes pour tous les endroits ; cependant ces questions ne sont, à Theure actuelle, pas encore assez éclaircies pour être traitées ici sommairement. Nous nous contentons de renvoyer le lecteur aux remarques importantes faites par Schuchardt *. Il est aussi très difficile de dire si, dans un cas particulier, la simultanéité de oi et de ei s'explique par un développement phonétique régulier dans l'ancien dialecte, ou si oi s'est introduit sous l'influence d'un autre dialecte assez puissant pour agir sur le premier, ou bien sous l'influence de la langue littéraire.

Tout d'abord la Gaule entière a prononcé e (lat. ê, ï) en syllabe libre. Ce son e s'est maintenu dans le provençal (fe FiDEM, deu débet). Le français et le moyen-rhodanien ont changé cet e libre en ei (fei, deit), et tout l'Est de la France a encore changé (sauf devant une nasale) cet eien oi (foi, doit).

Ve provençal se trouve jusque dans les endroits suivants : Lesparre (Gironde), Angoulème (Charente), Nontron (Dordogne), Limoges (Haute- Vienne), Chénérailles (Creuse), Riom (Puy-de-Dôme), Sauxillanges, Brioude (Haute-Loire), Saint-Sauveur-en-Rue (Loire), Saint- Vallier (Drôme), Romans, Briançon (Hautes- Alpes).

La prononciation oi de ei se trouve à l'intérieur d'une ligne qui comprend encore : Abbeville (Somme), Amiens, Beaupré (Oise), Clermont, Pontoise, Mantes (Seine-et-Oise), Paris (Seine), Château-Landon (Seine-et-Marne), Orléans (Loiret), Beaugency, Saint- Aignan (Loir-et-Cher), Villantrois (Indre), Levroux, Sancoins (Cher), Bussières près Culan, Autun (Saône-et-Loire), Louhans,. Saint-Claude (Jura), Lons-le- Saunier, Besançon (Doubs), Baume-les-Dames, Saini-Imier (Suisse).

L'ancienne prononciation se trouve dans l'Ouest jusqu'aux

1) Danjs la Zeitschrift fur vergl. Sprachf., xx, 262.

endroits suivants (inclusivement) : Le Tréport (Seine- Inférieure), Gisors (Eure), Évreux, Nogent-le-Roi (Eureet-Loir), Chevreuse (Seine-et-Oise), Étampes, Chartres (Eure-et-Loir), Blois (Loir-et-Cher); dans l'Est, depuis la Lorraine méridionale jusqu'à la Savoie*.

Ei se rencontre en outre le long de la frontière de Ve provençal, à La Rochelle (Charente-Inférieure), Cognac (Charente), Confolens, Buzançais (Indre), Montluçon (Allier), Saint-Bonnet-le-Château (Loire), Grenoble (Isère), Saint- Jean-de-Maurienne (Savoie).

Les Celtes de la Bretagne orientale, romanisés depuis le xe siècle, sont appelés Gallo, fém. Gallaise; on retrouve évidemment dans ce terme une forme plus ancienne GalloiSy fém. Galleise, preuve que ai devenait oi seulement dans certaines conditions (que Ton n'a pas encore déterminées). Un phénomène tout à fait analogue se produit pour eu venant de ou.

A Orléans et dans un domaine qui s'étend plus loin encore, ei devant r reste d'ordinaire, et devient volontiers ai ou a, mais non oi (dans Guill. de Lorris, on trouve arder à la rime).

Ou s'est développé de o de la môme façon que ei de e (mais non toutefois devant n) ; dans l'Ouest seulement ou est inconnu. Oi de ei a comme parallèle eu de ou; toutefois le domaine de eu est beaucoup plus restreint : il comprend un territoire s'étendant de Lille à Bourges et enfermant aussi Paris ; mais il est diflScile d'en indiquer exactement les limites, parce qu'il y a incertitude dans les textes du moyen âge, ce qui fait soupçonner que parfois on prononçait l'o de or, par exemple, comme Veu du français actuel. Si eu et u se trouvent aujourd'hui dans le département du Doubs, nous supposons que ces sons n'ont dû résulter que plus tard de la diphtongue ou du moyen âge. Il n'y a pas lieu de croire ici à une influence de la langue littéraire (à laquelle on ne

1) Mkybr, Gramm.y i, § 76.

pourrait songer, par ex. lorsqu'il s'agit d'un nom de forêt, qui était au xiiio siècle Chaillous, auj. Chaillu),

ô libre devant r est devenu eu dans un territoire qui s'étend depuis le Tréport et Yerviers jusqu'à Bourges, vers le Sud (eure, horam; seigneur, seniorem). La limite Ouest de eu renferme Le Tréport (Seine-Inférieure), Amiens (Somme), Beauvais (Oise), Gisors (Eure), Vernon, Évreux, Dreux (Eure-et-Loir), Chartres, Orléans (Loiret), Beaugency, Bourges (Cher). La limite Est renferme Verviers (Belgique), Namur, Givet (Ardennes), Mézières, Reims (Marne), Jouarre (Seine-et-Marne), Provins, Nogent-s-Seine (Aube), Château- Landon (Seine-et-Marne), Montargis (Loiret), Bourges.

A Liège on trouve deus et leur dès le xiii« siècle. D'autre part se présentent cependant dois, loir ; et les noms de lieux Heurûj Oire (? Ora), Odeur, Odoir (ail. Elderen) montrent cette alternance entre oi et eu. Pour Troyes, la question ne peut être tranchée ; les documents de cette ville ne le permettent pas : la charte de 1230 * a toujours eur ; les documents antérieurs à 1285 * ont surtout or ; peut-être ces derniers, qui semblent plus marqués d'une empreinte locale, sont-ils plus caractéristiques. — Dans Chrétien de Troyes, on trouve, d'après W. Fôrster ^, seus de solus, à côté de sole = solam (-eus de -osus, à côté de -or = -orem). C'est ainsi qu'aujourd'hui encore, à Baume-les-Dames, on dit hureux (heureux) à côté de oure (heure), et en Saône-et-Loire coraigeu (courageux) à côté de heurouse (heureuse). Comme eu est la continuation d^une diphtongue ou provenant de ç, il est probable qu'ici la diphtongaison a été empêchée par Va de la syllabe atone suivante (comme dans Gallaise) *.

Comparez aussi les noms de lieu correspondant au latin lupus, et devenant tantôt lou, tantôt leu *.

1) BibL de VÉcole des Chartes, 1855, 143.

2) Mèm. de la Soc. de VAube, t. xxl

3) Cligès, p. lviii.

5) V. Gaston Paris, Romania, x, 50-1.

Dans Marguerite d'Oingt, o est passé à ou diphtongue, dont rintroduction est toutefois gênée par Vs de flexion : nom. amora, ace. amour, ace. pi. meliors, ace. sg. menour; masc. espos, fém. espousa.

Actuellement le domaine de la forme -eur s'est étendu vers rOuest et a gagné Blois, la côte de Normandie et même l'île de Guernesey.

Un autre changement important, c'était encore la réduction de iei (résultant de e + i) à i ; dieis (= decem) dis, lieit (= lectum) lit ; et la réduction analogue de uei (résultant de ô + i) à Ml : nueit (noctem) nuity pueis (postea) puis. Ce phénomène s'observe sur un territoire un peu plus étendu que celui où l'on trouve eu; c'est une bande de terrain, conmiençant à Fécamp et à Namur dans le Nord, et finissant, au Sud, à Bourges, Nevers et Autan. La ligne de Fécamp à Bourges passe un peu à l'Est de Bernay, Évreux, Vaux-de- Cernay^ Étampes et Orléans ; celle de Namur à Autun, à l'Est de Valenciennes, Saint-Quentin, Reims, Sainte-Menehould, Châlons-sur-Marne^ Joinville, Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine et Tonnerre.

37. La langue littéraire étant sortie du dialecte francien, nous devons nous demander à l'intérieur de quelles limites se parle ce dialecte. Du côté du Nord, son domaine est facile à déterminer, car il s'arrête de très bonne heure aux endroits où commencent les sons picards ca (cambre) et ck (ckiel) ; par conséquent ce dialecte se parle dans le département de l'Oise, encore à Senlis, mais n'atteint plus Clermont. A l'Est, il doit avoir à peu près la même extension que eu = o. Cependant le parler de Provins offre déjà des particularités qui le distinguent de celui de Paris : ainsi l'article lou, oi dans voille = viGiLAT. Vers le Sud, on peut étendre le francien jusqu'à la région d'Orléans ; mais Orléans se différencie déjà par l'accentuation des désinences dans les troisièmes personnes du pluriel, et par l'absence de oi devant r {poeir, ordinairement poer = franc, pouvoir). Quant à la frontière Ouest, on peut

rétablir d'après quelques faits particuliers ; par exemple, à Chartres ë + i ne devient pas i ; à Évreux, on dit ca- comme en picard ; enfin Gisors et Rouen conservent la diphtongue ei (au lieu de oi). D'après cela, nous pouvons considérer comme principaux caractères du francien : cha = ca, i = ë + i, eu = 9, oi (depuis le xiii® siècle et dans des conditions déterminées) = ei.

38. Aux différences déjà indiquées, nous en ajouterons quelques-unes propres à des régions moins étendues. Dans l'extrême Nord, e passe à i§ ; ex. : Pierre de terram, ieaire de ESSERE. Ce phénomène est particulier au Hainaut et au dialecte wallon. A Saint-Omer cet ie se présente si rarement, que nous ne pouvons l'attribuer au dialecte de cette ville. De même Arras, Saint-Quentin, Mézières ne connaissent plus ie. En revanche, il se trouve à Aire (Pas-de-Calais), à Lille, à Douai, à Cambrai, à Avesnes, à Maubeuge, à Namur, à Liège, et dans les villes de Valenciennes et de Mons, comprises dans le cercle formé par les localités ci-dessus.

Un trait persistant propre au wallon c'est la conservation jusqu'à nos jours de Vs devant les explosives sourdes. Cette question a été traitée par Kôritz*, et nous pouvons préciser davantage sa délimitation locale en ajoutant ce détail, que Vs sonne encore aujourd'hui à Mons, Avesnes, Revin (Ardennes), Bouillon et Neufchâteau, mais ne s'entend plus à Valenciennes, Cambrai, Vermand et Florenville.

Un autre phénomène particulier, c'est le son i, qui se trouve en wallon et en lorrain après toutes les voyelles, par exemple pluia = plus, fuit = fuit, toiz = totos, toist = TOSTUM, jai = JAM, pairt = partem, beiste = bestiam, meit = MiTTiT, teil = talem. Après e correspondant à a libre latin (teil = talem, peire = patrem, meir= mare), ce son est propre à un domaine qui s'étend jusqu'à Saint- Quentin et Saint-Omer. Après les autres voyelles, il ne se

1) Ueber dos S cor Komonant im Franzôslschen, Strasbourg, 1885.

trouve qu'au bord Est du territoire linguistique situé entre Liège et Poligny, et comprenant, vers l'Ouest, Verdun, Joinville, Auxonne. Toutefois, son emploi n'est pas partout également commun ; c'est à Metz qu'il est le plus fréquent.

Ce qui est tout à fait remarquable, c'est qu^un dialecte allemand connaît aussi ce son i ; c'est le dialecte appelé niederrheinisch (mittel/rànkisch) immédiatement limitrophe des bords Est du domaine français ; il se parle surtout à Trêves et à Cologne. Dans un poème de Cologne, Y Ursula *, on lit par exemple les formes suivantes : luide, troist, moicht, dair, hait, eirde, keirt. Le son i se présente donc ici dans les mêmes circonstances qu'en roman. Il n'est pas moins fréquent à Trêves, qui est encore plus près de la frontière romane. On lit, par exemple, dans un document de 1318* : huis fuirsteyn (Fûrsten) doin hain eirzehischof intheilden eirsamen, et la date : druzein hundertjair und echtzeinjair. Déjà le plus ancien document de Trêves, de l'année 1248^ présente de semblables exemples (vuir, doitj ain).

A moins de faire remonter à un dialecte celtique ce trait commun aux langues romane et germanique de la frontière, et qui doit évidemment avoir pour cause une disposition particulière des organes vocaux, il faut supposer une influence germanique subie par le roman. Il y avait autrefois dans la région dont il s'agit des colons allemands, tout comme dans la Flandre française, par exemple; il est donc bien permis de supposer que ces colons, obligés d'avoir des relations continuelles avec les localités romanes du voisinage, et, par conséquent, d'employer la langue romane, ont peut-être transporté dans cette dernière une particularité propre à leur idiome maternel. Ce n'est pas à dire, bien entendu, que ce soient les colons allemands eux-mêmes qui aient établi cette particularité partout où nous la constatons : une fois la première impulsion donnée par eux, le son i a

1) V. ScHADE, Gelstllche Gedichte com Niederrhein.

2) Dans Hôfbr, Auswahl, Hambourg, 1835.

fort bien pu se propager naturellement dans des endroits où n'habitait aucun Allemand ; et, en ce qui concerne l'emploi de ei = a, il y a tout lieu de se demander si ce phénomène (qui s'étend même aux Flandres) a absolument la même origine que uiy oi, ai, etc.

Les dialectes bourguignons offrent à peine quelques traits phonétiques par lesquels ils se distinguent du lorrain.

L'un des principaux est l'emploi du son oi pour ï, qui semble n'être pas connu du lorrain ; on le rencontre en Bourgogne et même, vers l'Ouest, jusque dans la direction du Berri (Macé de la Charité) ; il est surtout fréquent devant rdz (coirge = virginem), ndz (venoinge = vindemiam), ntë (dimoinche = dominicum), devant dz (noige = niveam), të (soiche = siccam ; croiche, fr. crèche), sm (quaroisme, lat. ë), de même que dans voive (viduam).

La terminaison latine -ittum se présente surtout avec un a en lorrain, et avec un o en bourguignon ; toutefois le lorrain connaît aussi o et le bourguignon aussi a ; et un simple coup d'œil jeté sur les patois actuels* nous apprend que la différence des sons entre les deux dialectes est loin d'être assez nette pour qu'on puisse l'établir d'une manière absolue, en quelques lignes seulement.

C'est plutôt dans des particularités déformes et de syntaxe qu'il faut chercher la véritable différence du lorrain et du bourguignon. Lor servant de cas régime au pronom (accentué) de la troisième personne (a lor, de lor), commence à apparaître dans le coin Sud-Est du département des Vosges ; de là, il s'étend jusqu'aux frontières du moyen-rhodanien, pour se continuer ensuite dans ce dernier dialecte et dans le provençal. La première personne sing. du présent en -ois, dans la première conjugaison, constatée par Fôrster dans VYzopet, 3s explications : ainsi Mussafia l'attribue à Tinbjonctif (à la fois bourguignon et lorrain) en

itois lorrains, p. 349.

-oice, 'oisse (combinaison de soie + face) ; peut-être aussi cette désinence a-t-elle été influencée par l'existence de formes comme vois à côté de formes à terminaison accentuée comme alons, aler, etc. On trouve -ois dans les Coutumes de Salmaise (je quitois, delivrois et laissois), dans le Cartulaire deVévèché d^Autun^, dans les documents de la Haute-Saône (Vesoul, Faucogney) et à Montbéliard ; de même chez le poète Priorat de Besançon, qui fait dire au traducteur de Végèce (Jean de Meung) : je translautois.

39. A l'aide des indications précédentes, on pourrait arriver à localiser, au moins approximativement, un texte d'après les sons qu'il présente. La réunion du ca- picard avec iç provenant de e indique le Hainaut, celle du même son avec ei (non oi) provenant de e, indique la Normandie orientale ; avec iei (non i) provenant de e + ï» la Normandie occidentale. Ce son iei (ie, ei) s'étend de cette région jusque vers celle du provençal, et se combine, au Sud de Bressuire, et dans cette ville même avec le g des parfaits en ui. En Berri commence à apparaître oi, de ï entravé, qui se dirige de cette province dans la direction de l'Est. En Berri ô + l' devient io, par exemple : orguios (= orgueil), rios^ ^ vult ; de même encore hiost = bullit (mais dans l'Est vuet =^ vult ; dans l'Ouest, et le Nord, veut).

En Bourgogne, al devient aul (aule = fr. halle, seaul = sigillum) comme en Lorraine. En Berri aussi Vi parasite du lorrain et du bourguignon [pairt, muir) est inconnu. Les Wallons enfin se rencontrent avec les Picards pour l'emploi de iç = e et de ent (non ant) ; — avec les Lorrains, pour les emplois de cha = ca, et de Vi parasite ; — tantôt avec ceux-ci, tantôt avec ceux-là, pour le traitement de e + i (tantôt ei, tantôt i). Mentionnons encore l'absence de la vocalisation de l en a dans les dialectes orientaux, qui étouffent le son de l devant les consonnes en allongeant la

1) Page 300.

voyelle précédente : chevals, tels, mielz, vuelt^ sonnent en Wallon et en Lorrain comme checâs, bès, mièz, vuèt. De là vient aussi qu'on ne prononce pas / dans le nom de ville Bel/ort.

BIBLIOGRAPHIE

Nous ne pouvons énumérer ici tout le matériel des sources servant à Tétude des anciens dialectes de la France. Il consiste en quelques manuscrits, dans lesquels la teinte dialectale est nettement marquée, et dans les documents ou chartes. Parmi les nombreux ouvrages qui contiennent des documents, citons en seulement trois, qui tiennent compte des différences locales : P . Meyer, Recueil d*anciens textes (Paris, 1874, n'a pas encore entièrement paru) ; Musée des archives départementales (Paris, 1878) ; et Luchaire, Recueil de textes de l'ancien dialecte gascon (Paris, 1881).

Les meilleurs renseignements sur les dialectes picards se trouvent dans Tintroduction de Tobler au Dit dou israi Aniel (2* édition 1884) et dans la Vie de saint Alexis publiée par G. Paris et L. Pannier (1872, p. 276). Citons encore G. Raynaud, Étude sur le dialecte picard dans le Ponthieu (dans la Biblioth. de l'École des Chartes 1876) ; et Suchier, éd. d'Aucassin et Nicolete (3« éd. 1889). Enfin les préfaces de Fôrster à ses éditions (Richart le biel^ Aiol, Cheoalier as deus espees) ne peuvent être oubliées.

Nous avons traité du wallon dans la Zeitschriftfàr rom. PhiL II. 255 sqq. — Voir aussi sur la phonétique wallonne Wilmotte, Romaniay xvn-xix.

Pour le lorrain, on a, outre les contributions de Bonnardot dans la Romania, ses éditions de la Guérite de Mets en 1324 (1875) et du Psautier (la seconde partie n'est pas encore publiée) ; en outre, Apfelstedt, introduction au Lothringischer Psalter (1881). — La langue d'un texte de la Franche-Comté est analysée par W. Fôrster dans la préface du Lyoner Ysopet (1882); le même auteur étudie la langue de la Champagne dans sa préface au Cligés de Chrétien de Troyes (1884).

Les dialectes du Sud-Ouest ont été étudiés par Boucherie, Le dialecte poitemn au XII P siècle (1873), et mieux par Gôrlich Die Sudwestlichen Dialecte der Langue d'oïl (1882 et Die Nordwestlichen Dialecte der Langue d*oïl (1886) ; par ces

derniers, il entend les dialectes de la Bretagne, de l'Anjou, du Maine et de la Touraine.

Pour les dialectes moyen-rhodaniens l'ouvrage le plus important est le mémoire, malheureusement resté inachevé, d'Ascoli dans VArchieio glottologico (m, 61); il faut citer en outre Philipon, Phonétique lyonnaise au XIV^ siècle {Romania, xiii, 542) ; et A. Zacher, Beitràge :sum Lyoner Dialekt (1884).

Des traits isolés de dialectes provençaux ont été examinés par Paul Meyer : permutation de ^ et r (Rom.,, iv, 184, 464) ; voy. en outre Thomas (vi, 261) ; la désinence de la troisième personne du pluriel (ix, 192) ; voy. en outre Armitage, 128.

P. Meyer a examiné {Romania, m, 433) une Charte landaise, et {Rom. y V, 367) une Charte du Pays de Soûle.— Un ouvrage fondamental sur le gascon, c'est Luchaire, Études sur les idiomes pyrénéens (1879). Mushacke a cherché à donner un exposé historique sur un dialecte particulier : Geschichtliche Entwicklung der Mundart von Montpellier (1884).

Pour l'étude des Patois, on peut se servir des textes parallèles, qui reproduisent un môme morceau en divers dialectes. La meilleure base de cette étude, ce sont les traductions de l'Évangile de saint Mathieu, que le prince L.-L. Bonaparte fit imprimera Londres ; ces traductions sont faites dans les dialectes des localités suivantes : Guernesey (1863), Amiens (1863), Jarnac (1864), Baume-les-Dames (1864), Marseille (1866). Comme sixième texte parallèle est venu s'y ajouter depuis, la Traduction de l'Ètangile selon saint Mathieu en patois bourguignon par P . Mignard (Dijon 1884), publié aussi dans les Mémoires de l'Académie de Dijon.

Pour les dialectes provençaux modernes, on trouvera certainement une riche source de renseignements dans la traduction du Salut à l'Occitanie de Florian, en 107 dialectes différents, préparée par A. de Gagnaud (de Berluc-Perussis). La première livraison parue {Salut à l'Occitanie, imité de Florian par Fortuné Pin, traduit en cent sept idiomes, Montpellier, 1886) comprend déjà 44 textes patois. — Une version en dialecte vaudois de Pinache et Serres,' dans le Wurtemberg, est imprimée dans le périodique Occitania (1887), p. 19-22.

Il faut ajouter encore, pour les dialectes français et provençaux, un certain nombre de textes du recueil de Papanti (Parlari italiani in Certaldo)^ à savoir : des textes de Celle San Vite (173) ; d'Aoste (490), cinq textes de la contrée de Nice (622, sqq.).

quatre textes wallons (704 sqq.), un texte provençal (712) et neuf textes savoisiens (718 sqq.).

Le recueil le plus riche consiste dans les Versions de l'histoire de Tenfant prodigue, qui fut traduite (en 1807) , sur Tordre du gouvernement, dans les différents dialectes de la France. Ces Versions parurent d'abord dans les Mémoires et dissertations pub l. par la Société royale des Antiquaires de France (t. vi^ 1824, p. 455 sqq.), puis aussi dans Coquebert de Montbret, Mélanges sur les langues, dialectes et patois (1831, p. 455 sqq.). Parmi les 86 versions du recueil, il faut mettre à part une version catalane, une génoise, deux ladines, de sorte qu'il en reste 82 pour le français et le provençal. Cfr. à ce propos de Tourtoulon (ouvr. cité, p. 7). Ces mômes textes ont été imprimés pour la troisième fois par L. Favre, sous le titre de Parabole de V Enfant prodigue en 88 patois divers de la France (1879), et aussi dans Favre, Revue historique de l'ancienne langue française, année 1878. Le recueil de Favre contient non 88, mais 89 textes, à savoir les 86 des Mémoires des Antiquaires excepté un (celui du Vigan), en outre un texte catalan, un autre du Pays d'Ouche (Eure) (par Veuclin, qui l'a réimprimé dans ses Récits villageois, Bernay, 1887), un de Saint-Maixent et un du centre de la Normandie (communiqué à M. Favre par M. Moisy, juge honoraire à Lisieux).

Ces collections ont été souvent complétées, surtout pour les territoires politiquement séparés de la France. Grandgagnage a publié 56 versions wallonnes de la parabole de V Enfant prodigue dans le Bulletin de la Société liégeoise de littérature wallonne (VII, 1870). Wilmotte y a ajouté une Version de Cou vin dans la Revue de V Instruction publique en Belgique (tome xxix, 1886). Stalder a publié 15 versions de la Suisse française {Die Landessprachen der Schiceis, 1819), et Bridel (Glossaire du patois de la Suisse romande 1866, p. 427). 30 versions dont quatre sont empruntées à Stalder, une à Hécart, une à Champollion- Figeac; deux sont ladines; restent 22 versions. Un texte de Saulny, près Metz, se trouve dans Jaclot, Les passetemps lorrains (1854, p. 59). — Un texte vaudois de Neuhengstett dans le Wurtemberg a été publié par Alban Rôssger, Geschichte a. Sprache einer Waldenser Kolonie in Wurtemberg (2* édit. Greifswald 1883).

Tarbé a imprimé 12 textes champenois dans ses Recherches sur V histoire du langage et des patois de Champagne (1851) ; parmi ces textes l'un (p. 153) avait paru dans les Mém, des Antiq. (vi),

et un autre (p. 139, note) déjà auparavant. Il y a 8 versions normandes dans l'ouvrage de Canel, Le langage populaire en Normandie (Pont-Audemer 1889), savoir, un texte reproduit d'après Pluquet, et sept autres nouveaux. 32 versions (la plupart gasconnes) se trouvent dans Luchaire Étude sur les idiomes pyrénéens (1879). Pour les autres textes parallèles, nous les rangeons selon Tordre alphabétique des départements auxquels ils appartiennent.

Basses-Alpes. Barcelonnette : Chabrand et de Rochas Aiglun, Patois des Alpes cottiennes, 1877, p. 158. — Hautes-Alpes. Trois textes dans les Lettres d'Êraste à Eugène ou Annuaire du département des Hautes- Alpes pour 1808, On retrouve ces trois textes avec cinq nouveaux dans Ladoucette, Histoire, topographie, antiquités, usages, dialectes des Hautes-Alpes (3" édit. 1848). Avec Tun de ces trois textes il y en a deux nouveaux dans Chabrand et de Rochas Aiglun. Citons ici aussi les deux textes vaudois publiés par les mêmes (p. 141 et 144), et les deux autres publiés par Biondelli, Saggio (p. 521 et 523). — Alpes-Maritimes, Nice: Toselli,/Ea/)/)or^ d'une conversation sur le dialecte niçois (1864).

— Calvados. Bayeux : Pluquet, Contes populaires (1834)^ et le môme. Essai historique sur Bar/eux (1829). — Cher. Asnièresles-Bourges : Pierquin de Gembloux , Notices historiques, archéologiques et philologiques sur Bourges (1840). — Côted'Or. Dijon : Amanton, Parabole de l'Enfant prodigue (2* édit. 1831), précédemment dans les Mém, de VAcad. de Dijon (1830). Saulieu : de Chambure, Glossaire du Morvan (1878). — Creuse. Saint-Yrieix-la-Montagne : Thomas dans les Arch. des Miss, (m, t. V). — Drôme. Crest (non Valence) : OUivier, Essais historiques sur la mile de Valence (1831). Trois textes de la Drôme dans Delacroix, Statistique du département de la Drôme (1835). — Eure. Pont-Audemer : Vasnier, Petit dictionnaire du patois normand (1862). — Gard. Cévennes : Monin, Étude sur la genèse des patois (1873). — • Isère. Deux textes dans Champollion-Figeac, Noucelles recherches sur les patois (1809).

— Manche. Val de Saire : Romdahl, Glossaire du patois du Val de ^atre (1881). — Marne. Courtisols : Mém. de la Soc. des Antiq, de France (v, 349). — Nièvre. Château-Chinon : de Chambure, Glossaire du Morcan (1878). Arleuf: même ouvrage.

— Nord. Avesnes : Mém, de la Soc. des Antiq, de France (x, 471). Région de Valenciennes : Hécart, Dictionn. rouchifrançais (3* éd., 1834).— Rhône. Lyon : dans Monin (v. Gard). Condrieu : Cochard dans VAlmanach de Lyon (1803). Saint- Symphorien-le-Château : môme auteur^ dans les Archives histo-

riques, statistiques et littéraires du départ, du Rhône (iv, 135 sqq.). Beaujeu : même ouvrage (xin, 167). — Savoie et Haute-Savoie. Région de Moutiers : Pont, Origines du patois de la Tarentaise (1872). Quatre textes dans la Statistique du département du Montblanc (1807). — Deux-Sèvres. Saint-Maixent : Mém. de la Soc, des Antiq, de France (i, 210). Bressuire : mAma Ka^i^eil . — Haute-Vienue. Limoges : Richard, Recueil de 267). En tout, 277 textes.

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