‹ Le français et le provençalChapitre 15 sur 36 · SUNT · texte numérisé non relu

SUNT

Souvent la 3© pers. plur. a été refaite à l'aide de la 1^ et de la 2o pers. plur., ou d'autres formes : l'a. fr. dient est la suite de dicunt, mais le prov. dizon (d'après dizem^ dizetz), et le français moderne disent (d'après disons) sont de formation nouvelle. De même pour le ^xoy, floriscon = florescunt

1) Toutefois, cf. Romania, xiv, 277.

2) V. Romanla, ix, 192.

3) Pron. hauniiha avec th anglais fort.

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et le prov. florisson. Ta. fr. florissent ; l'a. fr. sevent = sa- PUNT (pour sapiunt) et le français moderne savent.

50. A l'iMPARFAiT, après la supplantation de la désinence ieham par iham, on eut simultanément les trois désinences abam, eham, iham ; cependant presque partout -iham s'est confondu avec eham : en français sous la forme -eie (= eham avec la perte très rare de 6), en provençal sous la forme -ia (= iham). Quanta -e/e et -loe, ils ne se trouvent qu'en lorrain, en moyen-rhodanien et en gascon (gasc. ahé = habebat, sentibe = sentiebat), où ils continuent le latin -ebam et -ibam.

De -abam est résulté en gascon -aua, en béarn. -abe, en prov. -ava, en franc, de l'Ouest -otte, en franc, de l'Est -eve. Le normand -oae n'est qu'une continuation dans le Nord du gascon -aua ; le lorrain -eve, une continuation du prov. -ana ; de sorte que la France, dans ce cas particulier, n'est pas partagée entre le Nord et le Sud, mais entre l'Est et l'Ouest. Les désinences françaises -oue et -eve ont peu à peu été remplacées par -e/e, qui, au xii®-xiiio siècle, devint -oie; ce changement eut lieu d'abord en picard et en français : déjà Gautier d'Arras et Garnier de Pont-Sainte-Maxènce ne connaissent plus que -oie (Garnier -eie), -eve s'est maintenu dans un petit territoire au Nord-Ouest (Namur, Liège, Malmédy), et, jusqu'au xiii« siècle, aussi, à Metz. Un exemple tardif de cette désinence, de provenance messine, c'est Jiancece de l'année 1291 K

La désinence -oie devint -oi par suite de la perte de Ve, Dès le début du xvi^ siècle -oie dissyllabe devient rare, et oi prend, devant les voyelles, c'est-à-dire quand il est en hiatus, Vs de la 2e pers. sg., qui plus tard sera d'un emploi général dans l'écriture.

La perte de -abamus, -abatis est une marque distinctive de tous les dialectes français ; déjà avant la période littéraire,

1) Dans les Preuves de l'histoire de Mets, p. 236 ; cf. cenioet de ran 1280, p. 221.

ces désinences avaient été remplacées par -e(b)amus, -e(b)atis, d'où iëns (ions), iëz,

51. Au PARFAIT, le r a disparu partout. Le provençal possède en propre la concordance de la première et de la seconde conjugaison faible; le français, celle de la seconde et de la troisième. Le provençal présentait dans la seconde conjugaison faible la voyelle ^ à la 1^^ pers. sg., à la 3® pers. sg., à la 3« pers. plur. : rendei, vendçi/ vendçron ; il a introduit e dans les personnes qui^ originairement, avaient e, d'où vendest au lieu de cendest, etc. Il subit à la première conjugaison faible une contraction de ai en e [amçt = ama[v]it), en eik la finale (amçi = ama[v]i). La concordance de la première et de la deuxième conjugaison faible pour quelques formes a ensuite entraîné l'identification des terminaisons des autres formes.

En français, la concordance de la deuxième et de la troisième conjugaison faible ne s'est réalisée qu'à l'époque littéraire. Le parfait de la deuxième conjugaison faible se conjuguait d'abord de la façon suivante : vendi, vendis j vendietj vendîmes, vendistes, vendierentj subj. vendisse, de vendédi, vENDEDisTi, VENDÉDiT,etc. Lcs formcs avcc ie se maintinrent, par exemple, à Blois, à Provins et en Berri, jusqu'au xiii® siècle ; en picard elles disparaissent dès le xii«. Là où elles se maintinrent, ie a pénétré aussi à d'autres personnes (V^ pers. plur. vendiemes, 3« pers. sg. du subjonctif vendiest) ; là où elles tombèrent, elles furent remplacées par des formes nouvelles avec un i : vendit^ vendirent.

Quelques dialectes allèrent même jusqu'à assimiler le parfait de la première conj. faible à celui de la deuxième et de la troisième : j*aimi^ tu aimis, il aimit, etc. De telles formes ne sont pas rejetées même dans la langue littéraire aux xve et xvi* siècles, et les grammairiens du xvi® siècle les admettent dans leurs paradigmes. Plus tard elles furent de nouveau bannies de la langue cultivée ; mais beaucoup de patois les ont conservées.

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Ce n'est certainement point un fait accidentel si les textes d'ancien français ne présentent ce changement qu'après une palatale : tu pechis dans le DiaL Animœ et Rationis, encarqui dans le Jeu de Saint-Nicolas de Bodel, obligi dans Renart le nouveau 6750. C'est vraisemblablement la prononciation pecA/er ou j>ecAt> à l'infinitif qui a entraîné la création de semblables parfaits.

La première personne sing. en i se maintient jusqu'au xvi« siècle, où l'on admit devant les voyelles Vs de la deuxième pers. sg. (je vendis) ; le môme cas se présenta dans/e/a-s et dans les parfaits de la troisième conjug. forte.

La désinence latine de la deuxième pers. sg. du parfait, isti, devait devenir ist, de la même façon que le nomin. plur. du pronom isti eccisti^ fr. ist icist, prov. ist aicist, où Vi de la désinence a protégé contre tout changement Vi du radical. De là arsisti prov. arsist (à côté de arsest) ancien français arsis; vendidisti (prov. vendçst avec Vç des formes à radical accentué) fr. vendis. En français Vi s'est introduit aussi à la désinence de la deuxième pers. plur. (arsist es, vendistes prov. arsetz, vendetz), de là à la première personne pluriel (arsimes, vendîmes, prov. arsem, vendem), et est même passé de l'indicatif au subjonctif {arsisse, vendisse, prov. arses vendes). Un exemple de la forme non influencée, c'est le perdesse à^Eulalie (= perdidisset).

On a peine à expliquer le c ordinaire au provençal dans la troisième pers. sing. des première et deuxième conjugaisons faibles [anec à côté de anet, vendec à côté de vendet) et dans la première pers. sg. et la troisième pers. sg. de la troisième conjugaison faible (première pers. sg. partie à côté de parti, troisième pers. sg. partie à côté de partit parti). L'hypothèse d'après laquelle les parfaits en -ui (bec == bibit, crec:=^ crevit, c?ec = DEBuiT, sec = sedit) auraient servi de type à cette reformation en ecS n'est guère

1) Paul Mbyer dans VEncyclopœdia Britannica, art. Provençal language.

vraisemblable, parce qu'ici on ne trouve que e fermé, et que les parfaits ne présentent que e ouvert ; on pourrait alors invoquer avec à peu près autant de raison, tous les parfaits de la classe en -ui. W. Meyer ^ croit que le c ne se serait d'abord présenté que dans vie et qu'il aurait, de là, passé à la troisième pers. sg. de la première et de la deuxième conjug. faibles. Il voudrait ramener vie à vmuix. Mais la réduction à viDuiT rencontre beaucoup d'obstacles : cette forme manque en français; le provençal n'a pas les formes qui s'y rapportent, viduisti, etc. Il est évident qu'en provençal vidi a été soutenu par le parfait de la troisième conjug. faible, et que vi (vie) vist vi (vit) vim vitz viron ont suivi le paradigme Jtori (Jlorie)florist, etc. Ainsi ^oric n'a pas été formé sur vie, mais vie surfloric.

Peut-être doit-on, outre l'explication précédente, prendre encore en considération la suivante. Le c n'a certainement été transmis à la première pers. sg. florie que parce que cette pers. était identique à la troisième *, où le c existait depuis longtemps; mais les formes en ec sont celles qui se répandirent le plus loin et le plus abondamment. Aujourd'hui on dit à Forli mandep = mandavit, avec une désinence qu'Ascoli ramène kep = habuit. Le c du provençal n'appellerait-il pas une explication analogue? Peut-être a-t-on d'abord dit, à côté de estet = stetit, estee = stetuit (forme qui se retrouve en français et en catalan); et, de ce verbe très employé, l'alternance de et et de ee a pu s'étendre à d'autres verbes.

La première pers. plur. du parfait avait dans quelques conjugaisons conservé la même accentuation que la deuxième personne du plur. ; ainsi dans la première conjugaison faible française amames amastes prov. amem ametz, dans la troisième conjug. faible française oïmes oi'^^es prov. auzim

1) Zeltschrift, ix, 240.

2) On trouve un exemple de doniec = donavi, mais c*est évidemment une formation tardive.

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auzitz, et en français seulement, dans la troisième conjug. forte, otimes = habuimus, oiistes = habuistis. Les deux langues rendirent identique raccentuation dans les conjug. où elle ne Tétait pas encore : ainsi dans la deuxième conjug. faible (vendedimus), première conjug. forte (fecimus)> deuxième conjug. forte (arsimus), et, en provençal, aussi dans la troisième (habuimus).

A la troisième pers. plur. du parfait, il y avait primitivement une distinction entre prisdrent = prehenderunt, misdrent = miserunt, et distrené = dixerunt, dstrent = = arserunt, ^re/i^ = fecerunt; la langue littéraire normande assimila toutes les désinences à dlstrent (pristrent mistrent; cf. heneïstre de beneïsdre = benedicere à cause de conoistre) ; le picard et la langue parisienne du xiii® siècle, à firent {prirent, mirent R. Violette) ; cependant on lit encore nùstrent dans un document parisien de 1305 ^

Parmi les conjugaisons fortes, c'est la troisième qui fournit aux philologues le plus de problèmes, car c'est elle dont les formes ont eu le développement le plus accidenté. Nous avons traité ^ des parfaits en ui, et cherché à expliquer leur formation. Nous ne voulons pas répéter ici ce qui est dit dans cet article, mais nous profitons volontiers de l'occasion pour toucher à quelques points que nous avons omis alors ou au sujet desquels notre appréciation s'est modifiée depuis cette époque.

Le groupe td se prononce partout d'une seule syllabe, en gascon et en provençal avec un u semi-voyelle, en français et en moyen-rhodanien avec un û semi-voyelle. Tandis qu'en français cet û protégeait contre toute altération Vi formant le Second élément de la syllabe, le gascon et le provençal ont laissé ui devenir ue ; à la 2® pers. sg. seulement, il resta en provençal une forme accessoire avec uiy sous l'influence de

1) Bibl. de V École des Chartes, 41, 51.

2) Zeitschr.y ii, 255 sqq.

l'f de la désinence. Dans la première pers. sg. ui se trouvait à la finale, et son i (sur lequel agirent d'autres conjugaisons) resta pur jusqu'au jour où il tomba.

D'après ce qui précède, nous croyons que les formes provençales et gasconnes doivent avoir franchi, avant l'époque littéraire, les degrés suivants :

àgui, aigui de là prov. àgui^ aie gasc. âgu

agulsti, aguésti

aguist, aguést

agàst

àgue

ac

àgo

agtiémos

aguém

agôm

aguéstis

aguétz

agôiz

âgueront

àgron

àgon

A côté de ^^071 se présente en ancien gascon la forme refaite a^Jre/i (d'après/o/n,yb^^,ybren); àgu et àgo reportèrent l'accent sur la désinence, à une époque que nous n'osons préciser, les monuments poétiques faisant défaut.

En français et en moyen-rhodanien,^ ne se développa point devant ui, sans doute parce que dans ui le son û n'était pas identique à la semi-voyelle u des mots germaniques. Au contraire, de même qu'en provençal et en gascon, la combinaison de la consonne û avec la finale du radical qui la précédait fut empêchée par la victoire soit de l'un, sôit de l'autre de ces deux sons. C'était la finale du radical qui triomphait quand eDe était l, m,n,r: valuisti, voluisti, tenuisti devinrent valis, volisj tenis ; c'était la consonne m, quand le radical se terminait en latin par g, c, v, b, et, en français et en moyenrhodanien, par p. Tacuisti, habuisti, debuisti, sapuisti devinrent dans le dialecte wallon tawis, devais, sawis (prov. taguist, aguist, deguist, mais saubist).

En normand et en francien a devant w devint o (comme dans la désinence d'imparfait abam) ; plus tard seulement wi fut réduit à û, de sorte que nos formes sont empreintes, dans les dialectes en question, d'une marque beaucoup plus récente : ioûSj oûSj doiiSy soiis.

PoTui a été traité de diverses façons : à l'Ouest et à Paris

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l'explosive disparut devant û et dès lors powis dut passer kpoiis. Dans les dialectes du Nord et en Champagne, ù précédé d'une explosive tomba, et podis dut passer à poïs.

En outre, en français, les formes du parfait furent déformées de telle façon qu'il ne resta plus aux désinences que a, i ou u. Primitivement les désinences étaient bien plus variées. L'état actuel est le résultat d'un développement qui commença avant l'époque littéraire et ne parvint que peu à peu à l'unification actuelle des formes.

D'abord, les parfaits à radicaux terminés en Z, r, m, n furent refaits sur un nouveau type. Peut-être faut-il partir du paradigme suivant :

fr. vail

prov. valc

valis

valguiat

tait

valc

valimes

valguem

mlistes

valguetz

valdrent

valgron

subj. valisse

subj. valgues

part. valu(d)

part, valgut

Parmi ces formes, les provençales sont prouvées, et les françaises (sauf le participe) ne sont que supposées. Au lieu de ces formes, la littérature la plus ancienne connaît déjà un type qui, semble-t-il, reposait sur fui et utilisait le participe valu(d). Dans tous les cas le fr. valui n^est pas le développement direct du latin valui. Le parfait nouveau se conjugua valui, valus, valut, valûmes, valustes, valurent, subj. valusse, part. valu{d).

Comme les trois parfaits les plus employés de ce groupe étaient profondément gravés dans les mémoires, lisent échappé à la formation nouvelle. On en trouve encore les paradigmes suivants, traces de l'état antérieur de la langue :

voit = voLUi tinc = tenui vinc = * venui volis tenis vents

voU tint vint

volimea tenimes venimes

colistes tenistes venistea

voldrent tindrent mndrent

subj. volisse tenisse venisse

part. volu(d) tenu{d) venu(d)

Les formes de volui (volis, etc.) accentuées sur la désinence ne se présentent qu'en peu d'endroits ; elles ont été remplacées par volsiSy etc. Vint ne peut pas être dérivé de venit, car la forme usitée en Hainaut est viunt, celle usitée en wallon est vinvet. D'après ye tins, je vins, on forma aussi au xiii® siècle je prins {prindrent, 1248).

Les groupes suivants, en ancien français, admettent encore l'alternance des formes à radical accentué et des formes à désinence accentuée : ars = arsi, deuxième personne singulier arsis = arsisti, oi = habui, deuxième personne singulier oû's = HABUISTI, dui = DEBUi, deuxième personne singulier deûs = DEBUiSTi, vi = viDi, deuxième personne sing. t)eï8 = vmisTi, dis = dixi, fis = feci, deuxième personne singulier desis = dixisti, fesis = fecisti. Dans tous ces verbes, l'accentuation est aujourd'hui unifiée.

Dans desis fesis, etc., Vs intervocalique tomba : c'est un fait que Grôber rapporte à l'influence de veïs. Cependant, n'oublions pas que vedis ne devint veïs que vers 1100, et que feïssent est déjà employé dans le Saint-Léger. Diez considère cette chute de s comme une caractéristique de la langue française.

Depuis le commencement du xiii° siècle, Ve atone dans le corps des mots commence à devenir muet, d'abord seulement dans les dialectes spécialement en wallon et à Metz, puis aussi à Paris, où les formes réduites sont encore isolées au xive siècle, mais prennent la plus large extension dans le cours de ce même siècle. Grâce au passage de veïs, eus, deils aux formes monosyllabiques vis, us, dus, les différences existant dans l'accentuation des diverses personnes furent supprimées.

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et comme /m et deïs avaient déjà perdu Vs intervocalique, ces formes passèrent aussi à^ et à dis. Dans le domaine wallon les formes avec s (fesis, desis, etc.) se sont conservées plus longtemps (Jean des Preis) ; de là, la conjugaison wallonne, je disis, tu disis, il disit et je meti, tu métis, il metit (en souvenir desiormes du présent). De telles formations étaient usitées dans toute la région de l'Est jusqu'à la Bourgogne.

Dans six parfaits, les voyelles n'étaient pas les mêmes aux formes accentuées sur le radical qu'aux formes accentuées sur la désinence : c'étaient :

Oi= HABUi deuxième pers. sg. eiis, poi = pavi deuxième pers. sg. peus, poi = potui deuxième pers. sg. peils, ploi = PLACui deuxième pers. sg. pleùs, soi = sapui deuxième pers. sg. seûs, toi = tacui deuxième pers. sg. teds.

Les trois formes à radical accentué de ces parfaits (la prejnièrepers. sg., la troisième pers. sg.,latroisièmepers.plur.) furent refaites sous la double influence de dui, dutj durent et de {e)u8 {e)ume8 (e)ustes ; elles devinrent par suite (e)u (e)ut (e)urent S ou eu eut eurent, La prononciation de eu, etc., avec e formant une syllabe distincte, eut de très bonne heure la destinée ordinaire de cette voyelle, et disparut.

Pour voily tinc, vinc, on créa, à la fin du xiii® et du xiv® siècle, les autres personnes tu vols (vouls) tins vins, etc. *.

Dans ces verbes, l'unification s'est donc accomplie au profit des formes à radical accentué.

Elle était assez difficile dans une classe de verbes de la deuxième conjugaison forte, dont le radical se termine par gn : ceins = cinxi, deuxième pers. sg. ceinsis, troisième pers. sg. ceinst. Ici on refit, à l'aide du radical du présent, un nouveau parfait : ceigni, La forme accessoire qui se présente au XV® siècle, plaindi, a pour base les formes du présent

1) Cf. uty Actes du Parlement, 1250, su = sapuit, 1278.

2) Vols déjà dans Beaumanoir J. Bl. 1239, et souvent dans les quarante Miracles de Notre-Dame par personnages, ooulstes tismes ou tinsmes chez Christine de Pizan.

plaindons^plaindez, plaindre y respondons, etc. Dans conduis = coNDuxi deuxième pers. sg. conduisis^ et dans des formes de parfait semblables, la forme nouvelle (je conduisi) peut être sortie aussi bien de la deuxième pers. sg. du parfait (tu conduisis) que du présent (conduisons).

Je voulus est une formation nouvelle d'après le participe voulu ; elle fut faite comme ye valus, mais bien plus tard que celle-ci. Palsgrave enseigne encore voulsisse à côté de voulusse.

52. En ce qui concerne le futur, nous mentionnerons seulement ici la formation de enverrai. Jusqu'au xvii** siècle, le futur de envoyer était toujours envoierai qui se trouve encore chez Molière. Comme pendant longtemps on pouvait dire soit je voirai, soit je verrai (fut. de videre), la coexistence de ces deux formes entraîna, à côté de envoierai (où. Ve était muet), la forme nouvelle enverrai.

53. Le subjonctif présent, comme l'indicatif présent, n'offre que deux types de conjugaisons, celui de la première conjugaison faible en em, et celui des autres, en am. Les textes d'ancien français gardent assez rigoureusement cette distinction; on voit, cependant apparaître, isolément au XII® siècle, plus fréquemment au xiii®, des formes de la première conjugaison faible avec désinence e ( aime aimes aime au lieu de l'ancien type am, ains, aint), et au xiv® siècle, ces formes font disparaître les anciennes. La locution Dieu vous gardl est un reste du subjonctif de l'ancien français. Le provençal hésite entre la forme abrégée par changement phonétique (am), et la forme non abrégée (ame) dont l'e, servant de signe distinctif, pouvait échapper à ce changement. Plus tard, la langue renonce entièrement à la forme abrégée. La distinction de ame et fassa subsiste encore aujourd'hui dans certains dialectes.

siEM possiEM se changent eux aussi en siam possiam, fr. soie puisse, prov. sia (posca d'après l'indicatif po«c + a). Les formes vadam stem donem^ furent refaites en français

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d'après l'indicatif vois estais doins + e. Les subjonctifs rvUsse et truisse, de rocar trover reposent sur puisse.

Dans les autres conjugaisons aussi, un certain nombre de formes ont été refaites. Les radicaux terminés par le groupe consonne + g avaient primitivement la forme consonne + ge au subjonctif (sorge =■ surgam, esparge = spargam, *plange = plangam, * frange = frangam, *cenge = cingam). Les radicaux en ng remplacèrent les anciennes formes par de nouvelles, qui prirent pour base la forme du radical développée devant i ou e latin : plaigne fraigne ceigne. Comme on disait il sorget à côté de l'indicatif il sort, et aussi planget à côté de l'indicatif il plaint, etc. , on pouvait considérer ge comme la désinence caractéristique du subjonctif, et l'étendre à d'autres verbes. C'est ainsi que des formes telles que moerge = moriar, corge = curram, tienge = teneam, vienge = veniam, prenge = prehendam, furent créées à l'aide de l'indicatif moert cort, etc. , et de la désinence ge. Un fait identique se rencontre aussi en provençal, où l'on trouve à côté de espar g a sorga les formes ponga prenga (déjà dans Boèce).

Sans doute des formes comme moerge vienge prov. ponga prenga ont été expliquées ordinairement par la désinence iam\ cependant la diphtongaison dans les formes françaises parle contre l'hypothèse d'un développement phonétique pur, car d et ^ devant -rge, -nge ne pouvaient se changer en diphtongues, et la comparaison de l'ancien français muire = moria(m) avec moerge permet à peine d'hésiter et de se demander laquelle de ces formes s'est développée régulièrement, laquelle a été refaite par analogie.

De môme que plaigne, les subjonctifs florisse, conoisse, naisse sont des formes refaites, tandis que les types latins se continuent dans les formes provençales florisca, conosca^ nasca. Vienne et prenne se sont introduits dans l'usage au xvie siècle à côté des types plus anciens viegne, pregne;

ils sont de même nés des formes de Tindicatif . De la même façon aussi a été créé d'après la première pers. sg. de l'indicatif mez, pic. mech = mitto, le subjonctif lorrain mece, le picard mèche (mete resta en francien) : ce subjonctif peut aussi s'expliquer directement par une influence de face, pic. fâche. Les dialectes de l'Est présentent également des subjonctifs en -oie (d'après soie?)

En provençal estia = stem a évidemment été refait sur sia; la forme accessoire esto, sur do = donem, que la langue avait inconsciemment rapproché de l'infinitif dar.

Le subjonctif dicam avait encore au xvii® siècle pour forme oïdinaire die. Dise qui s'emploie aujourd'hui, a été refait à l'aide de disons, disais, etc.

54. L'imparfait du subjonctif, qui est dérivé du plus-que-parfait du subjonctif latin, a subi également en français et en provençal l'influence des formes du subjonctif présent terminées en e (lat. et prov a). C'est ainsi que de AMAV1SSEM amavisses amavissent proviennent : en français amasse amasses amassent, en provençal amessa (qui se rencontre déjà dans le fragment de l'Évangile de saint Jean) (à côté de âmes), amessas (à côté de amesses), amessan (à côté de amessen). La troisième pers. sg. en français n'a point pris part à cette influence; on trouve isolément auuisset perdesse dans Eulalie, fusset dans le Voyage de Charlemagne à Jérusalem.

55. L'impératif présente à la deuxième pers. sing. un s (qui manque le plus souvent en ancien français) toutes les fois que la personne correspondante de l'indicatif peut s'employer comme forme d'impératif; par exemple : aiues (Auc, 1= «aide »), oz (Saint- Alexis, = «écoute»), entenz (= « apprends »). Jusqu'en plein xvi^ siècle la langue hésite entre les formes avec s et celles sans s; puis cette hésitation cesse en faveur des premières dans la première

- '- \g. faible, en faveur des secondes dans les autres igaisons. Quelques impératifs archaïques sont restés en

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usage ; ce sont tm = vade, et voi = vide dans voici voilà (vois ailleurs); par contre, devant en et ^ on a ajouté un s aux impératifs de la première conjugaison faible et après va : portes-en, vas-y. L'influence de la première conjug. faible a entraîné plus tard la chute de Vs dans saches aies veuilles.

56. Au PARTICIPE PRÉSENT, Ic frauçais a remplacé, à répoque « pré-littéraire ))j dans toutes les conjugaisons, la désinence ent par celle de la première conjug. faible (ant). Il ne peut être question ici d'une permutation entre è et a, comme le démontre le fait que, même les dialectes qui font une distinction entre ë et à, n'offrent au participe présent qu'une seule désinence qui est ant.

Une reformation tardive du bas latin est habiens (à cause de HABio), fr. ayant, et estant (à cause de estre) qui, à vrai dire, pouvait être aussi la continuation phonétique du latin exstans au sens de existens*.

57. Au PARTICIPE PARFAIT PASSIF, l'innovatiou la plus importante est la formation en utiis. Elle était restreinte à Torigine à des radicaux verbaux latins ayant le présent en uo, parmi lesquels, il est vrai, un petit nombre seulement sont passés en roman. Ainsi consutus, cousu, tributus, a. fr. treû (toujours substantif), secutus, a. fr. soû, battutus = battu. Peut-être rendu doit-il se rattacher à re-induere, qui a dû se croiser avec reddere (prov. redre) pour donner en fr. et en prov. rendre (cf. dans Tertullien redindutus). Comme u disparaissait au présent (je couds, bats, rends ; de même soLvo, VOLVO, à côté de solutus, volutus, qui plus tard furent remplacés par soltus, voltus), -utus dut être regardé comme la désinence caractéristique du participe ; cette désinence s'étendit à beaucoup d'autres verbes ; et cela dès un temps très reculé, puisque cette formation est commune à toutes les langues romanes.

1) Cf. RossBERG dans YArchic de Wôlfflin, iv, 1.

Le plus souvent ces fonnations nouvelles se présentent là où, en latin, se trouvait itus^ désinence peu favorisée en roman à cause de son accentuation particulière (les autres désinences étaient atus, ètus, ïtus, Utus) ; d'ordinaire cette désinence appartenait à un verbe ayant le parfait en uL Les participes en utus sont si intimement unis aux parfaits en Ml que souvent le participe s'est formé du parfait, ou inversement, comme nous l'avons vu plus haut, le parfait du participe. Le premier cas se présentait en provençal, où les participes correspondant à saup = sapui, ac = habui, conoc = coGNOvi, vole = voLui, sont saubut^ agut, conogutj, volgut. Le gascon hésite entre la formation provençale et la formation française, et dit par exemple aût à côté de agut. Les participes français correspondant aux parfaits ci-dessus sont 80Û(d)t otf(rf), coneû(d) *, tolu(d). Des traces de la formation latine sur îtus se sont encore conservées isolément sous la forme de substantifs : rente = reddita, tente =

VENDITA.

Le provençal dit, dich, fr. dit = dïctum a emprunté son î aux formes du présent ; au contraire Vî est resté dans un terme chrétien qui s'est séparé du simple digère, savoir BENEDicTUM, prov. benezeg, fr. bene(d)eit. Le fr. mis (prov. mes) = MissuM doit son i au parfait ; le substantif mets, a. fr. mes est encore la continuation de la forme participiale latine. De même lectus doit être rattaché à légère, col-

LÏCTUS à COLLIGERE.

Il faut encore remarquer les participes ri, exclu, nui, lui qui avaient pour formes en ancien français ris, exclus, nuit, luit. Les deux premiers ont évidemment perdu leur s parce que les désinences participiales i et u étaient très fréquentes, et les désinences iset wsau contraire, fort rares. Les deux autres se sont sans doute ralliés kfuï (ancien français /oï); la cause eflSciente de cette transformation analogique n'est toutefois pas encore découverte.

i) Cf. AGNOUTA, Leas salica.

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58. L'infinitif lui aussi présente des changements de différentes sortes. Sapêre cadëre fugîre cupire ridère res- PONDÈRE sont des infinitifs anciens. On refit, d'après le présent les infinitifs érgere, c6sere, battere qui remplacèrent les formes latines erigere, consuere, battuere; ainsi il ne peut être question ici d'un déplacement de l'accent. Potêre volère s'introduisirent, grâce à debere, habere, pour posse velle. Esse se changea, par une analogie facile à comprendre, en ESSERE.

B. -^ Le nom

a. — Le substantif

59. L'ancienne déclinaison romane, qui remplaçait par des prépositions les cas latins dans leurs principaux emplois, et ne laissait subsister que le nominatif et l'accusatif, ne s'est nulle part conservée aussi fidèlement que dans les langues anciennes de la France. On peut supposer que des dialectes rhéto-romans avaient de même conservé, au moyen âge, la division en cas aussi complète que les gallo-romans; mais on manque de preuves écrites pour appuyer cette hypothèse.

Les substantifs français et provençaux se groupent d'après leur déclinaison en six classes, qui se sont constituées de la manière suivante. Parmi les cinq déclinaisons de la grammaire latine, la quatrième ne tarda pas à disparaître parce que les mots qui lui appartenaient se déclinèrent sur la seconde, où la principale modification à subir était, au nominatif pluriel, le passage de la forme en -ûs à la forme en -i. Les quelques mots appartenant à la cinquième déclinaison n'avaient pas le nominatif et l'accusatif bien distincts de ceux des mots de la troisième ; de sorte que pour suivre le développement de la déclinaison romane, nous n'avons à tenir compte que de la première, de la seconde et de la troisième déclinaisons latines.

Une simplification importante, ce fut la perte du neutre.

Au singulier, il se confondit avec le masculin, partout où il n'avait pas été refait sur le pluriel ; au fduriel avec le féminin, partout oii il n'avait pas été refait sur le singulier. La déclinaison du neutre se trouva ainsi radicalement modifiée.

Si nous considérons maintenant les mots masculins et les mots féminins, nous devons constater que les premiers comme les seconds se sont groupés en trois classes. La première classe des masculins comprend ceux qui en roman ont le nominatif et l'accusatif sg. semblables. Exemple -.propheia^=PROPUETA et prophetam; pâtre = PATERCt patrem.

On ne sait pas bien encore si des formes comme alter noster, pouvaient, jusqu'à l'affaiblissement de la voyelle finale, distinguer le nominatif singulier altre, nostre, de l'accusatif altroy nosiro. Elles échurent à la première classe, pendant le ix« siècle, où, d'après les monuments qui nous sont parvenus, o atone devient e. Le moyen-rhodanien aussi, qui a distingué o et e, semble avoir supprimé, dans cette circonstance, l'ancienne distinction des flexions.

La seconde classe est formée par les masculins (et les anciens neutres) dont le nominatif singulier se distinguait de l'accusatif par l'addition d'un s. Ici le plus fort contingent est fourni par la seconde déclinaison latine, que suivent aussi, nous l'avons vu, les mots de la quatrième ; toutefois, il faut y joindre, parmi ceux de la troisième, tous les mots qui présentent entre le nominatif et l'accusatif du singulier la même différence que ceux de la seconde. Exemple : nomin. MURus, accus, muru(m), fascis, ace. fasce(m).

La troisième classe est formée par des masculins latins de la troisième déclinaison, qui différencient le nominatif et l'accusatif du singulier : dona(n)s donante(m), imperator imper atore( m).

La première classe des féminins comprend d'abord les féminins de la première déclinaison latine, qui se terminent tous par un a atone : femina(m).

CHANGEMENTS ASSOCIATIFS 127

La seconde classe comprend les féminins de la troisième déclinaison latine (et de la cinquième) qui ont à l'accusatif une finale autre que a : fine(m) FmE(M).

Presque tous les féminins ont de bonne lieure perdu partout, à l'époque romane, le nominatif du sg. et du plur., lorsque ce nominatif était différent de l'accusatif. Les quelques féminins qui présentent encore un nominatif singulier différent de l'accusatif, forment la troisième classe : nom. soROR, accus, sorore(m).

60. Il nous reste à examiner les modifications les plus importantes qui se produisent dans la formation des cas.

Le nombre, déjà grand par lui-même, et encore augmenté par l'adjonction des neutres, des masculins en us fit considérer leur déclinaison comme le type de la déclinaison masculine. Quand on créa de nouvelles formes, ce fut d'après ce modèle. Or l'accusatif était le cas le plus usité puisqu'il s'employait non seulement pour marquer le complément direct, mais aussi après toutes les prépositions. Il demeura en général sous son ancienne forme, et c'est d'après cet accusatif que l'analogie créa les autres cas.

Ainsi fut constitué, sans doute, tout d'abord le nominatif pluriel. Du moins, partout où il n'était pas identique à l'accusatif sg., il fut refait d'après lui. Voilà comment tous les masculins de la troisième déclinaison latine ont abandonné au nomin. pluriel la désinence es ; et l'on se demande encore si l'on n'a formé le nomin. plur. qu'à une époque où l'accusatif pluriel était déjà emperadors (le nomin. correspondant est alors emperador^ de même que projeta est le nomin. dérivé de l'accus. plur. profelas) ; *— ou bien si, à une époque où l'accus. plur. était encore emperadores, on avait déjà refait un nomin. plur. emperadori (cf. dui^ treiy le sapienti des Gloses de Cassel).

Le nomin. sg. a été refait dans la plupart des mots où il avait une forme complètement distincte de l'accusatif; il ne différa plus de ce dernier cas (dont Vm était muet),

que par la présence de Vs de flexion. Quelques exemples de cette formation remontent à une date très reculée; ainsi le nomin. sg. bovis (dans Pétrone et Varron) au lieu de nos, prov. bous, a. fr. bues, pectinis dans le Probi Appendix,

MUNICIPES, ANTISTITES*, LOCOTENENTES (vilô S.); Cf. aUSSi

HEREDES, prov. erés, leonis, prov. leos, a. fr. Huns, paris, a. fr. pers, ordinis, a. fr. ordenes, m.-rhod. ordenos. Il faut y joindre tous les radicaux en nt, à l'exception de infans, a. fr. énfes, accusât, enfant (mais prov. nomin. en/àns, accus, en/an) : ainsi en a. fr. monz, prov. mons, refait à l'aide de l'accus. monte(m) +s; sl. fr. donanz, prov. donans de l'accus. donante(m) + s.

Un petit nombre seulement de substantifs, désignant pour la plupart des personnes exerçant une action quelconque (nomina actoris), comme amator, cantator, des dignitaires, etc., se sont soustraits à cette reformation, qui a notablement enrichi la seconde déclinaison romane aux dépens de la troisième. Comme ils s'employaient fréquemment en qualité de sujets, ou dans l'interpellation, ils ont conservé le nominatif sg. latin ; cependant, au xiii® siècle, on trouve des exemples de nominatifs de formation nouvelle, même dans des mots de la troisième déclinaison (par exemple garçons, barons au lieu des formes anciennes garz, ber). Voici quelques exemples qui se rattachent à la troisième déclinaison : coMES, prov. coms, a. fr. cuens, accus, comitem, prov. comte, a. fr. conte,

senior, prov. senher, a. fr. sire, accus, seniorem, prov. senhor, a. fr. seignor,

3R, prov. amaire, a. fr. amere, accus, amatorem,

nador, a. fr. ameor.

it y joindre aussi le mot irpea^ùrspoç qui en latin

'RESBYTER, accus. pre(s)byterum ; de là le nomin.

. prestre. accus, prov. preveire, a. fr. proveire.

. VArchie. de Wôlfklin, ii, 559.

CHANGEMENtS ASSOCIATtPS 129

Des mots comme LmER, venter, integer présentent des formes en us (librus, ventrus) refaites d'après l'accusatif, déjà dans le Probi Appendix, d'où libres dans Boèce, ventres dans le Psautier d'Oxford. Accidentellement, des mots de la première déclinaison romane présentent aussi, au nomin. sg. un s (li pères), par l'adjonction duquel leur déclinaison se confond avec la seconde. Les mots de la troisième eux-mêmes, quand ils ne se terminent pas au nomin. sg. par un s, peuvent en admettre un : bers, empereres, Guenes de Wenilo, déjà dans le Saint-Léger. Le nom. sg. papes qui se rencontre également dans le Saint- Léger, repose sur la forme du moyengrec PAPAS, qui est aussi passée en allemand {Pabst, ancien haut-allemand bàbes) ; d'après cela, ce mot ne peut pas servir à prouver que Vs s'est introduit de bonne heure au nomin. sg. de la première déclinaison.

Les infinitifs suivaient, dans le principe, la première déclinaison : nomin. sg. li prendre, li ferir, li aceir ; dans la suite, grâce à l'adjonction d'un s au nominatif sg., ils passèrent à la seconde (pas encore dans le Sermon rimé). En provençal ce passage est beaucoup plus ancien, car on rencontre déjà dans Boèce le nomin. sg. avers,

61. La seconde déclinaison des masculins n'agit pas seulement sur la déclinaison des autres masculins, mais même sur celle des féminins. Seule la première déclinaison des féminins avec ses nombreux mots en a, fr. e, n'a pas subi cette influence, parce que la désinence a, rare dans les masculins, fut considérée comme caractéristique du genre féminin. Mais les féminins oxytons ont, à peu près au milieu du xii® siècle, adopté en normand la désinence du nominatif s, qui manque dans les plus anciennes poésies — et non pas seulement, comme on l'a affirmé, dans celles des Anglonormands — ex. : /a leis, la dolors, la par z. En provençal l'adjonction de s remonte beaucoup plus haut ; déjà dans Boèce nous trouvons les nominatifs dolors, onors, et commuta- TioNis, ainsi que des nominatifs semblables, se présentent Le Français et le Provençal, 9

dans des textes de bas-latin ^ Tandis que pour le français il n'y a de possible qu'une explication (le transport de Vs du masculin au féminin), on pourrait songer, pour le provençal, à une autre hypothèse : on pourrait croire que des nominatifs comme Jins, /es seraient la continuation directe des nominatifs latins FINIS, fides, et que Vs aurait, de semblables nominatifs, passé à la part, la Jtor. Pour le français, où la Jin, lafei sont les formes de nominatif exclusivement en usage dans la première moitié du xii^ siècle, une pareille explication n'est pas admissible.

Il n'y a pas longtemps encore, des savants ont affirmé que, ,..,;c.^„'^v, trouve dans les plus anciens textes provençaux des j féminins en s, cette même désinence avait dû être adoptée par l'ancien français ; ce serait là une 1 par analogie qui n'est rien moins qu'évidente. e édition du Sermon rimé *, où nous avons traité itif en s des noms féminins, nous avons démontré nce de cet s dans un monument qui garde pures Heurs les flexions casuélles, était une marque inî de son ancienneté. Pour soutenir une opinion il faudrait présenter au moins un monument litté- >que postérieure, qui maintienne, comme le Séries flexions casuélles. Jusqu'à ce que ce monutrouvé, on pourra soutenir l'hypothèse que nous tndue d'accord avec d'autres savants ^.

5S féminins ont été attirés par la première déclininine, en particulier ceux qui étaient terminés voyelle atone, qui fut ensuite remplacée par a, >le prov. imagena 1= imaginem, vergena = virgisa = GLACIEM fr. glace, fassa (à côté de fatz] = , face (cf. FACiAS, Gloses de Cassel), prov. dia =

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