‹ Le français et le provençalChapitre 18 sur 36 · PERMUTATION DE SONS · texte numérisé non relu

PERMUTATION DE SONS

Ce phénomène se produit quand, à la suite d'une transformation phonétique, le radical est amené à se modifier devant l'initiale de la désinence ; de môme quand un mot complet est amené à se modifier devant le mot suivant*. La permutation de sons joue un aussi grand rôle dans la formation des mots que dans celle des propositions. D'ordinaire, ce phénomène n'appartient pas à l'histoire de la langue ; il n'en est l'objet que dans les cas où il sort des conditions simplement phonétiques.

67. Nous avons - ramené à un phénomène de ce genre la présence du ch dans éoèché. Le changement qui donna l'impulsion est le passage de c devant a à ch : blanc, fém. blanche (blanc + -a) ; arc = arcum, archier = arcum + -arium, archiee = arcum + atam ; sec = siccum, sechier= siccare. Or, comme l'a de beaucoup de désinences avait souvent été remplacé par d'autres voyelles, les conditions de la permutation de c et de ch finirent par n'être plus bien observées, et l'on vit paraître ch même dans des dérivés qui joignaient au radical des désinences commençant par des voyelles autres que a. Ainsi vinrent : de blanc, blancheur (-orem), d'arc, archoiier (= icare), de sec, sechece (-itiam), de sac, sachel

"te définition concorde avec les idées exprimées par Paul dans llents P/'inripicn der Spracliyeschichte y p. 95. tsch. de GiiÔBER, ii, 299.

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(-ellum), de ci'oc, crochet (-ittum). Et c'est de la sorte que eveschié vint non de episcopatum mais de eoesque + -ié =

-ATUM.

Comme ces échanges de sons supposent toujours un changement phonétique préalable, ils peuvent servir à déterminer la date de ce dernier. En français, m final passa à n vers le XI® siècle; de là liëmier (auj. limier) à côté de liien, auj. lien = LiGAMEN, lormier à côté de lorain = loramen, home = HOMINEM à côté de hon = homo, aimes = amas à côté de am=AMO. — A quelleépoque se produisit ce changement phonétique? Ce fut évidemment avant la formation de envenimer, venimeus d'après venin = venenum, de latimier d'après latin = LATiNUM, de estamer d'après estain = stagnum.

Dans les plus anciens monuments du français on trouve qued devant les voyelles, que devant les consonnes. Les conjonctions ne = neque et se = si avaient d'abord partout et toujours la môme forme ; mais quand on se fut habitué à l'alternance de que devant une consonne, qued devant une voyelle, on changea de môme ne et se, qui devinrent devant un mot commençant par une voyelle ned (Eulalie), sed (Alexis).

La langue moderne fournit encore des preuves de ce phénomène. C'est en vertu de cette habitude qu'on fait ce qu'on appelle des cuirs, des velours, des pataquès,

A une voyelle nasale dans la fin d'un mot correspond, à l'intérieur d'un mot, une voyelle suivie de n, comme le montrent de nombreux mots radicaux (an, année ; don, donner). De là vient également ce fait^ que, si une consonne muette suit la voyelle nasale, celle-ci est remplacée dans les dérivés par une voyelle suivie de n: ainsi ornemen(t) donne ornemaniste; piaf on(d), plafonner ; printem(p) s, printanier, et probablement paysan, paysanne, a. fr. paisande. D'après hasar(d), hasarder, on ^ refait de Escohar, escobarder; de môme, habi(t), habiter et prof(t), profiter; abri, abriter (d'abord abrier) ; écho, échoter ; piau (patois pour peau),

dépiauter-, reirij éreinter. Ces exemples prouvent clairement que réchange en question n'est qu'une variété de la formation proportionnelle ou analogique.

Un domaine dialectal du provençal laissait le d final tomber devant un mot commençant par une consonne; ce d devenait z devant un mot commençant par une voyellle : de là az ela à côté de a lieis, quez eu à côté de que tu. On finit par considérer le z comme un moyen d'éviter l'hiatus, et on le plaça dans le corps des mots quand deux voyelles se rencontraient : honazurat, a^on^ar = abundare, re^ma = REGi- NAM (qu'il ne faut pas confondre avec rezina des textes de haut italien), pazimen = pavimentum, crezet :=creavit (Br. 2658), Prozenza = provinciam, Prozenzals^, glizeiza =

(avec un allongement remarquable), prozeza ^.

Lucoup de mots, le provençal laissa Vn devenir it les mots commençant par une consonne ; cet n >re devant les mots commençant par une voyelle : it une cons., baron devant une voy., ma devant man devant une voy. Par suite on employa aussi un moyen pour éviter l'hiatus : cf. aiasfen (= on amie (Lib. scintill. 64<^), mereen devant une ercedem), pron = prod(est). Une forme très m = FUIT à côté de/o. Il faut peut-être rapporter fait l'expression meun escient; ratiis palafren, it. a sans doute subi l'influence de frenum.

H, Denkm. 51, 4. 196, 19.

ER, Dern, troub.

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