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CHANGEMENTS ASSOCIATIFS DANS LES FORMES DE FLEXIONS

A. — Le verbe

40. Les verbes se divisent, d'après la formation de leur parfait, en six groupes, selon que la troisième pers. sg. de Tindic. parfait se termine en àvit, dédit, ivit, en it, sit, uit. Les trois premières formes reportent Taccent sur la désinence, et caractérisent les conjugaisons faibles ; les trois dernières laissent l'accent sur le radical, et caractérisent les conjugaisons fortes. La formation en dédit repose sur une altération du lat. DiDiT, qui, dans un certain nombre de radicaux en d ou en t, fut identifié, pour sa voyelle et son accentuation, à DÉDIT : d'où VENDÉDIT pour Ic lat. VENDiDiT. La formation en VIT fut altérée et identifiée à vuit de la troisième conjugaison forte : par ex. cognovuit pour le lat. cognovit, expabuit pour EXPAviT. La formation en evit, qui, déjà en latin, était peu fréquente, fut entièrement proscrite. Les parfaits à redoublement furent, eux aussi, remplacés par de nouvelles formes, par ex. : pependit par pendédit (2® conj. faible), pupugit par puNxrr (2® conj. forte), cucurrit par curruit (3« conj. forte). Quelques restes affaiblis de stetit et de dédit rappellent seuls encore les formes à redoublement. Quant à la formation de la 1^^ conj. forte, non seulement elle ne reçut aucun développement, mais encore elle fut écartée de la même façon que la formation avec redoublement (par ex.

RESPONDÉDIT, DEFENDÉDIT pOUI leS parf. lat. RESPONDIT, DE- FENDIT) : il faut faire une exception pour les trois parfaits FUIT, FECiT, viDiT, que la langue conserva grâce à la fréquence de leur emploi.

41. Un fait qui n'est limité ni à une forme ni à une conjugaison déterminée, c'est l'influence exercée par le simple sur le composé ; déjà, vers l'année 100 après J.-C. *, cette influence a rendu au composé son ancienne voyelle et reporté l'accent sur le radical (recomposition). On ne peut méconnaître là un souvenir des dialectes osqueet ombrien, qui ne changeaient pas la voyelle du simple dans la composition. Exemples : attingit, déficit, requîrit, s'étaient formés de ÀD tangit, dé facit, réd quaerit, à une époque où la particule placée près du verbe avait encore sensiblement la valeur d'un mot indépendant, et portait l'accent principal : la langue populaire rétablit, par imitation du simple, les formes attan- GiT, prov. atanh, a. fr. ataint ; defàcit, disfàcit, prov. des/ai^ a. fr. desfait ; requaerit, prov. requer, a. fr. requiert. De môme adsatis, prov. assatz, f r. assez ; desuper, prov. de sobre^ a. fr. desseur ; dimedium de dimidium, prov. demieg, fr. demi présente seulement le rétablissement de la voyelle, l'accent n'ayant pas pu changer de place. — Dans les formes composées de CAPERE, on trouve rétabli l'accent, mais non la voyelle du simple ; ex. : recîpit, prov. recep, a. fr. receit.

Comme on l'a déjà vu par un des exemples ci-dessus, la préposition de- faisait volontiers place à la forme plus pleine DIS-; ex. : des/aire, desfendre (mais les formes modernes demander^ demeurer ^ décevoir ont conservé de-). De même, SUE fut remplacé par subtus (soztraire^ auj. soustraire =■ subtrahere) ; e par ex (eslire, auj. élire = eligere).

ïnfantem et ïnflat furent soumis au traitement ordinaire de la préposition ïn ; de là en fr. enfant j enfle. Cependant ces mots avaient attiré en provençal, avant la modification de î,

1) Seelmann, p. 60.

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la forme ïntus (ïntus, prov. ins). A cognoscere on a substitué CONNOSCERE.

Dans quelques verbes, à savoir : colligo, érigo, consuo, ÉXEO, PÉREO, la langue avait perdu le sentiment d'un rapport avecla forme simple (lego, rego, suo, eo) ; de là a. fr. cueil, auj. cueille, prov. erc, fr. couds, a. fr. is, prov. pier. Dans les deux derniers exemples, la forme latine a été si profondément usée par les altérations phonétiques, que la préposition seule a subsisté. Ici comme dans enjte = inflat, chauffe = CALFACIT, nous remarquons la contrepartie du fait que Tobler a appelé Tobscurcissement du suffixe (Suffixoerkennung) : de même que, quand les anciens suflSxes deviennent méconnaissables, on voit naître de nouveaux suffixes, — de même aussi lorsque les anciens radicaux deviennent méconnaissables, on voit naître de nouveaux radicaux. Nous devons également mentionner ici le français hénir, a. fr. beneïr = benedicere, et, une forme étrangère à la France, corner (esp., port.) = comedere.

42. Un fait non moins ancien a causé dans partire, sen- TiRE et d'autres verbes, la création de nouvelles formes sans i à la première pers. sg. du présent (parto au lieu de partio), à la 3® pers. pi. (partunt au lieu de partiunt), au gérondif (pARTENDO au licu dc partiendo), au participe présent (par- TENTEM au lieu de partientem) et au subjonctif présent (partam au lieu de partiam, etc.). Le français /aisais, a. fr. faiseie, ne peut se ramener qu'à facebam (non faciebam) ; de même le prov. /a^m (dial./arm). Il reste, sous la forme ancienne, par ex. venio, facio, habeo, debeo, sapio, doleo, valeo, video, AUDIO ; veniam, etc. ; mais veniunt fut chassé par VENUNT, prov. tenon, a. fr. vienent; venientem par venentem, prov. venen, fr. venant^,

43. Un autre fait encore nous conduit à une époque beaucoup plus avancée. Dans l'ancien français les formes de la

1) Cf. coNVENENTiAE, vii« siècIe. Voc.j II, 448.

plupart des verbes étaient divisées en deux groupes d'après le traitement subi par la voyelle sous Tinfluence de l'accent. C^est ainsi que, par ex., dans le verbe parler, les trois premières personnes sg. de l'indicatif présent parolj paroles^ parolet, la Supers, plur. parolent, le subjonctif /)aroZ^paro/«, parolt^parolené, la 2« pers. de l'impératif /)aroZe, étaient différenciées des autres formes parlons, parlez, parloue, parlai, parler, parlé. Dans aiu^, le présent se conjuguait : aiu, aiues, aiuet, aidons, aidiez, aiuent, La langue commença par réagir contre cette double série de formes, qui empêchait la conjugaison d'être homogène. La simplification eut lieu d'abord en provençal, qui ne présenta jamais que peu de conjugaisons de ce genre, et qui n'offrait pas, entre deux personnes, . des variations de formes pareilles à celles du français, par ex. dans aimet, amons ; peret, parons ; çoilet, celons ; pleuret, plorons ; etc. Là, chacune des deux séries de formes (3® pers. sg. : paraula, ajuda, prem. pers. plur. : parlam, aidant) fut agrandie jusqu'à former un verbe complet paraular, ajiidar d'un côté, parlar, aidar de l'autre.

En français, la tendance à l'unification se fit jour dans les différents verbes à des époques très différentes ; et onze verbes, d'un emploi très fréquent, dont les flexions primitives étaient profondément gravées dans les esprits, ont jusqu'aujourd'hui échappé à cette tendance (moritur, mueri; movet, muet; POTEST, puet ; vuLT, vuelt ; tenet, tient ; venit, vient ; quae- RiT, quiert; sedet, siet; appercipit, aperceit; bibit, heii; SAPiT, set, et les composés qui en sont formés, comme retj- NET, retient; concipit, conceit). Quelquefois même, les patois de nos jours conservent la double série des flexions de l'ancien français, là même oii la langue littéraire les a perdues ; dans le wallon actuel, on ne dit pas seulement ju mours à côté de mori, mais encore ju parole à côté de parler,

1) Non aju ; l'orthographe avec j est propre au provençal.

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ju live à côté de Içver; et même il s'est introduit ici un nouveau changement, grâce à Tintercalation , entre les groupes de consonnes, d'un e qui reçut l'accent selon les lois de l'accentuation française : par ex. ju mostérre=Mo(N)sTRO à côté de mosérer, ju troubélle = turb(u)lo à côté de troubler.

Dans le français littéraire, l'unification a commencé dès le xiie siècle. On rencontre dès cette époque, par ex., enuier, puierjaiuer(Ps, deMoniéh,; Vendée, Poitou), ceZe(Chev. ly.); plus tard, au xiii® s. joue, loue, parle (déjà en 1246, Actes du parlement de Paris); au xiv© sane, lave] au xv® sçaveni, viendrai, tiendrai, aimer ^, pleurer, demeurer, trouve \ au XVI® espère, pesé. Comme les formes à désinence accentuée sont les plus nombreuses, ce sont elles qui Font emporté dans la plupart des verbes. Dans quelques-uns, ce sont les formes à radical accentué qui ont prédominé, soit parce qu'elles étaient les plus usitées (aimer, aiuer, suivons, viendrai, tiendrai), soit parce qu'elles avaient servi à dériver des substantifs (enui, pui, aiue, pleur, demeur) qui à leur tour contribuaient à les faire prévaloir. L'emploi fréquent de il sied a entraîné l'introduction de la diphtongue au futur (siéra) *. Manduco se conjuguait en a. fr. : manju, manjues, manjuet, manjons ; dans manju (primitivement *mandu = lat. manduco) le y s'était introduit sous l'influence des formes accentuées sur la désinence.

44. Quelques verbes d'un emploi relativement peu fréquent ont adopté, dans toute leur conjugaison, le modèle d'autres verbes plus employés ; ainsi crembre = tremere, qui aujourd'hui, devenu craindre, se conforme partout à la conjugaison de plaindre; {ra)mentevoir=^ mente habere prov. mentaver, qui, en français, se conforme à la conjugaison de î^ecevoir, parce que les composés de habere étaient inusités :

1) Cependant Marot fait encore rimer il ame =: amat avec atne =

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