‹ Le français et le provençalChapitre 17 sur 36 · Tûus, sùus ne se sont pas maintenus en provençal · texte numérisé non relu

Tûus, sùus ne se sont pas maintenus en provençal

au pluriel seulement existent les formes toi, soi (Évang.

selon saint Jean, Boèce, Passion). Les formes remplaçant

rrrTiTo SUUS ont été refaites sur le modèle mîeus (tieus, sieus),

=:tuam, soa = suam sont restés.

. Neue, II, 213.

3S passages sont indiqués (peu correctement) dans VIndeœ de

'. Neue, ii, 206-210; Bûghelkr, Grundrlss, p. 14. ^rpus Inscr. lat.^ iv, 1824.

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En français, outre tùus, sùus, manque aussi meus; cependant on peut conclure du féminin picard mieue, miue, la présence datis l'ancienne langue d'un masculin *mieus, *mius. La forme accentuée du masculin n'a plus en ancien français que les accusatifs mien = meum, tuen = tuum, suen =: suum. Les deux derniers furent modifiés en tien, sien d'après le modèle mien. De l'accusatif on forma les autres cas, le nominatif plur. sans s, le nomin. sg. et l'accus. plur. avec s, et enfin il en résulta un féminin mienne, tienne, sienne. Les plus anciennes formes du féminin étaient moie, teue, seue, norm. meie, toe, soe ; ces formes correspondent aux formes latines mÏam, tuam, suam (cependant meie pourrait avoir été provoqué aussi par le pronom personnel mè).

Quantaux formes abrégées noz^ vo:2{dQhostres, vostres), le picard a refait, sur le modèle de amez, amé, les formes no, vo qui complètent le paradigme, mais qui ne furent pas en grande faveur dans la langue littéraire de la France : voilà pourquoi le français actuel n'emploie nos et vos qu'au pluriel.

Les formes atones prov. mos, tos, sos, fém. ma, ta, sa, se ramènent évidemment aux formes latines accentuées sur la finale (meus, tuus, suus. meam, tuam, suam).

y. — Pronom démonstratif

66, Le roman a fait de ille un article. Le nomin. sg. est // de iLLic dans le Nord, le de illé dans le Midi (par exemple dans Flamenca et à Toulouse), mais d'ordinaire le provençal emploie comme nominatif la forme d'accusatif lo = illùm.

A côté du nomin. sg. la, le féminin a encore une forme accessoire //, qui, dans le Midi comme dans le Nord, se rencontre sur un territoire très étendu et se trouve par exemple en picard, en wallon, en lorrain, dans l'Auvergne, à Valence, à Alais et en Provence. Ce li est-il proprement la forme masculine, que l'on transporta ensuite au féminin? C'est peut-être ce qui se passa en picard où le masculin et le fémi-

nin avaient en commun l'accusatif sg. le. Pour le provençil //, nous donnerions la préférence à une autre explication, sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure.

A Paris, dès le xiii« siècle, la forme as résultant en français de AD iLLos est déjà remplacée par la forme ans ou aux encore employée aujourd'hui^ qui, devant les consonnes, est pareille au datif singulier (au chanoines, 1248) et, devant les voyelles, prend un s (aus, Actes du Parlement, 1246, 1270). On ne peut pas accepter l'hypothèse d'après laquelle il y aurait eu ici une influence exercée par le limousin (qui vocalisait VI du prov. als) : il y a bien plutôt lieu de voir dans le aux actuel, dans le aus ancien, une formation nouvelle d'après le au du singulier.

Dans' les autres démonstratifs on remarque en provençal une forme féminine en /, qui se présente à côté des formes régulières : ilh à côté de ela, cilh à côté de cela-y aquilh à côté de aquela, ist à côté de esta, cist à côté de cesta, aquist à côté de aquesta. Ces formes n'ont, à notre connaissance, pas encore été expliquées ; aussi voulons-nous exprimer notre opinion sur leur origine. Le provençal possède dialectalement à côté de ma^ ta^ sa^ un féminin mij, iiy siy par exemple si mulier^, vosiri beutatz, vostri ricors (Flamenca, 2818 sqq.). Déjà en latin la forme Mi était unie à des mots féminins (mi soROR, MI mulier) ^, ct cu prov. les locutions midons, sidons = mi dominus, si dominus sont ordinairement employées pour désigner la femme aimée. La forme mi était primitivement le vocatif de meus ; elle s'employa aussi comme nomi- 5 féminin et amena, par analogie, les formes a SI pour la 2e et la 3« personne. La coexisde ma a probablement entraîné en provençal ne accessoire de l'article féminin. Or mi, ti,

•Àcniie 1, 237; Paul Meyeh, Recueil n° 51; Lkuoux, iMAs, Doc. hlst. 1, 175, dans des documents de Limoges; ments 137, 28.

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si et li pouvaient faire regarder cet i comme une sorte de flexion servant à former les pronoms féminins ; de là ilh à côté de ela, etc.

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