TOBLER
CHAPITHE XII
ORDRE DES MOTS ET DES PROPOSITIOiNS
Les libertés de la langue latine enTîe qui concerne Tordre des mots n'ont été, dans aucune langue romane, aussi restreintes qu'en français; mais cet état ne s'est produit que peu à peu, et l'ancien français, qui pouvait par sa déclinaison distinguer le sujet du complément, possédait encore quelques traces de l'ancienne liberté.
93. C'est ainsi que l'inversion du sujet était au moyen âge bien plus étendue et plus rigoureuse qu'aujourd'hui ; à mesure que la langue s'est développée, l'inversion a graduellement disparu.
Il y a en général inversion du sujet dans les propositions commençant par un complément circonstanciel; dans les autres, seulement quand on veut mettre le verbe en évidence, par exemple plurent Franceis ; muntet li reis en sun cheval curant. Cette sorte d'inversion se trouve régulièrement dans le Roland avec les verba dicendi. En français elle est tombée dès le xiii® siècle; en provençal elle s'est maintenue jusqu'au xive.
L'ordre sujet — verbe — complément, qui prédominait déjà avant la disparition des flexions casuelles, fut d'autant plus fréquent, en français et en provençal, après la perte de la déclinaison. A côté de cette tournure, on pouvait aussi placer le complément avant le verbe ^ sans qu'il fût nécessaire de le
1) Il en fut ainsi jusqu'au xv siècle et quelquefois même au xvr