‹ Le français et le provençalChapitre 23 sur 36 · CHANGEMENTS D'EMPLOI · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS D'EMPLOI

gements d'emploi se produisent tantôt entre les lots en général, tantôt entre les formes du verbe antôt entre les mots invariables. Les phénomènes de la syntaxe historique se ramènent à ces chan-

Passage d'une classé de mots à une autre

mot de la langue peut entrer dans la classe du En ancien provençal la négation s'exprimait par v^ec Vs du nominatif), et les anciens poètes franit la bêle sans si (c'est-à-dire sans tache). Béran- [uclque part : Ah!- sans un de /aurais dû naître! loins étonnant, c'est que des adjectifs deviennent ; a. fr. li veirs, la vérité; Zi dreiz, le droit; li avers, refois, et encore au xvi® siècle, tout infinitif pour substantif; on trouve même dans quelques olés le pluriel (prov. avers, a. fr. aveirs, biens, 2tc. ; aujourd'hui encore aver désigne, à Guerne- 5, et, en Provence, les troupeaux de moutons). plaisir et loisir = placère, licère avaient déjà Qoyen âge la valeur de substantifs, tandis qu'on louveaux infinitifs, plaire, loire.

du substantif comme adjectif est très fréquent nçais moderne : teint rose, forêt vierge, style

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Certains mots peuvent, en vertu d'un changement de sens, devenir des mots invariables, et c'est même un des moyens par lesquels s'accroît le nombre de ces derniers. Les substantifs et les adjectifs peuvent devenir des interjections, comme le démontrent le prov. pecaire (peccator), le fr. hélas, qui tous deux, malgré la forme masculine, s'appliquent aussi aux femmes. Un changement total de sens se présente dans pas et dans personne, quand la négation doit être suppléée par le contexte (comme dans les réponses). Le nom de nombre un est devenu en qualité d'article indéfini un véritable pronom. Le substantif on (nominatif de home=^ hominem, en a. fr.), les aà']ec{iis plusieurs, différents et certain passent souvent à l'emploi pronominal. Certains cas immobilisés sont devenus des prépositions: casu ablat. de casus (maison), fr. chez; LATTIS, a. fr. lez (côté) dans Neuvelle-lès-Champlitte, Rocheles-Lure; salvum, sauf; foras missum, hormis; aequale (m), prov. égal, engal * ; d'autres deviennent adverbes : TEMPORE, a. fr. tempre ; got. j^aurp, moyen latin troppus, troupeau, accus, prov. fr. trop. Le neutre de beaucoup d'adjectifs peut s'employer adverbialement. Un pronom peut devenir conjonction (quoi que), et un adverbe, préposition (avuec de apud hoc: prov. emè, autrefois a mai = ad MAGis'. Les adverbes en, (prov. aussi ne) de inde, et i (y) de iBi sont d'un usage constant comme pronom. Une expression formée d'un adjectif et d'un substantif devient souvent non seulement un adverbe (toujours, longtemps, nulle part, beaucoup, a. fr. aussi grant coup), mais môme une conjonction (toutefois, a. fr. totesvoies). Une préposition réunie à un substantif peut donner un adjectif comme dans débonnaire de l'a. fr. de bon aire (de bonne façon); adroit, fém. adroite, primitivement a droit; a.<îsewr fut adjectif jusqu'au xv® siècle (de a seiir, en sécurité). De l'ancien a aise [entre a aise) s'est formé le moderne aise, parce que là a disparu de la pronon-

1) DiEZ, Gr, 3, 182.

ciation ; aise est aujourd'hui à peu près un adjectif (je stUs fort aise^ un père toujours aise de voir ses enfants). Il y a enfin des mots qui, d'abord adverbes, ont été usités ensuite comme adjectifs. Ce phénomène explique l'adjectif prêt, fém. prête, du lat. praesto ; l'a. fr. socentes feiz (dans l'Alexis) de socent = subinde. Des expressions comme sansculotte, sans-soin sont aujourd'hui de véritables substantifs. L'ancien français tira de ai ceo a faire un substantif afaire, qui était d'abord masculin, et qui devint féminin à cause de son e final, ou grâce à l'influence du mot féminin besogne. De même on a créé le substantif l'avenir, à l'aide de l'expression le temps à venir (tempus futurum); et le substantif pourboire, à l'aide de donner quelque chose pour boire.

Des formes verbales peuvent devenir des mots invariables, comme en latin licet, et en fr. les conjonctions soit... soit et savoir.

Il arrive même parfois qu'on franchisse la limite qui sépare le mot de la proposition. Dans des exclamations comme courage/ silence! et surtout dans les locutions employées comme interjections, un mot peut à lui seul jouer le rôle d'une proposition. Inversement toute une proposition peut jouer le rôle d'un seul mot. Ex. : naguère de n^a guère ; peut-être. La particule d'affirmation oïl (auj. oui) est venue de la proposition hoc ille (sous-entendu est), et dans l'affirmation le sujet change quelquefois selon la personne (oyV, o nos, o vos). Cî. ECCUM de ecce eum.

B. ^ Changement d'emploi dans les formes verbales

73. Le verbe et ses formes peuvent aussi s'éloigner de leur emploi primitif, et il en résulte d'importants changements dans leurs fonctions.

Les verbes impersonnels peuvent devenir personnels ; on disait autrefois il me souvient, il m^ ennuie, auj. je me souviens, je m'ennuie. Des verbes employés personnellement en

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latin ne sont plus employés en roman qu'impersonnellement. Ainsi GALERE, être chaud, qui en ancien français et en provençal a reçu le sens de « il imparte », prov. cal, a. fr. chalt, chaut K II n'y a pas lieu de s'éionner davantage du changement de sens de Ta. fr. estuet (il est nécessaire) pourvu qu'on admette Thypothèse suivante*: selon nous, ce verbe (infinitif prov. estoher, a. fr. estoveir) repose sur le latin stupere, qui signifie proprement être raide, et des passages comme stupuerunt verba palato^ unda stupet pigro lacuy prouvent que le sens propre du mot était bien vivace en latin. De stupet signifiant « il est raide, rigide, » pouvait facilement venir le sens de « il est nécessaire ».

Le parfait latin était à la fois perfectumpraesensetperfectum historicum (aoriste). Le second sens seul appartient au parfait simple du roman ; le premier a donné lieu à la périphrase de HABEO avec le participe parfait passif, tournure qui était déjà tolérée en latin, mais seulement dans des limites restreintes.

Le plus-que-parfait avait pris en ancien français le sens vague du passé en général, et s'employait encore il n'y a pas longtemps au sens de l'imparfait, plus rarement au sens du parfait ou du plus-que-parfait. En provençal (et même déjà dans la Passion) il a pris, de même que dans les langues du Midi, le sens de ce que H. Faidit appelle Vohtatiu (fora = fueram « je serais »), qu'il doit à son emploi dans la proposition principale d'une phrase conditionnelle ;- et, conformément à son origine, il sert surtout de conditionnel du passé. Ce changement de sens est expliqué par Foth à l'aide de cette phrase de Sénèque : Perlerai imperium,», si Fabius iantum ausns esseL

Cet emploi du plus-que-parfait prouve qu'entre les temps et les modes il n'y a pas une ligne de démarcation bien fixe. C'est ainsi encore que le futur a remplacé en roman le second impératif du latin.

1) Nous avons plus haut expliqué cette forme en la rattachant à falloir, n« 68.

igement semblable à celui du plus-que-parfait de rançais a atteint le subjonctif de ce même temps ; les langues romanes, à l'exception du roumain • ué au plus-que-parfait du subjonctif les fonctions lif imparfait. Foth a expliqué ce changement par un certain nombre de verbes avaient un sens Dans tous les cas, ce phénomène se remarque ez fréquemment, chez l'auteur du Bellum Hispa-

incontre, dans les langues du moyen âge, le plus- , du subjonctif au sens latin, que dans les propo- )othétiques : ex : Urake en fesist (= aurait fait) e li leûsi, on disait amassem pour amarem on dit sembla-

4ATUS FUI pour AMATUS SUM, Ct AMATUS SUM fut

nt affecté à l'expression du présent passif, modes il ne s'est pas produit moins de changements. Ho obliqua, le latin se servait du subjonctif; le )loie l'indicatif. Les plus anciens textes présentent subjonctif dans l'interrogation indirecte ; mais xne siècle l'indicatif l'emporte ; à partir du il est d'un emploi exclusif. Dans les propositions Ht par quicunque, a. fr. ki que, et autres mots

servant à généraliser, l'ancien français et le mouvaient encore comme le latin employer l'indi-

eri même temps aussi le subjonctif. Dans une

complétive dépendant d'un verbe marquant la pouvait, jusqu'au xvii® siècle, mettre l'indicatif. La pers. pluriel de l'impératif a cédé la place à la îspondante de l'indicatif, .'infinitif que le sens du verbe est le plus vague :

de cette forme lorsque le contexte permet de sèment la personne, le temps et le mode.

.ER. dans les Acta seminarii Erlangensis i, 418.

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Mais on emploie aussi Tinfinitif lorsque le sens particulier et précis est indiqué par les circonstances; par exemple, quand on est obligé d'exprimer le plus promptement sa pensée, sans prendre le temps de donner au verbe la forme exacte qui conviendrait. De là vient l'emploi de Tinfinitif avec la négation, si ordinaire dans les avertissements, quand il y aurait danger à perdre un instant; ainsi dans le sens de l'impératif de défense en a. fr., ne comencier! ne te moooir! Si l'on employait une forme personnelle, le mode de la défense serait ordinairement, dans l'ancienne langue, le subjonctif.

Après les propositions, il peut se présenter, en ancien français, au lieu de l'infinitif, une forme en -ant dans laquelle Diez et Tobler ont avec raison reconnu le gérondif latin. Ainsi l'on disait ye vi en mon dormant une vision grant, jeo m'en vois si déportant pur mun quoer recunfortant (Chardri Plet 110), par pais faisant, por les membres perdant. Quelques traces en sont restées jusqu'à nos jours : se mettre sur son séant, à son corps défendant, de son vivant.

Dans un grand nombre de verbes, l'ancien français employait plus ou moins fréquemment le participe présent au sens passif; on prêtait même ainsi un participe présent aux verbes impersonnels. La langue actuelle connaît encore cet emploi : argent comptant ; voyant (au sens de « tranchant » en parlant d'une couleur) ; il faut y joindre les mots chaland, nonchalant et méchant^ qui ont survécu jusqu'à nous.

G. — Dans les formes casuelles

74. Dans la déclinaison du latin vulgaire, on employait constamment comme nominatif féminin au singulier et au pluriel les formes de l'accusatif. Le féminin a donc été traité en roman comme le neutre dans les langues indo-européennes.

1) Tobler, 32 sqq.

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FiLiAS se trouve comme nominatif dès le m® siècle, germanas en Tan 403*. Ce sont évidemment les dialectes osque et ombrien ' qui ont donné naissance au nominatif latin en -as, et par là préparé la confusion grâce à laquelle on s'est servi de Taccu-^atif pluriel du féminin pour représenter le nominatif pluriel. Il est probable que seuls les féminins, dont le nominatif singulier était profondément distinct de Taccusatif singulier, ont résisté un certain temps.

De Tancienne flexion il n'est resté que peu de traces : en français, une seule, c'est suer = soror, accus, seror = sororem; en provençal les comparatifs féminins melher, accus, melhor ; pejer, accus, pejor ; mager, accus, major ; menre, accus, menor. Ces comparatifs ont aussi en a. fr, les deux formes, par exemple : la mieldre, la meillor ; mais toutes deux s'emploient également pour les deux cas. De m5me le pronom féminin illa, prov. ela^ accus, leis, a. fr. ele, accus, li, permet de distinguer ces deux cas.

A l'époque pré-littéraire le nombre des mots ainsi traités devait être encore plus considérable; car l'existence simultanée en ancien français de caure et de calor (qui en réalité ne sont plus deux cas diÉEérents d'un môme mot, mais plutôt deux mots bien distincts) fait croire à une conservation prolongée de la flexion latine. On peut encore citer ici des nominatifs comme chace = captio, trace = tractio, esirace = EXTRACTio, desirece = destrictio. Tobler a. réuni beaucoup d'exemples semblables '.

Dans les masculins aussi, le nominatif a été peu à peu expulsé par l'extension de l'accusatif. Une tournure très remarquable , c'est annus tantus (de annôs tantôs) coNPLiTi FUERUNT, dans les Form. Andec, p, 17, 12 *. Peutêtre quelques régions de la France ont-elles, comme le cata-

1) V. VArchio de Wôlfflin, ii, 565, 568.

2) Ils avaient la désinence -as.

3) Gôtt. gel. Ara., 1S72, 1901.

4) V. VArchio de Wôlfflin, ii, 568.

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lan, abandonné de très bonne heure cette déclinaison à deux cas. C'est ce qui est arrivé sûrement dans le dialecte béarnais, voisin du catalan, où les textes les plus anciens ne la présentent déjà plus. Parmi les dialectes français, Tanglo-français emploie, déjà dans ses textes les plus anciens, la forme, de l'accusatif plus souvent que celle du nominatif pour exprimer le cas sujet. Ce fait ne commence à se rencontrer dans la langue de Paris qu'au xiii® siècle, et ce dialecte hésite encore au xiv® entre les deux formes ; le nominatif disparaît seulement au début du xv® siècle, et ne survit quelque temps que dans les Proverbes.

En Provençal la déclinaison commence à se perdre au xii^ siècle. Dans quelques régions comme le Limousin et le Quercy l'ancienne flexion se conserva un peu plus longtemps que dans les autres. Les Coutumes de Gourdon (dép. du Lot, 1243) présentent encore la flexion à peu près intacte. Dans la langue littéraire, on cherche, même au xiv^ siècle, à la maintenir artificiellement.

Dans quelques mots, dont le nominatif était d'un emploi particulièrement fréquent, ce cas a fait disparaître l'accusatif, de sorte que quelques formes de nominatifs subsistent encore aujourd'hui. Un exemple provençal, c'est le mot pecaire cité plus haut. Comme exemple français citons maire (l'accus. en a. f r. est maieur) ; traître (conservé à cause de l'emploi du mot au sens du vocatif); pire; le nom de famille Proudhon ; Charles, A la désinence d'ancien français çl correspond aujourd'hui -eau : bel auj. beau, oisel auj. oiseau, dont l'accusatif pluriel et le nominatif singulier (6iaws, oisiaus) s*étaient surtout gravés dans la mémoire.

Dans beau il faut certainement encore reconnaître une influence du vocatif singulier, qui était très employé (biaus Jlz! etc.). Au contraire, dans des singuliers comme checal, tel, la forme présentant Vs de flexion (chevaus, teus) n'a pas eu la même force de résistance. Pieu = palus est sans doute influencé par espieu, allemand speot.

Pnnr lo vAr»atif OH emploie en général la forme du nomi- ;rouve aucune preuve incontestable de formes vocatif en e de la seconde déclinaison latine ; ans deux exemples fournis par le x^ et le conpagn, Dialogues latins allemands; dom rime dans Guillaume de Poitiers)^ il y a peut- )ir une trace d'un vocatif latin, concerne l'adjectif, remarquons qu'avant l'épole français a étendu au- masculin un certain mes féminines : par exemple large rouge lâche triste chaste juste honeste chauve fauve, et ' maligne (plus tard seulement bénin malin).

uivent la seconde déclinaison des substantifs ►min. sg. et accus, plur. larges, accus, sg. et large). Le provençal offre presque partout les aturelles que l'on attendrait : lare rog lasc losc 'ust honest calv. Le français ferme n'est venu se joindre au groupe ci-dessus : au xm© siècle sculin de ce mot est fer. — Le masculin a [onctions du féminin dans le nom de nombre vement masculin dous féminin doës, qui s'est bourguignon ; mais la forme masculine (accus.) nomin. et accus.) dous, plus tard deus, se ,ns le Roland.

D. >- Dans les pronoms

ne que le substantif et l'adjectif, le pronom e pronom démonstratif abandonnèrent aussi ne du nominatif en faveur de celle de l'accu- >m personnel n'y renonça que partiellement :

sparut dans les formes accentuées, à l'exception gulier de la troisième personne. De là le français toi soi lui eux elles. L'emploi de moi comme déjà connu de Chrétien de Troyes. Pour le

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pronom elle accus, li le nominatif fut préféré, parce que la forme féminine li était identique à celle du masculin li (résultant de lui et employée à côté de cette dernière forme elle-même). Dès le xiv® siècle on rencontre des exemples isolés de d'elle, a elle au lieu de l'ancien de li, a li.

En ancien français, lui était une forme accentuée ; le datif de la forme atone était li de illi, qui servait pour les deux genres. Au xin® siècle li et lui s'employèrent indifféremment l'un pour l'autre ; on en vint à usiter lui comme datif de la forme atone, et li disparut ainsi.

Le roman étendit universellement au féminin la forme iLLORUM prov. lor fr. lor, leur, laquelle se rencontre déjà au VIII® siècle, comme forme atone du datif. *

En ancien français devant les datifs li et lor (dans les textes postérieurs lui et leur) on a d'ordinaire supprimé les accus, le la les ; il en est encore souvent ainsi au xv® siècle et quelquefois même au xvii®. Le provençal aime à employer pour lo li, la li : lo y, la y ; et il n'est pas impossible de voir dans cette notation l'origine du phénomène propre au français : peut-être en effet li employé au lieu des formes actuelles le lui, la lui venait-il de l^i c'est-à-dire de lo i, la i ; l'identité de forme qui existait entre l'i et le datif li aurait entrainé l'emploi de lor pour le lor, la lor.

Le pronom réfléchi était quelquefois employé après les prépositions pour lui ou li (prov. lonc se « à côté de lui », fr. devant soi), mais au pluriel il est plutôt représenté par els, elas fr. eles, lor.

Les datifs latins nobis voBisont de très bonne heure disparu de la langue populaire ; car déjà dans le Probi Appendix on trouve NOSCUM pour nobiscum.

Au nominatif il n'y avait primitivement aucune différence entre la forme accentuée et la forme atone, comme aujourd'hui encore dans nous et vous. La forme atone, employée

1) Voy. VArchic de Wôlffun, ii, 41.

comme sujet, était généralement inutile devant le verbe. Toutefois elle était d'un usage plus fréquent dans la proposition complétive que dans la proposition principale, et, selon Grô- K^«i ^iig étiiit obligatoire dans troiscas : l)quand on employait pour donner un ordre ; 2) pour éviter un complément inal atone en tête de la proposition ; 3) dans la prointerrogative quand l'interrogation porte sur l'acte S par le verbe (on trouve ici quelques exceptions). La de Marot a encore la liberté de supprimer le pronom, iidon du pronom sujet auprès du verbe, et de l'article du nom est considéré comme une particularité propre i coloré d'archaïsme (ce qu'on appelle le style maro- Mais peu de temps après Marot, on vit naître la touroderne. Au contraire, aujourd'hui encore le verbe al peut se passer du pronom sujet, personnel il est né, selon Horning % d'une extension ploi du masculin il =illic. Il est de fait que des es phonétiques s'opposent à ce qu'on fasse dériver LLUD ; et l'on voit, à mesure qu'on avance dans le l'emploi de il devenir de plus en plus large. Les îs les plus anciens qui soient sûrs sont fournis par la i de Roland^. L'emploi dans lequel il annonce par un sujet exprimé après le verbe ne se rencontre dans nd qu'à un seul passage qui peut-être même est é (il nus i cuvient guarde 192) ; l'impersonnel il ne '-ait jamais, autrefois, qu'avec des formes de habere sse. C'est seulement depuis le milieu du xii® siècle éparant le sujet qui suit, est d'un usage plus étendu, re dans l'expression il est suivie d'un substantif (il çsi ?) n'y a-t'il qu'un cas particulier de cet emploi. A nstruction est étroitement liée aussi celle où il se place Q relatif sujet d'un verbe impersonnel (que que il

tchr., IV, 463.

nanische Studien, iv, 229; cf. Groreh, Zeitsc/ir., iv, 463.

r. Strngel, Aiisg. et Abh., 3, xv.

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aviegne). Ces deux tournures sont attestées pour la première fois par le roman de Brut, de Wace (1155) ; et il employé comme sujet d'un verbe réfléchi impersonnel commence à être en faveur dès le milieu du xiv® siècle (il s'en faut, il se trouva). En français, le nominatif lo le de illud n'est jamais construit immédiatement avec le verbe qu'en qualité d'attribut (comme aujourd'hui encore: Etes-cous heureux? — Je le suis). Le provençal emploie aussi comme sujet le nominatif lo (lo Ihi sia autreyat), mais sans doute pas depuis une époque très reculée.

76. A côté de son emploi comme possessif, suusen a reçu un autre : d'un côté, en roman (mais non toutefois dans Je roman ibérique) il n'est plus usité que lorsqu'il y a un possesseur unique, lor = illorum servant à indiquer un plus grand nombre de possesseurs ; mais d'autre part l'emploi de suus s'est étendu contrairement à l'usage latin, et a remplacé même celui de ejus, c'est-à-dire que suus peut ne pas se rapporter au sujet ^

La forme accentuée du possessif pouvait autrefois s'employer adjectivement, le plus souvent avec l'article défini (encore chez Marot et Rabelais), mais aussi avec l'article indéfini (un mienami), tournure qui, actuellement, appartient à la langue familière.

L'ancien français et le provençal aiment assez à tourner le possessif par le pronom personnel précédé de de (la voluntet de lui au lieu de sa voluntet) : c'est un usage qui s'est conservé longtemps, et qui subsiste encore dans certains cas (l'amitié de la reine et de vous).

77. Les formes affaiblies de ille (accentué sur la seconde syllabe) servant à exprimer l'article, se trouvent dans des documents du vi© siècle. Les Serments de Strasbourg n'en présentent aucun exemple, peut-être parce qu'ils avaient d'abord été rédigés en latin, avant d'être traduits en roman. Là où l'em-

1) Déjà en 553, voy. VArcIdc de WôlfilIn, it, 38.

ploi de l'article en français est nettement distinct de son emploi en allemand, la construction est, en général, d'accord avec les autres langues romanes. Les règles particulières relatives à 1»^ — Iq^ ^q l'article avec les noms géographiques se sont es peu à peu ; le moyen âge ne les connaissait pas

ou le au sens de celui se présentait en provençal et en 1 français devant de ou un accusatif ayant le sens du f, par exemple la Saint-Michel (encore aujourd'hui), le irt pour celui de Richard, le ton père (s. e. esçu), Mï (ordinairement dans le sens de : le bien des autres), lo d^Alvernhe. Cet emploi s'est encore maintenu dans oms de lieu : ^ogent-V Artaud, Montfort-U Amaury, leuve-la-Guyard. Quelquefois en provençal on trouve le devant le relatif (/as qu'ieus ai mentaugudaSy comme )agnol).

mploi de celui comme substantif, de cet comme adjectif, 3t fixée qu'à l'époque moderne. Du Bellay écrit encore forme et cette-ci. L'usage du nom de nombre unus e article indéfini n'était pas étranger au latin lui-même, rte que la langue populaire n'eut, ici encore, qu'à >pper une tournure qui existait en principe. Le pluriel us ne s'employa, comme en latin, qu'avec les noms seulement la forme du pluriel ; prov. unas novas (une lie), unas forças (une potence) ; de même en français lettres. Mais à côté de cet emploi on trouve aussi le 1 de unus au sens de « quelques » : prov. unas gens elques),a.fr. uns laruncels (quelques voleurs, Livre des uns cheveus (quelques cheveux). Peut-être compren- )n mieux le sens de cet uns, unes en disant qu'on a affaire m article partitif. Cet emploi est très rare au nominatif 1. Il se maintient jusqu'à l'époque de Villon, qui le ît encore.

L'emploi de qui s'étendit même au féminin du singu-

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lier et du pluriel (depuis le iv© siècle) *. Cui servit (à côté de que) d'accusatif du pronom relatif et s'employa spécialement pour désigner les personnes, et après les prépositions. En outre cui servit aussi d'accusatif du pronom interrogatif. L'orthographe qui à côté de cui ne peut pas nous tromper sur la prononciation du mot (cfr. quens à côté de cuena).

Jusqu'à quel point que est-il la continuation de quid et celle de quod ? C'est une question qu'on ne saurait trancher avec certitude. Toutefois il semble préférable d'admettre la dérivation de quid, et cela pour deux motifs : d'abord la présence de la forme quid dans les Serments de Strasbourg, ensuite l'alternance de que et quoi en ancien français, où quoi semble être la forme accentuée de quid *.

Les propositions relatives prenant souvent un sens conditionnel, l'emploi conditionnel du relatif s'étendit même à des cas où ce pronom se trouvait dans la proposition secondaire sans être appuyé par un démonstratif : qui lo castia, el se irais quand on le gronde, il se fâche). Un souvenir de ce tour, autrefois très répandu, est resté dans la phrase comme qui dirait, et dans d'autres semblables.

Le relatif qui dépend d'une proposition doit aujourd'hui être précédé de ce, tout comme qui ou que dans l'interrogation indirecte. L'ancienne langue se contentait du relatif seul. Il en est resté une trace dans qui pis est, qui plus est, quejecroiSy quejepensCj que je sache, où qui (que) remplit à lui seul la fonction du latin id quod ^.

79. Alter qui ne s'employait en latin que lorsqu'on parlait de deux personnes ou deux choses, se prend généralement en roman au sens de alius.

Aliquis, qui perdait Vs de même que quis, ne fut plus usité qu'au neutre aliquid (alkes) et devant unus (alquun formé comme chascun ; par suite de cette formation, la première

1) Voc, I, 474.

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