CHAPITRE XI
CROISEMENT SYNTAXIQUE
irfois plusieurs tournures équivalentes se présentent à pit; il se peut qu'alors on emploie une expression qui 5sume et les confonde. Il se produit, en somme, sur le in de la syntaxe, un phénomène analogue au croise- U On peut, selon nous, ranger dans cette catégorie les iples particuliers suivants. Souoenir était en a. fr. un 3 impersonnel, qui signifiait « revenir à la mémoire. » p. mod. il est devenu personnel, et la langue a prêté à enir la construction de rappeler. Malherbe emploie re souoenir surtout à la forme impersonnelle ; depuis ne, la construction personnelle domine.
. Dans de ce n*estuet cuidier *, cuidier a évidemment le sens de douter.
ms :je suis blessé pour jusqu^ au tombeau (Diderot) il y ►isement de pour toujours Sivecjusqu^au tombeau. ) prov. et l'a. fr. pouvaient renforcer comme les adjectifs ertain nombre de substantifs, non seulement à l'aide de *, mais aussi à l'aide de si, tant, moût, bien, par exemple estre (Pdvc.,'33SOO), si pecheriz (Wacc/-, Conc, 51), tant l e bacheler (Garnier, Vie de saint Thomas), un moût ) prodom '. De même que bacheler dans l'exemple cité,
BiSCHOFF, p. 58.
Dont DiEZ donne des ex. Gramm., 2, 64; 3, 16. Zeltschr.f, ôst. Gymn., 1873, p. 153.
CROISEMENT SYNTAXIQUE 191
virgene {si virgene et si pure^) et baron au cas suj. sg. ber (z=z brave, li empereres en est e ber e riches Roi. ; al rey baron, dans le fragment d'Alexandre) sont aussi traités comme des adjectifs. Les renforcements exprimés à l'aide de plus comme les plus nouvelles que vous ouystes oncques (Jean de Paris, p. Qi), ne peuvent plus s'employer auj.; cependant l'ancienne forme la plus part est restée jusqu'à nous [la plupart), et les renforcements comme tant hommes de bien, les plus gens de bien, si femme de bien sont encore familiers aux écrivains modernes.
Un usage remarquable de la proposition en se rencontre dans l'a. fr. aïer en messagier, dans le fr. mod. parler en ami. On pouvait dire également parler en amistié et parler com amis] peut-être l'emploi de en ami est-il résulté du croisement de ces deux constructions. Diez cite comme le tour le plus ancien de ce genre aler en messagier *. Ce n'est peut-être pas le hasard qui nous présente, comme le plus ancien exemple de cette construction, le mot « messagier ». Il existait une autre locution, aler en message, où l'emploi de en est identique ; or, le double sens de message (nouvelle, — messager) a pu entraîner une confusio.i djins messagier. Pott' rappelle, à propos de cet emploi, le latin in booem (= in modum bovis) mugire,
La langue a suivi un autre procédé en ce qui concerne un emploi particulier de la propositian powr. On disait jadis :ja ne me relèverai sus De ci por force que je aie = « à cause de la force quelconque que je puisse avoir. » De là est venu le sens de (( quelque force que je puisse avoir, » et, comme il s'y mêlait l'idie de « si fort que je sois », on employa plus tard pour fort que je sois *.
Quand en français le parfait des verbes réfléchis est
1) Zeitschr., i, 254.
2) Gr., 3, 172.
3) Ueber Lea sallca, p. 153.
4) V. ToBLER, dans la Zeltschr., xi, 449,
ld'2 LE FRANÇAIS ET LE PROVENÇAL
formé avec être, c'est qu'il y a, selon Tobler, une combinaison du parfait réfléchi actif avec le parfait passif de jo m'ai lavé etjo sui laoez (tous deux s'employaient au moyen âge dans le même sens) est venu jo me sui lavez (non lavé en a. fr.). L'exemple le plus ancien de cette combinaison est un passage du fragment de Jonas (quand Use erent convers). combinaison a également lieu en prov. et en italien, nploi de la négation ne après les verbes de la crainte, sur un croisement de l'idée de crainte avec l'idée de l'on désire.
si s'explique aussi l'emploi de la négation (que d'ail- )n pouvait encore omettre au xviie s.), dans la proposiitroduite par que, dépendant d'un comparatif.Cette pron avec que sert, pour ainsi dire, à mesurer la proposi- 'incipale, comme dans l'allemand als qui primitivement e (( comme, » et peut-être le latin quam (il a ici la d'un relatif, dont le corrélatif est iam). Le -terme yé comme mesure n'a pas au même degré que le terme é la propriété dont il est question, et c'est l'influence de )ensée qui a introduit la négation dans la proposition étive.
refois il était permis de faire suivre le que comparatif proposition, servant de sujet ou de complément, introar que. Aujourd'hui il ne reste plus de ce tour que la on seule de la proposition complétive. // vaut mieux f diable que non pas que le diable nous tue. C'est une ire essentiellement française, et que Littré regrette de 3u à peu disparaître.
gatzcky voit, sans doute avec raison, un croisement de onstructionsdansla touTnure maneçoient lesHaynuiers yans venir tous ardoir (Froissart) : la seconde partie )hrase commençant par que, on attendrait ensuite une jition complète, avec mode personnel ; mais la tournure e brusquement, et que est suivi de l'infinitif avec de, \ particulier de croisement fait songer à l'anacoluthe,
CROISEMENT SYNTAXIQUE 193
figure de grammaire parente du croisement, dans laquelle on réunit deux constructions différentes, de telle sorte que la proposition , commencée avec Tune de ces constructions, s'achève avec Tautre. C'est ainsi que souvent, dans une proposition complétive dépendant d'un verbe de volonté et introduite par que, l'injonction s'exprime par le mode direct au lieu du mode indirect ; par exemple : Je te requier qu'en guerredon d'un de ces cierges me /ai don; et encore : garde que tu n'en menger *.