ANIMAM
2) De même en aUemand es zlemt a entraîné l'inflnitif zlemen.
de là à la V^ pers. sg. du présent ramentoif (Joinv.), au parfait ramentui, à l'infinitif mentoivre^ sous l'influence de reçoif, reçid, reçoivre. C'est encore ainsi que, surtout en lorrain et en wallon, les formes de possum ont souvent été refaites sur les formes de volo : puelt d'après vuelt; 3« pers. plur. puelent d'après vuelent; imparf. poZoïï d'après voloit; c'est là un phénomène qui se produit aussi en dehors de la France, dans le dialecte des Judicaries (dans le Tyrol).
Rappelons encore, parmi les phénomènes généraux, une tendance dominante dans toutes les langues romanes à l'exception de l'italien et du roumain ; c'est celle qui fait reporter dans les formes du présent l'accent de l'antépénultième sur la pénultième. Elle se manifeste plus sensiblement encore en provençal qu'en français : seminat, prov. seména, fr. sème; tremulat, prov. tremôla, fr. tremble', auctoricat, prov. autréja et autôrga, fr. octroie; humiliât (mot emprunté), prov. umelia, fr. humilie.
45. Première pers. sing. — La plus grande partie de la France a perdu la désinence o au présent de l'indicatif : la forme employée présente le radical pur. Cependant il existe ordinairement une désinence dans les textes picards, lorrains et franciens. Par ex., dans les premiers, on lit des/ench = DEFENDO, mech = MiTTO, arch = ardeo, sench = sentio ; dans les Sermons de saint Bernard defenz^ mezj, arz ; dans Pierre de Fontaines cuiz = cogito, demanz = demando. Il ne se présente de désinences dans les textes ci-dessus qu'après la consonne t (et après rf, qui devait, étant final, devenir t). C'est évidemment le besoin de distinguer les formes identiques de la l^e et de la 3® pers du singulier, qui a appelé ou favorisé le développement de la désinence ch ou z. Quant à son origine, on ne peut pas approuver l'opinion des savants qui supposent une influence de Vs de la 2« pers. sg. Nous sommes plutôt en présence d'un exemple curieux de de l'extension analogique que peut prendre un type unique : ce type était facio (picard fach^ autrefois faz) qui était
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le verbe exprimant l'activité de la manière la plus générale, et dont l'emploi syntaxique comme verbum vicarium était très fréquent; si bien que, à propos de tous les verbes de la langue, la pensée se reportait naturellement à facio. Cette explication * n'a pas été admise par tout le monde, et aujourd'hui encore beaucoup de savants en soutiennent une autre plus ancienne, d'après laquelle les formes aen» etparz, pic. sench et parch, représenteraient le développement direct et régulier de sentio et partio. Cependant cette dernière hypothèse est contredite par le fait que sentio et partio ont cédé la place à sento et à parto, non seulement dans le provençal, mais encore dans les autres langues romanes ; il n'est pas vraisemblable que la forme latine, abandonnée par tous les autres idiomes du domaine roman, se soit conservée isolément dans un dialecte unique.
A partir du xiii^ siècle, le z devient s; cet s est facultatif jusqu'au xvi® siècle, puis obligatoire en prose, dans toutes les formes de la 1^^ pers. sg. de l'indicatif présent, qui n'appartiennent pas à la 1'® conjugaison faible; ainsi il s'ajoute à sai, voi, sui, vieil, tien. La poésie seule se permet encore aujourd'hui les formes sans s dans des verbes finissant par une voyelle (sai coi) ainsi que les formes tien vien ; mais elle exige toujours suis.
Dans quelques verbes la désinence de la 1^« pers. sg. est c. Dans esparc = spargo, sorc = surgo, le c est primitif. Dans plane = plango, cenc = cingo, c n'a été conservé que jusqu'au jour où les formes (d'ailleurs non assurées) plane, eenc cédèrent la place à des créations nouvelles, empruntées aux autres personnes du présent (plans, cens ; plant, cent ; planons, cenons; etc.), c'est-à-dire aux formes plaign, ceign (au xiii« siècle plaing, ceing). Il est probable aussi que col- LiGO a eu primitivement la forme cote, qui a disparu ensuite devant cueilt refait d'après cueilz, cueilt. Je crois qu'à
1) Exposée par nous dans la Zeltschrlft de Grôber, m, 462.
l'époque où Ton disait encore plane, cenc, etc., le c fut transporté à tien, vien (d'où tienc, mené), et Ton créa même ainsi moerc (à côté de muir) = morior, et ierc = ero. Cette hypothèse a l'avantage d'expliquer comment il se fait que la désinence c ne soit jamais jointe à d'autres radicaux qu'à ceux terminés par r et par n.
Dans les verbes de la première conjugaison faible, qui présentent à la 2® et la 3® pers. sg. du présent un e atone dans la désinence, la langue a favorisé une autre formation de la première pers. sg. : au lieu de conserver la forme latine {ain = AMO, 2' pers. sg. aimes ; juz = judico, 2® pers. sg. juges; dqins :=doso, 2® pers. sg. dones; le/^:=LAwo, 2® pers. Sg. levés), elle a développé, sous l'influence de la 2® et de la 3® pers. sg., une forme en e (d'où aime, juge, done, lève), dont l'introduction est encore secœidée par la conjugaison du subjonctif mete, metes, metet = mittam, etc. Quelques exemples de l'ancienne formation furent tolérés jusqu'au xvi® siècle (je suppW dans Ronsard; je command^ dans Marot). Dans cette conjugaison les formes avec» n'ont existé qu'à l'état passager (ains = amo, gars =je garde).
A côté des formes régulières, le provençal en présente aussi d'autres en i ou en e : trobi, azori, vendis parti, sospire *, porte. E est la désinence régulière dans le dialecte auvergnat. Cet i ou cet e provient de quelques formes, dans lesquelles il était sorti de io, ou s'était maintenu après des groupes de consonne^ diflSciles (d'abord sous forme de o, puis sous forme de e) \feri = ferio, mori = morior, enclostre = inclaustro, tremble = tremulo, entre = intro ; cependant ces exemples ne sont ni assez nombreux ni assez usités pour expliquer l'extension de cet e ou i qui se trouve comme terminaison dans tous les verbes de la première conjugaison. Il est à remarquer que* la diphtongaison disparaît dans trobi, mori, voli (à côté de truep, muer, vuelh, suefri).
1) Après un i accentué on trouve le plus souvent e.
2) D'après les Ley^s d*amor, ii, 362.
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Un groupe remarquable, c'est celui que composent en français vois = vado, estais =■ sto, ruis = rogo, truis = TROPO, doins = donc, puis = possum, et aussi (en lorrain seulement) suis = sum. La désinence is n'était d'abord admise que dans puis = poteo * qui est à potes, potet ce que
DEBEO est à DEBES, DEBET Ct VOLEO à VOLES, VOLET (pOUr
voLo, VIS, vult). Le is depuis passa aux autres formes. Vn de doins est dû à un croisement de do (fr. dois, forme non prouvée) et de dono. Les variations de la voyelle (tantôt -ois, tantôt -uis) s'expliquent par des raisons phonétiques ; estois peut-être par analogie avec vois, comme estait avec vait, estont avec vont.
La conjugaison provençale vauc, vas, va (à côté de vai) a probablement été formée d'après le modèle de dao (roum. dau), DAS», dat; stao (roum. stau)^ stas, stat; nao, nas, nat; TRAHO (qui ne s'est pas conservé en roman, cf. prov. trac, a. fr. trai), trahis, trahit. De même fan (forme accessoire defatz = FACio) a eu comme modèle dao, etc. Le c final dans les formes accessoires vauc, estauc,fauc demande peut-être une explication phonétique (cf. trauc, ^raa = TRABEM). Possum a en provençal la forme pose, puesc, qui doit avoir emprunté son c kflorisc = floresco, hase = nascor.
Sum n'a suivi son développement régulier qu'en provençal {son, so) ; la forme soi doit sans doute son i à ai ou à dei. Le français sui a subi l'influence de fui, de même que les désinences de somes et estes ont aussi une certaine analogie à la 1^« et à la 2e pers. plur. du parfait.
46. Deuxième pers. sing. — La 2^ pers. sg. du parfait a perdu en français le t de la désinence, parce que dans tous les autres temps la 2^ pers. se terminait par s simple. Toutefois en provençal i s'est conservé, et s'est même ajouté à es, 2® pers. sg. du présent de sum (prov. iest). Le français tu es (à côté de ies) doit son e à la 3® pers. sg. (est).
3) Cf. Archic de Wôlfflin, ii, 46.
47. Troisième pers. sing. — Nous avons parlé plus haut de la chute du t. Nous ne mentionnerons ici qu'un fait remarquable, la façon dont le français a rétabli le t devant les pronoms personnels dans l'interrogation. Ce rétablissement du i s'est accompli au xvi® siècle, d'abord dans la prononciation, puis aussi dans l'écriture. Dans quelques cas particuliers le t était encore prononcé (doit-il, devait-il, doivent-ils, ont-ils) ; l'impulsion vint des formes de ce genre. De là a-t-il, donne-t-il, donna-t-il, voilà-t-iL Certains dialectes ont fait de ce til un mot interrogatif , qui est la contrepartie de l'affirmatif oïl.
L'existence simultanée du français /aiï = facit, dit ^ DiciT et de taist = tacet, loist = licet, et plaist = placet, n'est, croyons-nous, pas encore expliquée. Nous pensons que le développement phonétique des formes latines se trouve seulement dans taist, loist, plaist , et qu'au contraire fait et dit ont été reformés sur les infinitifs /<zi>e et dire. Les infinitifs TACÈRE, LICÈRE, PLACÈRE, a. f r. taisip, loisip, plaisir y ne comportaient point une formation de ce genre, et taire, loire, plaire sont probablement d'une date plus récente, et ont dû être d'abord d'un emploi restreint. Le provençal possède quatre formes aussi bien pour le type primitif que pour le type refait : fatz, foi ; ditz, di ; tatz, tai ; platz, plai (mais seulement letz) ; il a en outre la forme fa = facit d'après l'infinitif /ar.
48. Première et deuxième pers. plur. — Au présent de la seconde conjugaison latine (dont il ne s'est conservé, il est vrai, que trois formes, somes à côté de esmes, f aimes, dimes; estes, faites, dites), au futur (ermes =± erimus) et au parfait de toutes les conjugaisons, ces personnes ont conservé intégralement les désinences latines; c'est un phénomène qui demande encore une explication. Le provençal n'a pas épargné ces désinences; de là audivimus, prov. auzim, a. fr. o{d)imes; audivistis, prov. auzitz, a. fr. o(d)istes, formes pour lesquelles on voit que les deux langues se sont essen-
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tiellement séparées. En français on peut constater l'influence exercée par la 2^ pers. pi. sur la V^, par le fait qu'au xii^ siècle, peu de temps avant que Vs devint généralement muet devant les consonnes, cette 1^® pers. reçut un s : o(d)ime8 devint o{d)i8me$f amames devint amasmes, etc.
Les nombreux verbes dans lesquels la l^e et la 2® pers. plur. de l'indicatif présent se terminent en -imus, -ïtis ont, dans toutes les langues romanes, à l'exception seulement du roumain, refait ces formes sur le modèle de la deuxième conjugaison latine : sur tacêmus, tacètis furent reformés vENDËMus, vENDÊTis, prov. veodem, vendetz. Plus tard, en provençal et en français, des formes refaites sur ce modèle remplacèrent même sentïmus, sentîtis, prov. sentem, sentetz, et cela parce que les autres formes de ce présent étaient semblables à celles du présent vendo. On ne trouve la continuation diftcte du latin sentïmus, sentitis qu'en ancien lorrain, en gascon et en catalan.
Parmi les formes latines en îmus, itis, le français n'a conservé, comme on l'a vu, que facimus dicimus, facitis DiciTis (faimes, dîmes ; faites, dites) ; le provençal n'a conservé que sem, em = sïmus (pour sumvs), faim = facimus, faitz = facitis.
Il y a une région qui, d'après Chabaneau S peut être approximativement circonscrite et dont les patois actuels accentuent la 2® pers. plur. de beaucoup de verbes comme en latin. Elle s'étend depuis Lure (Haute-Saône) vers le Sud jusqu'à Saint-Etienne (Loire), Lyon et Saint -Maurice -de -l'Exil (Isère); elle comprend aussi la Suisse française. Telles sont, par exemple, les formes suivantes ^ : renies = redditis, prentes = prehenditis, petites = potestis, seutes :=z sequitis. Mussafia ^ croit que de semblables formes ne font en
1) Reçue des langues romanes^ 21, 152.
2) Dans VÉcangile selon saint Matthieu traduit en franc-comtois des environs de Baume-les-Dames, publié par le prince Louis-Lucien Bonaparte.
3) Prâsensbildung, p. 4.
réalité que continuer les fonnes latines; mais cette opinion nous paraîtra peu vraisemblable tant que nous ne connaîtrons point des formes correspondantes dans des textes du moyen âge. Si les légendes inédites en moyen-rhodanien n'en contiennent pas, il est permis de ne voir dans toutes ces formes que des imitations de faites^ êtes, dites, voites = viDETis, seùtes = sms, rédjouittes = regau- DETis, etc., semblent surtout n'admettre aucune autre explication.
Les formes françaises usitées aujourd'hui pour la première conjugaison faible présentent a devant le ss de la désinence : aimassions, aimassiez. Cet a ne peut pas être tout simplement identifié à l'a des formes latines amassemus, AMASSETis. Les plus aucicns textes français, surtout ceux des manuscrits normands du xii® siècle, oÉErent un i au lieu de l'a : amissuns (et aussi amessuns), amissiez (et ausfl amessie^). Cet i peut avoir pour origine aussi bien l'analogie de partissunsyfesissuns que l'action de ss sur Ve affaibli provenant de a. Cet i se maintient jusqu'au xvi^ siècle, et Robert Estienne ne mentionne encore dans ses paradignes que les seules formes aimissions, aimissiez, à côté desquelles cependant le xvie siècle connaissait déjà les formes actueDes.
Nous avons encore à discuter les trois désinences âmus êmiis et ûmus : cette dernière ne se trouve que dans sumus et seulement en français : car le provençal favorisa la forme sÏMUS, qu'Auguste employait (prov. sem em ; au contraire, le catalan dit som). En français, nous trouvons ons pour représenter âmus et émus ; on y voit une influence exercée par SUMUS* ; mais alors on serait en droit d'attendre, dans les dialectes où sumus devient somes, amomes de amamus. Cette forme se trouve en réalité sur un territoire qui s'étend de la Flandre à la Champagne, et sur ce territoire, l'alternance de
1) Peut-être y a-t-il lieu de noter, à l'appui de cette opinion, le fait, que les dialectes piémontais, lombard et rhéto-roman connaissent aussi des formes qui se ramènent à -umus.
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ornes et de ons a donné naissance aussi à sons à côté de somes. Pour ce qui est de la conservation de la désinence, en Flandre, la cause peut en être une influence germanique car rallemand avait aussi comme désinence de la première personne pluriel mes. L'orthographe conservam- Mus JOBEMMUS* n'cxpliquc rien, ni la présence de o, ni le maintien de Ve dans la désinence ornes. Il est probable que -ons et -ornes correspondaient primitivement au latin âmus (cfr. cantomps = cantamus à côté de devemps = debemus dans le Saint- Léger) ; et que Vd de àmus était exposé à devenir o, d'abord après les labiales, p. ex. dans amabamus (cfr. taon ;= tabanum), puis s'est changé en o dans tous les cas où cette transformation n'était pas empêchée par la présence d'un i semi- voyelle. De là résultent encore en lorrain et en champenois les formes simultanées amons = amamus et aiens = habeamus ; et sans doute aussi prions = precamur et metiens = mittamus^ qui indiquent qu'ici la distinction de ons et de iens est devenue (( dynamique », ayant servi à différencier l'indicatif et le subjonctif. Non seulement dans les dialectes cités plus haut, mais encore en wallon et en picard, et même sur le territoire le plus étendu de la langue d'oïl, on trouve iens comme désinence de la première personne pluriel de l'indicatif imparfait, du conditionnel, et du subjonctif imparfait, p. ex. aviiens = habebamus, avriiens = HABERE HABEBAMUS, amissiens = AMAVissEMUS, vcn- . dissiens = vendidissemus, oûssiens = habuissemus. Ici iens s'explique sans difficulté par la chute de b dans la désinence de l'imparfait ebamus, qui, à son tour, reste à expliquer. Au subjonctif imparfait, iens ne peut dériver phonétiquement de ëmus ; il a été transporté du présent du subjonctif à l'imparfait, à une époque où les Picards et les Wallons avaient encore aussi des formes comme aiens faciens, et cette époque, à en juger par le
1) SiTTL, Lokale Verschied.^ 61.
posciomes du fragment de Jonas, est très éloignée. La désinence émus existe encore dans toute sa pureté^ à Orléans, où nous trouvons osiains, menains comme première pers. plur. du subjonctif présent de oster, mener.
En Normandie et en France, ons a été étendu à tous les temps (à l'exception seulement de l'indicatif parfait) ; cependant même ici, iens, qui s'employait dans un domaine étendu, a exercé son influence, et a déformé en ions le ons de la première pers. plur. du subjonctif. Les plus anciens exemples de cette désinence se trouvent dans la Glossa magistralis in psalmos (première moitié du xnf siècle) : faciom^ metiom. Il est vraisemblable que ions est résulté d'un croisement des subjonctifs champenois laissiens, eûssiens, et des franciens laissons, eilssons. Les documents parisiens admettent encore souvent au xiv© siècle la permutation de -ions avec -iens (par exemple ar/e/is, plus rarement aye/is), avant que -ions prenne seul toute la prépondérance. Ce n'est que peu à peu que ions a commencé ensuite à dominer au subjonctif ; et au xvi« siècle encore, on employait à ce mode laissons, aimissons, à côté de laissions, aimissions.
A la deuxième personne du pluriel, les désinences latines étaient, à l'exception du parfait et du présent de la troisième conjugaison latine, atis, êtis, îtis. Comme imus disparut devant émus, de même Itis disparut devant êtis (excepté en ancien lorrain, en gascon et en catalan).
En français, à la désinence atis correspond régulièrement ez, pic. es, et, après les consonnes qui développent un i, iez, pic. iés ; à la désinence êtis correspondent eiz (oiz), pic. ois, La distinction de ces deux désinences subsiste en- .core dans beaucoup de textes, à peu près fidèle aux formes primitives. Les dialectes adoptèrent ensuite ez (iez) pour l'indicatif, oiz pour le subjonctif, de sorte qu'on trouve à l'indicatif metez à côté de amez, au subjonctif metoiz à côté de amoiz. Il est permis de présumer qu'ici la forme oiz = etis, désinence unique à la deuxième personne pluriel à
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l'imparfait du subjonctif, a été adaptée par la langue au présent du subjonctif.
Dans le français littéraire, comme ons fut généralisé pour la première personne, ez [iez) le fut pour la deuxième. Déjà l'auteur de St- Alexis emploie à la rime trônerez = tropare HABETis : or, précisément pour cette forme (deuxième personne plur. du futur), la langue du xii® siècle hésite encore entre ez et eiz ; il en est ainsi jusqu'à une époque postérieure où eiz disparaît entièrement de la langue littéraire de la France.
En provençal on trouve une différence digne de remarque entre la prononciation de -e/^= etls à l'ind. prés, (acetz), et de -etz = etis au subjonctif présent (ametz), au subjonctif imparfait (amassetz) et au futur [amaretz]. Ces trois formes présentent la prononciation fermée correspondant à l'origine de Ve, Au contraire, avetz et les formes analogues de la deuxième personne pluriel de l'indicatif présent offrent ç que l'on a, sans doute avec raison, rapporté à l'influence de çtz = EST1S. La deuxième personne pluriel du futur n'étant pas atteinte par cette influence, doit certainement déjà avoir eu la forme simple (amaretz y non amar avetz).
49. troisième personne du pluriel. — Cette personne a en latin pour désinences ant, eut, unt. Nous avons vu plus haut qu'à la première et à la deuxième personne pluriel de l'indicatif présent, la troisième conjugaison latine adopta les formes de la seconde : vendèmus vendètis. A côté de ces personnes, la troisième personne pluriel était restée sous l'ancienne forme vendunt et la conjugaison émus, etis, unt s'appliqua aux quelques présents de la seconde conjugaison latine. De là vient qu'on lit des formes comme debunt HABUNT dans la Lex Salica. Comme, en français, la voyelle atone de la désinence devenait uniformément e S on ne peut plus se rendre compte de cette assimilation; mais on la
1) Les voyelles pleines ne subsistaient à la troisième pers. plur. que dans les départements du Jura et de Saône-et- Loire.
constate en provençal, où les trois désinences an(t) on(t) €n(t) sont encore distinctes.
An est resté sans altération au Sud-Oaest et dans les Pyrénées ; dans le reste du territoire, il a été supplanté par on, à différentes époques ; il le fut très tôt à l'Est du Rhône S et beaucoup plus tard dans la Haute-Loire. En gascon et en limousin, an, comme aussi on, passe à en*; cependant le limousin a conservé an à côté de en. Après un i accentué, an et on sont également devenus en, au xiv® siècle, en Languedoc et en Provence (arfen = habebant). Anne se reconnaît plus du tout dans un domaine qui comprend les départements de la Lozère, du Lot, du Tarn-et-Garonne, du Tarn, de la Hadte-Garonne et le Nord de TAveyron.
SuNT devient en provençal, dans les dialectes du Nord sonty dans ceux du Sud son ou so.
Habent, faciunt, vadunt, stant deviennent en provençal an, fan, van, estan ; cependant une autre forme existe encore au(n),fau(n), vau(n), estau(n), et celle-ci en a attiré d'autres (siau k AlsLis, faziau dans le Tarn). Aujourd'hui encore on dit dans le Cantal au et siau (cette dernière forme est aussi en usage -dans TAveyron). Les formes provençales au(n), fau(n), vau(n) reposent sur habunt, facunt; an, Jan^ van ont ou bien allégé au en a (cf. anta de aunta, got. haunipa *, fr. honte), ou bien subi l'influence de stant. Les formes françaises sont ont, font, vont, estont, et se ramènent aunt, à faunt, vaunt, ou bien sont calquées sur sont =