ORDRE DES MOTS ET DES PROPOSITIONS
rappeler ensuite à l'aide de le. Jusqu'au xiii® siècle on faisait presque toujours l'inversion du sujet quand le complément était placé en tête de la phrase. Le provençal modei^ne est astreint, aussi rigoureusement que le français moderne, à l'ordre sujet verbe complément.
Le pronom atone, employé comme complément, pouvait suivre immédiatement le verbe à un mode personnel ; toutefois, le verbe ne pouvait être accompagné de la négation, et les compléments non accentués devaient alors se placer tous après le verbe. Cet usage commença à devenir rare dès le xiii® siècle. Il n'est plus connu dans Aucassin.
L'ancienne langue n'aimait pas à commencer une proposition par le complément pronominal atone; elle préférait placer le pronom après le verbe. Elle évitait aussi une forme des verbes auxiliaires esse ou habere au début de la proposition ; de là pris estj pris at^ blanche at la barbe.
Si le participe précédait le verbe auxiliaire, il devait se placer immédiatement devant lui. Quelquefois on le trouve encore ainsi placé au xvp siècle. Comme le participe, c'était tout au plus l'infinitif (et, moins rigoureusement toutefois, le complément), qui, placé avant le verbe, pouvait en être séparé par des proclitiques atones. Seul, le pronom sujet placé avant le verbe (jamais celui qui suit le verbe) peut en être séparé par d'autres mots. Cette construction existe encore chez Rabelais.
L'ordre des pronoms atones, en a. fr. et* en prov., était distinct de celui qu'exigent actuellement les deux langues ; on plaçait l'accusatif de la troisième personne avant le datif de la première et de la seconde (il le m'a dit). De même en, dans les deux langues, se plaçait avant i^. Le pronom o = HOC suit d'ordinaire le datif en provençal : m'o, li ho^ lur o. Le lai (= illac) provençal est aussi d'ordinaire traité comme en et i, et se place entre la négation et le verbe.
1) Pour t, en od a seulement deux exemples suspects dans Joinville ei un dans Froissart, v. 15.
En français on plaçait d*abord de préférence l'infinitif avant le verbe personnel; mais dans. la suite on préféra Tordre inverse. Les derniers exemples de l'ancien emploi se trouvent au début du xvi® siècle.
Autrefois le verbe accompagné d'un infinitif était regardé comme formant avec ce dernier une seule et même expression ; aussi prenait-il devant lui les compléments de l'infinitif, même quand celui-ci était précédé d'une préposition ou d'un mot interro®.tif : ne Vot de quoi norrir au lieu de n'o^ de quoi le norrir; que donner rie li aboit (Vie de Grég., 123) au lieu de n^aooit que li donner. En fr. nioderne le pronom doit se placer devant l'infinitif, et ne se construit comme autrefois devant le verbe à un mode personnel que s'il est sujet logique de l'infinitif^ ou si ce dernier dépend d'ua des cinq verbes toiP, entendj^Bj faire j laisser j sentir employés comme verbum finitum. Cependant le xviio siècle disait encore il se va promener, etc. Cf. aussi Votre amour le vient d^ouirager, dans Racine (Iph., m, 6) ; Et lorsque sur le trône il s* est voulu placer (Théb., i, 3; rem. l'emploi de é/re à cause du réfléchi). Le provençal se permet encore aujourd'hui dans une plus large mesure que le français moderne de placer le complément pronominal de l'infinitif devant le verbe personnel ; et la poésie française n'a pas entièrement renoncé à cette ancienne liberté.
La construction de la proposition interrogative portant sur l'action elle-même était en a. fr. pareille à celle de l'allemand et de toutes les langues romanes. C^est seulement à la fin du xiii® siècle que l*on commença à placer en tête de la proposition le sujet nominal, pour le rappeler ensuite à l'aide du pronom personnel : cet usage né s'est toutefois établi d'une manière absolue qu'au xvie siècle. Le provençal n'a pas jusqu'aujourd'hui pris part à cette innovation.
Dans la proposition subordonnée, primitivement le verbo se plaçait volontiers à la fin ; mais du xin« siècle au xvi« 1^. langue a de plus en plus, renoncé à cet ordre de mots.