‹ Le français et le provençalChapitre 16 sur 36 · de WôLFFLiN, îi · texte numérisé non relu

de WôLFFLiN, îi

:iv.

ar exemple Lebinski, Die Dnrli nation cfer Substantica in

ir/io, p. 40.

CHANGEMENTS ASSOClATif'S 131

DiEM. De môme prov. cassa pour casso = lat. captio, fr. chace de chaça pour chaço ; de même encore prov. trassa = lat. TRAÇTio fr. trace. C'est pour la môme raison qu'en provençal des formes féminines d'adjectifs finissent en a au lieu de finir en e : amabla, oribla, nohlay et cette forme doit aussi être considérée comme appartenant au français antérieur à l'époque littéraire. Aussi des adjectifs de cette sorte n'ont-ils jamais un s au nominatif féminin.

(S2, Tandis que la formation nouvelle d'un nominatif d'après l'accusatif, grâce à l'introduction d'un s est un phénomène très fréquent, on a rarement recours au procédé inverse, à savoir, l'abandon de Vs du nominatif pour former l'accusatif. On peut rapporter à l'influence du nominatif sur l'accusatif la chute de m et de n dans des mots comme verm, enfern^jorn, cliarn\ dans la « Navigatio Sancti Brendani^ )), on n'en a encore aucun exemple certain. La déclinaison tevs, accus, verm, fut réduite à verSy accus, ter.

Des exemples semblables, d'une époque postérieure, sont l'accu s. sg. effort pour la forme ancienne esforz (dérivé du verbe es/orcier), eslan (xvi® s.) d'après eslanz (xhi® s. d'eslancier), romant d'après romanz = romanice. Ainsi s'expliquent jo/r, bailli^ y d'après le nomin. sg. jolis, baillis; primitivement l'accusatif était joli/, bailli/. De même dans genou, a. fr. genouil = genuculum, il n'y a pas eu amuissement de l mouillée, mais la forme a été refaite d'après le nomin. sg., ou plutôt, dans ce cas particulier, d'après l'accusatif pluriel.

D'autre part, quelquefois un s a pénétré à l'accusatif ; cet .<? provient plutôt du vocatif que du nominatif comme dans Looïs de LuDovicus, aujourd'hui Louis (prov. Looïc de Ludovicum) ; fiz à côté de^/, aujourd'hui^/s. Dans quelques cas on trouve des neutres en us qui étaient propres à la langue populaire ; ainsi en a. fr. /ons, fienSy guez s'expli-

1) Composée vers 1121.

%) Actes du Parlement, vers 1250,

l:3i LE F'RANÇAIS et LE PROVENÇAL

quent par les neutres fundus, F£Mus(pourFiMus, prov./fm.s à côté de/e/ns), vadus; cf. aussi le prov. pois de pulvus. Les seules autres formes en s sont encore ros = lat. ros, lis = LiLiuM, et los prov. laus (sg. masculin du lat. laus ou laudes).

Comme le nomin. sg., Taccus plur. fut aussi formé d'après Taccus. sg. en ajoutant à celui-ci un s. C'est ainsi qu'on rencontre dans la langue du continent au xin® siècle, et en anglonormand dès le xii®, des formes oii Vs de flexion est précédé de la consonne finale du radical (sacs, bue/s au lieu des formes anciennes sas, bues). Le français moderne a appliqué à peu près à tous les mots cette formation du pluriel (roc, plur. rocs, a. fr. ros ; chef, plur. chefs, a. fr. chiés) ; il l'a même maintenue dans l'écriture là où elle a disparu de la prononciation, par exemple dans bœufs, œufs, nerfs, cerfs, échecs; et, il n'y a pas bien longtemps, les mots oii existait ce désaccord de l'orthographe et de la prononciation étaient bien plus nombreux : au xvui® siècle encore, on prononçait co(q)s; et au xvi® siècle, cou(p)s, sa(c)s Gre(c)s, tandis que dans les formes du singulier coq, coup, sac. Grec, on faisait sonnerie q, \ep et le c.

p. — V adjectif

63. La déclinaison de l'adjectif ne diffère pas de celle du substantif, et, jusqu'à 1150 environ, certaines formes françaises d'adjectifs féminins oxytons, comme tel, fort, n'ont, pas plus que des substantifs féminins, eu un s au nominatif. En provençal seulement on peut constater, dans ce cas particulier, dès les débuts de la littérature, des nominatifs en .<î (tais, forz, granz).

L'adjectif a sur le substantif l'avantage de pouvoir créer e masculine une forme féminine. Comme la voyelle tience tombait dans les formes masculines bono, îdis que, dans les formes féminines bona, bonas, ait ou s'affaiblissait en e, une modification phoné-

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tique vint indiquer la différence d'emploi : il était tout naturel que l'e, considéré comme signe du féminin dans les adjectifs terminés en latin par -a, fût ensuite adopté par beaucoup d'autres, non terminés en latin par -a, et s*étendît finalement à tous les adjectifs féminins de la langue française.

Quelques formations de ce genre remontent à une date très reculée : ainsi paupera (prov. paubra) qui se trouve dans Plaute et est accompagnée d'un masculin pauper gén. pau- PERi. AcRus, fém. ACRA ^, et TRisTus, fém. TRisTA, se rencontrent dans le Probi Appendix ; les formes provençales agra, trista remontent donc à une époque antérieure à l'affaiblissement de final.

Il faut voir des créations nouvelles dans les formes féminines d'à. fr. dolente, grande à côté de grant, comune, prov. comuna (dans communis on crut sans doute reconnaître com et UNUs), les adjectifs en eise, prov. eza (corteis, franceis, prov. cortes, frances, fém. corteise, franceise, prov. corteza, francezà)y dolce, prov. doussa ; cependant toutes ces formes se trouvent déjà dans les monuments les plus anciens de la littérature *. Dans d'autres mots, comme dans tel, quel, fort, loial, le xii® s. n'a employé que rarement les formes refaites en e, que le xiii® s. adopta d'une manière définitive; cependant tel, quel se sont conservés à côté de telle, quelle jusqu'à Marot, et des exemples isolés de l'ancienne formation ont survécu jusqu'à nos jours (grand-mère, et non grand'mère, lettres royaux ; et des noms propres comme Rochefort, Grandville).

Dans certains cas particuliers la langue a procédé d'une manière opposée, et a étendu au féminin des adjectifs la forme

1) Neuk, II, 92.

2) De FRANCiscuM,FRANciscAM étaient venus d'âhord franceis, /rancesche. La forme franccsche se trouve fréquemment dans l'ancien manuscrit de Holmcoltram du Coniput (796, 1096, 1212, 1372) ; et il n'est nullement établi que la forme franceise citée par Mail fût la forme employée par le poète ; car certainement cette forme franceise n'a été créée que par l'addition d'un e à la forme masculine.

du masculin. Tobler a déjà expliqué les adverbes éurbuleniment, violemment, par Tinfluence de ceux qui en ancien français se terminaient par -ntmené, non par -ntement (er raniment, mais toujours lentement). Une très ancienne preuve en faveur de cette môme opinion, c'est ignelment, ailleurs isnelement (de l'allemand snel), dans le Psautier d'Oxford ; ici nous sommes évidemment en présence d'une influence exercée par les adjectifs en el (lat. alem) sur l'adverbe. Tandis que dans les exemples ci-dessus la reformation avait pour origine une certaine ressemblance de sons, dans l'ancien français féminin pareil (=^ pariculam à côté de pareille] elle est partie du synonyme per = parem, car per n'avait qu'une seule forme pour les deux genres (v. Tobler 141).

Dans quelques cas particuliers, le provençal a également adoplé la forme masculine au lieu de la forme féminine en «, ainsi dans «oo/ = advolam, /rec7o/ = FRivoLAM (afin d'éviter les proparoxytons), et dans hlos dont l'origine n'est pas encore connue. Pour l'adjectif catolic, la forme allongée ca^oZicaZ s'employait de préférence au féminin (Za/eca^olical).

On trouve aussi, pour l'adjectif, des exemples de mots dont le radical, ayant été pris à tort pour une forme de flexion, a servi par analogie à créer des formes voisines (comme dans l'accus. esfort, qui appartient au radical esforz employé comme nominatif). Exemple : voltiz, ace. voltiz, fém. voliice, plus tard voutiz, ace. vouti, fém. voutie (d'après finiz, ace, ^fini, iém, finie).

Une formation toute particulière, c'est l'accusatif cluiscan, fém. chascune, que l'on créa du nomin. sg. chascuns = QUisQUE UNUS, la notion du sens propre et de la forme de QUISQUE s'étant entièrement perdue. Pour cet exemple, aussi bien que plus haut pour les verbes enfler, cueillir, on peut B une sorte d'oubli du radical, lequel donne naisun nouveau radical nominal. C'est ainsi qu'en latin réuni à pse pour former ipse, dont l'accusatif, qui

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était d'abord eumpse, devint plus tard ipsum, la langue ayant ici encore méconnu le radical primitif.

Comme dans chascun le second élément du mot, sous la forme un, était seul demeuré reconnaissable, on pouvait croire que Tobscur chasc-, peu claire par elle-même, était un mot à part, et de là imaginer un nouveau mot, chasque (auj. chaque à côté de chacun). Quant au provençal il a conservé également cascun, cascuna, mais à côté de ce mot il a aussi conservé le simple quisque, sous la forme quecs, qui plus tard servit à la formation d'un accusatif quec et d'un féminin quega.

Il y a certain i)ombre de comparatifs neutres dont la formation n'est pas encore éclaircie : sordeis = sordidius, /orceis = fortius, genceis = comparatif de genitum, longei8=^hosGWS, ampleis= AMPLivs, anceis au sens de potius. La première de ces formes peut seule être la continuation de la forme latine correspondante : sordidius devait perdre son d devant i suivi d'une voyelle, et la forme sordius pourrait avoir entraîné le déplacement de l'accent dans fortius, umpltus. L'a. fr. et prov. viaz = vivacius (cf. vianda = vivenda) est aussi un comparatif neutre.

G. — Le Pronom

a. — Pronom personnel,

64. On a émis toutes sortes d'hypothèses sur l'origine de la forme pronominale lui, La plus sagace de toutes semble être celle de Tobler *, d'après lequel lui aurait été formé de ille sous l'influence de cui, terme intcrrogatif auquel il répondait. Toutefois une autre explication plus ancienne, et déjà présentée par Diez^, nous paraît également vraisemblable. Le nominatif illic était très voisin, par le son, du nominatif hic,

1) ZciUchr. m, 159.

2) Gr. II, 82.

puisque illic, placé comme proclitique, portait l'accent sur la seconde syllabe, et que hic perdait Vh initial. La proportion (h)ic : iLLic = (h)uic : x, qui est confirmée par l'orthographe iLLHic, isTHic s permet d'admettre l'existence d'un datif iLLÙic dont lui est la continuation naturelle. Ce lui (iLLUi, lue) se présente souvent dans les Formulée Marculji (viije s.), où il sert quelquefois à remplacer un nom propre comme chez nous le signe N. *.

De même que ce lui servait d'accusatif à la forme accentuée il, il y avait aussi à côté de la forme accentuée ele l'accusatif /i, lorr., wall. lei, normand du Sud lié, prov. lieis. Cette dernière forme repose sur un datif illae, refait sur le datif hae^. Cet illae se trouve dans les inscriptions de Pompeï *. Dans les Formulée Marculji, le féminin de lui est ILLEI ou LEi. On a expliqué Tadjonction de 1'^ dans les formes françaises par Fad verbe de lieu hic (ou ibi), et le is de la forme provençale lieis par ipsum.

Vers la fin du xiii« siècle, le pluriel il fut distingué du singulier il par l'adjonction d'un s (ils) ; ce changement fut sans doute causé par la forme féminine du mot eles ou els, sg. ele ou el. Cet el monosyllabe se rencontre dès le début du xii® siècle (Philippe de Thaùn) jusqu'à la fin du xvi® (encore chez Desportes).

j3. — Pronom possessif

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